RFI: Les dentistes du front

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 09/05/2017

La guerre dans l’est de l’Ukraine entre dans sa quatrième année – ce sont des dizaines de milliers de soldats qui y sont déployés en permanence. L’état des forces armées ukrainiennes n’est plus aussi désastreux que ce qu’il était en 2014. Mais les soldats vivent toujours dans des conditions précaires, avec des conditions d’hygiène peu enviables. Et l’hygiène dentaire est loin d’être une priorité. Une association de dentistes volontaires, “Trizub Dental”, tient un cabinet tout près de la ligne de front. 

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Ihor Iashchenko: Bienvenue dans le meilleur cabinet de dentistes d’Ukraine! En tout cas le plus joyeux… Bon, tout cela ne s’est pas fait en un jour…

Ihor Iashchenko est  heureux de faire  le tour du propriétaire. L’homme est loquace, et il aime raconter l’histoire de Trizub Dental. Trizub, qui veut dire trident, l’emblème national ukrainien.

Ihor Iashchenko: Vous avez ici du matériel de toute sorte: des masques respiratoires, un compresseur, une pompe… donc vous voyez beaucoup de bazar, mais c’est du bazar utile! (rires)

Ihor vient de Zaporizhia, une grande ville industrielle de l’est de l’Ukraine. Il habite depuis deux ans dans ce petit village de Karlivka, un endroit calme, idéal pour y établir son cabinet de dentistes. Même s’il reste à quelques kilomètres à peine de la ligne de front.

Bon, en fait, aujourd’hui, il n’y a pas d’eau dans le village. Ils sont en train de la réparer après un bombardement…

De fait, la petite maison, au bout d’une route défoncée, ne paie pas de mine. Mais dans le cabinet, on trouve de l’équipement dernier cri, pour la plupart de fabricants européens. Dans chacun des deux fauteuils, un soldat de l’armée ukrainienne, la bouche ouverte.

Ihor Iashchenko: Regardez, c’est notre registre. Tous les patients y sont inscrits. Alors, depuis le début de l’année… Ce patient qui est sur le fauteuil là, c’est notre 1127ème!

IMG_1880.pngAu moins 50.000 soldats sont stationnés en permanence dans le Donbass. Selon Ihor Iashchenko, 95% d’entre eux ont besoin de soins dentaires, que l’armée ne peut pas couvrir. Des organisations médicales organisent des consultations ponctuelles, et des cabinets mobiles montés sur camions circulent dans la région. Mais le cabinet de Trizub Dental, c’est le seul permanent  en zone de guerre.

Dans le couloir, Ihor Gregorovitch, 46 ans, attend son tour, un air inquiet sur son visage.

Ihor Gregorovitch: Euh… Pour être parfaitement honnête, j’ai très peur du dentiste. Alors je n’y vais que quand ça fait vraiment mal. Là, j’ai vraiment mal, alors je suis venu. Je sais que les dents, c’est très important. Si elles ne sont pas bien traitées, on ne peut pas fonctionner correctement.

Ihor Gregorovitch a fait plusieurs dizaines de kilomètres aujourd’hui pour se rendre au cabinet, qui jouit d’une très bonne réputation.

Ihor Gregorovitch: Ce n’est pas ma première consultation  chez le dentiste. Mais là d’où je viens, des équipements comme ça, on n’en a jamais vu.

Les dentistes soignent aussi des civils. Et pour tous, les soins sont entièrement gratuits. La collecte de fonds est un défi permanent. Mais Ihor Iashchenko a toujours confiance.

Ihor Iashchenko: Pour trouver des ressources? On va sur Facebook! On écrit un message: “chers citoyens, nous sommes à court de ça, de ça, de ça…” et les gens donnent. Les autres dentistes d’Ukraine nous aident beaucoup car eux comprennent très bien ce que ça veut dire, de tenir un cabinet de dentistes. 

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Les dentistes sont tous bénévoles, ils  viennent quand ils le peuvent. Alexandra Suhova vient tout juste d’arriver d’Odessa, pour travailler une semaine complète.

Alexandra Suhova: Venir ici, pour aider les soldats, ça m’aide à trouver une motivation pour mon travail avec les civils, à Odessa. Ici, cela me rappelle ce que je fais, et pourquoi je suis utile. 

