L’Ukraine, entre vieilles idoles et nouveaux héros

 

Version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 25/04/2016. Article co-rédigé avec Laurent Geslin, avec le concours de Niels Ackermann.

 

“Ils auraient du le laisser là-bas…” Oleksandr Oleksiyevitch remet les mains dans les poches de son uniforme dépareillé, et soupire longuement. Devant lui, dans la cour d’entrepôt poussiéreuse dont il assure la surveillance, Lénine a encore le doigt pointé vers le ciel. L’énorme monument de 40 tonnes gît à même le sol, loin de la place principale de Zaporijia, où il a trôné pendant des décennies, dominant les berges du fleuve Dnipro.

“Ca fait partie de notre histoire, c’est malsain de le retirer, et de faire semblant que rien ne s’est passé…” Le vigile, ancien policier à la retraite, crache par terre. En cette fin de journée, seuls les croassements de corbeaux et l’écho de quelques voitures au loin viennent perturber le silence de ce cimetière improvisé. “Maintenant, ils vont le vendre: c’est du bronze massif, il y a beaucoup d’argent à en tirer. Voilà, c’est comme ça. Notre histoire pour quelques dollars…”

Qu’est-ce qui vient après? 

Le Lénine de Zaporijia, c’était le dernier “grand” Lénine qui restait debout en Ukraine. Il a été déboulonné par la municipalité le 17 mars, en vertu des lois mémorielles dites “de décommunisation”, qui ordonnent, entre autres, la disparition de tout monument ou symbole promouvant “l’idéologie totalitaire soviétique”. Avec plus de 5000 statues dédiées au leader bolchévique en 1991, l’Ukraine était, au moment de son indépendance, la république comptant le plus grand nombre de Lénines en URSS. Il en resterait aujourd’hui un peu moins d’un millier.

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Le Lénine de Zaporijia après son déboulonnage. Photo: Laurent Geslin.

“Au moins, ici, ils ont fait cela de manière civilisée, avec une grue et une équipe technique”, poursuit Oleksandr Oleksiyevitch. Le “Léninopad”, la chute des Lénine, est souvent orchestrée de manière spontanée, par des groupes citoyens ou des casseurs nationalistes. “Mais cela a donné l’occasion à des gens de lui dire au revoir, de déposer des fleurs…”, regrette Natacha Lobach, une militante civique très active dans l’aménagement urbain de Zaporijia. “Après toutes les atrocités qu’il a commis? Cela n’a montré qu’une chose: le lavage de cerveau que nous avons subi pendant tout ce temps est encore très efficace”.

Pour cette jeune architecte, le problème est néanmoins ailleurs. “La décommunisation, c’est très bien. Mais qu’est-ce qui vient après? Par exemple, personne ne sait que faire de cette place maintenant. Un monument aux Cosaques? Aux cosmonautes? Aux Indiens?” De fait, deux ans après la Révolution de la Dignité, qui a accéléré le Leninopad, les villes d’Ukraine sont pleines de piédestaux portant encore l’inscription “Lénine”. Sans qu’aucun changement n’y soit apporté. “Le plus important, c’est d’abord de faire disparaître les traces de l’occupation soviétique”, assène Volodymyr Viatrovitch, directeur de l’Institut National de la Mémoire, et grand maître à penser des lois de décommunisation. “Peu à peu, les citoyens se saisiront de la question et trouveront des solutions pour réaménager leurs espaces urbains”.

En avril 2015, ce sont 4 lois qui ont marqué un virage de l’historiographie nationale. En criminalisant la propagande des régimes totalitaires communistes et nazis, elles prévoient d’ouvrir les archives du KGB au public, et de glorifier la mémoire des combattants en faveur de l’indépendance nationale au 20ème siècle. Soit une tentative de “reproduire le choc mémoriel connu dans les anciennes républiques populaires d’Europe centrale”, comme l’explique Volodymyr Viatrovitch, alerte, redressé sur un canapé de son bureau. “Nous devons en tirer les mêmes gains en termes de démocratisation”.

La gue-guerre des noms

En parallèle du Leninopad, la décommunisation des noms bouleverse la représentation mentale de la géographie de l’Ukraine. Ici, une avenue Lénine est devenue l’avenue (John) Lennon. Là, c’est Andy Warhol a pris la place du leader bolchevique sur les plaques de nom de rue. Dans la partie de l’oblast (région) de Donetsk, les cartes officielles utilisent désormais le nom de Bakhmout pour indiquer une petite agglomération. De 1924 à septembre 2015, celle-ci était pourtant connue comme Artemivsk, dédiée à Fiodor Sergueïev (1891-1938), dit Camarade Artiom, un révolutionnaire soviétique.

Pour les habitants de la région, de même que pour les militaires ukrainiens déployés sur le front du Donbass, à une vingtaine de kilomètres au sud, le changement est encore difficile à ancrer dans les esprits. Dans une région en guerre, où de nombreuses personnes comptent encore en roubles soviétiques, où les panneaux de signalisation sont rénovés au compte-goutte, Artemivsk restera Artemivsk pour de nombreuses années à venir.

Une spécificité locale qui est aisément exploitée par les critiques de la décommunisation, et la machine de propagande russe. Celle-ci assimile le processus à une trahison ukrainienne de son passé, et à une vaste chasse aux sorcières russophobe, orchestrée par une supposée junte nationaliste arrivée au pouvoir en février 2014.

Un des sites de propagande du Kremlin, Sputnik, dénonce ainsi une “obsession” d’ukrainiser les noms de famille à consonance russophone. On en est malgré tout très loin, puisque la source principale de Sputnik n’est autre qu’une simple pétition citoyenne. Lancée le , qui a reçu 6 signatures sur les 25000, qui seraient nécessaires à un examen par le chef de l’Etat Petro Porochenko. La manipulation dénote toutefois l’enjeu de la décommunisation en Ukraine, à la fois en termes de géopolitique, mais aussi de politique intérieure.

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Statuette de Stepan Bandera, Musée de Roman Shoukhevitch à Lviv.

Car, loin des affres de la guerre d’information qui fait rage entre l’Ukraine et la Russie, force est de reconnaître que la décommunisation ne fait pas consensus. “Dnipropetrovsk reste Dnipropetrovsk”, martèle Boris Filatov. Elu de la troisième ville d’Ukraine en octobre 2015, l’homme refuse catégoriquement de la rebaptiser. “C’est le nom historique de la ville, qui a accompagné son développement, et c’est comme cela que nous sommes connus, en Ukraine et à l’étranger”.

Et si changement de nom il y avait, quel serait-il? Fondée en 1776, sous l’impulsion de Catherine II, pour accueillir le gouvernement de la Nouvelle Russie, Ekaterinoslav prit en 1924 le nom de Petrovsk, pour célébrer le révolutionnaire ukrainien Grigori Petrovski, Commissaire du peuple aux Affaires intérieures entre 1917 et 1919, puis celui de Dnipropetrovsk, durant la déstalinisation, en 1957.

Dnipropetrovsk a beau être aujourd’hui le fer de lance de la défense nationale ukrainienne, en tant que base arrière de nombreux bataillons déployés dans le Donbass, cet héritage soviétique est insupportable pour Volodymyr Viatrovitch. “La loi est la loi. La question de Dnipropetrovsk doit être réglée, d’une manière ou d’une autre”, tranche-t-il.

