Le Journal de l’Aviation: L’An-178, petit dernier du constructeur Antonov, fait son roll-out

Article publié dans Le Journal de l’Aviation, le 21/04/2015. Travail photo collectif d’Atilla Karasu et Niels Ackermann

Entouré de Cosaques en costumes de cérémonie, l’An-178 a effectué son roll-out, le 16 avril. L’appareil a quitté son hangar géant de l’usine de construction Antonov à Kiev, entouré par une foule enthousiaste. A l’ombre des ailes hautes, caractéristiques des design Antonov, des milliers d’employés de l’avionneur ont reçu les félicitations du maire de la capitale ukrainienne, l’ancien champion de boxe Vitaliy Klitschko. Lui a salué un « grand jour pour l’industrie aéronautique ukrainienne ». Mais la présentation de l’An-178 est avant tout une chance pour Antonov de surmonter son marasme.

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Libération: Urbanisme, Klitschko monte au créneau

Article publié dans Libération, le 20/03/2014

Maidan Nezalezhnosti, Kyiv, 20th February 2014
Maidan Nezalezhnosti, Kyiv, 20th February 2014

«A Kiev, la rue est une aventure en soi…» L’architecte Victor Zotov se veut ironique, mais il ne cache pas sa frustration. Marcher dans le centre de la capitale ukrainienne signifie slalomer entre d’énormes voitures stationnées sur les trottoirs, des kiosques plantés de manière anarchique et des trous dans le bitume. Si on ajoute à cela, en hiver, des trottoirs verglacés, peu ou pas déneigés, l’aventure est effectivement au coin de la rue. «C’est une ville de 3 millions d’habitants qui a été pensée selon une idée de grandeur soviétique, pour l’automobile. Pas pour …

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P@ges Europe: Législatives ukrainiennes; Vraie évolution ou Fausse révolution?

Article publié sur le site de P@ges Europe (La Documentation Française), le 01/10/2014

Façade principale de la Verkhovna Rada, Kiev. Septembre 2014.
Façade principale de la Verkhovna Rada, Kiev. Septembre 2014.

Alors que la situation demeure incertaine dans l’est du pays, l’Ukraine entre en campagne électorale pour renouveler son Parlement, une des revendications majeures de la révolution de l’EuroMaïdan de l’hiver 2013-2014. Le scrutin du 26 octobre 2014 est néanmoins à haut risque, parce que le pays souffre de multiples crises mais aussi parce que beaucoup redoutent de nouvelles divisions et querelles politiciennes. Et un renouvellement effectif des élites est loin d’être garanti.

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LLB: Tout sera bon pour se chauffer cet hiver en Ukraine

Article publié dans La Libre Belgique, le 29/09/2014

Oleksandr Gerasymenko devant le système de chauffage qu'il a lui-même construit.  Shpytki, 28/09/2014
Oleksandr Gerasymenko devant le système de chauffage qu’il a lui-même construit.
Shpytki, 28/09/2014

Moscou ayant coupé le gaz, les Ukrainiens repensent leur consommation d’énergie. La ville de Kiev, comme le reste de l’Ukraine, multiplie les restrictions énergétiques depuis que les livraisons de gaz russe se sont taries, le 16 juin, officiellement pour cause de dette impayée. Pendant l’hiver 2013-2014, l’Ukraine avait consommé 36 milliards de mètres cubes de gaz, sur lequel repose l’essentiel de son système de chauffage, de même que son tissu économique. Malgré des réserves souterraines et quelques gisements en cours d’exploitation, le déficit pourrait atteindre 8 milliards de mètres cubes de gaz jusqu’au printemps.

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Petro Porochenko: le président gagnant d’un pays perdant

Analyse, publiée le 18/09/2014.

Les idées et positions présentées dans ce texte n’engagent que son auteur.

Pourquoi cette paix ? Les votes de la Verkhovna Rada (Parlement), le 16 septembre, brandis comme « historiques » par les partisans de Petro Porochenko, posent bien plus de questions qu’ils n’en résolvent. Ils donnent presque l’impression que la guerre du Donbass, meurtrière et coûteuse, a été menée pour rien. Personne ne peut sérieusement croire que cette amnistie aveugle ou ce « statut spécial » d’autonomie bancal peuvent encourager une quelconque réconciliation nationale. Personne à part entière. Mais si les lois du 16 septembre sont porteurs de problèmes évidents pour l’avenir de l’Ukraine, ils ne représentent en fait qu’une série d’avantages pour le chef de l’Etat.

