RFI: Des pastèques pour revitaliser le Dnipro?

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », sur RFI, le 21/08/2017

Cet été, l’Ukraine s’est fasciné pour des pastèques. Ou plutôt, pour le transport de pastèques, par péniche, sur le fleuve Dnipro (Dniepr en russe/français). C’est la première fois en 14 ans que des péniches remontent le cours du fleuve. Ca pourrait ouvrir une nouvelle page de ce cours d’eau, l’un des plus importants d’Europe. 

Sébastien, cela veut dire que pendant 14 ans, il n’y avait rien sur le fleuve? 

Pratiquement rien. L’infrastructure du transport fluvial, les péniches, les ports, les barges de désensablement, sont tombés en décrépitude à la fin de l’époque soviétique, tout le transport a été redirigé vers la route. Quelques péniches ici ou là, mais toujours sur des distances courtes. Pourtant, le Dnipro fait plus de 2000 kilomètres de long, c’est un des cours d’eau les plus importants d’Europe. Et c’est lui qui a justifié la fondation de Kiev comme port de commerce, au 9ème siècle. Donc revoir une barge de transport remonter 300 kilomètres, c’était un évènement en soi.

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Pour autant, personne n’avait prévu l’emballement médiatique qui a accompagné le voyage inaugural, à la fin juillet. Dans les médias, sur les réseaux sociaux, économistes, agriculteurs, politiques, se sont tous enthousiasmés, au point de suivre la progression de la péniche au jour le jour. Même le Premier ministre Volodymyr Hroissman en a fait un objet de fierté nationale. Les internautes ont suivi l’aventure, et non sans ironie: une caricature d’Al Pacino, dans le rôle de Scarface, le montre en pleine overdose non pas de cocaïne, mais de pastèques! Une manière aussi de souligner le trop plein de cet emballement médiatique.

Sébastien, pourquoi des pastèques? 

La pastèque, c’est une des spécialités de la région de Kherson, dans le sud de l’Ukraine. Chaque été, elles inondent les marchés de tout le pays. Comme beaucoup d’Européens, les Ukrainiens en sont friands. Mais les agriculteurs du sud de l’Ukraine ont beaucoup de soucis pour les distribuer: le transport routier coûte de plus en plus cher, et les routes sont notoirement mauvaises. Plus de 10% des pastèques sont détruites dans le transport. Et beaucoup d’agriculteurs n’essaient même pas: Près d’un tiers des pastèques d’Ukraine pourrissent dans des stocks.

L’idée d’un transport en péniche a été rendue possible par un projet de USAID, l’agence américaine pour le développement, qui a financé et coordonné des petits agriculteurs locaux. Ils auraient économisé 40% par rapport aux autres années grâce à ce mode de transport.

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Est-ce une entreprise qui peut se développer dans le temps? 

Ca a l’air tout à fait possible. La société de péniches prévoit une cinquantaine de voyages cette saison. On parle déjà d’étendre l’offre de transport à d’autres produits agricoles. Le gouvernement à Kiev semble en faire aussi une priorité, en annonçant qu’un transport fluvial plus intense permettrait des économies de 27 millions d’euros par an, en réparations de route. Les Ukrainiens tiquent naturellement à cette annonce, car beaucoup de routes sont de toutes les manières dans un état déplorable.

Mais, au-delà de l’emballement médiatique, la revitalisation du fleuve Dnipro n’est pas une évidence, tant elle nécessite des actions coordonnées de l’Etat, des collectivités locales, des autorités fluviales, et des entreprises privées. L’hiver arrivera bientôt, et bloquera toute tentative d’utiliser le fleuve. Si on en reparle sérieusement, ce sera alors l’an prochain, au dégel.

RFI: Les Ukrainiens prochainement exemptés de visas Schengen

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 07/04/2017

Le Parlement européen a voté hier, 6 avril, pour libéraliser le régime de visas pour les citoyens ukrainiens. C’est une étape décisive d’un long processus. D’ici juin, environ 45 millions d’Ukrainiens devraient pouvoir se rendre dans l’espace Schengen sans visas. Pour une durée limitée, et sans droit de travailler ou de résider dans les pays de la zone. A Kiev, on crie victoire. 

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Le Président Petro Poroshenko a exulté dès qu’il a reçu la nouvelle du vote au Parlement européen. La libéralisation du régime de visas, il en avait fait un des marqueurs de ses efforts de réformes depuis la Révolution de 2014. C’est une victoire personnelle. En Ukraine, médias et réseaux sociaux ont aussi accueilli la nouvelle avec enthousiasme, comme Ioulia Biletskaya, une jeune habitante de Kiev.

Ioulia Biletskaya: C’est un grand progrès pour l’Ukraine. 

En filigrane, la satisfaction que l’Union européenne tende la main à l’Ukraine, en se montrant plus accueillante avec ses citoyens. Ce qui n’empêche pas Ioulia Biletskaya de rester pragmatique, voire prudente.

