RFI: Le chaud et le froid de la diplomatie russe vis-à-vis du Donbass

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe, sur RFI, le 09/09/2017

Dans l’est de l’Ukraine, la guerre qui a déjà fait plus de 10000 morts se poursuit. Un énième cessez-le-feu n’est toujours pas respecté, un soldat ukrainien a perdu la vie jeudi. C’est le premier depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu instauré fin août. Sur le front diplomatique et des négociations de paix, il y a par contre du mouvement. Le ministre des affaires étrangères français, en déplacement à Moscou, a ainsi exprimé de l’intérêt pour la récente déclaration de Vladimir Poutine en faveur d’une mission de maintien de la paix de l’ONU dépêchée dans le Donbass.

Sébastien, en quoi consisterait cette mission? 

Dans l’esprit de la proposition russe, il s’agirait d’une force légère de Casques bleus. Ceux-ci seraient déployés le long des 400 kilomètres de la ligne de front du Donbass, et auraient pour mission de protéger les observateurs de la mission de l’OSCE. Selon Vladimir Poutine, cela serait un bon moyen de s’assurer du respect d’un cessez-le-feu, et de la démilitarisation de la zone de guerre.

Les Russes s’étaient jusqu’ici opposés à l’idée d’une force de maintien de la paix, donc le revirement de Vladimir Poutine a suscité de l’intérêt, même de l’optimisme, de certains. La proposition russe a déjà été transmise au conseil de sécurité de l’ONU pour considération. Mais il y a peu de chances qu’elle soit votée en l’état. Elle ne fait absolument pas consensus, et elle a même déclenché et la colère des Ukrainiens, et la défiance des Occidentaux.

Pourquoi cela? 

Les Ukrainiens appellent depuis 2015 au déploiement d’une mission de maintien de la paix, de l’ONU, ou de l’Union européenne. Mais eux insistent pour que le contingent couvre tout le sud-est du pays, jusqu’à la frontière avec la Russie. Le but étant de mettre un terme aux mouvements de troupes et d’armes entre les républiques séparatistes, et le territoire russe. La Russie nie toujours son implication dans la guerre, mais les preuves sont accablantes, qui démontrent son intervention directe, et le pilotage des séparatistes.

La proposition de Vladimir Poutine est donc vue comme une tentative de pérenniser la ligne de front, d’en faire une vraie frontière, et de légaliser les entités séparatistes de Donetsk et Louhansk. C’est ce que la Russie a fait dans d’autres territoires séparatistes, en Moldavie et en Géorgie. Les Ukrainiens, et leurs soutiens occidentaux, refusent donc cette perspective. Les Ukrainiens préparent leur propre projet de résolution qu’ils présenteront sous peu à l’ONU.

Y-a-t-il d’autres options de relancer le processus de paix? 

Pas pour l’instant. Le processus de paix dit des Accords de Minsk est quasiment gelé. Les cessez-le-feu successifs ne prennent pas. Vous avez rappelé qu’un soldat ukrainien est encore mort il y a deux jours. La proposition de Moscou permet au moins d’espérer un arrêt des combats, et quelques progrès dans le processus de paix.

Mais la proposition reste ambigüe. Dans la même conférence de presse, Vladimir Poutine menaçait l’Ukraine à mots couverts de la création de nouveaux foyers de violence au cas où les Etats-Unis se décident à livrer des armes létales à Kiev, en particulier des défenses anti-char. Une manière de souffler le chaud et le froid sur les véritables objectifs de la diplomatie russe. En tous les cas, ces déclarations pourraient signifier des changements dans la ligne du Kremlin sur le dossier ukrainien, voire même trahir des contradictions internes au Kremlin. Alors que la proposition soit retenue en l’état ou pas, on peut s’attendre à des changements dans les négociations de paix dans un futur proche.

France Culture: Des Casques Bleus dans le Donbass?

Papier radio diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 07/09/2017

Ballet diplomatique autour de la guerre du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Après 3,5 ans de conflit, et plus de 10.000 morts, les affrontements continuent. Néanmoins, les négociations de paix, gelées pendant longtemps, semblent repartir. L’idée d’une force de maintien de la paix de l’ONU fait son chemin – elle vient d’être soutenue par Vladimir Poutine. Les réactions sont mitigées. 

casquesbleus

Les Ukrainiens appellent depuis des années au déploiement d’une force de maintien de la paix dans l’est du pays; qu’elle relève de l’ONU, ou de l’Union européenne. Séparatistes russes et Russes s’y étaient opposés. Aussi le revirement de Vladimir Poutine a été accueilli avec optimisme, en particulier des Allemands. Le Président russe veut dépêcher une force légère de casques bleus le long de la ligne de front, afin de protéger les observateurs de l’OSCE et permettre un meilleur contrôle de la démilitarisation de la zone de guerre.

A Kiev, cependant, on tique. Les Ukrainiens insistent pour que les casques bleus soient déployés dans tout le sud-est du pays, jusqu’à la frontière avec la Russie. Ils entendent ainsi mettre fin à la circulation d’armes et de troupes entre territoires séparatistes et Russie. Ils craignent que la proposition de Vladimir Poutine sanctuarise les républiques auto-proclamées de Donetsk et Louhansk, et gèle le conflit.

Cette annonce est aussi accueillie avec circonspection: dans la même intervention, le chef du Kremlin a menacé à mots couverts d’une généralisation du conflit au cas où les Etats-Unis livreraient des armes létales à l’Ukraine. Une manière de souffler le chaud et le froid sur les réelles intentions de la diplomatie russe. Loin de ces atermoiements politiques, la situation sur le terrain reste tendue. Un énième cessez-le-feu, décidé pour la rentrée scolaire du 1er septembre, est déjà rompu. L’écho des canons résonne encore et toujours dans le Donbass.