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Avec les lois du 16 septembre, Petro Porochenko se fait faiseur de paix. Les coûts de la guerre étaient considérables. Déjà plus de 3000 morts, civils et militaires. Des centaines de milliers de personnes déplacées. Près de 80 millions de hryvnias par jour de dépenses pour les opérations militaires, selon le premier ministre Arseniy Iatseniouk. Un agenda politique paralysé. Une colère citoyenne qui gronde, en particulier dans le centre et l’ouest du pays. Il fallait en terminer avec la guerre, au moins provisoirement. Il est encore trop tôt pour parler d’une paix durable. Le cessez-le-feu en vigueur depuis le 5 septembre reste plus fragile que jamais. Mais avec ces lois, Petro Porochenko s’impose comme celui qui refuse le bain de sang. Parle-t-on de défaite, d’humiliation, de trahison, de capitulation ? La réponse est toute trouvée: il n’avait pas le choix. Ce qui est d’ailleurs le propre d’une capitulation. Il fallait le faire, il l’a fait. Selon un sondage du « Socis Center for Social and Marketing Research », 62,9% des Ukrainiens lui font confiance, pleinement ou partiellement.

Faiseur de paix, et généreux de surcroît. Il donne tout aux zones rebelles : la langue russe; le gouvernement de leur choix; des relations rapprochées avec la Russie selon leur bon vouloir; leurs juges; leurs procureurs; leur police. Petro Porochenko est même prêt à débloquer des financements publics, afin de reconstruire la région dévastée. Si le plan de paix ne conduit, à terme, ni à une paix durable, ni à une Ukraine unie, cela ne pourra pas être reproché au président : il aura donné tout ce qu’il était possible de donner. Et si les insurgés ne prennent pas l’argent ukrainien sous prétexte que cela serait assorti de la conclusion d’un programme de partenariat et d’assistance avec des ministères à Kyiv, cela sera bien la faute des seules autorités séparatistes.

Qu’importe les conditions de cette paix, Petro Porochenko se porte garant de la suspension des combats. Si les rebelles, la Russie, ou les deux, décident de rompre le cessez-le-feu, la supériorité morale du président sera intacte. De même si les bataillons volontaires pro-ukrainiens tels que « Aidar » ou « Azov », ouvertement critiques du gouvernement à Kyiv, en viennent à reprendre les armes. Ils seront probablement seuls dans la lutte. Il sera facile de justifier leur abandon, comme cela avait été le cas pour le bataillon « Donbass », quasiment décimé pendant la bataille d’Ilovaisk.

Avec ce statut spécial, qui abandonne de facto toute prétention de Kyiv sur Donetsk, c’est le Donbass ukrainien, région à problème, qui est écarté de la vie politique ukrainienne. Le bassin minier était en déclin perpétuel et pompait de plus en plus de subventions d’Etat pour produire du charbon de qualité décroissante. La région, ouvertement russophile, s’est revendiquée ukrainienne depuis 1991. Mais elle portait de plus en plus une vision de l’idée nationale diamétralement opposée à celles d’autres régions du pays, telles que la Galicie ou Kyiv. Sans le Donbass, désormais livré à lui-même, c’est certes une partie de l’Ukraine moderne qui disparaît. Mais une partie qui en demandait trop. Il en va d’ailleurs de même pour la péninsule de Crimée.

Un Donbass dévasté, ruiné et rejeté dans les limbes de ce qui devrait s’affirmer comme un nouveau « conflit gelé », cela marque aussi la fin du « clan de Donetsk », qui avait conquis la scène politique ukrainienne à partir de la fin des années 1990. Victor Ianoukovitch, Mykola Azarov et nombre de leurs associés sont en disgrâce. L’essentiel des avoirs de Rinat Akhmetov, en exil à Kyiv, n’étaient plus localisés dans le Donbass depuis longtemps. Il garde donc la tête hors de l’eau mais perd sa mainmise sur les ressources minières et les centrales énergétiques de l’est ukrainien. L’actuel gouverneur de Donetsk, l’oligarque Serhiy Tarouta, se trouve lui très mal en point en raison de la nouvelle frontière qui défigure la région. Après avoir géré sa région avec dédain et mollesse depuis le printemps, c’est probablement la perspective de se voir ruiné qui a motivé ses commentaires outragés, le 16 septembre au soir. Selon lui, la population du Donbass se sent « violée » par l’adoption de ce statut spécial. « Oui à des concessions », a-t-il déclaré, « mais pas à n’importe quel prix ». Une protestation qui vient trop tard de la part d’un gouverneur-pantin, incompétent depuis sa prise de fonction.