Ioulia Biletskaya: Cela ne va pas forcément arranger les conditions de voyage, cela peut même les compliquer. Les Ukrainiens ne doivent plus payer 35 euros pour demander un visa. Mais ils doivent changer leurs vieux passeports pour un passeport biométrique, et voyager avec tout un tas de pièces d’identité justificatives et de relevés bancaires. Et une fois à la frontière, ils peuvent encore se faire refuser l’entrée, au bon vouloir des douaniers. 

La libéralisation du régime de visas est une bonne nouvelle, mais elle n’est pas une fin en soi. Les Ukrainiens se retrouvent toujours confrontés à une guerre meurtrière dans l’est et à une corruption endémique. Le processus de réforme est bloqué. Et les conditions économiques difficiles restent le premier obstacle à tout plan de voyage en Europe de l’ouest, avec ou sans visas.

Sébastien Gobert – Kiev – RFI

Donbass Blockades: Quo Vadis?

Arsen Avakov kept his word. On 13th March, the Minister of Interior did send his police forces against the activists running a blockade of railroads in the area of Toretsk (former Dzerzhinsk). At least 43 armed persons were arrested on the spot. The move has sparked anger across Ukraine. Several demonstrations were organised in different cities on 13th March. Namely in Kyiv and in some Western cities. At the time of publication, a few hundred demonstrators hold a rally on Kyiv Maïdan Nezalezhnosti. 

Per say, the Donbass “blockade” that was initiated in late January has not been broken up. Police has dismantled only one camp. Three are left untouched along the frontline:

  • the crossing « Svitlanove-Shepilove » in Luhansk region,
  • a crossing near Bakhmut (former Artemivsk) in Donetsk region
  • the motorway near Karbonit in Luhansk region.

Why the sole Toretsk transportation hub has been cleared remains an open question as of now.

Watch here the video of the Sherbynyvka blockade breakup

In essence, the 13th March police intervention does not change much. Trains and trucks are blocked on some routes and continue to cross the frontline on other spots, just as it was before.

Nevertheless, the government is considering declaring a “state of emergency” in the energy sector and warns of power cuts for industries and households in a near future because of a shortage in coal. “Ekonomishna Pravda” estimates that at least 800,000 tons of coal are exported from separatist-held territories to the rest of Ukraine. The exports may amount to some 10 million tons per year.

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In any case, activists plan to extend the scope of their actions.

  • A railroad between the two countries was blocked for a few hours in Sumy oblast on 4th March.
  • A group walled the Kyiv headquarters of “Sberbank Rossiy” on 13th March in protest to the persistence of economic and financial relations between Ukraine and Russia.
  • Both actions made mere symbolic moves yet they both fall under the logics of installing a full-scale blockade with Russia and its proxy republics of Louhansk and Donetsk.
  • Blockade’s coordinator Anatoliy Vynohrodsky has warned his activists were ready to block all connections “when we’re ready”.
  • Since their first actions in late January, they have started an open conflict with the Ukrainian authorities and the President Petro Poroshenko.

To stop the “trade in blood”

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“We want to stop the “trade in blood”, a tall war veteran nicknamed “Vlad” told me on 12th February in Sherbynyvka. He is himself exiled from the separatist-held territories. Two days before, he and his companions had set up a camp by the railroad that connects government-controlled Kostyantynivka and separatist-held Yasynuvata. This installation was among the ones dismantled on 13th March. In purchasing coal and anthracite coal mined in so-called DNR and LNR, Ukraine “finances their war against us. Some oligarchs and war profiteers benefit from it”, Vlad explained.

Vlad insisted also on denouncing the “Kyiv DoubleSpeak”. That is to say:

  • In the third winter of the conflict, the Donbass war is still not called a war. It is referred to as an “Anti-Terrorist Operation”.
  • Diplomatic relations with the Russian Federation are not broken.
  • A recently adopted “plan of reintegration of occupied territories” does not point to Russia as the occupying power.
  • When it comes to the trade links between separatist-held territories and the rest of Ukraine, the government is not explicit enough on the details of the deals. Back in September 2015, former U.S. ambassador to Ukraine Geoffrey Pyatt was already calling for “transparency in coal purchases in the anti-terrorist zone and abroad”, which came as an evidence of murky deals. The continuous uncertainty surrounding these deals feeds all kind of speculations.
  • Poroshenko’s blurry policy in dealing with the war and the peace negotiations is further put under question because of the recent multiplication of peace plans. Obscure political figures have pushed their own proposals up to the Trump presidential administration, in parallel to Kyiv’s official diplomacy. It leads to confusion as to the real intentions of Petro Poroshenko, as well as to his authority to lead an efficient diplomacy.

Nonetheless, the blockades have raised questions too.

  • Vlad assured me that he was “supported by citizens and patriots”. His company was nevertheless connected to the “Donbass battalion” and the “Samopomych – Self-reliance” party.
  • MPs Semen Semenchenko and Oksana Syroid have acted as main organisers and spokespersons of the blockades.
  • “Narodniy Front – Popular Front” and “Radikalna Partiya – Radical Party” have also been active in supporting the blockades.
  • Critics believe some strong financial interests are behind the blockades, namely competitors of the oligarch Rinat Akhmetov.