Alexandra est venue avec Anatoliy Stodola, un jeune professionnel qui est lui affublé  d’un chapeau en forme de  lion en peluche, pour détendre l’atmosphère

Anatoliy Stodola: Beaucoup d’entre eux préfèreraient être sous le feu à Donetsk que de s’asseoir dans le fauteuil du dentiste. Alors pour faire passer la peur, on travaille avec des chapeaux rigolos. Nous avons toute une collection de chapeaux en forme de peluches, que nous complétons avec le temps.

Trizub Dental, c’est plus qu’un simple cabinet de dentistes. C’est un lieu d’accueil, et le coeur d’une communauté qui dispose même de sa propre station de radio: Trizub FM. Ils s’en servent pour écouter la musique de leur choix, et faire passer des messages personnels.

Ihor Iashchenko: Et les volontaires se sont mis en tête de faire une radio! Jamais aucun d’entre eux n’avait touché à la radio avant, les débuts ont été très drôles. Mais on y est arrivé, comme des amateurs. 

Ni la radio, ni le cabinet de dentistes n’ont de licenses de l’Etat. Mais cela ne les empêche pas d’opérer en paix.

Ihor Iashchenko: Jusqu’à présent, le gouvernement ne s’occupe pas de nous, et c’est très bien comme ça. 

A l’inverse, Ihor Iashchenko voudrait bien que son expérience soit mise à profit par les autorités.

Ihor Iashchenko: Nous avons construit un modèle qui est opérationnel et efficace. Nous voulons maintenant le transmettre aux militaires. Leur système n’est pas adapté. Il était conçu comme de l’assistance d’urgence, en cas de blessure. Mais l’armée a changé. Les soldats sont mobilisés pendant des mois. Certains ont 50 ans, et un état de santé pas toujours glorieux. Personne ne les a entraîné, personne ne les soigne. Donc nous souhaitons mettre notre expérience au service de l’armée. 

En attendant que le système de Trizub Dental soit étendu à la médecine militaire, le cabinet dentaire apaise les soldats.

Après l’intervention du dentiste, nous retrouvons le militaire Ihor Gregorovitch, l’air rassuré sur son fauteuil.

Ihor Gregorovitch: Sous anesthésie, c’est difficile à dire, mais… Je me sens déjà mieux. Et c’est vraiment un plaisir de traiter avec ces docteurs. Déjà je peux vous dire que j’ai beaucoup moins peur du dentiste qu’il y a une heure! 

Des dents plus saines pour des soldats plus résistants. Le pari de Trizub Dental est tenu chaque jour. Avec la possibilité qu’au-delà de la zone de guerre, la logique de l’hygiène dentaire s’étende au reste de l’Ukraine

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La France Agricole: Le Brûlis perdure en Ukraine

Article publié dans le numéro 3666 de La France Agricole, en octobre 2016

Illustré par une superbe photo d’Olga Ivashchenko.

Malgré son interdiction, la pratique se perpétue. Mais, petit à petit, des voix s’élèvent contre ces feux, dont les habitants des zones rurales craignent les effets dévastateurs sur leur santé et la biodiversité.

 

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La vision est certes romantique. Le long de la route, la fumée s’élève des champs en feu. À certains endroits, les flammes viennent lécher les bords de la chaussée. La culture sur brûlis, censée assurer une fertilisation des sols par le feu, a disparu des zones rurales de l’Union européenne. Mais en Ukraine, elle reste une tradition bien ancrée. Pourtant, la pratique est interdite par la loi, en raison de son impact…
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RFI: Les hôpitaux en ruines dans l’est de l’Ukraine

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 03/10/2016

Depuis la guerre dans le Donbass, il y a deux ans, les hôpitaux de l’est de l’Ukraine souffrent de pénurie. Ils manquent de tout : de médicaments, de médecins et de matériel. C’est le cas à Rubijné, dans la région de Louhansk sous contrôle ukrainien. 

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L’hôpital de Rubijné

Dans la cage d’escalier, le plafond s’effrite depuis des années. A l”étage, des patients attendent sur des bancs en plastique défoncés. L’appareil de RADIOLOGIE  date des années 1970. Le laboratoire d’analyses est rempli d’ustensiles rouillés. Les résultats sont rédigés sur des carnets de papier. Ne cherchez pas d’ordinateur ici. C’est le docteur Konstantyn Zogan qui fait la visite de l’hôpital de région de Rubijné.