Il semble certain que l’Ukraine devra faire face à de nombreux problèmes venus du Donbass dans les années à venir. Mais du point de vue politique, Kyiv semble s’être débarrassé des « gens de Donetsk » une bonne fois pour toute. D’ailleurs, le Parti des Régions ne participera pas aux élections législatives du 26 octobre prochain. Et « Ukraine Forte », le parti de Serhiy Tihipko, ne dépassera vraisemblablement la barre des 5% requis pour entrer à la Verkhovna Rada.

Avec un nouveau conflit gelé, sans conclusion formelle d’un armistice ou d’un accord de paix, Petro Porochenko a à sa disposition un moyen de pression redoutable en cas de coup dur: il peut toujours faire jouer la menace d’une déstabilisation du reste du pays, voire d’une invasion russe, pour justifier d’autres projets politiques et économiques. Il répète d’ailleurs à qui veut l’entendre qu’il compte faire de l’industrie militaire un des moteurs de la reprise économique. Les liens entre l’équipe au pouvoir et les grands industriels de l’armement seront ainsi à observer de près pendant les prochaines années.

De même, il est difficile de croire que le report de l’établissement de la zone de libre-échange avec l’Union européenne à la fin 2015, au plus tôt, soit dicté par les seules pressions russes. L’Ukraine est déjà en état de guerre économique, commerciale, énergétique, politique et militaire avec le « grand frère ». Le PIB devrait chuter d’au moins 10% en 2014. Aussi l’Ukraine n’avait, pour ainsi dire, rien à perdre, mais plutôt tout à gagner à libéraliser les échanges avec l’UE le plus vite possible. La décision présidentielle revient probablement à rassurer les oligarques ralliés à la cause, tels que Victor Pinchouk ou Ihor Kolomoisky; et à s’assurer de la fidélité d’autres, tels que Rinat Akhmetov. Petro Porochenko assure que les réformes préconisées par les 1200 pages de l’Accord d’Association commenceront à voir le jour « à la minute-même de la ratification de l’Accord », c’est-à-dire le 16 septembre. Quels seront les domaines les plus touchés? Quelles réformes traîneront en longueur? Là encore, les liens entre l’équipe au pouvoir et les cercles d’affaires ukrainiens sont à observer de près.

S’il y a bien un vainqueur de cette guerre du Donbass, hormis, à une autre échelle, Vladimir Poutine, c’est bien Petro Porochenko. Reste à voir s’il peut effectivement transformer l’essai et en faire le le marqueur de son mandat. Les résultats des élections législatives à venir constitueront un test crucial: si son parti, le « Bloc de Petro Porochenko », s’impose comme une majorité confortable, l’autorité présidentielle s’en verra confortée. Mais les scores combinés d’autres formations, critiques des lois du 16 septembre, (« Front Populaire » d’Arseniy Iatseniouk, « Parti Radical » d’Oleh Lyachko, « Patrie » de Ioulia Timochenko ou encore « Position Civile » d’Anatoliy Hritsenko et Vasyl Hatsko) pourraient rendre la Verkhovna Rada ingouvernable et remettre en cause « le statut spécial » des territoires rebelles.

Le respect effectif du cessez-le-feu, ou encore la stabilité continue d’autres régions visées par le concept russe de « NovoRossiya » sont autant de conditions supplémentaires à un succès de long-terme. D’un point de vue politique et militaire, mais aussi du point de vue de la société civile ukrainienne. Moins d’un an après l’amorce de la révolution de l’EuroMaïdan, celle-ci a pris goût à la contestation. L’abandon sans coup férir de la Crimée avait été accepté comme un gage de paix et de stabilité pour le reste du pays. Jusqu’aux premières explosions de violence dans l’est, quelques semaines plus tard. Si les Ukrainiens acceptent la « capitulation » du 16 septembre pour constater que Kharkiv ou Odessa se retrouvent, à leur tour, déstabilisés quelques semaines après, il est fort peu probable que Petro Porochenko puisse continuer à parler d’un quelconque plan de paix.