Là-bas, où la décommunisation est acquise

L’homme est bien connu pour son anti-communisme primaire. D’ailleurs, son bureau de Kiev, il l’a installé dans les anciens quartiers-généraux de la Tcheka, ancêtre du KGB. La chute de l’autoritaire et très russophile Viktor Ianoukovitch en 2014 lui a donné l’occasion d’exporter à Kiev une historiographie développée depuis de longues années dans sa ville natale: Lviv, capitale de l’ouest de l’Ukraine, un des bastions historiques de l’idée nationale ukrainienne.

La décommunisation, là-bas, elle y est acquise. “Il y a déjà des jeunes générations qui ne connaissent rien de ce bagage, ce fardeau du post-soviétisme. C’est une sorte d’héritage criminel, qui leur est étranger”, explique, placide, Ruslan Zabyliy, directeur de l’ancienne prison de Lontsky, aujourd’hui musée des occupations. L’ignorance de l’histoire soviétique? “C’est une bonne chose, parce que les jeunes générations ne veulent pas construire leur avenir à partir de cet héritage”. Un argument censé, dans un pays engagé dans un processus de réformes modernisatrices, qui se rêve toujours un avenir européen.

Et quid de la partie de la population faisant preuve d’une certaine nostalgie pour l’époque soviétique? “Ce sont des gens qui ont donné les meilleures années de leurs vies pour construire l’URSS. Ils vivent dans le passé. A part quelques marginaux surexcités, la plupart ne sont plus actifs, ils sont retraités.”, commente Ruslan Zabyliy. Autrement dit, de la quantité négligeable.

En écho à la diatribe de Ruslan Zabyliy, on n’entend pratiquement que le silence. Depuis des années, les représentants politiques communistes en Ukraine n’avaient de communiste que le nom. Ils se caractérisaient avant tout par des pratiques populistes et corrompues, sans profondeur idéologique. Ils sont désormais invisibles depuis l’interdiction du Parti communiste en décembre 2015. Dans le contexte actuel de guerre hybride contre une Russie qui se revendique l’héritière de l’URSS, aucune voix politique ne s’élève pour défendre la moindre bribe d’héritage soviétique.

La lutte pour l’indépendance glorifiée

Ceux que l’on entend beaucoup, dans l’Ukraine post-révolutionnaire, ce sont les défenseurs de la mémoire de l’armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), et de leurs chefs idéologues Stepan Bandera et Roman Shoukhevitch. Combattants pour l’indépendance nationale dans les années 1940 contre les Soviétiques, leur action fut néanmoins fort controversée. Notamment à cause de leur coopération d’un temps avec les Nazis, et de leur participation dans des exactions contre des Juifs et des Polonais. Discréditée par le régime soviétique, leur mémoire a été valorisée pour la première fois sous la présidence de Viktor Iouchtchenko (2005-10). Dans l’ouest de l’Ukraine, elle fait aujourd’hui partie du folklore.

“Vous voyez, ils étaient trois, quatre de nos héros à vivre cachés dans ces souterrains pendant des années, à organiser des coups contre les Rouges”, raconte un vieux guide, éclairé à la lampe torche, dans une “Kryivka” (cache) reconstituée, dans une forêt voisine de l’agglomération de Lviv. Maillon d’un réseau de centaines de terriers plus ou moins aménagés, repères de résistants nationalistes jusqu’au milieu des années 1950, cette Kryivka fut creusée tout près d’un autre marqueur historique. “Vous voyez ce fossé recouvert par la mousse?”, indique le vieux guide. “C’était la tranchée marquant la ligne de front pendant la guerre polono-ukrainienne de 1920-21”. Tout un symbole de la lutte pour l’indépendance, glorifiée par les lois mémorielles de 2015.

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Entrée d’une Kryivka rénovée, près de Lviv.

“Il faut se rappeler de ce qu’a fait mon père, qui est une action fondamentale pour l’Ukraine”, explique Iouriy Shoukhevitch, adossé à une cane en forme de hachette cosaque. A 83 ans, le fils de Roman Shoukhevitch est aujourd’hui député du Parti Radical d’Ukraine, salué bien bas par les passants dans la rue. Une reconnaissance qui le change de l’opprobre subie pendant sa jeunesse. Le régime soviétique l’avait gardé plus de 30 ans entre des prisons et des camps de concentration, pour “agitation anti-soviétique”, notamment à cause des actions de son père. C’est donc tout naturellement qu’en tant que député, il a activement aidé à la rédaction des lois mémorielles.

“C’est une histoire terrible, dont il faut nous délivrer”, explique-t-il. Imaginez un homme qui viendrait chez vous. Il casse tout, il vous bat, il épouse votre femme et vous prend vos enfants. Ensuite, il accroche son portrait au mur, et il s’installe. Et quand vous voulez le retirer, quelques années plus tard, ce sont vos enfants qui vous en empêchent, au prétexte que cela fait partie de l’histoire!” Ce processus de délivrance passe par la promotion de nouveaux héros nationaux.

Des héros, oui. Mais lesquels? 

Alors que les statues de Lénine tombent un peu partout en Ukraine, c’est Stepan Bandera qui se dresse fièrement à Lviv. “Je me souviens de Bandera quand j’étais petit”, raconte Iouriy Shoukhevitch. “C’était un homme droit, intègre”. Un souvenir mis en valeur par l’historiographie officielle, même si, dans d’autres régions d’Ukraine, en particulier l’est en guerre, le nom de Bandera en fait frémir plus d’un. Le personnage, grand idéologue de l’indépendance nationale, est aussi associé aux théories fascistes et antisémites des années 1940. Roman Shoukhevitch lui-même fut nommé commandant du bataillon Nachtigall en mai 1941. Cette unité supplétive de la Wehrmacht composée de soldats ukrainiens entra le 29 juin 1941 dans Lviv, abandonnée par les soldats soviétiques, avant de se livrer à au moins deux pogroms le 30 juin et le 25 juillet 1941.

Les historiens s’affrontent néanmoins avec persistance sur la véracité des faits qui sont reprochés à Stepan Bandera, Roman Shoukhevitch, l’UPA, et leur idéologie. D’autant que l’histoire du nationalisme ukrainien est loin d’être linéaire. Après avoir été éconduits et trahis par les Nazis, Roman Shoukhevitch et l’UPA ont effectivement combattu contre l’occupant allemand, jusqu’à leur fuite en 1944. Stepan Bandera lui-même fut emprisonné par les Nazis entre juillet 1941 et septembre 1944, coupable d’avoir déclaré un Etat ukrainien indépendant sur le territoire du Reichskommisariat.

“Ici, on compare souvent l’UPA avec l’IRA, en Irlande”, suggère Irena X., une jeune auto-entrepreneuse de Lviv. “L’UPA, ils avaient leurs objectifs, et ils ont utilisé tous les moyens disponibles. Dans le cas de l’IRA, ces moyens, c’était des attaques terroristes. Pour l’UPA, ce sont des alliances controversées et des exactions contre des groupes qui menaçaient l’indépendance. Rien de très blanc, sans être complètement noir…”

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Iouriy Shoukhevitch, à Lviv. Photo: Laurent Geslin.