Useful idiots and liars? 

One of the first arguments authorities oppose to these critics is quite a sound one: “it is naive to believe separatists will run out of weapons and ammunitions if we cut trade routes, since we all know they are supplied by Russia”, Yuriy Grimchak told me in the Ministry of Temporary Occupied Territories in Kyiv. Himself in exil from Donetsk, he is a advisor to the Minister, Vadym Chernysh.

There is no evidence that a full-scale blockade would weaken the pro-Russian and Russian forces nor that it would give local populations some incentives for reintegration with Ukraine. A similar “citizen blockade” of the border from Ukraine with Russia-annexed Crimea had last for a few months in late 2015. The peninsula residents had suffered from shortages and power cuts. Yet the blockade did not produce any sign that Crimea could ever go back to Ukraine.

The official policy of the Kyiv government is to abide by the Minsk Peace Agreements and to prepare for the reintegration of the separatist-held territories within Ukraine. In that perspective, Petro Poroshenko and his team have repeatedly opposed any form of “isolation of these territories, which de facto leads to give them as presents to Russia”. “This land is neither to take, nor to give”, he stressed in mid-February. The fact that no less than 25,000 civilians try to cross daily from one side to the other of the contact line is seen as an encouragement for reintegration. So are trade links.

It has to be noted here that the idea of a blockade has been voiced by Oleksandr Turchynov in late 2016. He is nevertheless the Secretary of the National Council of Security and Defence and a reliable collaborator of Petro Poroshenko. Such a declaration, followed by effective blockades a few weeks after, leads some analysts to believe Oleksandr Turchynov in fact supports the blockades and pursues his personal political ambitions.

Another of the authorities’ arguments is that « this trade does not finance separatists, as most of the companies selling coal to our plants are registered in Kyiv and pay taxes to us”, Yuriy Grimchak adds.

  • According to him, companies operating in so-called DNR and LNR and registered in Ukraine have paid up to 32 billion hryvnias (about 1 billion euros) of taxes in 2016. For the same year, the Ukrainian military expenses amounted to 65 billion hryvnias (about 2,2 billions euros). “These companies have financed half of our 2016 war effort!”, Yuriy Grimchak asserts.
  • Yuriy Grimchak does not take into account here that these companies automatically have to pay some kind of compensation to separatist authorities. As blockade-supporters stress, it is not thinkable that these companies could keep operating without any control from Donetsk and Luhansk. This is one of the “grey zones” surrounding the trade with so-called DNR and LNR.

Another argument that is opposed by Yuriy Grimchak and Kyiv authorities is that a full-fledge separation of separatist-held territories from Ukraine would prove impossible and dangerous.

  • When it comes to the case of water supplies, the canal “Severskiy Donets-Donbass” starts in Ukraine-held territories. It flows southwards through the city of Donetsk and ends up in the port city of Mariupol. “We could cut the water supplies to Donetsk, for sure. Yet it would also mean cutting water supplies to our Marioupol”, Yuriy Grimchak explains.

The same kind of interdependency goes for many of the energy and industrial infrastructures across the region.

  • The Schastye power plant is located on the Ukrainian side of the front line in the North of Luhansk. It supplies power to rebel-held Luhansk itself, while in turn being supplied with coal from mines in separatist-held districts of the Luhansk and Donetsk regions.
  • Steel plants such as the Enakievo Steelworks in the separatist-held Donetsk region depend on supplies of coke from the Avdiivka coke plant on Ukrainian side. Avdiivka in turn is supplied with coking coal from a mine in separatist-held Krasnodon.

According to Yuriy Grimchak, anyone who believes “in a complete separation by tomorrow is either a liar, or an idiot”. As for the activists on blockades, he considers them as “useful idiots … I mean, maybe they are no idiots. But they are definitely useful to someone”.

In late February, pro-blockade political groups failed to registered a bill “On the Occupied Territories” at the Verkhovna Rada (Parliament). The bill was meant to prohibit the trade between the separatist-territories and the rest of Ukraine. Yet their failure shows that proponents of the blockades remain a political minority.

Alternative supplies

The argument of the interdependency raises the question of the development of reform of the energy sector and the search for alternative supplies of energy. When it comes to anthracite coal, 99% of the Ukrainian consumption comes from the ATO zone, that is from non-controlled territories for the main part. The anthracite power-generating units produce about 15% of Ukraine’s electricity. Prime Minister Volodymyr Hroissman has publicly feared that, were the blockades to continue, Ukraine would loose 75,000 jobs and up to 3,5 billion dollars.