RSE: Ukraine, l’hiver à l’eau froide.

Brève publiée sur le site de Regard sur l’Est, le 13/09/2014

A l’approche de l’hiver, l’Ukraine connaîtrait-elle une sorte de «retour vers le futur»? Dans les différentes régions du pays, les annonces se multiplient de coupures d’eau chaude et d’électricité. Ces dernières pourraient devenir systématiques, matins et soirs, dans certaines grandes villes telles que Lviv. Des restrictions qui rappellent les dernières années de l’Union soviétique et les premières années de l’indépendance ukrainienne, quand les pénuries étaient généralisées. Cette année, les privations relèvent moins de la dislocation d’un système énergétique vieillissant et centralisé que d’une logique de survie. Il s’agit de passer l’hiver sans approvisionnements de gaz russe, taris depuis le 16 juin 2014. Officiellement, pour cause de dette impayée.

Les achats de chauffe-eau individuels se sont multipliés en Ukraine.
Les achats de chauffe-eau individuels se sont multipliés en Ukraine.

Un «régime d’économies de gaz», décidé par le gouvernement, est entré en vigueur le 1er août. Il fixe comme objectif des réductions de 30% de consommation de gaz pour les entreprises et les municipalités. Les utilisateurs bénéficiant de financements d’Etat, tels qu’hôpitaux et écoles, se doivent de réduire leur consommation de 10%. Dans les oblasts (régions) de Lviv et Ivano-Frankivsk, les pouvoirs publics ont d’ores et déjà annoncé la fermeture des écoles régionales pendant les mois de décembre et janvier, afin de ne pas avoir à chauffer les bâtiments.

Chaque année, la saison de chauffage dure du 15 octobre au 15 avril, à quelques semaines près, en fonction des températures. Pendant la saison 2013-14, l’Ukraine avait consommé 36 milliards de mètres cubes de gaz (pour une consommation annuelle d’environ 50,5 milliards de mètres cubes). Alors que la saison froide approche, ce sont 16-17 milliards de mètres cubes de gaz qui sont stockés dans des réservoirs souterrains du pays. S’y ajouteront environ 12 milliards de mètres cubes, qui sont généralement extraits des gisements nationaux pendant cette période. Le pays accuserait ainsi un déficit d’environ 7-8 milliards de mètres cubes de gaz. Les besoins ne pourront pas être comblés par la production de charbon. A cause de la guerre qui fait rage dans le bassin minier du Donbass, l’Ukraine a dû négocier des importations de charbon, par exemple d’Afrique du sud. «C’est la première fois en deux décennies» que l’Ukraine doit importer du charbon en grande quantité, a déploré le Premier ministre Arseniy Iatseniouk, le 13 septembre.

De nombreuses mesures de diversification des approvisionnements ont été concoctées en urgence, telles que des livraisons de gaz en provenance de Hongrie, de Slovaquie et d’Allemagne, à travers la Pologne. Du gaz initialement acheté à la Russie, qui voit d’un très mauvais œil le contournement de ses sanctions. Le 11 septembre, la Pologne s’est plainte d’une réduction d’environ 45% des approvisionnements russes. Aussi la viabilité de ces sources alternatives demeure incertaine.

En Ukraine, la consommation de bois ou de biomasse est aussi envisagée à des fins de chauffage. Selon la ministre du Développement régional, Natalyia Khotsianovska, 27 millions de tonnes de biomasse sont prêts à l’emploi, et pourraient réduire la demande de gaz naturel d’environ 18%.

Face à la déliquescence majeure de la plupart des infrastructures de cet Etat post-soviétique, de multiples projets sont avancés pour augmenter l’efficacité énergétique, en particulier des bâtiments. Par exemple, le Japon a proposé son soutien technologique pour renforcer l’isolation et la productivité énergétique des centrales au gaz. Des projets qui s’étaleraient sur plusieurs années avant de produire des résultats tangibles. Face à l’urgence de l’hiver qui approche, c’est avant tout la nécessité de réduire la consommation d’énergie qui s’est imposée dans le programme du gouvernement.

«Nous devons réduire la consommation d’au moins 6 milliards de mètres cubes», explique Adrniy Kobolev, président de la compagnie d’Etat Naftogaz Ukrainy. «Dans le seul domaine des services publics, le potentiel d’économies est d’au moins 4 milliards de mètres cubes par an».