Chez Iouriy Shoukhevitch, en tout cas, on ne trouvera pas une critique de l’action de son père et de ses alliés. A fortiori, la fin semble justifier les moyens. Et l’agression russe contre l’Ukraine, à partir de 2014, donnerait raison aux actions de l’UPA. “Un homme venu des régions de l’est m’a interpellé sur un plateau de télévision, il y a quelques temps”, détaille-t-il en jouant avec son briquet. A 83 ans, l’homme ne sort jamais dans la rue sans un paquet de “Stolitchniy”, de fortes cigarettes qu’il fume avec avidité. “Cet homme  a raconté qu’avant, il croyait que les Ukrainiens de l’ouest étaient des fascistes sanguinaires. Mais depuis, il a réalisé que nous avions raison dans notre combat contre les Russes!”

“La guerre du Donbass nous fournit beaucoup de nouveaux héros”, reprend Ruslan Zabyliy. “Vladimir Poutine a unifié l’Ukraine plus rapidement que des générations d’historiens et hommes politiques”. Depuis l’annexion de la Crimée en mars 2014, l’agression russe constitue nouvel épisode dramatique de l’histoire ukrainienne, qui pourrait atténuer le besoin d’aller fouiller dans l’Histoire avec un grand “H”. “Mais ce besoin de héros est réel”, justifie Ruslan Zabyliy. “Il s’explique par la persistance de complexes d’infériorité des Ukrainiens face à l’historiographie russe”.

Ainsi est ravivé l’héritage des Cosaques, ces guerriers libres auxquels se sont référés nombre des révolutionnaires du Maïdan ou encore les soldats actuellement déployés dans le Donbass. La Sitch, capitale légendaire des Cosaques, se trouve d’ailleurs sur l’île de Khortytsya, à Zaporijia. Et depuis mars 2016, elle n’est plus dominée par la statue de Lénine. Le symbole, encore une fois, est fort, de l’affranchissement des héros de l’Ukraine.

Tout dans le même sac? 

Le concept même de “héros”, décerné à des combattants aussi controversés que ceux de l’UPA, ne fait pas l’unanimité. Assise à une terrasse de Kiev, à quelques pas de l’Institut National de la Mémoire, Ioulia Shoukan, une chercheuse franco-biélorusse, insiste sur le besoin “d’assurer une exploitation impartiale des archives nationales”.

La jeune chercheuse a en tête les massacres d’entre 40000 et 100000 Polonais dans la région de Volhynie en 1943. “Si des documents historiques mettent directement en cause l’UPA dans ces massacres, il faut avoir la garantie qu’ils seront aussi rendus publics”. Un risque qui serait d’autant plus réel que Volodymyr Viatrovitch, dans une polémique avec le journal Krytyka, a déjà rabaissé l’analyse des exactions de Volhynie à “une question d’opinions”.

“De la même manière, les archives ne doivent pas être utilisées uniquement à des fins de discréditer l’époque soviétique”, ajoute Ioulia Shoukan. De sa propre expérience, elle sait que “tout n’est pas bon à jeter dans l’héritage soviétique”. L’URSS s’est étalé sur une période de 70 ans pour plus de la moitié de l’Ukraine contemporaine, et a imprégné sa marque sur plusieurs générations. “L’ère soviétique se divise en différentes périodes, alternant répression et apaisement, progrès économique et social et stagnation économique et pénuries. On ne peut pas tout mettre dans le même sac. Ne serait-ce que les frontières nationales, que le gouvernement entend défendre aujourd’hui, sont directement héritées de l’URSS…”

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Il en va de même pour Ievguenia Moliar, meneuse de projet à la Fondation artistique Izolyatsia. Autrefois basée à Donetsk, celle-ci est aujourd’hui en exil à Kiev, et s’est lancée, entre autres, dans un projet de sauvegarde des fresques et mosaïques soviétiques. Certaines, majestueuses, décorent des façades entières de blocs d’habitation. “On a l’impression que le pouvoir actuel veut juste faire table rase du passé, en ignorant qu’il y avait une logique biologique dans les développements passés. On ne peut retirer une mosaïque, qui n’a d’ailleurs rien d’un instrument de propagande, d’une façade de bâtiment, et prétendre que ce bâtiment n’a pas été construit selon des normes soviétiques!”

Un problème conceptuel, auquel ni l’anti-communisme des lois mémorielles, ni la promotion de nouveaux héros controversés, ne propose de solution. Pour Volodymyr Vorobey, jeune entrepreneur social de Lviv, c’est typique d’une classe politique ukrainienne irresponsable, qui “sort les amulettes vaudou quand elle n’a rien à proposer”. Les questions linguistiques, historiques, culturelles, seraient ainsi agitées à des fins politiciennes, afin de masquer le blocage du processus de réformes, de lutte anti-corruption, et de modernisation du pays.

A travers son think-tank et son réseau de petites entreprises, Volodymyr Vorobey essaie lui d’approcher la décommunisation comme un moyen de mettre un terme au paternalisme soviétique. “Un diction communiste bien connu dit que l’initiative est punissable. Sous-entendu, que tout doit venir de la hiérarchie, que les gens ne doivent rien faire par eux-mêmes”. Une mentalité que le jeune homme constate encore dans de nombreuses localités du pays, notamment à l’est, où il organise des séminaires et conférences. Les temps ont changé! L’Etat ne peut plus être pensé comme quelque chose d’inaccessible et de miraculeux, mais comme quelque chose issu de notre volonté commune”.

Dans une Ukraine paralysée par une guerre hybride, une grave crise économique et une corruption endémique, c’est bien un nouveau projet du vivre ensemble qui manque. Il en faudra plus que quelques statues de Lénine jetées à terre.

Mediapart: Du passé soviétique, l’Ukraine tentée de faire table rase

Article co-réalisé avec Laurent Geslin, publié sur le site de Mediapart, le 01/05/2016

Plus de deux ans après les événements du Maïdan, la chute de Viktor Ianoukovitch, l’annexion de la Crimée par la Russie et le début du conflit séparatiste dans le Donbass, l’Ukraine est engagée dans un vaste processus de relecture de son passé. Reportage.

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Dans la ville de Tcherkassy, à une centaine de kilomètres au sud-est de Kiev, Lénine porte désormais une masse d’arme à la place de ses pamphlets révolutionnaires. Il a revêtu des habits de cosaque. À Odessa, le grand port de l’ouest du pays, le leader bolchevique a endossé la sombre cape de Dark Vador. Depuis un an, les monuments représentant les dirigeants de l’Union soviétique sont devenus une source d’inspiration pour les artistes ukrainiens. Quand ils ne sont pas tout simplement abattus. À Krementchouk, une agglomération installée sur les rives du Dniepr, c’est dans la cour du service municipal d’entretien des espaces verts que le Lénine local est entreposé, en attendant que les autorités sachent que faire de ces tonnes de métal. « Ce n’est que mon opinion, mais c’est difficile d’être d’accord avec la politique de décommunisation, cela représente une partie de nos vies : l’arrivée de notre “grand-père” Lénine au pouvoir, l’émergence du communisme, la Seconde Guerre mondiale… », explique Dmytro, un employé de la mairie, en contemplant la statue qui repose sous un arbre.

