TDG: Un scandale ukrainien atterrit à Genève

Version longue d’un article publié dans la Tribune de Genève, le 26/08/2017

“Petro, reviens tant qu’il n’est pas trop tard!” Cet appel émotionnel d’Anton Herashenko, conseiller du ministre de l’intérieur ukrainien, à l’oligarque Petro Diminskiy, n’a visiblement pas été entendu. L’homme ne s’est pas manifesté depuis son départ d’Ukraine, dans l’après-midi du 22 août, à destination de Genève. Le Procureur Général Iouriy Loutsenko a déclaré, le 25 août au soir, ne pas avoir besoin de la présence de Petro Diminskiy pour continuer l’enquête. Il est donc peu probable que l’oligarque revienne dans un futur proche. Dans les médias et réseaux sociaux ukrainiens, Petro Diminskiy est devenu un nouveau symbole de la justice sélective et des abus du système oligarchique.

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Petro Diminskiy, 62 ans, est le propriétaire, entre autres, du club de football “Karpaty” et de la chaîne de télévision “ZIK”. Il se présentait comme un homme d’affaires tout à fait respectable, basé dans la région de Lviv, en Ukraine de l’ouest. Jusqu’à ce 18 août, quand sa belle Mercedes S65 double à toute vitesse une colonne de voitures sur une route de l’ouest de l’Ukraine. Il percute un autre véhicule, dont la conductrice, 31 ans, meurt sur le coup. Petro Diminskiy affirme de suite que son garde du corps était au volant de sa Mercedes, et qu’il n’avait rien à voir avec la tragédie. “Tout le monde sait depuis des années qu’il conduit lui-même son bolide…”, commente l’assureur Lioubomir Foutorskiy, à Lviv. Lui-même conducteur d’une Porsche, en connaît un rayon sur les propriétaires de voitures de luxe dans la région.

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Source: Zaxid.net

En l’état de l’enquête, « il est impossible d’affirmer qu’il était vraiment au volant au moment de l’accident”, précise, prudent, le Procureur Général Iouriy Loutsenko, dès le 22 août. Mais plusieurs témoignages, et une série de vidéos, discréditent la défense de Petro Diminskiy. Une caméra de surveillance l’a filmé lui-même au volant de sa voiture, 40 minutes avant le choc. Celui-ci, considéré comme simple témoin dans l’affaire, sent la pression monter. Il est appelé à se présenter aux enquêteurs mardi 22 août à 10h. Au lieu de cela, il file à l’aéroport. Pour beaucoup en Ukraine, c’est là une preuve éclatante de sa culpabilité.

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L’avion, un Cessna immatriculé en Autriche, a atterri à Genève le 22 août à 16h37, selon nos recherches sur des sites spécialisés dans la traque des avions. Pourquoi Genève? Petro Diminskiy se rend régulièrement dans la Cité de Calvin, sans qu’on en connaisse les raisons. Le lendemain, l’oligarque effectue vraisemblablement une série de tests à la clinique Generale-Beaulieu. Un diagnostic du docteur Dimitrios Samaras le consacre en “bonne santé physique et psychologique”.

 

 

Petro Diminskiy est-il resté à la clinique après cette consultation? Le 25 août, dans un mail adressé à un journaliste ukrainien, Danylo Mokryk, l’assistante de direction de la clinique, Françoise Dimier, se refuse à “confirmer ou infirmer la présence d’une personne” dans l’établissement, au titre du secret médical. Qu’il soit toujours hospitalisé ou non, Petro Diminskiy serait toujours à Genève, selon nos sources.

Reste que sans demande d’entraide judiciaire formulée par la justice ukrainienne, la justice suisse ne peut lancer aucune action à l’encontre de Petro Diminskiy. Celui-ci doit tout d’abord être notifié comme suspect dans l’affaire. Or, rien ne vient. Le Procureur Général Iouriy Loutsenko a certes déploré à plusieurs reprises que Petro Diminskiy ne se présente pas aux convocations des enquêteurs. Il n’a pourtant pas dénoncé son départ d’Ukraine comme une fuite.

Au contraire, Iouriy Loutsenko a estimé, le 25 août au soir, que l’enquête peut produire des résultats probants sans le concours de Petro Diminskiy. « Les prélèvements d’échantillons biologiques, les vidéos, et autres éléments que nous avons commandé aux experts… Nous pouvons travailler avec cela, même en son absence (Petro Diminskiy, ed.) ». Une approche confirmée par Larisa Sarhan, la porte-parole du Procureur Général.

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Le fait que les autorités judiciaires ukrainiennes ne semblent pas intéressées par le concours, en bonne volonté, d’un des principaux protagonistes d’un accident mortel ne rassure en rien l’opinion publique. Les Ukrainiens sont depuis des années sceptiques quant à l’efficacité et à l’indépendance de la justice. Nombreux sont ceux qui redoutent que l’affaire soit enterrée, afin de protéger les intérêts d’une des personnes les plus riches et influentes d’Ukraine. De fait, Iouriy Loutsenko a d’ores et déjà remis en question un témoignage clé de l’affaire: « la personne qui accuse Diminskiy d’avoir été au volant au moment-même de l’accident n’était probablement pas sur place », a-t-il répété.

