Le Monde Diplomatique: Ukraine topples Lenin’s statues

Article co-written with Laurent Geslin, published in the December issue of Le Monde Diplomatique English

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The Kiev city council announced in July that Moscow Avenue was to be renamed ‘Stepan Bandera Avenue’ after the nationalist ‘hero’ of the struggle against the Soviet Union. Bandera was briefly a prisoner of the Nazis, though also their ally in June 1941 and in 1944. The renaming, under ‘decommunisation’ laws adopted in Ukraine in 2015, aims to distance the Soviet heritage and the shadow of Russia.

In Poland, it brings back unpleasant memories. This July the Polish parliament voted overwhelmingly to adopt a law referring to massacres in Volhynia in 1943 as ‘ethnic cleansing’ and ‘genocide’. In that region, now part of Western Ukraine, 40-100,000 Poles were killed during the second world war, ‘brutally murdered by Ukrainian nationalists’ according to the Polish parliament. The Ukrainian Insurgent Army (UPA), founded by Stepan Bandera, did the killing. Today the UPA is celebrated in Ukraine for its fight for national independence. It also massacred Jews and Poles, and for a time collaborated with Nazi Germany.

Despite the convergence of Polish and Ukrainian strategic interests with those of Russia, these votes signal ‘the end of the Polish-Ukrainian honeymoon’ according to Vasyl Rasevych, a historian at the Ukrainian Catholic University in Lviv, western Ukraine. Disputes between the countries are not new, but recent legislative initiatives confirm the failure to establish a shared vision of the past. Volodymyr Vyatrovich of the Ukrainian Institute of National Memory (UINM) says: ‘History should be left to historians, and politicians should be prevented from imposing their own interpretations on it.’ Rasevych says developing an official version of history is just what UINM is trying to do.

Vyatrovich is a leading promoter of the four anticommunist laws adopted by the Ukrainian parliament in May 2015. They criminalise the promotion of ‘communist and Nazi totalitarian ideologies’; order the dismantling of statues and changing of place names linked to the Soviet (…)

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A Dnipro, la Menorah du renouveau juif

Article publié sur le site de Religioscope, le 31/10/2016. Illustré par de superbes photos de Rafael Yagobzadeh.

C’est à Dnipro, en Ukraine, que l’on découvre l’imposant immeuble Menorah, qui serait le plus grand complexe multifonctions juif du monde. Sébastien Gobert nous emmène visiter ce bâtiment qui symbolise en même temps l’évolution de la situation du judaïsme dans ce pays.
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La facade du « Center Memorah », dans le centre ville de Dnipro, en Ukraine, le 7 septembre 2016. Le centre Memorah a ouvert en 2002, il comprend une luxueuse salle de rŽception, une synagogue dotŽe dÕun intŽrieur en marbre noir, un grand musŽe de lÕHolocauste, des restaurants casher et des boutiques. 

Tout ici est pensé pour respecter la doctrine juive.” Ilya Savenko mène avec entrain le visiteur à travers les couloirs. “La nourriture servie dans les restaurants et cafés est kasher, nos portes et ascenseurs disposent d’un mode ‘Shabbat’. Ils fonctionnent en automatique, et s’arrêtent à chaque étage. Pas besoin d’appuyer sur un quelconque bouton.” Rien n’a été laissé au hasard dans la Menorah, le plus grand complexe ‘multifonctions’ juif du monde, qui domine, depuis 2012, la grande ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine.

Ici, on trouve de tout”, poursuit Ilya Savenko. Le centre accueille des bureaux, des salles de conférence, deux hôtels, des restaurants et cafés, des bureaux de banque et d’agences de voyage, un musée de la mémoire juive et de l’Holocauste, présenté comme le 3ème plus grand au monde, etc. Une petite cité autonome, répartie dans 7 tours de tailles différentes, dans le centre-ville. Un ensemble qui évoque les 7 branches de la menorah, le chandelier traditionnel juif. Avec, en son centre, la synagogue de la Rose d’Or, héritière esseulée d’un large réseau de synagogues détruites dans les affres du 20ème siècle.

Le bâtiment a changé la psychologie des gens”, commente le Rabbin Shmuel Kaminezki, directeur de la Menorah et l’un des dirigeants de la communauté juive les plus influents en Ukraine. “Pendant longtemps, beaucoup de Juifs vivaient cachés, dans le placard, comme on dit. Ils payaient même pour changer leurs noms, de Rubinstein à Shevchenko, par exemple. Aujourd’hui, ils s’affirment en tant que Juifs, ils portent la kippa dans la rue. Je pense que la Menorah a aidé à ce changement.”