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5.ua: БУТИ ЄВРОПЕЙЦЕМ – ОЗНАЧАЄ НЕ ТІЛЬКИ БУТИ КРАЇНОЮ НА МАПІ: ЙДЕТЬСЯ ПРО ПРИНАЛЕЖНІСТЬ ДО СПІЛЬНОТИ ЦІННОСТЕЙ

Інтерв’ю на 5.UA, опубліковані на 11/08/2015

English version here

Французький журналіст Себастьєн Ґоберт, який вже більше 4-х років працює в Україні, в ексклюзивному інтерв’ю 5.ua розповів про свої враження від України, те, чим наша держава цікава світовим ЗМІ, про події на Майдані і на Донбасі, а також свої думки про те, як Україні стати повноправною частиною європейської спільноти.

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УКРАЇНА – ВЕЛИЧЕЗНА КРАЇНА, ПОВНА ІДЕЙ І НОВИХ ІНІЦІАТИВ, ЯСКРАВИЙ ВИБУХ ЯКИХ МИ БАЧИЛИ НА МАЙДАНІ

– Чому Україна? Чому Ви вирішили тут працювати?

– Я жив у різних європейських країнах протягом багатьох років, в основному у посткомуністичному просторі: в Латвії, Польщі, Угорщині – і багато подорожував цим регіоном. У квітні 2011-го в мене з особистих причин з’явилася можливість приїхати в Україну і почати тут жити. Після багатьох зустрічей і можливостей, я почав працювати як журналіст і кореспондент франкомовних ЗМІ. З того часу я ніколи не думав про виїзд з України, оскільки знаю, що моє життя буде тісно пов’язане з цією країною ще багато років.

– Про Україну світ масово заговорив під час Майдану і подій на Сході. Чи була Україна цікава західним медіа до цього?

– Не все так просто. Україна була цікавою для світу і світових ЗМІ довгий час. Цікавою не з точки зору подій і сенсаційних справ, а цікавою в плані дослідження країни, культурних та народних історій тощо. Те саме відбувається з кожною країною у світі – ви не почуєте багато про Іран, Аргентину, Чад та Швецію, окрім великих подій, які викликають міжнародний резонанс.

Навіть якщо західні ЗМІ не говорили про Україну щодня, як це було протягом останніх двох років, Україна все одно постійно була цікавою і згадуваною. Це була велика пострадянська країна, з населенням у 46 мільйонів, на порозі ЄС і Росії, дуже різноманітною – від Львова до Донецька, від Чорнобиля до Криму…

Я можу вас запевнити, що в мене як у іноземного кореспондента було багато роботи зі самого початку – від весни 2011-го до початку Євромайдану. Різниця, яка потім сталося, була з точки зору кількості (я почав писати набагато більше) і якості (у мене було набагато менше часу, щоб зосередитися на реальних проблемах, оскільки я передавав топові новини).

– Які проблеми Ви висвітлювали до минулорічних подій?

– Як іноземний кореспондент, пов’язаний з Україною все більше і більше, я пробував пов’язати роботу і особисті інтереси – пробував знайти історії, які були цікаві в країні і доречні західній аудиторії. Звичайно, це – підйом Сім’ї, Тимошенко у в’язниці, мовний закон, імпорт газу з Росії, перспективи видобутку сланцевого газу, Євро-2012, феномен Курченка, шоколадна війна тощо.

Важливо, щоб журналістика, зокрема іноземна, не фокусувалася виключно на проблемах України. Україна – величезна країна, повна ідей і нових ініціатив, яскравий вибух яких ми бачили на Майдані, я мав можливість розповісти про місцеві ініціативи з покращення життя сіл, про активізацію громадян проти незаконних забудов, про нові ЗМІ, про інноваційні підприємства, про культурні проекти і т.д.

Дещо можете побачити у моєму блозі: Nouvellesdel’Est.

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– Ви багато їздили Україною. Чим, на Ваш погляд, різняться між собою регіони?

– Країна дуже різноманітна, але я б ніколи не сказав, що вона була розділеною, принаймні, до штучного розділення, спричиненого анексією Криму та війною. Відмінності очевидні між Києвом, Львовом, Донецьком, Харковом, Чернівцями, Ужгородом… Очевидно, можна побачити регіональні та географічні відмінності, різні етапи історії, різні економічні структури, різні стосунки з сусідніми країнами … Те, що я бачив схожого – це твердий шар збереженої радянщини, кулінарія, інфраструктура, політичне життя.

– Де Вам сподобалося найбільше?

– Складне питання. Я справді насолоджуюся Львовом, Вінницею, Києвом, Харковом та Одесою. Я захоплений Карпатами, люблю місцевість навколо Харкова і Чернігова, мені подобається проводити час на Волині, басейн Дніпра, між Каневом та Херсоном – просто чарівний. Складне питання.

У НАСЕЛЕНИХ ПУНКТАХ, ЯКІ ПЕРЕХОДИЛИ ПІД КОНТРОЛЬ ТО ОДНІЄЇ, ТО ІНШОЇ СТОРОНИ, МІСЦЕВІ МЕШКАНЦІ ПАМ’ЯТАЮТЬ ЛИШЕ АТАКИ УКРАЇНСЬКИХ ВІЙСЬК. ЦЕ СВОГО РОДУ ПСИХОЛОГІЧНА ШИЗОФРЕНІЯ

– Ви висвітлювали події української Революції. Були на Майдані 18-20 лютого?

– Звичайно. Я йшов у натовпі з Майдану вгору по Інститутській 18 лютого вранці і під час спалаху насильства був на боці революціонерів, тікав з ними, щоб уникнути поліції, був свідком вторгнення Беркуту на Майдан, провів цілу ніч і наступний день на Майдані. За весь час Революції я був на Майдані практично щодня.

У ніч на 19 лютого, виснажившись, я пішов на кілька годин поспати. Прокинувся наступного дня близько 11 ранку: трагічна стрілянина на Інститутській вже закінчилася. Коли я прийшов на Майдан, там лежало багато тіл, хоча багатьох загиблих вже вивезли. Решту дня пам’ятаю дуже розмито.

– Стикалися з представниками міліції та Беркуту?

– Під час Революції – ні. Я контактував з політиками із Партії регіонів і представниками влади, але з правоохоронцями – ні.

– Ви були на Сході. Де саме?

– Ой, знову складне питання. Я був у різних місцях, від Харкова до Маріуполя.

– Потрапляли у небезпечні ситуації?

-Так само, як і всі інші, думаю. На Донбасі ставалося багато різних ситуацій, починаючи з неприємних оглядів на блокпостах і контрольно-пропускних пунктах і до поїздки у Дебальцеве під час облоги міста.

Слід згадати: оскільки я не працюю ні з фото, ні з відео (я пишу тексти і роблю записи для радіо), тому не шукаю важких боїв. Намагаюся зосередитися на економічно-соціально-гуманітарних наслідках війни. Через це я, наприклад, ніколи не намагався потрапити в Донецький аеропорт.