Source: http://energy-evolution.wix.com
Source: http://energy-evolution.wix.com

L’hiver qui approche s’annonce ainsi comme une nouvelle révolution, alors que la générosité du système de chauffage central, hérité de l’ère soviétique, avait rendu banal le fait de passer l’hiver dans des logements surchauffés, en tee-shirt et les fenêtres ouvertes. Dans les supermarchés du pays se livrent désormais des courses effrénées pour se procurer des chauffe-eau ou des petits radiateurs électriques. Les autorités nationales, régionales et municipales mènent diverses campagnes de sensibilisation aux économies d’énergie. Isoler portes et fenêtres, acheter des vêtements en textiles naturels, utiliser les balcons comme réfrigérateurs ou repeindre les radiateurs individuels, traditionnellement blancs, en couleur foncée, marron ou rouge, deviennent ainsi des comportements exemplaires.

Exemplaires et patriotiques. «Chaque mètre cube de gaz brûlé de manière économique, chaque litre d’eau chaude non-utilisé sont un pas de plus vers l’indépendance énergétique de l’Ukraine», a ainsi expliqué le vice-Premier ministre Volodymyr Hroïsman. Une campagne baptisée «Indépendance énergétique» a été lancée sur Internet (http://energy-evolution.wix.com), relayée dans les médias. Des affiches et dépliants y expliquent, grâce à dessins et schémas, que toute réduction de la consommation d’énergie renforce l’indépendance du pays. A l’inverse, toute consommation, excessive ou non, vient engraisser la Russie, symbolisée par des chars d’assaut, une bombe à retardement ou encore une « matriochka », poupée russe montrant des dents menaçantes.

Source: http://energy-evolution.wix.com
Source: http://energy-evolution.wix.com

Un des enjeux de l’hiver sera aussi de prévenir les surcharges du réseau électrique, qui sera d’autant plus sollicité par l’utilisation accrue de chauffages et chauffe-eau électriques. Des mesures d’économie sont aussi proposées dans ce domaine: débrancher téléviseurs et ordinateurs au lieu de les laisser en veille, ne cuisiner que des plats simples et rapides à préparer ou encore éteindre la lumière dans les pièces que l’on quitte… Des mesures révolutionnaires dans un pays en ébullition depuis près d’un an. «Nous avons des problèmes colossaux, mais aussi des opportunités considérables», conclut le Premier ministre Arseniy Iatseniouk.

Libération: « Il faut un « reset » du pouvoir en Ukraine »

Article publié dans Libération, le 23/06/2014

Alors que les militants nationalistes et le Comité de lustration exigent une épuration radicale «à la géorgienne», les autorités tergiversent.

Des militants de l'EuroMaidan piétinent un parterre de photos de députés du Parti des Régions et du parti communiste, le 17 juin 2014.  Photo: AFP
Des militants de l’EuroMaidan piétinent un parterre de photos de députés du Parti des Régions et du parti communiste, le 17 juin 2014.
Photo: AFP

On est loin des rassemblements de plusieurs centaines de milliers de personnes de l’Euromaidan mais les cris de «honte !» et de «dehors les bandits !» résonnent toujours ici et là, à travers les rues de la capitale de l’Ukraine. Le 17 juin, le procureur général avait organisé une conférence de presse pour promouvoir ses efforts en matière de lutte anticorruption. Au lieu de cela, il a dû faire face à une centaine de manifestants, pour la plupart membres du parti ultranationaliste Praviy Sektor («secteur droit»). Sous le soleil de juin, sans arme ni violence, ils réclamaient la démission d’un haut responsable et l’ouverture d’enquêtes sur d’autres employés. En un mot : l’épuration. «Le bureau du procureur général est de fait l’institution la plus conservatrice du pays. Nous devons rénover le système judiciaire, et il est incroyable que cela n’ait pas encore commencé après la révolution, expliquait Igor Mazur, chef de la section kiévienne de Praviy Sektor. Le nouveau procureur général, Oleh Makhnitskyi, est pourtant un membre de Svoboda, un autre parti nationaliste qui a fait du nettoyage du système une priorité… Si cela ne commence pas maintenant, cela ne sera jamais fait.»