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The government has recently assured that it would have to compensate the shortages of coal from separatist-held territories with imports from Russia. As such, it seems like a good argument against the ambitions of the activists of a full-fledge separation. Yet it raises some more questions:

  • Analysts have raised suspicions over the past three years that parts of the coal mined in DNR and LNR was purchased on formal basis by Russian companies only to be further sold to Ukrainian and European consumers. If the contact line is closed to the “trade in blood”, the same coal may travel to Ukraine through different transit points.
  • Imports from Russia are not the only alternative Ukraine has, experts point out. Back in 2014-15, some coal were imported from South Africa, despite some murky details surrounding the deal. As of now, Ukraine has the possibility to import coal and anthracite coal from Australia, the U.S.A., and Vietnam.
  • Government says that attempts to set up imports based on competitive price have not been yet successful. At the same time, some experts are sceptical about the statement. A 2015 “BNE Intelligence” report had discovered that contracts of coal imports involved some offshore company based in Cyprus, as well as at least three “fictive” companies registered in the Kyiv region. Nowadays, details of energy imports to Ukraine remain suspicious to many analysts.
  • The underlying fear is that the Kyiv authorities are more keen on preserving a status quo and Rinat Akhmetov’s economic interests than to diversify energy supplies.

The search of alternative sources of energy supplies is not the only option considered.

  • A logical alternative to separatist coal may the reduction of energy consumption and the increase of energy efficiency of the whole system of production and distribution. The government is officially engaged on this path. Yet results are long to take effect as environment activists denounce.
  • The modernisation of power-generating units so as to have them running on a different type of coal or on other sources of energy such as gas or fuel. A program of modernisation was adopted back in 2015 and was supposed to be completed by summer 2017. Results are also not obvious.

The fact that Ukraine is still dependent on coal and anthracite coal mined in separatist territories causes uproar in the Ukrainian society as citizens contributed to the program of modernisation of power-generating units.

  • Tax payers were burdened with an extra 10 billion hryvnias (about 3,5 billion euros) from March 2016 onwards. According to the so-called “Rotterdam +” formula, Ukrainian consumers started paying more from March 2016. “Rotterdam +” means the price of coal at the Rotterdam port + transportation. The electricity bills were meant to include such a formula, although the coal was in fact imported from so-called DNR and LNR.
  • The extra revenues both the state and energy suppliers generated was meant to support the modernisation of power-generating units.
  • The fact that these units have not yet been modernised and adapted raises suspicions as to where the extra revenues went to.
  • According to the Ukrainian Crisis Media Center (UCMC), the suspicions run high that both state players and Rinat Akhmetov’s energy companies made huge profits on these schemes.
  • In that perspective, the UCMC calls the warnings of forced coal imports from Russia a mere “intimidation of the public opinion”.

Separatist ultimatum

On their side of the front line, separatist authorities have also reacted negatively to the blockade. The activists’ initiatives endanger the economic situation in these territories, both in terms of revenues for the local authorities and in terms of employment.

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Amid some new warmongering declarations, separatist authorities have requested the companies operating on territories they control to change their registration from Kyiv to Donetsk and Luhansk.

  • They placed some 40 companies under “external control” in late February and set a 1st March deadline for registration.
  • An an official statement by the System Capital Management (SCM) holding, owned by Rinat Akhmetov, the oligarch has refused to register his companies in separatist-held territories. Some 20 of the 40 seized companies depend on SCM, as well as some 20,000 employees.
  • Donetsk and Luhansk have since started the process of nationalisation of these companies.

The move is explained by a few factors:

  • Ukraine has been competing with Russia on the metallurgical market, so weakening Akhmetov’s positions by Russia has been just a matter of time.
  • Russia may switch from the model of funding “DPR” and “LPR” to the model of their “self-financing.” Nationalisation of these companies may be a way to increase the level of “local” revenues.
  • Russia may also be interested in energy instability in Ukraine and decline in its steel industry.
  • It may be part of a targeted attack on the economic empire of Rinat Akhmetov. His charity network of delivering humanitarian aid to the separatist-held territories have also been seized alongside his companies.

Rinat Akhmetov: An oligarch under threat? 

In this blockade issue, Rinat Akhmetov is an unavoidable actor as the developments of the situation threaten the industrial and financial networks he had managed to preserve since 2014. He remains the richest man in Ukraine despite some significant losses since the Revolution of Dignity. He has played a dubious game since, which may come to an end because of the blockades.

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According to the estimates of the investment company Dragon Capital, the SCM holding loses 5 to 10 million dollars a month because of the blockade. Were the “nationalisation” of his DNR-LNR companies to become effective, he would loose much more.

Rinat Akhmetov owns 70% of Ukrainian thermal power plants.

  • Since March 2016, Ukrainian consumers pay their bills to these plants according to the “Rotterdam +” formula.
  • Yet the plants have been using anthracite coal from so-called DNR and LNR.
  • Rinat Akhmetov has not implemented the plan of modernisation of power-generating units in his plants.
  • SCM has not made public the real purchase price for its coal. Hence speculations run high that the price of produced electricity is not justified by the price of purchased coal, which may be extremely low.
  • Some experts believe that part of this coal comes from so-called “kopanki”, that is illegal mines. Both Rinat Akhmetov and the Yanukovych “Family” had an intensive use of kopanki before the war that was meant to embezzle state subsidies and artificially raise prices.
  • It is thus fair to assume that SCM holding has made huge profits on such a scheme.
  • This has automatically been done with the government’s tolerance, if not approval.