Une prudence sans doute justifiée, mais qui n’a pas toujours été la marque de fabrique de Iouriy Loutsenko, souvent vindicatif, et ferme dans ses conclusions. De quoi alimenter les réactions de frustration et de rage dans l’opinion publique. Même si était reconnu coupable de cet homicide involontaire, beaucoup croient que Petro Diminskiy bénéficie de puissants soutiens politiques, qui lui épargneront, d’une manière ou d’une autre, une éventuelle condamnation en justice. “Vous connaissez si bien ce personnage que vous le tutoyez?”, a ainsi commenté l’internaute Maksym Oustiak sous le post Facebook d’Anton Herashenko appelant Petro Diminskiy à revenir tant qu’il n’est pas trop tard. “Voilà qui explique tout”.

Le 26 août au matin, l’avocat de Petro Diminskiy, Mykola Lysiy, a assuré de la bonne volonté de son client: « Il est prêt à coopérer, et coopérera, avec les enquêteurs », a-t-il assuré. Il n’a néanmoins pas indiqué quand, et si, son client était disposé à rentrer en Ukraine.

De fait, Petro Diminskiy n’a aucune obligation de revenir. Et l’homme peut prendre son temps. Selon Iouriy Loutsenko, il faudrait déjà que les enquêteurs le considèrent comme suspect. Si, à partir de ce moment, il ne se présente pas à leurs convocations, alors le Bureau du Procureur a la possibilité de solliciter l’entraide de partenaires étrangers, notamment pour une demande d’extradition. « C’est un long processus, qui peut prendre de six mois à un an. Mais dans 90% des cas, il aboutit ».

En Ukraine, certaines conséquences du drame ont été bien plus rapides. Nataliya Trila a été enterrée le 20 août dans son village de Iamelnia (Ямельня). Le 21 août, le garde du corps de Petro Diminskiy, Andriy Bortsha, toujours considéré comme le principal suspect dans l’affaire, a été placé en maison d’arrêt pour 2 mois.

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Enterrement de Nataliya Trila. Source: Zaxid.net

Le Jeudi: La Babel ukrainienne en question

Version longue d’un article publié dans Le Jeudi, le 24.05.2017

L’Ukraine est-elle une “Babel incomprise”? Comme le professeur américain Timothy Snyder, tout visiteur étranger à Kiev est frappé par la fluidité du bilinguisme que les habitants démontrent au quotidien. Les conversations peuvent s’y articuler en russe et ukrainien en même temps, tout en empruntant à des expressions anglaises ou encore polonaises. Une macédoine linguistique, qui ferait de Kiev une ville bien plus européenne que Bruxelles, selon Timothy Snyder. Pourtant capitale officielle d’une Union de 27 Etats-nations, la cohabitation d’au moins deux langues, en l’occurrence le flamand et le français, n’y est pas perçue comme aussi consensuelle qu’à Kiev. 

Pour autant, cette Babel de l’Est n’est pas exempte de tensions. Développée comme un mouvement de fond, l’affirmation progressive de l’ukrainien comme langue d’Etat, depuis 1989, se trouve exacerbée dans le contexte de guerre hybride que se livrent Kiev et Moscou depuis 2014. Un nombre croissant d’Ukrainiens associent le russe à la langue de l’agression, et aux velléités impériales de la Russie. La langue ukrainienne en devient un instrument de sécurité nationale. Les débats sont vifs, les échanges parfois tendus. Si Babel est incomprise, elle ne le serait pas uniquement par les observateurs étrangers, comme le suggère Timothy Snyder, mais bien aussi par les Ukrainiens eux-mêmes. 

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Coexistence pacifique

En Ukraine, “langue et appartenance ethnique ne coïncident pas”, relève Sophie Lambroschini dans son ouvrage “Les Ukrainiens”. “De nombreux Ukrainiens déclarent le russe comme langue de communication, et l’ukrainien comme langue maternelle, et ils ne perçoivent pas la langue comme un facteur d’identification culturelle”. L’usage d’une langue est plus conditionnée par des circonstances familiales, sociales, économiques ou éducatives, qu’ethniques ou même géographiques.

De fait, la vision simplifiée d’un ouest ukrainophone et d’un est russophone relève plus du construit politique que d’une réalité de terrain. A la différence de la Suisse ou de la Belgique, l’Ukraine n’est pas traversée de frontières linguistiques claires. Au delà des deux langues principales, c’est une terre de coexistence de multiples langues, telles que le hongrois, le roumain, le bulgare ou encore le tatare. Sans oublier le “surjik”, mélange non-codifié de l’ukrainien et du russe, très usité dans les zones rurales.

L’Ukraine est ainsi bilingue, voire multilingue dans son ensemble. Mais “il y a des poches régionales unilingues”, constate Dominique Arel, président de la chaire d’études ukrainiennes à l’université d’Ottawa, dans la revue américaine Foreign Affairs. “Or, ce sont celles-ci qui peuvent poser problème, dans la mesure où, dans ces régions, les habitants revendiquent le droit de communiquer exclusivement dans leur langue usuelle”.