Konstantyn Zogan: Nous avons déjà eu des visiteurs étrangers, qui nous ont demandé où ils étaient tombés: dans un hôpital, ou dans un musée?

C’est bien un hôpital, L’un des principaux dans l’est de l’Ukraine. Rubijné est à 100 kilomètres au nord de Louhansk, l’ancienne capitale de région, aujourd’hui place forte des séparatistes pro-russes.

La zone est industrielle et très densément peuplée. Les nombreux départements de la clinique couvrent plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Edouard Kravchenko en est le médecin en chef.

Edouard Kravchenko: Nous avons des soucis d’approvisionnement de médicaments et de matériel médical. A cela s’ajoute un équipement dépassé. Et les médecins docteurs ne veulent pas travailler ici. Il nous manque 30% de docteurs. C’est dans ces conditions qu’il nous faut assurer des conditions de soins décents pour la population locale.

Et depuis 2014, tout s’est compliqué pour l’hôpital.

Edouard Kravchenko: A cause de la guerre, nous nous sommes retrouvés dans des situations que nous n’avions jamais imaginé. Avant, nous avions l’hôpital de région de Louhansk, et nous transférions tous les cas sérieux là-bas. Maintenant, c’est bien plus difficile. Soit il nous les traitons ici, soit les patients sont  envoyés à plusieurs centaines de kilomètres, vers Kharkiv ou autre… Il faut comprendre que nous avons moins de moyens pour soigner plus de gens, car les personnes déplacées par la guerre viennent chez nous.

L’une de ces personnes déplacées, c’est Lena Sennaya, originaire de Pervomaisk, un des centres des troupes cosaques pro-russes. Elle s’est réfugiée à Rubijné avec ses enfants.

Olena Sennaya: J’étais infirmière avant. Les conditions d’hygiène qu’il y a ici en pédiatrie, je n’ai jamais vu cela auparavant.

Olena Sennaya bénéficie de l’aide du Fonds d’Alexander Romanovskiy, une association humanitaire locale.

Là où les organisations internationales se concentrent sur l’urgence de la guerre, le Fonds s’attaque aussi à des problèmes profondément enracinés dans la région.

Dmytro Butko, l’un des représentants de l’association

Dmytro Butko: La région de Louhansk a toujours été au bord de la catastrophe humanitaire. Aujourd’hui, à cause de la guerre, ça s’est empiré, évidemment. Mais il faut comprendre que la région est défavorisée depuis longtemps. Nous avons toujours eu d’énormes problèmes d’écologie, de santé…

Des problèmes qui, avec la guerre, deviennent de véritables risques pour la santé publique, dans une région où vivent entre 3 et 6 millions de personnes.

Pourtant, le gouvernement central n’alloue aucune ressource supplémentaire à l’hôpital de Rubijné. Les financements sont toujours attribués sur la même base qu’avant la guerre.

Edouard Kravchenko, médecin en chef, se sent oublié de la capitale.

Edouard Kravchenko: Le coeur du problème réside dans ce que veut vraiment le gouvernement central… Quel prix donne -t-il à la vie humaine,  qu’est-il  prêt à faire pour le système de santé dans le pays ?

Une de ses stratégies est de développer des partenariats avec des donateurs internationaux. Mais quand on lui demande quels sont ses besoins prioritaires, la réponse est lapidaire:

Edouard Kravchenko: Ca irait plus vite de vous dire ce dont on n’a pas besoin…

L’humanitaire Dmytro Butko ne désespère pas, et s’efforce de trouver des partenaires pour l’hôpital.

Dmytro Butko: Et c’est pour cela qu’il nous faut développer un système rationnel de distribution de l’aide humanitaire et de l’assistance aux hôpitaux. Afin que l’on puisse atteindre ceux qui en ont besoin.

Dans une région bouleversée par un conflit qui perdure, il est difficile de définir des priorités. Il semble que tout le monde a besoin de quelque chose. Mais la déliquescence du système hospitalier pose des problèmes qui, petit à petit, peuvent avoir des conséquences désastreuses.

Ecouter le reportage ici

« Yiddishe Mama »

In order to reflect on Ukrainian Jews and Jews of Ukraine, 75 years after Babi Yar, I wanted to show the revival of Jewish life in the country. I traveled to Dnipro(petrovsk) and met with a vibrant local community. I met with the young and the old – and with the oldest.