Rinat Akhmetov’s interests and perspectives are endangered by the developments of the blockade situation.

  • On the Ukrainian side, he may be forced to finally comply with the 2015 modernisation program and to give up on his artificially-generated profits.
  • On the separatist side, he has a lot to loose when it comes to his well-integrated industrial networks.
  • A re-registration of his companies in non-recognised DNR and LNR would ruin his perspectives of export across the world.
  • His political influence on both sides of the frontline would also be endangered.
  • Although it remains to be seen whether separatists and Russians would effectively complete the nationalisation of Akhmetov’s assets. In doing so, they would need some strong financial capacities in order to ensure the paiements of salaries and the running of the plants. They would also need to secure export markets for their production.
  • Aside of the industrial assets, Rinat Akhmetov’s monopoly fixed-phone operator “Ukrtelekom” had to shut off part of its network in Donetsk oblast  on 1st March. This followed the seizure of the Donetsk offices by separatist authorities on 1st March. Some 200,000 phones went off. This is a net loss for the company.
  • The processus of nationalisation of Akhmetov’s assets, along with many other Ukrainian oligarchs’, takes also place in Russia-annexed Crimea. It remains unclear whether the oligarch obtained any compensation for his losses.

Ukrainian medias and experts question whether this may be the end of Akhmetov’s empire.

To be continued

As economist Timothy Ash states, the blockades “have developed a dynamics on their own, which may be hard to stop”.

As the police intervention on 13th March has showed, the Kyiv authorities may move to break up the blockades in the near future, as they did with the Crimea “citizen blockade” in late 2015. Yet the underlying issues remain.

  • The Ukrainian energy sector has not been effectively reformed.
  • Ukraine is still dependent – some would say « taken hostage » – on coal from separatist-held territories as well as on large financial interests such as Akhmetov’s.
  • Petro Poroshenko faces more and more domestic opposition, which questions his authority and his ability to conduct an efficient policy. Blockades’ proponents swear to take down what they describe as an “oligarchic-kleptocratic” regime, which is now the “first trade partner” of Russian-backed separatists.
  • More troubles from these protesting groups are to be expected.

RFI: Novembre morose à Kiev

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 17/11/2016

Alors que l’Ukraine s’apprête à commémorer le troisième anniversaire du début de la Révolution du Maïdan, l’ambiance est plus que morose dans le pays… Les réformes se font attendre, et les critiques contre le gouvernement se font de plus en plus acerbes… 

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Khatia Dekanoidze. Source: Wikipedia Commons

On comprend que les derniers jours ont été assez tendus, à Kiev? 

Oui, le début de semaine a été étrange, pour tout dire. Ce lundi, plusieurs manifestations ont été organisées dans le quartier gouvernemental. Un groupe protestait contre l’austérité économique. Un autre groupe était composé d’anciens épargnants qui réclamaient le remboursement de leurs épargnes perdues dans la faillite de plusieurs banques.

Beaucoup de ces participants étaient payés, et ne savaient pas exactement pourquoi ils protestaient. C’est l’OSCE, entre autres, qui l’a démontré.

Et le tout s’est déroulé dans un climat de tension. Les manifestants étaient entourés de jeunes hommes, pour beaucoup cagoulés, à l’allure menaçante. Et le dispositif policier était impressionnant. L’avenue principale de Kiev était même fermée à la circulation, par crainte d’une attaque terroriste. Les autorités craignaient ce qu’ils appellent des provocations russes. C’était donc… bizarre.

Est-ce que cela peut vraiment être une provocation russe? 

C’est impossible à affirmer, vraiment. Le fait est que les médias russes ont récemment véhiculé, sans trop de raisons, des annonces de “troisième Maïdan”, c’est-à-dire une nouvelle révolution à Kiev, qui serait elle, très radicale et violente. Mais les manifestations ont été pacifiques, et organisées par des partis ukrainiens, qui ont des préoccupations très nationales, et des critiques légitimes.

Les sacrifices demandés à la population sont énormes, par exemple sur le prix du gaz pour les ménages. Le Président a cherché à calmer le jeu lundi en annonçant des mesures d’aide. Mais beaucoup d’Ukrainiens se sentent laissés pour compte.

Et de l’autre côté, les réformes n’avancent pas, et la corruption reste endémique. Transparency International vient de publier un rapport citant l’Ukraine comme l’un des pays les plus corrompus d’Europe, juste après que les fortunes colossales des dirigeants du pays ont été rendues publiques, début novembre.

Oui, d’ailleurs, on voit que plusieurs réformateurs ont quitté leurs postes…? 

Exactement. C’était aussi ce lundi. La jeune chef des douanes d’Odessa Ioulia Marouchevska et la chef de la police nationale Khatia Dekanoidze ont démissionné. Cela doit être compris dans le contexte d’une rivalité politique entre Petro Porochenko et l’ancien gouverneur d’Odessa Mikheil Saakachvili. Elles ont dénoncé les entraves que l’ancien système opposait à leurs efforts de changement.