Les manoeuvres politiciennes du régime autoritaire de Viktor Ianoukovitch autour de la loi sur les langues minoritaires, entre 2012 et 2014, avaient clairement illustré cette problématique. L’élévation du russe, et autres, au rang de langues officielles dans des unités administratives données, ne changeait rien au multilinguisme pré-existant dans les régions. La revendication politique qui en découlait avait pourtant provoqué de sérieuses tensions. A la demande de reconnaissance d’une spécificité linguistique locale, s’opposait la logique anxieuse de l’affermissement d’une langue ukrainienne malmenée par l’histoire. Le contentieux avait été exacerbé par les débuts de la guerre d’information ukraino-russe.

Lors de l’annexion de la Crimée, le “Printemps russe”, et le conflit armé du Donbass qui l’a suivi, les droits linguistiques avaient été brandis par les opposants au régime de Kiev comme l’une des principales raisons de leur insurrection. Laurent Fabius lui-même, alors ministre français des affaires étrangères, s’était montré inquiet que “l’on interdise aux Ukrainiens de l’est de parler russe”. La possibilité d’une telle prohibition n’avait pourtant jamais été évoquée par les autorités de Kiev. Les confusions, entretenues par la machine de propagande russe, prouvent bien la sensibilité du débat linguistique en Ukraine. Comme le remarque Sophie Lambroschini, “la guerre des langues est créée de toutes pièces”. Les polémiques, et les tensions qui en découlent, n’en sont pas moins réelles.

De l’esprit des lois

En 2017, la question s’est déplacée de la rue et des champs de bataille à la Verkhovna Rada (Parlement). Trois projets de lois, n°5670, n°5556 et n°5669, y ont été déposés en janvier. A divers degrés, tous ont pour objectif “l’ukrainisation” de la vie publique, au-delà des aspects institutionnels et administratifs imposés par le statut de la langue d’Etat. A travers des systèmes de doublage ou de traduction simultanée, le recours à la langue ukrainienne deviendrait quasi-exclusif dans les médias, dans les cinémas et théâtres, dans les conférences et évènements publics. Des propositions conformes “aux pratiques en vigueur dans de nombreux pays européens”, selon la députée Iryna Podolyak du parti “Samopomitch – Auto-Aide” co-auteure du projet n°5670.

Bien que l’élue rejette toute tentative “d’instrumentalisation politique”, la controverse fait rage. “La plupart des parlementaires à l’origine de ces propositions viennent de l’ouest de l’Ukraine”, s’est enflammée Valeria Ivashkina, éditorialiste pour www.strana.ua, sur son profil Facebook. Elle a ainsi réactivé l’argument stéréotypé d’une division est-ouest du pays. Une critique confortée par les médias russes, comme Russia Today, REN TV, ou Khakasiya Inform, qui ont dénoncé la tentative de la Verkhovna Rada de “faire de l’ukrainien l’unique langue du pays”.

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Capture d’écran du Facebook de Valeria Ivashkina

Iryna Podolyak assure au contraire que son projet a des visées positives, et doit “permettre un développement harmonieux de la langue ukrainienne”. La députée ne nie pas la difficulté du contexte de guerre, mais juge les Ukrainiens “suffisamment intelligents” pour ne pas succomber à des manipulations politiciennes. En 26 d’indépendance, conclut-elle, il n’y a jamais eu de ‘bon’ moment pour consolider la place de la langue d’Etat. “Alors pourquoi pas maintenant?”

Le “Sovok” 

Il n’empêche. Même chez les partisans de l’affermissement de l’ukrainien comme langue d’Etat, les propositions de loi ne font pas l’unanimité. Elles sont “patriotiques, mais discutables”, estime Halyna Coynash. L’experte du groupe des Droits de l’Homme de Kharkiv pointe du doigt les idées proposées de “patrouille linguistique” ou de lourdes amendes, comme des mesures coercitives qui pourraient s’avérer contre-productives. Une peur partagée, en janvier, par la députée Viktoria Syoumar, du parti “Narodniy Front – Front Populaire”. “Je ne peux pas imaginer qu’un inspecteur de la langue colle une amende à une institutrice parce qu’elle s’adresse à l’un de ses élèves en russe. Pourtant, c’est ce que l’un des projets de loi envisage”, déplore-t-elle.

Pour le philosophe Oleskiy Panich, les textes déposés au Parlement dénotent un problème structurel. Tout en s’affichant comme des Européens modernes et résolument anti-soviétiques, les parlementaires “semblent convaincus que l’Etat doit être partout, et tout réguler”, analyse-t-il. La preuve, selon Oleksiy Panich, de la persistance du “Sovok”. Ce mot russe signifie littéralement “pelle à poussière”. Par l’assonance avec “sov-iétique”, le “Sovok” désigne tous les anachronismes et blocages politiques, sociaux ou encore psychologiques, hérités du passé soviétique.

“C’est de la poudre aux yeux”, tranche avec cynisme le poète Serhiy Jadan. “A chaque fois que le gouvernement est empêtré dans ses difficultés, et ne réussit pas à régler les problèmes économiques et sociaux du pays, il ressort la question linguistique…”

Laisser le temps au temps

“On ne peut pas forcer les gens à aimer une langue”, assène encore Iryna Bekeshkina, directrice de la Fondation des Initiatives Démocratiques. Elle remarque que l’ukrainien s’est officialisé depuis l’indépendance du pays, notamment dans les écoles et les administrations. Dans le même temps, la proportion de citoyens utilisant l’ukrainien dans l’environnement familial est en relative augmentation, de 37% en 1992 à 42% en 2016. En revanche, l’idée de conférer au russe le statut de langue officielle s’est effondré, de 51% en 1996 à 33% en 2016.