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– Чи доводилося контактувати зі сепаратистами?

– Звичайно. Це одна з переваг іноземного кореспондента: я можу говорити з усіма сторонами конфлікту. Я був присутній на прес-конференціях, робив інтерв’ю, був свідком багатьох подій на території, підконтрольній сепаратистам.

– Як сприймає іноземних журналістів місцеве населення?

– Водночас і з недовірою, і з готовністю до спілкування. Місцеві жителі, які залишилися і/або підтримують владу сепаратистів, знають, що більшість західних ЗМІ засуджує дії проросійських і російських сил. Відтак вони вимагають від західних журналістів « писати і говорити правду ». Водночас, вони щиро бажають спілкуватися про свої болі і печалі – у них є багато питань для обговорення.

Одна цікава річ: в населених пунктах, які переходили під контроль то однієї, то іншої сторони, місцеві мешканці пам’ятають лише атаки українських військ і шкоду, завдану лише ними. Ця свого роду психологічна шизофренія – свідома чи ні – є серйозною проблемою у спілкуванні з місцевими жителями.

Коли справа доходить до роботи там, треба мати на увазі, що середовище не є вільним – навіть для іноземних журналістів. При дослідженні питань, пов’язаних з політикою, контрабандою, присутністю і діями російських військ, націоналізацією економічних активів і політичним тиском, важко зібрати інформацію і безпечно працювати. Українська сторона дуже жорстка у питаннях надання перепусток і дозволів на вільне пересування в зоні ATO. Але сепаратисти жорсткі з усім: прес-акредитаціями, дозволами на пересування і запитами на інтерв’ю.

МЕШКАНЦІ ДОНБАСУ ДОСІ ВІДЧУВАЮТЬ ПРИГНОБЛЕННЯ, РОЗЧАРУВАННЯ, ГНІВ І ЗАГРОЗУ

– Що, на Вашу думку, спричинило події на Донбасі?

– Наскільки я можу сказати, це трагічне поєднання різних чинників. По-перше, різке падіння економіки Донбасу, яке було спричинене місцевою владою і олігархами, та ігнороване Києвом. Це спричинило серйозне невдоволення в регіоні та психологічне нерозуміння: мешканці Донбасу працювали важко. У їхній уяві, важка праця означала покращення добробуту і годування решти країни. Більшість із них не бачили або не хотіли бачити ширше. Тому вони не розуміли упереджень щодо Донбасу в інших регіонах України і відчували – і все ще відчувають – пригноблення, розчарування, гнів і загрозу.

По-друге: маніпуляції з усіх боків: місцевої еліти та олігархів, місцевих ЗМІ, українських ЗМІ, російських ЗМІ.

По-третє: імперіалістичні проекти з російського боку: як кремлівської влади, так і авантюристів ультра-націоналістичного штибу, таких, як «Стрєлков» і Бородай. Війна на Донбасі виглядає тільки частиною ширшого плану із дестабілізації України та створення такої собі «Новоросії».

По-четверте: наплив бойовиків з різних країн різних ідеологічних спрямувань і з різними цілями: ідеологічними, авантюрними, грабіжницькими чи просто для втечі від нещасного життя на Уралі чи навіть у Франції тощо. Присутність цих авантюристів і найманців у конфлікті розмиває всі орієнтири.

По-п’яте: дуже слабка і недостатня реакція центральної влади у Києві – з різних причин. Краматорськ, Слов’янськ, Іловайськ, Дебальцеве та інші – українське політичне і військове керівництво зробило серйозні помилки на цьому шляху. Незважаючи на офіційні заяви, на мою думку, зараз центральна влада не хоче повернення Донбасу. Жодна з ініціатив Києва не змушує мене думати, що вони хочуть його назад.

– Як подолати наслідки війни на визволених територіях?

– Є декілька очевидних елементів: добре дбати про вимушених переселенців і розвивати країну таким чином, який повністю протилежний російській пропаганді і зробити це так, щоб населення Донбасу могло побачити своє майбутнє в Україні.

Що стосується загальної ситуації, то це буде болісно і займе багато часу. Я не маю на це відповідей: українці мають самі знайти свої власні відповіді.

Також потрібна серйозна робота для забезпечення якісної, достовірної інформації, щоб протистояти російській пропаганді.

УКРАЇНЦІ – ЄВРОПЕЙСЬКА НАЦІЯ ІСТОРИЧНО, ГЕОГРАФІЧНО, КУЛЬТУРНО ТА АБМІЦІЙНО

– Теперішня українська влада взяла курс на децентралізацію. На Ваш погляд, це правильний шлях? Чи не може це в майбутньому призвести до сепаратистських настроїв в окремих регіонах?

– По-перше: децентралізація хороша сама по собі як політичний процес. Тим не менше, вона може дати результат тільки в межах політичної та адміністративної системи, яка сама по собі є дієздатною. Тому потрібно реформувати державу, люструвати бюрократію, боротися з корупцією, перш ніж думати, що децентралізація може бути вирішенням якихось проблем.

Що стосується ризику зростання сепаратистських рухів, я не вірю в це. Сепаратистський рух є результатом поєднанням економічних, політичних і медійних факторів, а не наслідком децентралізації.

– Як сприймають теперішні українські події французи?

– Французька громадськість не повністю розуміє українські події. Через невігластво, через історичні непорозуміння, через потужну російську пропаганду, через слабку комунікаційну стратегію української влади і через дуже сильний, ірраціональний антиамериканізм у Франції, які приховують вади російського імперіалізму.

Загалом, я б сказав, що дії Росії дійсно налякали французьку громадськість: Наскільки далеко Путін може зайти? Що він хоче? Тим не менше, це не означає, що французька громадськість довіряє Україні і українській владі – через перебільшене упередження щодо українських добровольчих батальйонів і «Правого сектора», через місцеву корупцію та через обережне ставлення до українських революцій (Помаранчева революція не дала результатів, на які очікувала західна громадська думка, на відміну від Грузії…).

– Нещодавно делегація французьких депутатів відвідала Крим. Це була їхня особиста ініціатива? 

– Це було їхнє власне право і прерогатива. Те, що французькі депутати мають певні зв’язки з Росією і намагаються підтримувати хороші відносини з Кремлем – не новина. Питання в тому, що потрібно для того, щоб відбувся аналогічний візит французької парламентської делегації в Україну.

– Днями було скасовано контракт щодо постачання Францією Росії “Містралів”. Чому цей процес так затягнувся? Чому Франція так довго вагалася?

– Існує одне просте пояснення: політичне боягузтво. Це єдиний спосіб пояснити цю тривалу історію. Знаєте, французькі високопосадовці дійсно не повністю усвідомлювали українські події – так міністр закордонних справ Лоран Фабіус все ще закликав до виконання домовленостей між Януковичем і об’єднаною опозицією навіть після втечі Януковича з країни і зміни влади…

– Як Ви оцінюєте, чи достатньо кроків робить українська влада на зближення з ЄС?

– Мені здається, в тому-то й справа, що наразі промови і здійснення необхідних реформ поєднуються. Ми побачимо, чи ці слова втіляться у дії й ці реформи будуть повністю реалізовані: в цьому ключ.