Cela envoie un message très négatif, sachant que la réforme de la police, c’était l’un des rares accomplissements dont pouvait se vanter le pouvoir. Et puis, dernière cerise sur le gâteau, celui qui remplace Khatia Dekanoidze, c’est un ancien combattant ultra-nationaliste lié à des groupes néo-nazis, homme de main du très controversé ministre de l’intérieur Arsen Avakov.

Bon. Il faut analyser chacun de ces évènements séparément, à froid, bien évidemment. Et il faut se rappeler que tout ne va pas mal en Ukraine. Mais voilà. Vous me demandez quelle est l’ambiance en Ukraine ce novembre. Et bien, ce début de semaine, sous une neige précoce qui plus est, ce début de semaine a été très confus, et pose beaucoup de questions.

Ecouter l’intervention ici

Mikheil Saakachvili, éternel trouble-fête de la politique ukrainienne

Version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 08/11/2016

“La région d’Odessa n’est pas seulement aux mains d’individus corrompus, mais aussi des ennemis de l’Ukraine (…) Je ne peux plus le supporter. Je démissionne”. Attendue de longue date, l’annonce du gouverneur d’Odessa Mikheil Saakachvili a néanmoins déclenché une onde de choc médiatique en Ukraine, le 7 novembre. Elle met fin à “l’expérience Odessa” qui avait intrigué l’Ukraine. Elle jette aussi l’opprobre sur l’élite politique à Kiev, et sur le Président Petro Porochenko lui-même.

“Le Président soutient personnellement deux clans à Odessa”, accuse Mikheil Saakachvili. A l’en croire, il s’agit de deux clans fondamentalement corrompus, criminels, et aux tendances pro-russes. Petro Porochenko aurait saboté son action à Odessa, et entretiendrait un système de corruption généralisé en Ukraine. Des accusations difficiles à prouver, mais qui trouvent un écho certain dans une population lassée de la lenteur des réformes et de la lutte contre la corruption.

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Mikheil Saakashvili à Shabo, octobre 2016. Crédit: Niels Ackermann / Lundi 13

Un temps un trouble-fête insatiable de l’élite post-Maïdan, l’ancien président de Géorgie avait été nommé à Odessa en mai 2015 par le Président Petro Porochenko. Une manière subtile de l’éloigner de Kiev, tout en conservant son aura de réformateur énergiques au crédit de l’exécutif. Mikheil “Misha” Saakachvili incarnait alors les espoirs de changements structurels et de lutte efficace contre la corruption. Dans ce laboratoire qu’est la région stratégique d’Odessa, son action devait reproduire les mesures radicales, à l’image des transformations qu’il avait accompli en Géorgie.

Immédiatement lancé dans une de ces cabales médiatiques dont il a le secret, Misha a ouvert de grands chantiers à Odessa: réforme de l’administration et de la police régionales, restructuration du système judiciaire, épuration des douanes, modernisation d’infrastructures, etc. A sa démission en novembre 2016, force est de constater que le bilan est mitigé. Peu de grands projets ont été concrétisés, ou en tout cas achevés.

Pour le gouverneur, le coupable est tout trouvé: Kiev lui a jeté un bâton après un autre dans les roues. La rivalité qui l’oppose à l’ancien Premier ministre Arséni Iatseniouk et à son intriguant ministre de l’intérieur, Arsen Avakov, n’est plus à démontrer. Celle qui l’a éloignée, petit à petit, de Petro Porochenko, était pendant longtemps bien plus feutrée.

Regarder: Dispute au verre d’eau entre Mikheil Saakachvili et Arsen Avakov

Les dissensions étaient devenues évidentes lors de la campagne municipale d’octobre 2015, quand le parti présidentiel avait soutenu indirectement la réélection d’Hennadiy Troukhanov, personnalité intimement liée au crime organisé local. “Saakachvili était censé jouer le rôle de relais du parti de Porochenko. C’était l’accord tacite derrière sa nomination”, explique le député et ancien journaliste d’investigation Serhiy Leshchenko. “Saakachvili a refusé, en particulier de coopérer avec Ihor Kononenko et Oleksandr Hranovski, les deux bras droits du Président. A partir de là, Porochenko lui a retiré son soutien”.

S’est ensuivi un délitement progressif de l’équipe de Mikheil Saakachvili, marqué par le départ de certains de ses membres (Sasha Borovik), le manque d’intérêt d’autres (Maria Gaïdar), et les insinuations du gouverneur sur son retour possible en Géorgie, à la faveur d’une victoire de son parti aux élections législatives d’octobre. Un succès électoral lui aurait assuré un retour triomphal à Tbilissi, après qu’un Parlement loyal eut annulé les multiples procédures judiciaires dont il est la cible.