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Ida Samolovna Tzypkina is 94 years-old. She talks – she has many things to say – and to sing. It takes only a minute to listen to her humbling voice, singing “Yiddishe Mama”.

Into the void: some thoughts on the Ukrainian healthcare system

This is a personal account of some experiences with Ukrainian healthcare system

“You are really French? Oh, my. I cannot believe I have a Frenchman for Christmas Eve. For me and me only. Take off your coat. Such a nice present. Are you a real one, a real Frenchman I mean? Where do you come from? Please lay down on this table. How is it, there, in France? I dream about it since I am a little girl. Open the mouth”. The nurse is ecstatic as she prepares me for the X-Ray. In her fifties, she sounds joyful and romantic – she probably is. Her machine seems antiquated and rusty – it definitely is. I look sick and tired – I really am. Yet it mostly feels like I am bewildered and passably annoyed.

Earlier that day, I had come to this hospital to check with a specialist on a kind of sinusitis-bronchitis I had not managed to cure back in France. It all developed in a nasty way on the flight back because of the cabin pressure in high altitude. My friend insisted on me going to check by her friend specialist in a Ukrainian public hospital. That kept me from calling to a private clinic to ask for them to come over and give me a home consultation. Fair enough. Anyway, as this was obviously a sinusitis with early signs of a bronchitis, I was just expecting to go and see the doctor, get checked, receive a diagnosis, buy a few medications at a nearby pharmacy and run back home to cure myself.

I should have known better: Ukrainians see it differently. After the initial check-ups, I was directed to two different heads of departments. One woman was about to go on a lunch break when she saw me coming in. Hence she hurriedly butchered my finger in order to get some blood samples. Another nurse proved more tender. She resolved to give the Frenchman the X-Ray of his life. For a sinusitis. Nothing was done about my bronchitis as we were not in the proper hospital department.

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It was not the first time I witnessed the Ukrainian healthcare system turned into such a festival of tests and check-ups. I do consider myself a very obedient patient and I have been taken care of in quite different countries. I try not to criticise the Ukrainian system from a French point of view, as a lesson-giver and « I know better » person would do. People survive here as they do in France. Who am I to judge a healthcare system that seems to suit the majority of the population…? Yet on this specific occasion, being sick and dizzy, I couldn’t help myself thinking that, where I come from, a sinusitis is usually diagnosed after a 10-minute consultation. Every other Westerner I would later tell the story would be very surprised with such impressive measures. But ok. Better being checked and not say anything. Anyway, all it had to come down to was a set of pills and pain-killers. I would be home soon. That’s what I thought.

In Lviv, this time, doctors hardly prescribed any pills. Instead, they ordered daily injection of antibiotics by way of dripping and a whole set of shots. Which basically forced me to come back to the hospital every day for five days, lay down for over an hour and spend the rest of the day weakened and dizzy, that is to say physically unable to perform any job or social activity. It was extremely annoying and demeaning. But ok. If that’s what it takes to get better, let’s do it. Plus, the staff was extremely polite and patient and competent. As I had to come in during the Christmas period, the hospital was generally empty and some nurses took time to act charming and cute. And professional. So if that’s what it takes…

5 days passed. I showed up to the doctor for a check-up after a long Ukrainian Christmas weekend, she went on to check one of my ears – only one – and ordered three days more of drips and shots.  With no further explanation, a nurse took me to a “palat” (common hospital room, in Ukrainian) and I was shot, again. No one ever checked my lungs. I grew seriously depressed because of the very perspective of further inaction. My friend undertook to discuss my case with her friend doctor. She came back a few minutes later all smily and shiny. « We toasted to Christmas with 50 grams (millilitres) of cognac. We haven’t seen each other for a long time, you know. What about you? Just stand still, there is nothing to do but to wait ».