Assurément, la guerre hybride entamée en 2014 a contribué à ces évolutions. “J’ai grandi comme une parfaite russophone, jusqu’au moment où j’ai vu les chars russes débouler sur mon pays”, racontait, en 2015, Natasha Lobach, jeune architecte de Zaporijia, grande ville industrielle du centre-est. “A ce moment là, j’ai décidé de ne plus utiliser le russe en public…” Un récent sondage sur la “Désunion soviétique”, publié par “The Financial Times”, montre la langue russe en recul constant, non seulement en Ukraine, mais à travers la plupart des républiques post-soviétiques. Et ce, à une époque où le Kremlin cherche à accentuer sa politique d’influence sur son “étranger proche”.

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Agent d’influence? 

Dans ce contexte, beaucoup voient dans le russe “un instrument de la guerre hybride contre l’Ukraine”, comme l’affirme Pavlo Jerbivskiy, chef de l’administration militaro-civile de la région de Donetsk”. “Encourager le développement de l’ukrainien est une garantie de notre sécurité nationale”. Siégeant à Kramatorsk, une ville brièvement contrôlée par les séparatistes pro-russes en 2014, lui perçoit notamment le risque de l’influence médiatique et culturelle comme une sorte de “soft power” tournant la tête de ses administrés vers Moscou, plutôt que vers Kiev.

Pavlo Jerbivskiy impose l’usage de l’ukrainien parmi ses employés, dont beaucoup sont originellement russophones. Il y voit un encouragement du sentiment de loyauté à l’Etat. Et de citer le professeur autrichien Michael Mozer: “tant que l’Ukraine se considère comme un pays où il n’y a pas besoin de connaître la langue nationale, alors ce n’est qu’une autre Russie”.

L’humanitaire Brian Mylakovsky tempère une telle déclaration, en supposant que le lien intime entre langue et appartenance nationale est à relativiser dans le contexte ukrainien. “De nombreux combattants et médias s’expriment en faveur de la cause ukrainienne en langue russe”, constate-t-il. A l’inverse, sous-entendre que la loyauté d’un individu passerait avant tout par la langue “est un argument qui épouse parfaitement la ligne du Kremlin de “Rouskiy Mir – Monde Russe”. Selon cette idée, Moscou devrait chapeauter un vaste espace géopolitique uni par le modèle économique, la religion, ou encore la langue russe. Un concept qui légitime le rôle du Kremlin de “protecteur” des russophones à travers le monde. Selon Brian Milakovsky, il “serait temps de comprendre que l’Ukraine contemporaine dépasse largement son coeur ukrainophone”.

Dans la même logique, le politologue Konstantyn Bondarenko s’inquiète de l’impact des projets de loi d’ukrainisation sur les populations russophones qui avaient soutenu la Révolution de 2014 et l’effort de guerre ukrainien. De fait, comment anticiper la réaction d’un soldat russophone mobilisé sur le front du Donbass qui, interviewé à la télévision, se verrait doublé en ukrainien?

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La langue russe à la langue ukrainienne: « Petite fille, pousse-toi; tu me gènes! 

Quotas de compensation

Victimes de multiples controverses, de même que des rivalités politiciennes entre leurs auteurs, les trois projets de loi sont pour l’heure retenus dans les salles des comités parlementaires. A titre de compensation, une loi sur les quotas linguistiques à la télévision et à la radio (n°5313) a été adoptée en seconde lecture, le 23 mai. Les chaînes nationales auront l’obligation de diffuser 75% de leurs programmes en ukrainien. Ce sera 50% au moins pour les chaînes régionales.

“La faible utilisation de l’ukrainien à l’écran est affligeante”, a commenté le Président Petro Porochenko. Il a poussé pour cette loi en personne, encouragé par les “résultats impressionnants” produits par une loi similaire, qui visait spécifiquement les chaînes de radio. En filigrane, l’idée que les quotas linguistiques soutiendront le développement d’une offre radiophonique et télévisuelle originale. “Il est important de faire du mot ‘ukrainien’ un synonyme de ‘qualité’”, assène le chanteur populaire Oleh Skrypka, très virulent vis-à-vis de la prépondérance de la production culturelle russe.

Beaucoup dénoncent pourtant un manque de politique publique cohérente et financièrement viable, par exemple pour la production cinématographique. Le développement de films ukrainophones pourrait se retrouver handicapé vis-à-vis de riches producteurs russophones, avertit l’experte Halyna Coynash. Sans oublier la subtile différence entre un cinéma ukrainophone, et un cinéma ukrainien. Des productions ukrainiennes en langue russe pourraient tout aussi bien aider à la promotion culturelle du pays, en touchant un plus large public.

Le rapport à “l’autre”

Au-delà de la rivalité entre l’ukrainien et le russe, il est à noter que la loi n°5313 est critiquée par les Tatars de Crimée. Depuis l’annexion de la péninsule, ils s’inquiètent pour leur survie en tant que communauté nationale. Le Mejlis, leur conseil représentatif, est interdit en Crimée russe depuis 2016. L’usage de la langue tatare y est sérieusement restreint. C’est depuis Kiev que la chaîne de télévision ATR entretient un espace médiatique en langue tatare.