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RTBF: Décommunisation en Ukraine, pourquoi faire?

Version longue d’une intervention dans la Matinale, sur la RTBF, le 17/10/2016

L’Ukraine vient de fêter ses 25 ans d’indépendance de l’Union Soviétique, mais c’est maintenant que la décommunisation bat son plein. Les statues de Lénine tombent les unes après les autres, les symboles soviétiques sont décrochés des murs des métros, les rues sont renommées… Un processus de grande ampleur, qui soulève de nombreuses questions… 

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Crédit: Niels Ackermann / Lundi 13

Sébastien, pourquoi cette décommunisation, et pourquoi maintenant? 

Et bien, ça s’est un peu imposé, dans le sillage de la Révolution de la Dignité.  Vous vous rappelez, les protestations avaient commencé il y a presque trois ans, en novembre 2013. Et début décembre, les révolutionnaires avaient abattu la statue de Lénine qui trônait sur l’avenue principale de Kiev. Abattu, détruit, démoli, cassé, déchiqueté en petits morceaux… Ils s’étaient vraiment acharnés.

Acharnés, parce que Lénine représente pour beaucoup d’Ukrainiens le passé soviétique, avec tout ce qu’il a de douloureux: des restrictions linguistiques au goulag, en passant par les persécutions politiques. Il y a cette idée qu’en faisant disparaître Lénine et les symboles soviétiques, le pays s’affranchira de ce passé, ses infrastructures se moderniseront, la bureaucratie héritée du système communiste disparaîtra. En gros, que l’Ukraine se rapprochera de l’Europe.

C’est une idée simple, mais qui a un certain sens. L’ouest du pays, qui a historiquement été plus anti-communiste que le reste, a déjà fait tomber ses Lénine il y a 20 ans. Et en effet, ces régions sont un peu plus modernes, un peu plus orientées vers l’Europe. Alors après la victoire des révolutionnaires en février 214, les statues de Lénine se sont mises à tomber partout dans le pays, dans un vaste mouvement que l’on a appelé le Léninopad. En mai 2015, le processus de décommunisation a été encadré par une série de lois mémorielles votées par le Parlement. Et on est encore en plein dans le processus.

Mais est-ce que cette décommunisation fait consensus? 

Non, bien sûr. Pour beaucoup d’autres Ukrainiens, Lénine, et le passé soviétique, cela évoque des bons souvenirs. L’époque de leur jeunesse, le temps du plein emploi, le temps où les institutions d’Etat fonctionnaient, où la médecine était gratuite… Je rencontre beaucoup d’Ukrainiens qui vivent ce processus avec une incompréhension profonde, voire comme une insulte.

D’ailleurs les territoires séparatistes, à Donetsk et à Louhansk, jouent beaucoup cette carte d’héritiers de l’URSS pour s’assurer d’une certaine adhésion populaire. Les autorités là-bas prennent grand soin de leurs statues de Lénine. Mais ça, c’est encore une autre question, qui rentre dans le cadre de la guerre de l’information actuelle.

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Kyiv, February 2016. Crédit: Niels Ackermann / Lundi 13

Quand on parle de la décommunisation en Ukraine, il y a tous ces aspects, pour ou contre. Mais ce qu’il faut aussi comprendre avec le processus actuel, c’est qu’il est à l’image de l’Ukraine en tant qu’Etat: dysfonctionnel, désordonné, et somme toute, illisible. Ici, on déboulonne une statue de manière civilisée. Là, c’est un groupe de nationalistes en cagoules qui s’acharne sur un monument. Dans un autre endroit, la municipalité n’a pas d’argent dans le budget pour renommer des rues. Chacun y va en fait de sa petite musique.

La loi promulguée par le président en mai 2015 devait être appliquée d’ici à février 2016, pour tout ce qui est changement de nom et déboulonnage de statue. Mais on est en octobre, et on y est encore. Donc ça donne une impression très bizarre de loi qui n’est pas appliquée, et qui n’engage pas les citoyens.

L’exemple de ce Lénine de Kiev est encore très révélateur. Je vous ai dit qu’il a été détruit début décembre 2013. Et bien, il y a encore, dans le centre de la capitale, son piédestal qui trône, avec le nom “Lénine” bien en vu! Je ne suis pas sûr que l’on puisse parler de décommunisation efficace dans ce cas-là.

Mais est-ce que cet exemple que vous donnez, ça ne veut pas dire aussi qu’il n’y a pas encore d’alternative à cette statue de Lénine, et au symbolisme soviétique en général? 