And then it all came back to me. All these anecdotes I had heard of over the past few years I spent in Ukraine. All this data I collected in the course of my interviews and researches. “I have a lot of friends who simply ‘disappear’ and stay in their local hospitals for a week or so, just because the doctor ordered it”, one foreign friend told me once. “Ukrainian patients don’t really ask why. It’s just like that”. His Ukrainian girlfriend actually refuses to go to hospitals unless she really has to. “If I check in to the hospital, I will come out in after looooonnnng time, and maybe even in a worse condition…”

The story echoes with what Health minister Kvitashvili told me once during an interview. Namely that Ukraine’s healthcare system has oversized nominal capacities, which are inherited from the Soviet tradition of “let’s have as much as we can in terms of quantity even if it does not translate into quality”. “Ukraine has 9 beds per 1000 population. Sweden has a much more developed welfare state is a much more socially oriented state, has 2,7 beds per 1000 inhabitants. The average length of stay is 13 days in hospitals in Ukraine, 5 in Sweden”, the minister told me. I myself was almost taken in because of the sinusitis. I assume now that no one wanted to bother with a Frenchman in the midst of the Christmas break.

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It may be fun to think of it in the way that I am just a spoiled foreigner who criticises everything that he does not fully understands. Yet my forced inaction for most of the first two weeks of the year got me thinking. I would be fine. But what about other cases, other diseases, other treatments? The Ukrainian tendency to over-hospitalise may have dramatic consequences in the sense that it totally disrupts lives. A friend at the WHO was very eloquent on this one. “The patient has to adapt to the system, not the other way around. It is extremely rigid and not adequate. In most of the countries in the world, the system aims at keeping you active and socially responsible. In Ukraine, the patient is supposed to stop everything he does to comply with the treatment doctors ordered ».

My WHO friend continues: « I remember the case of this businessman, very active and employer to some 30 people. He was diagnosed with a benign form of tuberculosis. Doctors ordered him to stay in the hospital for three months. After a few weeks in, he decides to leave and go back to work. His situation worsens. Then he comes back. Doctors first refuse to treat him because they accuse him of non-compliance with the treatment. His situation worsens. Eventually they admit him and keep him in. He develops an intra-mural infection. Now he has a multi-resistant form of tuberculosis, his business is down and his employees are jobless. It’s absurd to follow such a rigid approach. It is all the more so frustrating that the technology does exist to produce a proper diagnosis and to treat the patient in a way that he would not be contagious or weak after a few weeks! If this businessman was correctly diagnosed, he would have received a proper treatment while being still active”.

But then it turns out that the system is both extra-rigid and very much not understandable. In normal time one would get barked at for not leaving one’s coat in the « garderobe » (coat room) or for not wearing « bacils » (medical blue plastic shoes) in specified areas. When I came in over the Christmas weekend, I was waived away and blessed to do pretty much anything I wanted. Coats on me, dirty shoes on the floor, melted snow in the « palats ». Hygiene? We will deal with it after Christmas.

I remember one of my former flatmates in Kyiv suffering from an infection in a sensitive spot: she had to stay in quarantaine in one of the hospitals in downtown Kyiv for a few days – that means one of the best hospitals in the city. That meant laying down on a Soviet-looking bed with overused sheets. That meant having hot water just a few minutes per day. That meant buying her own toilet paper and soap. I am still not sure it was the best environment to cure such a sensitive infection.

Long story short: I am not sure my treatment was all necessary. I believe it could have been more precise and more efficient, without it keeping me from active life for so long. But again, what do I know…? I have no medical qualification, I cannot understand the doctor’s logics. Am I being over-critical in writing these lines? Impatient? Ungrateful? Childish? Dunno. I would go over all these thoughts everyday – I had nothing better to do. During one of the dripping sessions, a nurse approaches me. It’s time for my shut in the butt. This nurse is new, I have not seen her before. It turns out that she also really enjoys me being French. « Say something in French », she kindly asks as I take my pants down. « Merci Mademoiselle, d’être aussi gentil avec moi », I answer. « Oh, it sounds so nice. But I did not understand anything but ‘Mademoiselle’. Anyway. Stand still ». Shot. « Please put it back on. Take your time and you can go home whenever you want. Ah, it’s so good. For just a couple minutes, I was a ‘Mademoiselle’ again. It’s been a long time. Look, what can I tell you? I know ». « O Revouare, Mossieur! » I am so dizzy from the shot I don’t even realise she is gone.