Знову ж таки, існує проблема комунікації. Коли Петро Порошенко обіцяє лібералізацію візового режиму до 1 січня 2015 року або статус кандидата в ЄС до 2020 року… Важко повірити, що це можливо.

І, нарешті, інша частина проблеми полягає в самому ЄС: європейці не достатньо визначилися щодо України і не можуть дати їй чітких перспектив. У цьому проблема.

– Що, на Вашу думку, мають зробити українці, щоб стати європейською нацією?

– Українці – європейська нація історично, географічно, культурно та амбіційно. Проте, щоб стати європейцем у сучасному розумінні цього слова, потрібно дотримуватися духу і правил сучасної європейської інтеграції: верховенства права, свободи слова, підзвітності влади, системної боротьби з корупцією тощо. Бути європейцем сьогодні – означає не тільки бути країною на мапі: йдеться про приналежність до спільноти цінностей.

Наталя Корнієнко, 5.ua — 

RFI: Le Parlement, l’Histoire, la mémoire, et la subtilité

Séquence diffusée dans l’émission Accents d’Europe, le 14/04/2015

Le parlement ukrainien ne fait pas dans la subtilité quand il s’agit de la mémoire et de l’Histoire avec un grand H. Les dernières lois adoptées, la semaine dernière, par l’Assemblée font couler beaucoup d’encre, puisqu’elles interdisent tout acte d’apologie de l’ex-URSS et condamnent comme criminels les régimes totalitaires nazis et soviétiques. Dans le pays, les réactions sont vives. 

Tout est allé très vite. Le 3 avril, les écussons soviétiques ornés du marteau et de la faucille, qui étaient restés accrochés sur les grilles du Parlement ukrainien depuis l’indépendance du pays en 1991, sont enlevés. Ce que l’on aurait pu considérer comme une initiative isolée s’accompagne le même jour de la publication de quatre projets de lois. Ils sont adoptés le 9 avril à la va-vite, après des débats sommaires.

Lénine et sa vyshyvanka
Lénine et sa vyshyvanka

La première loi prévoit un accès public total aux archives soviétiques. Une autre condamne les régimes totalitaires nazis et soviétiques comme criminels, sans distinction aucune. La troisième accorde un statut spécial aux combattants pour l’indépendance de l’Ukraine au cours du 20ème siècle. Se retrouvent donc glorifiés des militants des droits de l’homme du groupe de Helsinki des années 1970, mais aussi des résistants nationalistes des années 1940, dont certains sont accusés d’avoir pris part à des massacres de Juifs et de Polonais. Pour chapeauter le tout, la dernière loi ordonne la démolition de l’ensemble des monuments soviétiques restants en Ukraine, le changement de nom des rues et places encore dédiées à des héros soviétiques, et criminalise toute utilisation de symboles communistes en public. Les commémorations des 70 ans de la défaite de l’Allemagne nazie auront bien lieu, le 9 mai prochain. Mais selon cette dernière loi, quiconque arborera un drapeau ou symbole soviétique sera passible de cinq ans de prison. Les défenseurs des lois se revendiquent radicaux, et parlent d’une dé-soviétisation nécessaire afin d’achever la transition démocratique de l’Ukraine. Iouriy Loutsenko est le chef du parti présidentiel, le Bloc de Petro Porochenko.

Iouriy Loutsenko: Ce projet de loi n’interdit pas les idéologies, car cela ne serait pas digne d’un pays démocratique. Ce projet de loi interdit les régimes totalitaires!

Les détracteurs dénoncent eux une dictature de la pensée, et un nouveau facteur de division dans un pays en proie à une guerre féroce. C’est le cas de nombreux groupes civiques, l’opposition politique issue de l’ancien régime corrompu de Victor Ianoukovitch, comme le député Dmytro Kolesnikoff.

Dmytro KolesnikoffLe gouvernement bouleverse la vie normale des Ukrainiens en se mettant à réécrire l’Histoire. Le bloc d’opposition continuera de défendre nos vétérans, car ce sont eux nos véritables héros. 

Hormis les controverses internes à l’Ukraine, ces lois mémorielles sont aussi à replacer dans la guerre de l’information qui fait rage depuis des mois. Pour les autorités et médias russes, ce sont vite devenues des armes redoutables.

Ecouter la séquence ici

Le Monde Diplomatique: Sur le front de l’uranium

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié dans Le Monde Diplomatique, édition de mars 2015

Maquette des six réacteurs de la "Zaporiska AES", Enerhodar.
Maquette des six réacteurs de la « Zaporiska AES », Enerhodar.

Certains matins d’hiver, l’humidité monte du Dniepr et noie dans la brume les cubes de béton de la centrale nucléaire de la ville d’Enerhodar, située dans l’oblast de Zaporijia (sud-est de l’Ukraine). Les bus poissés d’une neige sale descendent des avenues taillées au cordeau pour transporter onze mille employés vers le cœur du complexe nucléaire. « Enerhodar, c’est une cité de progrès, la capitale énergétique de l’Ukraine, explique avec fierté M. Oleg Ocheka. Les cinquante-quatre mille habitants de la ville ont conscience qu’ils fournissent de l’électricité à des millions de foyers. » Le directeur adjoint du centre d’information de la centrale a emménagé ici au début des années 1980, quand la ville était jeune et que l’Union soviétique semblait éternelle. Les premiers immeubles ont été édifiés en 1970 pour héberger les employés d’une usine thermique bâtie le long du fleuve. La construction de la centrale électrique atomique Zaporiska AES a débuté en 1972. Le nucléaire entraînait le développement de villes modèles dont l’aménagement urbain devait offrir des conditions de vie idéales aux employés. Prypiat, la plus célèbre d’entre elles, achève aujourd’hui de disparaître sous la végétation, au cœur de la zone interdite de trente kilomètres de rayon qui entoure Tchernobyl, dans le nord du pays.

La centrale de Zaporijia compte six réacteurs, d’une capacité de 1 000 mégawatts (MW) chacun. Plus puissante que Gravelines, la première centrale française (5 400MW), elle n’est surpassée en capacité que par les huit réacteurs de Bruce, au Canada (6 232 MW). La production d’électricité assure une relative prospérité à cette ville où l’on pénètre avec l’étrange impression de faire un voyage dans le temps. « L’URSS s’est effondrée, mais les conditions de vie n’ont pas beaucoup évolué à Enerhodar », continue M. Ocheka. Même si les façades des blocs d’habitations sont décrépies, la ville demeure suffisamment attractive pour que ses écoles soient pleines. « Il y a toujours de l’eau chaude, l’électricité coûte moins cher qu’ailleurs, les (…)

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P@ges Europe: Zaporijia, ville miroir d’une Ukraine bouleversée

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié sur le site de P@ges Europe, le 12/02/2014

Sur les rives du Dnipro, au sud-est de Kyiv, la grande ville industrielle de Zaporijia est parfois surnommée le «Detroit ukrainien», en référence à sa consœur américaine autrefois fleuron de l’industrie automobile. La cité ukrainienne s’est développée et a connu son âge d’or durant la période soviétique. Située 200 kilomètres à l’ouest de Donetsk et de la ligne de front, majoritairement russophone, elle cristallise désormais les défis d’une Ukraine en profonde redéfinition identitaire.