Si, et c’est bien l’un des enjeux de cette décommunisation: développer un nouveau narratif national, qui ferait consensus. L’une des lois votées en 2015, en même temps que celles sur la décommunisation, consacre comme des nouveaux héros nationaux ceux qui se sont battus pour l’indépendance du pays. Mais c’est controversé, car ça inclut les militants des droits de l’hommes des années 70, mais aussi les combattants nationalistes, actifs dans les années 40. Et bien sûr qu’ils se sont battus contre les soviétiques. Mais ils ont aussi collaboré avec les Nazis, l’espace de quelques années. et ils se sont rendus coupables de massacres de Juifs et de Polonais. Alors chez beaucoup, en premier lieu parmi les familles de vétérans de l’armée rouge, ça fait grincer les dents.

On me dit souvent que le nouveau narratif national s’impose de soi, à cause de la guerre à l’est du pays. Les nouveaux héros sont tout trouvés, et le nouveau récit national se construit au fil du conflit. Mais pour habiter dans ce pays, je vois que ce n’est pas si simple que cela: le récit d’une nation en guerre, qui ferait corps d’un bout à l’autre non seulement de son territoire mais de sa société et de son corps politique… cela ne va pas de soi.

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Crédit: Niels Ackermann / Lundi 13

Encore un mot pour terminer, sur une autre dimension de ce manque d’alternative au narratif national. Il faut se rappeler que l’URSS, pour la majeure partie de l’Ukraine, c’est 70 ans. C’est au moins 3 générations, marquées les par politiques soviétiques qui ont fait naître des villes, construit des barrages, des usines, des aéroports… Ne serait-ce qu’une simple promenade dans les rues de Kiev suffit à comprendre que ce n’est pas une ville d’Europe de l’ouest. C’est une ville pensée comme soviétique, avec tout le positif et le négatif que cela comporte.

Je conclus donc par une évidence: la décommunisation en soi, elle est justifiée dans le contexte ukrainien actuel. Mais nier le passé soviétique, comme ça, en faisant disparaître des statues, c’est tout simplement impossible.

RFI: En Ukraine, la Menorah du renouveau juif

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 29/09/2016

Ce 29 septembre, l’Ukraine commémore les 75 ans du massacre de Babi Yar, une des pires tragédies de ce que l’on appelle la “Shoah par balles”, l’extermination des Juifs par les Nazis, par des moyens sommaires. Aujourd’hui, la communauté juive d’Ukraine est en plein renouveau, c’est l’une des plus dynamiques de l’espace post-soviétique. Dans la ville de Dnipro, dans le centre-est du pays, un bâtiment symbolise ce réveil: la Menorah. C’est le centre culturel juif le plus grand du monde. 

Ukraine : Memorah Dnipro
La facade du « Center Memorah », dans le centre ville de Dnipro, en Ukraine, le 7 septembre 2016. Le centre Memorah a ouvert en 2002, il comprend une luxueuse salle de rŽception, une synagogue dotŽe d’un intŽrieur en marbre noir, un grand musŽe de l’Holocauste, des restaurants casher et des boutiques. Photo: Rafael Yaghobzadeh

Ce sont 7 tours qui se dressent dans le ciel. 7 tours, qui représentent les 7 branches de la Menorah, le chandelier traditionnel juif. Avec, en son centre, la synagogue de la Rose d’Or. Le symbole est fort, en plein milieu du centre-ville de la grande ville de Dnipro: la communauté juive est en plein développement.

A l’intérieur, c’est une vraie petite ville autonome. Iliya Savenko est en charge de l’accueil des visiteurs.

Iliya Savenko: Ici, il y a de tout. On peut visiter le musée, voir les galeries d’art, manger au restaurant, assister à une conférence. La Menorah est ouverte à tous, à toutes les nationalités, à toutes les religions. 

D’ailleurs aujourd’hui, les couloirs sont encombrés par des centaines de participants à conférence sur les nouvelles technologies de la médecine.

Le centre, ouvert en 2012 a bénéficié du financement d’importants oligarques juifs de Dnipro. A ce titre, la Menorah est une vitrine pour de puissants intérêts économiques. Mais le bâtiment est bien plus que cela, c’est un lieu d’affirmation de la communauté juive, où tout a été pensé dans le détail.

Iliya Savenko: Nous avons prévu un mode Shabbat pour les ascenseurs. Du vendredi soir au samedi, ils sont en mode automatique, et s’arrêtent à chaque étage. Ainsi il n’y a pas besoin d’appuyer sur les boutons. Pareil, la nourriture de tous nos restaurants est certifiée kasher.