Alors que l’Ukraine affirme régulièrement sa détermination à protéger les Tatars de Crimée, considérés comme l’une des minorités nationales du pays, les quotas linguistiques d’ukrainien sont mal reçus. Refat Tchoubarov, député et président du Mejlis en exil, avait ainsi exhorté la Verkhovna Rada à modifier la loi avant le vote en seconde lecture, afin de “permettre aussi le développement de la langue tatare”. Il n’a visiblement pas été éntendu.

Ce cas particulier de la langue tatare illustre une anxiété inhérente aux critiques d’une ukrainisation de l’espace publique. C’est-à-dire un risque de fermeture vis-à-vis d’une certaine conception de “l’autre”. En dernier ressort, Iryna Podolyak se retranche derrière une comparaison normative: un certain nombre de langues sont reconnues comme langues officielles dans les pays européens. Elles sont protégées comme telles par la loi. Ces pratiques ne sont pas critiquées en Occident. Pourquoi le seraient-elles en Ukraine?

Il convient néanmoins de noter que les dispositions de ces Etats-nations ont toutes, à divers degrés, entraîné et consolidé des homogénéisations de sociétés auparavant marquées par une forte diversité linguistique. Iryna Podolyak assure du respect des droits de l’homme comme l’une de ses priorités fondamentales, y compris le droit de s’exprimer dans la langue de son choix. Mais il apparaît évident que les projets d’ukrainisation de l’espace public sonneront le glas, tôt ou tard, de la Babel ukrainienne.

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Logiques de rupture

A plus courte échéance, c’est bien une logique de rupture ciblée qui est à l’oeuvre. Comme beaucoup d’autres, le poète Serhiy Jadan craint ainsi que les propositions d’ukrainisation de la vie publique ne soient pas tellement “en faveur de l’ukrainien qu’en opposition à la langue russe”. La journaliste Ekaterina Sergatskova, ancienne citoyenne russe, naturalisée ukrainienne en 2015, va même plus loin dans son constat: “beaucoup d’Ukrainiens rejettent tout ce qui est russe”.

Un rejet qui se justifie par la guerre hybride initiée par la Russie en 2014, voire auparavant. Entre l’annexion de la Crimée et le conflit meurtrier du Donbass, les actes de déchirure se multiplient. Il n’y a ainsi plus de liaison aérienne directe entre l’Ukraine et la Russie. Un embargo commercial a été décrété début 2016. En mars 2017, l’activisme de militants nationalistes a poussé le gouvernement à interdire les banques russes en Ukraine. Dans le même temps, la participante russe Ioulia Samoilova au concours de l’Eurovision a été interdite d’entrée sur le territoire ukrainien après avoir s’être produite en concert en Crimée annexée. Même l’acteur américain Steven Seagal, est persona non grata en Ukraine jusqu’en 2022. Il ne cache pas son admiration pour Vladimir Poutine. Kiev le considère donc comme une “menace à la sécurité nationale”.

Contrôler l’incontrôlable

La sphère médiatique est affectée au premier plan par ces logiques de rupture. Toutes les chaînes russes de télévision, considérées comme des instruments de propagande du Kremlin, ont cessé d’être retransmises en Ukraine. Y compris, depuis février 2017, la chaîne d’opposition “Dojd”. Celle-ci avait utilisé une carte de la Russie incluant la Crimée. Une décision pourtant décriée comme “absurde et illogique” par Tatiana Cooper, directrice du bureau ukrainien de Human Rights Watch. “Dojd est la dernière chaîne indépendante et qui remet en cause la politique du Kremlin”, déplore-t-elle.

Plus généralement, des médias ukrainiens qualifiés de pro-russes, et majoritairement russophones, ont perdu leurs licences. Le cas de “Radio Vesti” a ainsi fait couler beaucoup d’encre, de même que les pressions sur le groupe “Inter”. Justifiées par la lutte contre la désinformation et l’influence russe, ces initiatives sont aussi décriées comme des sortes de règlements de compte entre oligarques.

Dans le cadre d’une nouvelle doctrine de sécurité de l’information signée par Petro Porochenko, le gouvernement a interdit, le 16 mai, les populaires réseaux “VKontakte” ou “Odnoklassiki”, équivalents russes de “Facebook” et “Copains d’Avant”. Le moteur de recherche “Yandex”, ou encore le service de messagerie “mail.ru » ont subi le même sort. Ces réseaux sont contrôlés par des proches de Vladimir Poutine et représenteraient un risque d’infiltration par les services secrets russes (FSB), et de manipulation de l’information.

Le décret a déclenché des vagues de protestation, et soulevé des inquiétudes sur l’état de la liberté d’expression en Ukraine. C’est un “aveuglement” des autorités ukrainiennes, pour l’artiste odéssite Oleksandr Roytbud. Celles-ci seraient déterminées à vouloir “interdire ce qu’il est impossible d’interdire”, à savoir les liens culturels et linguistiques entre Russes et Ukrainiens. “L’agression de Poutine nous a rendu plus forts, plus libres”, lance-t-il. “Nous avons le potentiel de devenir un chantre de la culture russe libre”. Plus que contrer l’influence russe, l’artiste souhaiterait voir l’Ukraine post-révolutionnaire devenir un agent d’influence en Russie-même.