LLB: L’Ukraine résistante… à la vaccination anti-polio

Ceci est la version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 21/12/2015

“Le vaccin, c’est de la roulette russe. Certains enfants réagissent bien. D’autres, comme mon fils, on des problèmes…” Le regard perdu au loin, dans un café de Lviv, Oksana Kalmykova pense à son fils Fedir. A 5 ans, il souffre de nombreux problèmes de santé, que sa mère attribue à un vaccin anti-polio qui lui a été administré quand il avait moins d’un an. “J’ai cru ce que les docteurs m’ont dit. Mais peu après avoir reçu le vaccin, Fedir a développé des troubles du comportement et de la croissance…”

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Rien ne permet d’établir un lien clair entre l’état de santé de Fyodor et le vaccin anti-polio. Oksana Kalmykova s’est néanmoins faite une opinion bien tranchée, étayée par les réseaux sociaux, et ses amies de sa paroisse orthodoxe russe. “Dans ce contexte de nouvelle hystérie sur la polio, je déconseille à quiconque d’aller faire vacciner leurs enfants”.

Depuis novembre, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) demande pourtant l’instauration d’un état d’urgence en Ukraine, afin de contrer le retour de la poliomyélite. Cette maladie infantile, qui peut mener à la paralysie quasi-totale du corps, avait disparue du continent européen en 2010. Jusqu’à août dernier, quand deux enfants, de 4 et 10 ans, se sont retrouvés paralysés en Transcarpatie, dans l’extrême-ouest de l’Ukraine.

“On s’est rendu compte que le taux de vaccination des enfants de moins de un an était de 14%!”, s’emporte Dorit Nitzan, représentante de l’OMS à Kiev. “Alors qu’en URSS, la vaccination était obligatoire, le système de prévention médicale dans l’Ukraine indépendante s’est dégradé, à cause d’un manque de moyens et d’une faible volonté politique”. Une première campagne de vaccination d’urgence touche 64,5% des enfants dès octobre. Mais la deuxième session traîne: plus de 30% des enfants ukrainiens demeureraient sans protection. “Nous faisons face à une réelle campagne de désinformation dans les médias et sur Internet. Beaucoup de parents ne veulent pas faire vacciner leurs enfants”, se dépite Dorit Nitzan.

Cette inquiétude est bien réelle pour l’infirmière Svitlana Onishchuk, depuis une des cliniques pédiatriques de Lviv. “Aujourd’hui, nous avons vacciné 47 enfants. Mais il y a encore peu, nous avions des pics à 200 enfants par 200 enfants par jour!” Elle exhibe avec fierté les vaccins conservés dans un réfrigérateur. Produits par la société française Sanofi Pasteur, ils ont été achetés par le Canada et expédiés par les Nations-Unies. “Ils sont gratuits pour les patients. Mais beaucoup de parents croient qu’ils sont périmés. En tout cas, c’est ce qui est relayé dans les médias”.

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Sur les chaînes de télévision, des experts expliquent en boucle que les vaccins ont été décongelés et re-congelés plusieurs fois, ce qui les rendrait dangereux. “Les protocoles d’utilisation de l’OMS indiquent clairement que l’on peut les re-congeler dix fois. Ces vaccins sont très bien”, s’irrite Nataliya Timko, chef du département d’épidémiologie pour la région de Lviv. Elle s’inquiète d’une panique injustifiée, qui trahit une ignorance plus profonde. “La moitié du personnel soignant dans la région ne croit pas à un retour de la polio. Comment peuvent-ils convaincre les parents de faire vacciner leur enfant?!”

Pour Olga Stefanychyna, directrice de l’ONG “Patients d’Ukraine”, spécialisée dans la lutte contre la corruption dans le domaine médical, cette “panique” est aussi artificielle, engendrée par “les compagnies pharmaceutiques ukrainiennes . Elles sont bien connues pour leur pratiques corrompues. Et elles n’aiment pas la concurrence créée par de bons vaccins occidentaux, qui plus est, gratuits”.

Dans un contexte de guerre, où de larges groupes de populations sont déplacées, voire émigrent à l’étranger, Oliver Rosenbauer, en charge de la campagne d’éradication de la polio au siège de l’OMS, à Genève, insiste sur “un manque de volonté politique, allié aux problèmes structurels de l’Ukraine. Le réseau de distribution est insuffisant. Il y a encore beaucoup de parents qui veulent faire vacciner leurs enfants mais ne peuvent pas; parce qu’il n’y a pas de vaccins disponibles!” A travers le cas de la polio, ce sont les carences du système médical ukrainien qui apparaissent. Celui-ci est incapable de protéger la population contre des risques d’épidémies sérieuses.