 

Au 18ème étage, dans le calme de son bureau, le directeur de la Menorah, le rabbin Shmuel Kaminezki se pose comme le chef d’une communauté qui se redécouvre.

 

Rabbin: Le bâtiment a changé la psychologie des gens. Beaucoup de Juifs vivaient cachés, dans le placard, comme on dit. Ils souffraient d’un complexe de ne pas s’affirmer en tant que Juif. Dans des temps difficiles, les gens payaient pour changer leurs noms et cacher leur identité juive. Par exemple, de Rubinstein à Shevchenko. C’est en train de changer. Les gens s’assument, s’affirment Juifs. Ils portent la kippa dans la rue… Je pense que ce bâtiment aide à ce changement. Vous savez, la nuit, on voit les lumières de la Menorah depuis toutes les fenêtres de la ville…

Au sein du centre, on trouve le musée de la mémoire juive et de l’holocauste, le 3ème plus grand du monde. Différentes expositions présentent les traditions de la communauté juive dans le contexte local, comme partie prenante de l’histoire de l’Ukraine. Dans ses moments heureux, comme tragiques.

Rabbin: Les Juifs et les Ukrainiens ont une relation ambigüe. D’un côté, beaucoup de choses ont été développées ici: le hassidisme, le sionisme, la culture yiddish… D’un autre côté, il y a les pogroms, l’holocauste… Il faut dire qu’aujourd’hui, le nationalisme ukrainien qui nous faisait peur avant a changé. Les Juifs sont devenus des grands patriotes de l’Ukraine. J’en ai été le premier surpris… C’est donc le moment de discuter de toutes ces questions, et de nous bâtir un bel avenir. Parce que les Juifs n’iront nulle part. Ils veulent vivre ici! 

Et par “vivre ici”, le rabbin Shmuel Kaminezki entend vivre mieux.

Rabbin: Le principal problème de la communauté juive ici, c’est que la majorité des gens sont pauvres. Donc nous devons nous en occuper. Nous faisons ici ce que le gouvernement fait en France, en termes d’aide médicale par exemple. 

A partir de la Menorah, c’est un réseau de solidarité et d’assistance qui se tisse, dans la ville de Dnipro et en Ukraine.

 

La maison de retraite “Beit Barukh”, financée par la communauté, en est un bon exemple . Dans des conditions exceptionnelles pour l’Ukraine, elle abrite des survivants de l’Holocauste, et des réfugiés de la guerre du Donbass.

Yelena Iltchenko ne le cache pas: elle n’imaginait pas vivre aussi longtemps, aussi bien.

Yelena Alexandrivna: J’ai 85 ans, bientôt 86. Grâce aux personnes qui travaillent ici, je suis vivante,  comme beaucoup d’entre nous!

Comme la Menorah, cette maison de retraite est un lieu d’épanouissement et d’affirmation de la communauté juive.

Yelena Alexandrivna: Je suis enchantée car ici, on peut apprendre les traditions, l’histoire, la culture juives; les prières, les enseignements de la Torah. 

Yelena Iltchenko est une ancienne professeure d’anglais, toujours attirée par d’autres langues et pays. Et ici, à Beit Barukh, elle apprend à redécouvrir sa propre culture.

Yelena Alexandrivna: J’étais athéiste, comme tout le monde, sous le régime communiste. Après, j’ai commencé à me souvenir de mes parents, qui parlaient yiddish. Je me rappelle qu’ils m’avaient appris des chansons juives. Celle-ci est pleine d’humour, écoutez: 

CHANSON

 

Vous comprenez?

 

Avec humour et légèreté, les Juifs de Dnipro, et d’Ukraine en général, se redécouvrent une identité oubliée. Les lumières de la Menorah brillent avant tout pour dissiper les noirceurs de l’Histoire.

Ecouter le reportage ici

RFI: A Kiev, commémorations inédites de Babi Yar

Reportage diffusé sur RFI, le 29/09/2016

Commémorations d’une ampleur inédite à Kiev des 75 ans du massacre de Babi Yar. Le 29 et 30 septembre 1941, environ 34000 juifs étaient exterminés par les Nazis, avec le soutien de milices locales. Les corps des victimes ont été jetés et enterrées dans le ravin de Babi Yar. C’est devenu l’un des enjeux d’une histoire nationale conflictuelle. Les commémorations de cette année pourraient marquer un tournant. 