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L’alphabet ukrainien

Le risque de la haine

Au-delà des simples questions linguistiques et culturelles, le débat sur la langue d’Etat serait avant tout un symptôme de l’indécision de la société ukrainienne dans le choix de leur régime politique. Après des décennies de “dictature du gouvernement oligarchique”, le philosophe Serhiy Dyatsiouk estime que les Ukrainiens ont développé une capacité de résistance aux dérives de leurs dirigeants. En revanche, la société ukrainienne n’aurait pas développé un contre-modèle viable. Elle se retrouve désarmée face aux sirènes du nationalisme.

De fait, dans le contexte de guerre, les mouvements nationalistes se trouvent crédibilisés, et populaires, constate Serhiy Dyatsiouk. Face à ce phénomène, les Ukrainiens ne sauraient pas encore réagir “aux orientations dictatoriales du nationalisme ukrainien”. Les appels à un ordre moral nouveau, à une pureté retrouvée de la nation, et à une lutte féroce contre ses ennemis, oligarchiques ou russes, trouvent un écho certain dans une société soumise à rude épreuve depuis des années.

Dans ce contexte, le débat sur la langue reviendrait, selon Serhiy Dyatsiouk, à valider ou à refuser la charge émotionnelle négative promue par les nationalistes. En l’occurrence, ceux-ci brandissent des idées de “revanche, de suspicion et de haine à l’égard des Russes et des russophones”, analyse le philosophe. Loin des projections positives et harmonieuses d’Iryna Podolyak, la controverse linguistique est ponctuée d’invectives et de manifestations haineuses. “Exclure et isoler les russophones veut dire les humilier, les intimider, et leur mettre sous pression”, estime Serhiy Dyatsiouk. “Ce serait en quelque sorte reproduire la politique impériale que la Russie a imposée à la langue ukrainienne pendant des siècles”.

Des risques qui sont illustrés par de récentes controverses. Mi-avril, le chanteur Oleh Skrypka attribuait ainsi aux personnes qui “n’arrivent pas à apprendre l’ukrainien un QI inférieur, qui peut être classé comme de la ‘débilité’” Et d’appeler à les “isoler du reste de la société”, et à “leur construire un ghetto”. Oleh Skrypka s’est par la suite excusé de cette remarque intempestive. Le 23 mai, le nationaliste Mykhaylo Kovalchuk a mené un groupe des militants contre un restaurant libanais dans le centre de Kiev. Il s’y était offusqué, entre autres choses, que les serveurs ne s’adressent pas à lui en ukrainien. Employés du secteur privé de la restauration, ils n’y sont pourtant pas obligés par la loi. Mykhaylo Kovalchuk, lui, ne s’est pas excusé. Ces deux cas, et les réactions outragées qu’ils ont provoqué, alarment sur les risques de dérapage du débat linguistique au niveau national.

Alors que la guerre du Donbass entre dans sa quatrième année, une lecture patriotique, voire nationaliste, de la Révolution du Maïdan se trouve légitimée.  Une lecture qui “ne correspond pas forcément à ce qui était ressenti par les manifestants au moment des événements”, rappelle Anna Colin Lebedev, maître de conférences à Paris Nanterre, sur son profil Facebook. “Le Maïdan ne se vivait pas comme une mobilisation de la nation ukrainienne contre la Russie, ou contre les Russes, ou contre la langue russe. C’est déjà une autre histoire du Maïdan que l’Ukraine raconte aujourd’hui, une histoire de guerre, de combattants et de patriotes”. Des glissements interprétatifs pernicieux, qui pourraient brouiller encore plus les grilles de lecture de la “Babel ukrainienne”.

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RFI: L’Ukraine adopte une loi de quotas linguistiques dans les médias

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 24/05/2017

L’Ukraine poursuit ses efforts d’ukrainisation de l’espace public. Le Parlement a adopté, le 23 mai, une loi obligeant chaînes de TV et radios à respecter des quotas linguistiques. 75% des programmes devront être en ukrainien. Le vote fait suite à l’interdiction, la semaine dernière de plusieurs réseaux sociaux et ressources internet russes. Les deux mesures ne sont pas associées, mais elles s’inscrivent dans un ressenti de l’opinion publique d’une politique dirigée contre la langue russe. 

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L’ukrainien est la langue d’Etat, et il doit dépasser progressivement le simple cadre administratif et institutionnel. C’est en substance l’objectif de cette loi sur les quotas linguistiques dans les médias. 75% des programmes sur les chaînes de télévision et radios nationales devront être en ukrainien; et 50% dans les médias régionaux. Le Président Petro Porochenko a personnellement soutenu cette loi, afin de favoriser un développement de la langue ukrainienne. Reste que le respect des quotas ne va pas de soi. Les débats télévisés ont lieu régulièrement en russe et en ukrainien en même temps: comment comptabiliser? Dans ce pays bilingue, la question linguistique est régulièrement utilisée, voire instrumentalisée par les partis politiques, en particulier dans le contexte de la guerre hybride que se livrent l’Ukraine et la Russie. Les communautés russophones s’indigne d’une ukrainisation qu’elles perçoivent souvent comme une politique de dé-russification. Si cette politique d’ukrainisation vise à unifier le pays autour de la langue d’Etat, le ressentiment d’une partie de la population pourrait avoir de fâcheuses conséquences sur la cohésion de la société ukrainienne.