RFI: Ukraine: la campagne de vaccination contre la polio n’a pas de succès

Reportage diffusé sur RFI, le 20/12/2015

 

L’Organisation Mondiale de la Santé demande l’instauration d’un état d’urgence en Ukraine pour lutter contre le retour de la poliomyélite, plus connue sous le nom de polio. Cette maladie infantile, qui peut mener à la paralysie quasi-totale du corps, avait disparue d’Europe en 2010, jusqu’à ce que deux cas soient déclarés en septembre dernier. L’OMS et le ministère de la santé mènent campagne de vaccination à marche forcée, mais très lente, car les résistances sont nombreuses…

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Dans le petit cabinet de pédiatrie, dans le centre de Lviv, tout est prêt. Les règles d’hygiène est bien respectées, des livres et jouets sont là pour distraire les enfants. Les vaccins anti-polio sont bien conservés dans un réfrigérateur. La seule chose qui manque à l’infirmière Svitlana Onishchuk aujourd’hui, ce sont les enfants, candidats à la vaccination.

Svitlana Onishchuk: Il y a quelques temps, la télé a commencé à montrer des cas d’enfants morts, soi-disant à cause du vaccin. Beaucoup de parents ont commencé à avoir peur. Les semaines précédentes nous avons eu des journées au cours desquelles nous pouvions vacciner 200 enfants d’un coup. Mais aujourd’hui, nous n’en avons eu que 47. 

A la mi-décembre, c’est déjà la seconde campagne de sensibilisation, qui cherche à augmenter un taux de vaccination dramatiquement bas: entre 30 et 40% des enfants d’Ukraine ne seraient toujours pas vaccinés. Et pour cause: la campagne a mauvaise presse, dans les médias et les réseaux sociaux.

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Le fils d’Oksana Kalmykova a aujourd’hui 5 ans. Il souffre de nombreux problèmes de santé, que sa mère attribue à un vaccin anti-polio administré 3 ans plus tôt. Rien ne permet de confirmer cette hypothèse. Mais Oksana Kalmykova a une opinion bien tranchée.

Oksana Kalmykova: La vaccination, c’est de la roulette russe. Certains réagissent bien, certains ont des problèmes, comme mon fils. Et s’il y a problème, personne ne prend ses responsabilités! Alors je ne conseille à personne d’aller faire vacciner leurs enfants. 

Le dernier scandale en date qui agite les médias concerne des vaccins français de Sanofi Pasteur. Achetés par le Canada, délivré par les Nations Unies, ils sont gratuits pour les Ukrainiens.

IMG_3229Beaucoup estiment néanmoins qu’ils ont été endommagés pendant le transport par avion, et qu’ils doivent être jetés.

Nataliya Timko: Ce sont des bons vaccins. On peut les décongeler et re-congeler dix fois, ils ont été bien conservés, selon les règles d’utilisation de l’OMS. 

La doctoresse Nataliya Timko est en charge du département d’épidémiologie dans la région de Lviv. La panique est injustifiée, dit-elle, et elle révèle une ignorance plus profonde.

Nataliya Timko: La moitié du personnel soignant dans la région ne croit pas à un retour de la polio. Si eux n’y croient pas, comment peuvent-ils convaincre les parents de faire vacciner leur enfant! 

Au siège de l’OMS à Genève, l’expert en polio Oliver Rosenbauer s’inquiète de ces résistances locales. D’autant qu’elles s’ajoutent à des facteurs structurels, propres à l’Ukraine, qui ralentissent les progrès de la campagne de vaccination.

Oliver Rosenbauer: Il ne faut pas oublier les raisons principales: il n’y a pas assez de vaccins dans les hôpitaux régionaux, ils sont mal distribués à travers le pays. Il y a encore beaucoup de parents qui veulent faire vacciner leurs enfants mais ne peuvent pas; parce qu’il n’y a pas de vaccins disponibles! 

Autrement dit: le risque d’une diffusion du virus est réel, car la campagne de vaccination n’atteint pas suffisamment d’enfants. La situation est encore loin d’être catastrophique, mais le cas de la polio trahit aussi les carences du système médical ukrainien, incapable de protéger la population contre des risques d’épidémies sérieuses.

Ecouter le reportage ici