L’avenue Lénine, principale artère de la ville. Laurent Geslin, janvier 2015.
L’avenue Lénine, principale artère de la ville.
Laurent Geslin, janvier 2015.

RFI, Grand Reportage: Ukraine-Russie, La Guerre de l’Atome aura-t-elle lieu?

Grand Reportage co-réalisé avec Laurent Geslin, diffusé sur Radio France Internationale, le 05/01/2015

La guerre qui fait rage dans l’Est de l’Ukraine n’est pas seulement dramatique d’un point de vue humain, elle met aussi en danger l’approvisionnement énergétique du pays. Depuis le début des affrontements entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes, les centrales thermiques ukrainiennes tournent au ralenti, privées du charbon du Donbass, et Moscou agite régulièrement le spectre d’une coupure des livraisons de gaz vers l’Ukraine. Pour maintenir sa production d’électricité, Kiev s’appuie donc sur les quatre centrales nucléaires qui fonctionnent sur le territoire ukrainien. Construits sous l’Union soviétique, les 15 réacteurs ukrainiens sont pourtant totalement dépendants du combustible venu de Russie. La guerre de l’atome est-elle sur le point de commencer ? Un reportage de Laurent Geslin et de Sébastien Gobert, à Kiev et dans la centrale nucléaire de Zaporija, située dans la petite ville d’Enerhodar. 

Maquette de la "Zaporiska AES", Enerhodar.
Maquette de la « Zaporiska AES », Enerhodar.

Certains jours d’hiver, l’humidité qui monte du Dniepr fait disparaitre dans la brume les immeubles soviétiques d’Enerhodar et les cheminées des six réacteurs de la centrale nucléaire toute proche. 54.000 personnes vivent dans cette bourgade surnommée la « capitale énergétique de l’Ukraine ». 11.000 d’entres eux sont employés à la centrale. Bogdan a fait ses études dans la grande agglomération voisine de Zaporijia. Il revenu à Enerhodar pour se marier et a trouvé un poste chez Energoatom, la compagnie ukrainienne d’énergie nucléaire.

Bogdan: Cette ville diffère des autres car une personne sur deux qui habite à Enerhodar travaille dans l’entreprise, les gens sont plus proches les uns des autres. On discute toujours du travail même après le travail quand on se réunit dans les campagnes, de ce qui se passe dans la centrale. Les gens qui habitent à Energodar, ils sont venus de toute l’Union soviétique, ils construisaient la centrale et ils sont arrêtés ici et ils ont commencé à vivre ici. Ils ont créé leur famille. Les gens se connaissent les uns les autres, c’est comme un petit village.

Les employés de la centrale reçoivent  leurs salaires en temps et en heure, et les habitants bénéficient d’un rabais sur leurs factures d’électricité. Fondée en 1970, en même temps que la centrale, la ville est assez ancienne pour disposer d’un cimetière, et suffisamment attractive pour que ses écoles soient pleines.

Bogdan: La ville est assez stable en comparaison avec les autres villes ukrainiennes, assez tranquille. Les conditions de vie sont assez hautes, il y a toujours de l’eau chaude. Cette ville a été créée pour la vie tranquille, familiale. 

Tous les matins, des bus font le tour de l’agglomération pour emmener les employés vers le coeur du complexe nucléaire. Beaucoup se disent fiers de travailler dans ce centre à la pointe de la technologie, comme Vladimir Bofanov. Il est l’ingénieur responsable du réacteur numéro 1.

Vladimir Bofanov: Nous sommes dans la salle du premier réacteur. La puissance de la turbine et de l’alternateur, c’est 1000 méga watt. Dans le premier circuit, le réacteur réchauffe l’eau, l’envoie dans le générateur de vapeur, l’eau s’évapore et la vapeur fait fonctionner la turbine. Celle-ci est connectée à l’alternateur qui donne l’électricité. 

La centrale nucléaire d’Enerhodar est la plus grande des quatre centrales ukrainiennes. C’est même la plus grande d’Europe. A pleine puissance, ses six réacteurs produisent 6000 MegaWatts.

Vladimir Bofanov: En ce moment, le réacteur numéro 1 fonctionne à 100% de ses capacités. Les autres réacteurs ne sont pas tous à pleine puissance car nos lignes à haute tension permettent seulement d’évacuer 5300 méga watt. 

Avec la guerre qui fait rage dans l’Est de l’Ukraine, le pays a perdu le charbon du Donbass qui alimentait ses usines thermiques. Il y a encore un an, les centrales nucléaires ukrainiennes produisaient 43% de l’électricité consommée dans le pays, aujourd’hui, elles en produisent plus de 50%. Un pourcentage qui pourraient encore être plus élevé, selon l’analyste Olya Kocharna, de l’association Le Forum Nucléaire ukrainien.

Maquette d'un réacteur VVER, Enerhodar
Maquette d’un réacteur VVER, Enerhodar

Olya Kocharna: Beaucoup d’énergie est gaspillée car nous n’avons pas suffisamment de lignes haute tension pour transporter l’électricité. 1,7 GW est perdu chaque année, dont 700 MW à Zaporojia ! Les stations de Rivne et de Khmelnitski sont situées côte à côte. En 2004, on a construit le quatrième réacteur de Rivne et le second de Khmelnitski. Cela fait donc dix ans que ces deux réacteurs fonctionnent en alternance parce qu’il n’y pas assez de lignes électriques !

Selon la stratégie énergétique ukrainienne ratifiée cette année par le Président Petro Porochnko, Kiev souhaite diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique, notamment pour s’affranchir du gaz russe, une arme redoutable dans les mains du Kremlin. Pour ce faire, l’accent devrait être mis sur les énergies renouvelables, mais surtout sur le nucléaire. Une orientation qui a parfois du mal à passer dans un pays encore traumatisé par la catastrophe de Tchernobyl. Olexi Pasyuk est membre de l’ONG le Centre nationale écologique d’Ukraine.

Olexi Pasyuk: La phrase préférée de l’industrie nucléaire c’est « ce scénario n’est pas réaliste ». Quand nous leur parlions d’avions de combat susceptibles de tomber sur une centrale, ou de guerre, ils répondaient « cela n’arrivera jamais ». Aujourd’hui, c’est un exemple qui montre que la vie réserve des scénarios irréalistes : personne n’aurait imaginé une guerre avec la Russie et une centrale est proche du front, où se trouvent des armes lourdes.

La centrale d’Enerhodar ne se trouve en effet qu’à deux cent kilomètres des combats qui font rage entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes, à Donetsk, où dans les banlieues du port de Marioupol. Une situation qui n’a pas l’air d’inquiéter le directeur de la centrale, Vachislav Tishenko.

Vachislav Tishenko: La meilleure protection contre l’ennemi, c’est l’esprit. 

Vachislav Tishenko assure que toutes les mesures de protection nécessaires ont été prises et que les sites sensibles sont protégés. Pour l’heure, un seul barrage de l’armée ukrainienne est visible à l’entrée de la ville. Une défense bien illusoire pour l’écologiste Olexi Pasyuk.