Sébastien Gobert – Lviv – RFI

RFI: Controverse en Ukraine autour de l’interdiction de réseaux sociaux russes

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », sur RFI, le 17/05/2017

Les actes de rupture entre l’Ukraine et la Russie se multiplient depuis le début de la guerre hybride entre les deux pays en 2014. Le Président Petro Porochenko a signé un décret, hier 16 mai, interdisant plusieurs sites russes très populaires en Ukraine. La raison invoquée, c’est de mettre la pression sur la Russie, et lutter contre la guerre de l’information venue de Moscou. Mais en Ukraine même, la décision déclenche une vague de critiques… 

Depuis Kiev, Sébastien Gobert

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Sébastien, on comprend que cette décision est controversée, car il s’agit de 4 sites qui figuraient parmi les 10 plus populaires sur l’Internet ukrainien… 

Oui, vous imaginez, ce sont plus de 12 millions d’utilisateurs de VKontakte, le Facebook russe, et 5 millions d’abonnés de Odnoklassniki, l’équivalent de Copains d’Avant, qui perdent accès à leurs comptes. Il y a aussi mail.ru un service de courriels qui compte des millions d’utilisateurs, et Yandex, un moteur de recherche. En tout, ce sont 468 sociétés, et 1228 individus qui sont interdits en Ukraine par le décret présidentiel. Les bureaux seront fermés, les comptes en banque gelés, les individus interdits d’entrée sur le territoire national. Cela s’ajoute aux sanctions déjà pré-existantes.

La décision était attendue s’inscrit dans le cadre d’une doctrine de la sécurité de l’information que le Président a signé en février. Pour autant, le décret ne détaille pas les moyens qui seront mis en oeuvre. Et pour être efficaces, il faudrait que l’Ukraine construise un nouveau mur de chine de l’Internet. Cela demande investissements et compétences, dans un pays qui est connu comme l’un des premiers pays pirates au monde. Les forums et réseaux sociaux regorgent déjà de conseils sur l’utilisation de sites miroirs et de VPN. Mais surtout, les internautes s’alarment de la perspective de vivre désormais sous un régime répressif.

Oui, ce décret semble autant dirigé contre les sites russes que contre leurs utilisateurs ukrainiens… 

Tout à fait. Le constat de l’exécutif, c’est que les réseaux sociaux venus de Russie sont des outils d’influence et de manipulation du Kremlin. Ils servent à créer des groupes de réflexion et de propagande, qui aident les militants pro-russes à coordonner leurs actions. C’est vrai, et cela a été prouvé en 2014, lors du début de la guerre. Mais cela ne concernait pas TOUS les 12 millions d’utilisateurs de Vkontakte, par exemple! Certains internautes mettent donc en garde le gouvernement contre des émeutes à venir, qui seront celles d’adolescents en colère, qui réclameront l’accès à leurs réseaux sociaux. C’est ironique bien sûr, mais le ressentiment est réel.

Beaucoup considèrent cette interdiction comme une sanction non pas contre les sites russes, mais contre les Ukrainiens eux-mêmes. Certains voient dans ce décret l’opportunité pour des entreprises ukrainiennes de développer de nouveaux réseaux sociaux, et de renforcer l’Internet national. Ces commentaires optimistes sont néanmoins noyés dans la masse des critiques, dans lesquelles transpirent aussi la peur d’une censure de l’Internet, Les autorités chercheraient à étouffer les contestations sans régler les problèmes de fond.

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Vitaliy Klitschko, maire de Kiev, dans une caricature qui circule sur les réseaux sociaux: « S’il n’y a pas Yandex (le système de navigation du moteur de recherche) , il n’y aura pas d’embouteillages ». Le commentaire ironise sur une velléité supposée de l’exécutif ukrainien d’étouffer les problèmes et critiques sans les régler.  

Beaucoup y voient aussi une tendance au “tout répressif” du gouvernement, notamment dans le domaine de l’information et de la liberté d’expression. On peut noter qu’un Ukrainien vient juste d’être condamné à 2,5 ans de prison pour cité une phrase du Capital, de Karl Marx sur son profil virtuel. C’est considéré comme de la promotion de l’idéologie totalitaire communiste, et comme une enfreinte aux lois de décommunisation de 2015. Le débat fait rage sur cette question aussi, car les termes de l’accusation ne sont pas bien définies.

Mais dans ce cas comme dans le cas de l’interdiction des sites russes, beaucoup dénoncent des mesures qui sont très similaires à ce que le Kremlin a développé en Russie ces dernières années. Le chercheur Mikhaylo Minakov regrette que “l’Ukraine devient une nouvelle Russie. A la différence près que nous n’avons pas ni pétrole, ni gaz”.

Beaucoup se posent aussi la question de la pertinence d’une telle interdiction au 21ème siècle…? 

