Le Monde Diplomatique: Découvrir « Génération Maïdan. Vivre la crise ukrainienne »

Note de lecture publiée dans Le Monde Diplomatique, édition de Novembre 2016

Génération Maïdan. Vivre la crise ukrainienne, de Ioulia Shukan

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« Sentir les effets de la grande histoire sur des êtres ordinaires. »Partie prenante de la révolte à Kiev qui mit en fuite le président Viktor Ianoukovich en février 2014, observatrice de son basculement dans la guerre, Ioulia Shukan s’intéresse à l’irruption de la violence dans le quotidien : celui des manifestants qui, à la suite des fractions les plus nationalistes, font le choix de la résistance armée à mesure que la répression se durcit ; celui des personnes déplacées fuyant le conflit de l’est du pays ; celui des bénévoles organisant l’aide humanitaire d’urgence. Loin des cénacles de la politique, cette chercheuse franco-biélorusse rapporte leurs espoirs et leurs peurs, et met au jour les causes profondes des changements. Corruption endémique, autoritarisme, déliquescence des pouvoirs publics expliquent mieux la contestation que les clivages ethnolinguistiques, souvent exagérés par les médias. Son empathie nous place au cœur des événements tels qu’ils ont été vécus par les partisans de la « révolution de la dignité ». On ne peut que regretter qu’elle ne se livre pas au même travail d’analyse pour « l’autre camp ».

Questions Internationales: Les nouvelles lignes-frontières d’Ukraine

Article publié dans le numéro double 79-80 de Questions Internationales, La Documentation Française; Mai-Août 2016

« Vous savez combien coûtent les bananes à Donetsk ? Au moins deux fois plus chères qu’ici. Et le dentifrice ? C’est une trentaine de hryvnias ici, contre une centaine là-bas ! Enfin, 300 roubles, puisqu’on a le rouble là-bas… » Maya X. s’en est fait une raison. La mère de deux enfants, dans sa quarantaine, vit à Donetsk. Elle ne veut pas quitter sa ville natale, devenue capitale de la République populaire autoproclamée de Donetsk. « Il n’y a pas de pénurie, là-bas. Mais il y a moins de produits de bonne qualité, la plupart viennent de Russie. Et les prix… Donc une fois par mois, moi et mon mari avons pris l’habitude de venir en Ukraine pour faire des courses. Même si le passage de la frontière peut prendre plus d’une journée, cela vaut le coup. »

Maya X. est une frontalière. Du moins, elle se perçoit comme telle, et organise sa vie en conséquence. Après des mois d’un conflit hybride dans le Donbass, le statut des territoires non contrôlés par l’Ukraine est certes encore incertain, et sujet aux progrès éventuels de l’application des accords de Minsk . Ceux-ci prévoient la réintégration des Républiques populaires de Donetsk (RPD) et Louhansk (RPL) au sein d’une Ukraine unie et décentralisée. Pour l’heure, la séparation reste néanmoins bien réelle.

Lire le reste de l’article dans la revue, numéros 79-80 (disponible en kiosque)

 

La Libre Belgique: De Donetsk, une université fuit la guerre

Reportage publié dans La Libre Belgique, le 31/03/2015. Accompagné d’une photo de Niels Ackermann (en version publiée)

Table de Mendeleeïv.
Tableau de Mendeleïev.

« Je me suis demandé à quoi tout cela pouvait servir, s’il ne fallait pas tout abandonner. Et puis j’ai regardé autour de moi, et j’ai réalisé que notre université, elle existe avant tout en chacun de nous. Il faut continuer, et il faut continuer tous ensemble. Cela nous rappelle la maison… » La voix de la jeune femme résonne dans la salle de théâtre, claire et forte malgré l’émotion. Face à elle, un parterre de professeurs et d’étudiants, pour la plupart tout aussi bouleversés.

© Niels Ackermann / Rezo.ch
© Niels Ackermann / Rezo.ch

Au dernier étage de l’ancienne usine de bijoux « Krystal », dans le centre de Vinnytsia, une centaine de personnes sont réunies pour célébrer le jour de la faculté d’histoire de l’université nationale de Donetsk. Entre sketches, chants et animations multimédias, ce sont soupirs et sanglots qui parcourent le public, à l’écoute de discours émus et patriotes, chargés de la douleur de l’exil. « A la rentrée de septembre 2014, les séparatistes de Donetsk m’ont remplacé par un des leurs, prêt à exécuter leurs moindres désirs », raconte Roman Gryniouk, recteur de l’université depuis 2012. « Mise à part l’imposition des « standards russes », ils n’avaient aucune vision idéologique. Ils veulent juste s’assurer que l’université était sous contrôle, comme tout le reste de la région, pour qu’ils puissent conduire leurs petites affaires. Il nous fallait alors quitter Donetsk. »

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