A Odessa, l’équipe du gouverneur s’est livrée pendant les derniers mois à des tentatives de coopération avec le maire Troukhanov. Ces dernières interactions ont mis en lumière une loi incontournable: tout, à Odessa, se décide et se réalise à travers les clans locaux. La municipalité aurait visiblement noué une relation malsaine de dépendance: autoriser certains projets pour permettre au gouverneur de rester actif, et bloquer la plupart pour le maintenir sous contrôle. Dans le même temps, l’exécutif à Kiev lui reniait de plus en plus de marge de manoeuvre. Misha ne réussit même pas à s’assurer l’organisation de l’Eurovision 2017, malgré une sérieuse candidature.

En savoir plus: « The Education of Mikheil Saakashvili » sur Foreign Policy

Une situation dont Misha ne pouvait s’accoutumer éternellement. Sa démission était une simple question de temps, probablement retenue avant les résultats des élections en Géorgie. Pour Serhiy Leshchenko, c’est là une “continuation logique” de l’éviction des réformateurs des hautes sphères de l’Etat. Ceux-ci, très présents en 2014 et 2015, ont été les premières victimes d’une longue crise politique qui a paralysé la gouvernance nationale au début 2016. “L’expérience Odessa” est belle est bien avortée. L’annonce du 7 novembre a d’ailleurs été précédée de peu par celle du chef de la police régionale, Giorgi Lortkipanidze, ancien ministre de l’intérieur géorgien. Seules restent en place quelques figures secondaires, telles que la chef des douanes Ioulia Marouchevska.

Face aux accusations portées contre le chef de l’Etat, l’administration présidentielle s’est contentée de publier un communiqué laconique, indiquant que Petro Porochenko signera la démission de Mikheil Saakachvili si celle-ci lui est transmise par le gouvernement. Sans regrets ni remerciements.

En Ukraine et ailleurs, les adversaires de Mikheil Saakachvili exultent. Adrian Karatnicky, lobbyiste américain, opposant farouche de l’ancien Président géorgien, met sa démission sur le compte de “son incapacité à produire des résultats à Odessa”. A travers le site “mishagate.org » et de nombreux articles et interventions publiques, il met l’accent sur les échecs de Mikheil Saakachvili, et les abus de pouvoir dont il est accusé en Géorgie. “L’homme le plus répugnant du monde s’en prend désormais à son patron, Petro Porochenko, pour justifier ses erreurs (…) Il a été rejeté en Géorgie, c’est maintenant au tour des Ukrainiens de réaliser à quel point ce réformateur de pacotille est dangereux”.

Adrian Karatnicky n’est pas le seul à être aussi vindicatif. La plupart des représentants des partis de gouvernement ont depuis longtemps pris leurs distances avec Mikheil Saakachvili, l’accusant de populisme, d’incohérence, de délires de grandeur, voire d’abus de pouvoir et de corruption. L’étoile Misha a perdu de sa splendeur, depuis ses discours enflammés sur la scène du Maïdan. Mais il conserve une certaine popularité en Ukraine, auprès d’une population désabusée. Il a été prompt à dénoncer les fastes d’une élite corrompue, qui affiche dans ses déclarations en ligne des fortunes colossales, en opposition “aux retraités qui quémandent leurs derniers kopecks les mains tremblantes pour éviter de mourir de faim”. Des accents mélodramatiques qui s’adressent à un public précarisé par ces dernières années de crise économique.

“C’est la bonne décision dans le contexte actuel”, commente Davit Sakvarelidze, lui aussi Géorgien, ancien vice-Procureur général d’Ukraine. “Il reste tout à faire, et je peux vous assurer qu’il ne va pas quitter l’Ukraine”. En déplacement à Shabo, dans le sud de la région d’Odessa, en octobre, Misha répétait à qui voulait l’entendre son ambition de « tout changer à Kiev, de faire table rase ». Et d’annoncer, dans son discours de démission, le début d’une « nouvelle phase de lutte politique”. Une vidéo de promotion de son bilan de gouverneur, postée sur Youtube quelques heures après sa démission, laisse penser que l’homme s’imagine en effet un avenir en Ukraine.

Ses soutiens se font néanmoins rares. Une tentative de lancer son propre parti politique “Khvilia – Vague”, au cours de l’été, n’avait débouché sur rien de concret. Une partie conséquente de jeunes réformateurs, dont Serhiy Leshchenko, avait préféré s’allier au parti chrétien-démocrate “DemAllianc”. Une nouvelle tentative pourrait avoir lieu en février 2017, selon la député Nataliya Novak, du Bloc de Petro Porochenko.

D’une manière ou d’une autre, Mikheil Saakachvili semble déterminé à bousculer, toujours un peu plus, le jeu politique ukrainien, et à entretenir le battage médiatique autour de sa personne. Dans cette perspective, le choix du 7 novembre pour l’annonce de sa candidature pose question. A un jour d’un scrutin présidentiel historique aux Etats-Unis, qui peut s’intéresser, au-delà de l’Ukraine, à la démission du gouverneur d’Odessa? Misha a-t-il perdu le sens de la communication, jusqu’ici maîtrisée avec brio? Ou bien a-t-il été précipité dans sa décision par quelque sorte de pression? Dans ce cas, est-il réellement, après sa démission, l’homme libre qu’il prétend être?