Au même moment, une autre manifestation était organisée aux abords de la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien. Une centaine de personnes y exigeaient la dissolution de la Chambre et le renouvellement des députés par des élections anticipées.

Le lendemain au soir, une enquête était ouverte contre le procureur général de Kiev, Mykola Herasymyuk. Deux de ses collaborateurs étaient suspendus de leurs fonctions. Ce même 18 juin, quatre des groupes parlementaires les plus importants déposaient une résolution appelant à la dissolution de la Chambre, après y avoir été officiellement encouragés par le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko. Deux victoires apparentes pour les militants.

«Crachat». Et pourtant, dans le même temps, était annoncé le retour à la Cour constitutionnelle de Vyacheslav Ovcharenko, un des principaux «juges de Ianoukovitch», l’ancien président déchu. «Un crachat au visage de l’Euromaidan», a immédiatement commenté Oleksandr Bilous, membre de l’association du «Paquet pour la réactivation des réformes». La dissolution de l’Assemblée, en outre, est loin d’être acquise : «Au moins 187 députés affiliés au Parti des régions [la formation prorusse de l’ex-président Ianoukovitch, ndlr] bloquent le processus et négocient des privilèges», admet Valeriy Patskan, député du parti Oudar («coup-de-poing») de l’ancien boxeur Vitali Klitschko.

«Il faut être vigilant à chaque étape. Victor Ianoukovitch est parti, mais le système Ianoukovitch continue à fonctionner, estime Iegor Sobolev, à la tête du Comité de lustration, une autre association créée fin février par le Conseil de l’Euromaidan. A l’heure actuelle, cinq projets de loi sur l’épuration ont été lancés. Le dernier, nous l’avons fait très détaillé, et déposé directement auprès de l’administration présidentielle, pour que Petro Porochenko n’ait qu’à le lire et à utiliser son influence politique pour le faire passer au Parlement ukrainien. Pour l’instant, nous n’avons reçu aucune réponse.»

Autour de Iegor Sobolev, l’agitation est constante. Installé au dernier étage d’un bel immeuble du centre-ville, à deux minutes de marche de la Verkhovna Rada et de l’administration présidentielle, le Comité de lustration partage ses locaux avec le Paquet pour la réactivation des réformes. Dans les couloirs ne cessent d’apparaître les visages des militants civiques et journalistes les plus actifs et les plus célèbres du pays, opposants de la première heure de la dérive autoritaire de l’ancien régime. Sur instruction du Conseil de l’Euromaidan, le gouvernement était censé, fin février, adopter un statut spécial pour le Comité de lustration, qui lui conférerait une certaine autorité vis-à-vis des institutions d’Etat. Au 23 juin, il n’en était rien.

«Sabotage». «Nous demandons un reset du pouvoir, explique Iegor Sobolev. Il y a certes des fonctionnaires intègres, voire honnêtes, mais ils ne peuvent pas travailler honnêtement dans un tel système. Un système pléthorique, sous-payé, qui ne peut qu’encourager la corruption.» Dans son collimateur, entre autres : 8 000 juges, 350 000 policiers, 30 000 agents des services de sécurité (le SBU, héritier du KGB soviétique). Au-delà des accusations de corruption, d’abus de pouvoir et même de «sabotage» dans le contexte de la guerre qui se livre dans l’est du pays, une purge semble nécessaire pour les militants de l’Euromaidan. Selon les recommandations du Comité de lustration, les charges publiques devraient être interdites aux membres du Parti communiste et aux anciens membres du KGB.

La tentation d’une révolution «à la géorgienne» est forte, qui consisterait à renvoyer quasiment du jour au lendemain la plupart des fonctionnaires les plus corrompus, réformer les modes de recrutement, augmenter les salaires publics et alourdir les sanctions pénales pour prévenir les abus. Les attentes sont fortes, d’autant que Kakha Bendukidze, chef d’orchestre de l’épuration géorgienne, vient d’emménager à Kiev en tant que conseiller spécial de Petro Porochenko. «Il y a évidemment des différences d’échelle, et le nouveau système géorgien n’est pas parfait», précise Iegor Sobolev. «Mais nous ne sommes pas bornés. Il y a des bons exemples à suivre en Pologne, en République tchèque… Même l’expérience de la Révolution française est intéressante à observer. Bien sûr, la guillotine ne sera pas nécessaire ici», conclut-il dans un rire.