Exactement. Pour beaucoup d’Ukrainiens, une interdiction totale l’interdiction est est avant tout un aveu d’échec pour le gouvernement, qui n’a pas réussi, depuis trois ans, à utiliser ces sites russes pour mener la guerre de l’information contre la Russie. Les réseaux sociaux des soldats russes déployés dans l’est de l’Ukraine sont plein, par exemple, de preuves de l’intervention de la Russie. Les enquêteurs ukrainiens pourraient perdre de précieuses sources d’informations, par exemple pour analyser les groupes pro-russes, ou pour continuer l’enquête sur le crash du Boeing MH17 en 2014.

Et pour finir sur l’idée d’une interdiction totale, cela pourrait montrer que le gouvernement ne comprend tout simplement pas l’Internet. Puisqu’il ne faut pas se leurrer: Que ce soit sur ces réseaux sociaux ou sur d’autres plateformes, les critiques du gouvernement, et les idées des militants pro-russes arriveront toujours à circuler.

Круглый стол: « Как повлияют выборы во Франции на взаимоотношения Украины с Парижем и Брюсселем? »

Онлайн-трансляция круглого стола, 21/04/2017, на тему: « Как повлияют выборы во Франции на взаимоотношения Украины с Парижем и Брюсселем? » – на LB.ua

Организатор круглого стола – Институт Горшенина.

Вопросы к обсуждению:

  1. Насколько предполагаемы результаты первого тура выборов во Франции?
  2. Основные тенденции современной Европы: популизм, консерватизм, евроскептицизм.
  3. Последствия выборов во Франции для Украины.
  4. Последствия выборов во Франции для будущей конфигурации Европы.

Участники круглого стола:

  • Вадим Омельченко, президент Института Горшенина (прямое включение из Франции в режиме видеоконференции);
  • Елена Сотник, народный депутат Украины, член постоянной делегации Украины в ПАСЕ;
  • Алексей Макеев, политический директор МИД Украины;
  • Михаил Пашков, содиректор программ внешней политики и международной безопасности Центра Разумкова;
  • Себастьен Гобер, журналист La Libre Belgique (Франция).

Модератор круглого стола: Дмитрий Остроушко, директор международных программ Института Горшенина.

Mediapart: Moldavie et Bulgarie: le double visage des vainqueurs « pro-russes »

Article publié sur le site de Mediapart, le 18/11/2016

Moldavie et Bulgarie : les deux présidents qui viennent d’être élus sont bruyamment pro-russes. Ce n’est pas pour autant que le rapprochement avec Moscou est effectif. Si la Russie est restée un bon argument de campagne pour celui qui est surnommé « le Trump moldave », l’Europe demeure, malgré difficultés et critiques, l’horizon de ces pays.

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Partie de l’exposition « Chisinau Magics »

« Le président ne peut pas être pro-russe ou pro-européen, le président doit être pro-moldave. » À peine élu chef de l’État, le 13 novembre, Igor Dodon a joué la carte de l’apaisement. Pendant des semaines, le candidat socialiste avait pourtant promis l’annulation d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne. La Moldavie, petit pays de 3,5 millions d’habitants encastré entre l’Ukraine et la Roumanie, allait se préparer à une intégration dans une Union douanière chapeautée par la Russie, martelait-il. Dès le 15 novembre, le ton était radicalement différent : « Le partenariat stratégique avec l’Union européenne reste en place. »

Lire le reste de l’article ici (accès abonnés) 

RFI: La présidentielle pose les mauvaises questions

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 13/11/2016

Second tour de l’élection présidentielle en Moldavie. Le pays se choisit aujourd’hui un chef de l’Etat pour la première fois depuis 20 ans au suffrage universel. Le favori Igor Dodon prône un rapprochement avec la Russie, tandis que Maia Sandu entend poursuivre l’intégration européenne du pays. Mais dans ces grands discours, les problèmes structurels de ce pays le plus pauvre d’Europe ne sont pas pris en compte. 

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Gulliver tied in front of the Moldovan Cabinet of Ministers, as a part of an art exhibition « Chisinau is Magic »

“La Moldavie est au coeur du Grand Jeu entre les Russes, les Européens et les Américains”. A en croire les deux candidats à l’élection présidentielle de ce dimanche, c’est indéniable, et les électeurs doivent choisir avec qui conclure un partenariat stratégique. Dans la population, la lassitude est palpable. Mihail Shalvir est un militant civique à Chisinau.

Mihail Shalvir: Pendant les 25 dernières années de notre indépendance, les dirigeants politiques n’ont fait que diviser la société. Ils ont inventé des problèmes pour créer des illusions et nous distraire de nos vrais problèmes. 

Et des problèmes, il y en a, des routes aux canalisations, du système judiciaire au système de santé, sans oublier le fléau d’une corruption systémique. Mihail Shalvir est un de ceux qui n’attendent rien de cette élection. Pour lui, la priorité est ailleurs.

Mihail Shalvir: En premier lieu, ce n’est pas l’élite politique qu’il faut changer. C’est la société civile. Il faut renforcer la société civile, et permettre aux gens de faire valoir leurs demandes et de contrôler la sphère politique. 

Des projets émergent ici et là. Mais le développement d’une conscience civique est lent, encore plus dans les zones rurales que dans la capitale Chisinau. Les Moldaves qui se posent des questions concrètes sur des problèmes de base ont toujours du mal à se faire entendre.