Le Monde Diplomatique: Découvrir « Génération Maïdan. Vivre la crise ukrainienne »

Note de lecture publiée dans Le Monde Diplomatique, édition de Novembre 2016

Génération Maïdan. Vivre la crise ukrainienne, de Ioulia Shukan

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« Sentir les effets de la grande histoire sur des êtres ordinaires. »Partie prenante de la révolte à Kiev qui mit en fuite le président Viktor Ianoukovich en février 2014, observatrice de son basculement dans la guerre, Ioulia Shukan s’intéresse à l’irruption de la violence dans le quotidien : celui des manifestants qui, à la suite des fractions les plus nationalistes, font le choix de la résistance armée à mesure que la répression se durcit ; celui des personnes déplacées fuyant le conflit de l’est du pays ; celui des bénévoles organisant l’aide humanitaire d’urgence. Loin des cénacles de la politique, cette chercheuse franco-biélorusse rapporte leurs espoirs et leurs peurs, et met au jour les causes profondes des changements. Corruption endémique, autoritarisme, déliquescence des pouvoirs publics expliquent mieux la contestation que les clivages ethnolinguistiques, souvent exagérés par les médias. Son empathie nous place au cœur des événements tels qu’ils ont été vécus par les partisans de la « révolution de la dignité ». On ne peut que regretter qu’elle ne se livre pas au même travail d’analyse pour « l’autre camp ».

LLB: Le bling-bling ukrainien mis en ligne

Article publié dans La Libre Belgique, le 01/11/2016

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Mejihyria, résidence somptueuse du Président déchu Viktor Ianoukovitch. Symbole de la corruption, ou résidence standard des dirigeants ukrainiens? 

Qui n’a pas encore son billet pour l’espace, ou son église privée? Qui a les montres les plus chères? Qui a accumulé la plus haute montagne d’argent en liquide dans son salon? Quelques 50.000 hauts responsables ukrainiens ont eu jusqu’au 31 octobre pour rendre public leurs patrimoines sur le site de l’Agence nationale pour la Prévention de la Corruption. Les déclarations de ces représentants de l’Etat sont désormais en libre consultation: elles s’apparentent à un concours d’opulence et de bling-bling.

Un député déclare ainsi posséder 95 appartements. Un autre révèle des collections inestimables d’art religieux. Un autre est l’heureux propriétaire d’une église privée. L’un des plus extravagants est le maire de Dnipro, Boris Filatov. Il possède, entre autres, un hélicoptère, des voitures de collection, un yacht, un assortiment d’art japonais, et un billet pour l’espace à bord des navettes “Virgin Galactic”.

Quasiment tous les déclarants, du Président Petro Porochenko aux ministres, en passant par les députés et hauts fonctionnaires, divulguent des voitures de luxe et des montres haut de gamme, ainsi que des quantités astronomiques d’argent en liquide. Les 15 ministres du gouvernement actuel détiendraient ainsi une valeur combinée de plus de 6,7 millions d’euros en cash.

L’initiative, soutenue par l’UE, le FMI et la société civile dans le cadre de la lutte contre une corruption toujours endémique “est un système remarquable qui marque une rupture fondamentale avec la corruption, insiste Anders Fogh Rasmussen ancien Secrétaire Général de l’OTAN et conseiller du Président Petro Porochenko. “Ce système va bien plus loin que de nombreux pays occidentaux”.

Reste que, dans un pays frappé par une grave crise économique, où le salaire moyen officiel stagne à moins de 200 euros par mois, les médias et les réseaux sociaux ne décolèrent pas. “Il faudrait maintenant présenter un député ou ministre en citant pas son âge ou son parti, mais plutôt sa fortune”, ironise le blogueur populaire Roman Shrayk. “Ca donnera: ‘Mikhaylo Petrov (17 voitures de luxe) propose d’augmenter les prix du gaz’, ou encore ‘Olha Vasyliouk (53 manteaux de fourrure) dénonce l’appauvrissement des travailleurs…’”

En filigrane, la certitude largement répandue que la plupart de ces fortunes ont été amassées par des moyens illégaux, voire criminels. De nombreux élus et fonctionnaires de longue date, sans liens apparents avec le monde des affaires, perçoivent depuis des années des traitements de l’Etat particulièrement maigres. Ce qui ne les empêche pas de déclarer montres, voitures et appartements, enregistrés, de manière commode, aux noms de leurs conjoints.

“Les organes anti-corruption, assistés de la société civile, doivent désormais examiner de près chaque cas”, insiste la journaliste d’investigation Ioulia Mendel”, afin de punir les vols et le népotisme”. Et la jeune femme de mettre en garde à ne pas se concentrer uniquement sur ces déclarations en ligne, pour certaines ouvertement faussées: “le modus vivendi de ces consommateurs maladifs, de ces voleurs pathologiques – nos dirigeants – doit nous assurer d’une chose: ils ne nous ont pas tout dit”.