Olexi Pasyuk: Le nucléaire dépend de sources d’énergie extérieures. Dès que vous débranchez une centrale nucléaire, le système de refroidissement se désactive et cela commence à surchauffer. Si vous coupez le réseau électrique autour de la centrale, cela créé le même problème. Vous n’avez pas besoin d’un tsunami, si vous avez un conflit militaire à proximité, vous n’avez même pas besoin de viser directement la centrale nucléaire.

Le directeur Vachislav Tishenko balaye ces inquiétudes d’un revers de la main. Il préfère parler de l’avenir de sa centrale que de la guerre avec les séparatistes.

Maquette des six réacteurs de la "Zaporiska AES", Enerhodar.
Maquette des six réacteurs de la « Zaporiska AES », Enerhodar.

Vachislav Tishenko: Les perspectives sont très bonnes. Nous avons remplacé beaucoup de pièces. Après 30 ans d’exploitation, le réacteur numéro 1 a montré de très bons résultats aux tests. Nous planifions d’utiliser les réacteurs encore 60 ans.

Après l’accident de Fukushima, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et Euratom (la Communauté européenne de l’énergie atomique) ont accordé un prêt de 600 millions d’euros à Kiev pour moderniser ses centrales.

Olexi Pasyuk: La Berd et Eurotom financent un programme appelé « Augmentation de la sécurité ». Ils donnent cet argent et disent que ce n’est pas pour allonger la durée de vie des centrales. En théorie, les réacteurs en question doivent obtenir une autorisation pour continuer à fonctionner. Mais si vous devez rembourser l’argent, vous voulez bien sûr que ces réacteurs continuent de marcher. 

Pour l’analyste Olya Kocharna, allonger la durée de vie d’une centrale est une procédure tout à fait classique.

Olya Kocharna : Selon les lois ukrainiennes et européennes, tous les dix ans, l’opérateur doit vérifier les conditions de sécurité des réacteurs. Aux Etats-Unis, ils ont 100 réacteurs et 72 ont déjà été prolongés jusqu’à 60 ans. En 2010, les blocs 1 et 2 de Rivne ont été prolongé de 20 ans. Mais ils seront de nouveau contrôlés en 2020. 

Dans un contexte de crise énergétique, la priorité des dirigeants ukrainiens n’est pas vraiment de s’inquiéter de la durée de vie de leurs centrales mais bien de fournir de l’électricité au pays. Si possible, en s’affranchissant du voisin et adversaire russe. Car Moscou fournit le combustible nucléaire utilisé en Ukraine par le biais de la société d’Etat Tvel, comme l’explique l’expert en énergie Mihaïlo Gonchar.

Mihaïlo Gonchar : La collaboration entre Tvel et Energoatom est bonne, sans aucun chantage de la part de Tvel. Mais nous comprenons très bien que la manager général des compagnies d’Etat russes est au Kremlin. Le super manager général Monsieur Poutine ! Nous avons donc besoin de nous préparer à trouver de nouvelles réserves de combustible nucléaire.  

Pour l’heure, la guerre qui oppose Kiev et Moscou n’a pas encore débordé sur la coopération nucléaire, mais les choses pourraient changer.

Mihaïlo Gonchar: Ce scénario d’interruption des réserves de combustible sera possible quand Poutine prendra la décision d’une intervention ouverte en Ukraine. Nous avons aujourd’hui une guerre hybride. Selon la propagande du Kremlin, les soldats russes ne sont pas présents en Ukraine. 

Afin de diversifier ses sources d’approvisionnement, la compagnie ukrainienne Egergoatom a donc signé le 30 décembre dernier un accord de livraison de combustible nucléaire jusqu’en 2020 avec l’américain Westinghouse. Mike Kinst, directeur adjoint des relations extérieures de Westinghouse, basé à Bruxelles.

Mike Kinst : Premièrement, c’est très courant pour les centrales nucléaires européennes d’avoir deux fournisseurs de combustible. Donc il n’y a donc pas de raison qui interdise à l’Ukraine d’avoir au moins deux fournisseurs. Ce n’est pas seulement une question de compétitivité. Dans le cas de l’Ukraine, apparemment il y a aussi une question de sécurité des approvisionnements, ces derniers ne sont peut-être pas totalement sécurisés.

Testé depuis 2008 dans la centrale de Konstantinivka, le combustible Westinghouse a reçu cet automne l’accord de la commission de sécurité ukrainienne. Cependant, rien ne dit que celui-ci pourra rapidement être adapté à toutes les centrales ukrainiennes, ni qu’il pourra être utilisé en complément du combustible Tvel. Rien ne dit non plus non plus que la Russie laissera un concurrent pénétrer ses marchés traditionnels sans prendre des mesures de rétorsion. Oleksi Pasyuk.

Olexi Pasyuk: La question du combustible peut bien sûr devenir politique à n’importe quel moment. Nous avons pour l’instant du combustible jusqu’à octobre 2015 et nous espérons ensuite de nouvelles livraisons. Mais la Russie peut facilement dire : « si vous voulez utiliser le combustible Westinghouse, utilisez-le, nous ne voulons pas faire de mélange, cela créé des problèmes de sécurité, rien de personnel, ce n’est pas politique ». Mais cela sera forcément politique. Nous ne savons pas ce qui va arriver.

La même incertitude se pose pour les déchets nucléaires. Que se passerait-il si la Russie arrêtait de les prendre en charge, comme c’est le cas aujourd’hui? L’analyste Olya Kocharna se veut optimiste.

Olya Kocharna: Nous sommes en train de construire un site de stockage pour les déchets nucléaires. Il devrait être fonctionnel à partie de 2017, dans la zone de Tchernobyl. Aujourd’hui, on paye chaque année 200 millions de dollars à la Russie pour qu’elle stocke les déchets. 

A Enerhodar, on observe de loin cette partie d’échec internationale. Dans cette ville modèle de l’Union soviétique, l’humeur n’est plus à l’enthousiasme des débuts. La centrale est gérée par un Etat au bord de la banqueroute, et nombre d’avantages sociaux ont disparu avec le temps. Mais ici, on en est persuadé, tant que les réacteurs fourniront de l’énergie, les hommes continueront de vivre.

Viktor: Ici, les gens travaillent à la centrale nucléaire, et produisent du chauffage et de l’énergie, pas seulement pour l’Ukraine, mais pour l’étranger. Donc la vie ici est très bonne. La nature est propre ici. Tout est sous contrôle. Nous n’avons pas beaucoup de pollution et les gens n’ont pas peur. Tout va bien. 

Dans les années 1980, les centrales nucléaires comme celle d’Enerhodar  symbolisaient la puissance de l’Union soviétique. Puis est arrivée la catastrophe de Tchernobyl, en 1986, et l’URSS s’est effondrée peu après. Aujourd’hui, l’Ukraine n’a pas d’autre choix que de faire tourner ses centrales à plein régime. Mais pour encore combien de temps ?

Ukraine – Russie : la guerre de l’atome aura-t-elle lieu ? Un grande reportage de Laurent Geslin et Sébastien Gobert, réalisation Marc Minatel.

Ecouter le reportage ici