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Concert dédié à la mémoire de Babi Yar à l’opéra de Kiev, le 29.09.0216

Une importante délégation israélienne, l’exécutif ukrainien au rendez-vous, plusieurs jours de conférences et tables rondes, des concerts et des films… Les commémorations de cette année tranchent avec la sobre cérémonie de quelques heures qui se tient habituellement à Babi Yar.

Peter Zalmayev: Le gouvernement ukrainien, et les Ukrainiens en général, ont pris conscience qu’il est important de tirer des leçons de l’Histoire. 

Peter Zalmayev est le représentant de l’association “Rencontres Ukraino-Juives”, un des principaux organisateurs des commémorations. La mémoire de Babi Yar, et en général de l’Holocauste, a été occultée par l’historiographie soviétique, et peu développée sous l’Ukraine indépendante.

Peter Zalmayev: Les autorités ukrainiennes sont très actives pour corriger le crime d’oubli qu’avaient perpétré les Soviétiques. Ils avaient refusé de reconnaître les victimes de Babi Yar comme des gens qui avaient été tué à cause de leur identité, parce qu’ils étaient Juifs. 

Les Ukrainiens peinent encore malgré tout à admettre la part de responsabilité locale dans l’organisation du massacre, malgré les insistances du Président israélien Reuven Rivlin lors d’un discours au Parlement ukrainien, le 28 septembre. Les contentieux historiques n’empêchent pas la coexistence pacifique des communautés. Mais les historiens et religieux réclamaient depuis des années une politique nationale de mémoire, cohérente et équilibrée. Cette politique serait enfin en train d’être développée, 75 ans après Babi Yar.

« Yiddishe Mama »

In order to reflect on Ukrainian Jews and Jews of Ukraine, 75 years after Babi Yar, I wanted to show the revival of Jewish life in the country. I traveled to Dnipro(petrovsk) and met with a vibrant local community. I met with the young and the old – and with the oldest.

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Ida Samolovna Tzypkina is 94 years-old. She talks – she has many things to say – and to sing. It takes only a minute to listen to her humbling voice, singing “Yiddishe Mama”.

RFI: A Vinnytsia, le bunker d’Hitler

Séquence diffusée dans l’émission « Accents d’Europe », le 17/04/2015

Alors que l’Europe s’apprête à célébrer les 70 ans de la victoire sur le nazisme, découverte du Werwolf. Un Bunker dans le centre de l’Ukraine où Adolf Hitler a séjourné trois fois pour y diriger les opérations vers l’Est entre 1942 et 1943. Un musée lourdement chargé d’histoire.

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A la lisière d’une forêt de pin, ce sont quelques blocs de béton renforcé qui témoignent encore de la modernité du réseau de bunkers de la Wehrmacht. Après la conquête de la région en 1941, l’organisation Todt avait utilisé des travailleurs locaux et des prisonniers de guerre pour construire un bunker principal, des baraques. Il leur a  aussi fallu édifier plusieurs lignes de défense anti-chars et anti-aériennes. Le Werwolf offrait à ses habitants une piscine, une maison de thé, un casino et un cinéma. C’est de là qu’une grande partie de l’opération Barbarossa, l’invasion de l’URSS, a été jouée et perdue.

Adolf Hitler y a séjourné officiellement trois fois. L’Histoire a retenu que lors de l’un ses séjours en, 1942, il y avait contracté une sévère grippe à cause de l’humidité de son bunker. C’est avec 40 degrés de fièvre qu’il aurait pris la décision de diviser son armée d’invasion en deux, vers Stalingrad et les champs pétrolifères du Caucase. Ce fut là une des erreurs  stratégiques fatales. Le Werwolf a été dynamité par les Nazis lors de leur retraite, et c’est aujourd’hui un parc en plein air, parsemé de ruines et de panneaux explicatifs, qui accueille le visiteur. Un musée multimédia est en construction sur le site.

A l’heure où de nombreux critiques accusent l’Ukraine de vivre sous la coupe d’une junte fasciste, on ne voit ici aucune glorification de l’occupant nazi. Il est à noter cependant, reflet des enjeux de mémoire auxquels fait face l’Ukraine, que la narration des souffrances de la population et de la résistance patriotique oblitère curieusement le rôle de l’Union Soviétique. De même, s’il est fait mention des Ukrainiens qui ont caché et sauvé des Juifs de la persécution nazie; on ne trouvera pas un mot sur ceux qui ont collaboré avec les occupants et participé à la Shoah. Alors que les beaux jours s’installent en Ukraine, une promenade dans le parc du Werwolf est une occasion agréable de découvrir le passé de la région, et la manière dont l’Ukraine contemporaine le traite.

Ecouter la séquence ici