RFI: L’Ukraine expulse des journalistes en série

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 31/08/2017

L’Ukraine a expulsé quatre journalistes en l’espace de quelques jours. Deux Espagnols, et deux Russes. Des décisions justifiées par leurs activités supposées de propagande anti-ukrainienne. Les méthodes employées suscitent des interrogations, et des critiques. 

“Il en sera de même pour tous ceux qui cherchent à discréditer l’Ukraine”. La porte-parole du SBU, les services de sécurité, a ainsi justifié l’expulsion d’une journaliste russe de la chaîne Perviy Kanal. Sans élaborer. La journaliste avait diffusé un reportage, le 24 août, dans lequel elle assimilait le jour de l’indépendance de l’Ukraine à un « jour de deuil ». Elle a été reconduite à la frontière le 30 août. Elle est interdite de séjour pendant 3 ans.

Nombre de médias russes, et Perviy Kanal en l’occurrence, sont connus pour leur travail de propagande, et de désinformation, aux détriments de l’Ukraine. Refuser l’accès au pays peut donc se justifier au nom de la sécurité nationale, dans le cadre de la guerre qui fait rage depuis 2014.

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Mais la question se pose: le même SBU était au courant des risques de désinformation liés à cette journaliste et sa chaîne. Pourquoi alors leur accorder une accréditation, si c’est pour les expulser après? Une autre journaliste russe a connu le même sort, le 15 août. Et deux journalistes espagnols, eux aussi qualifiés de « propagandistes », ont été bloqués à l’aéroport de Kiev le 29 août. Ils avaient pourtant reçu une accréditation préalable, validée par le SBU. Après 20 heures d’attente, ce même SBU les a renvoyé en Espagne.

Ces cas donnent l’impression d’un manque de coordination des organes de sécurité, et envoient des signaux contradictoires quant au respect de la liberté de la presse. En Ukraine même, la rédaction de « Strana.ua », un média critique du pouvoir a aussi été perquisitionnée à la mi-août. Les critiques et les questions abondent, même de la part Ministère de l’Information ukrainien. En filigrane, l’anxiété de voir l’exécutif utiliser la carte du patriotisme et de la sécurité nationale pour faire taire ses détracteurs.

RFI: Kiev soulagée après la rencontre de Versailles

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 30/05/2017

Soulagement en Ukraine, après la conférence de presse conjointe d’Emmanuel Macron et de Vladimir Poutine. La France est très importante dans le règlement du conflit à l’est de l’Ukraine, et beaucoup se réjouissent à Kiev d’avoir vu le nouveau président tenir tête au maître du Kremlin. Peu croient cependant que cela puisse régler le conflit dans le Donbass. 

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Au moins, il a compris à qui il avait affaire. Médias et réseaux sociaux ukrainiens avaient longuement accusé les Occidentaux d’indécisions et d’actes manqués dans leur politique vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine. Ils se félicitent aujourd’hui de la prestation d’Emmanuel Macron. Son commentaire sur les agences de press Russia Today et Sputnik étant des organes d’influence et non de journalisme a été particulièrement apprécié. Kiev dénonce depuis 2014 les effets désastreux de la propagande d’Etat russe, qui a joué un rôle important dans le déclenchement de la guerre.

Emmanuel Macron tient tête à Vladimir Poutine, et l’avertit même d’une poursuite des sanctions en cas d’escalade en Ukraine. Pour autant, les commentateurs remarquent qu’il n’apporte pas de proposition nouvelle pour relancer les efforts de paix. La question de l’annexion illégale de la péninsule de Crimée n’a pas été développée. Et, en se référant aux Accords de Minsk, le président français s’engage à prolonger un format de négociations qui n’a produit que peu de résultats tangibles depuis 2015. Nombre d’analystes estiment qu’à la fois Kiev et Moscou ont un intérêt politique à conserver ce cadre de Minsk; afin de préserver un status quo. Même le premier point de l’accord, l’application d’un cessez-le-feu, n’a jamais été totalement respecté. La veille de cette rencontre à Versailles, des bombardements avaient fait quatre blessés et détruit une école dans la zone de guerre. Les trois dernières années ont prouvé que des sommets entre chefs d’Etat n’ont qu’un impact limité sur la réalité du terrain, et sur les perspectives d‘un retour à normale dans la région.

Sébastien Gobert – Kramatorsk – RFI

RFI: Kiev, nouvelle Mecque de l’opposition russe?

Reportage diffusé sur RFI, le 28/04/2017

Alors que la politique du Kremlin se durcit vis-à-vis de l’opposition russe, nombreux sont les militants qui quittent le pays, et tentent de faire entendre leur contestation à Vladimir Poutine depuis l’étranger. Pour des milliers de Russes, une des destinations naturelles, c’est Kiev, la capitale ukrainienne. Malgré le climat de guerre entre les deux pays, de forts liens perdurent. Depuis l’Ukraine, l’opposition se restructure.

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La dernière manifestation de l’opposition russe dans les rues de Moscou, début avril, Iliya Ponomarev l’a suivi sur un écran de smartphone. En 2014, il s’était fait un nom en étant le seul député de la Douma russe à ne pas voter en faveur de l’annexion de la Crimée. Depuis 2015, il est en exil. Installé aujourd’hui à Kiev, il continue de soutenir l’opposition à Vladimir Poutine.

Iliya Ponomarev: Nos moyens sont limités, mais il y a beaucoup à faire à partir d’ici. Nous avons beaucoup de partenaires ici qui sont prêts à nous aider, à nous écouter, des médias qui diffusent nos messages. 

Attablée autour d’un thé, Iliya Ponomarev tient une réunion avec Olga Kurnosova, une ancienne collaboratrice de Boris Nemstov, l’opposant assassiné. En 2014, elle a fui la Russie dans un train de nuit. Elle est arrivée tout naturellement à Kiev fascinée par le Maïdan.

Olga Kurnosova: Nous ne sommes pas naïfs. Le gouvernement ukrainien actuel n’est pas parfait. Mais les Ukrainiens se sont débarrassés d’un Président corrompu et ont organisé des élections pacifiques. Là-dessus, la Révolution a été un succès. 

Pour ces opposants russes, les leçons à tirer des succès et des échecs de la Révolution ukrainienne sont évidentes pour la Russie.

Iliya Ponomarev: Désolé je dois partir.

Brusquement Iliya Ponomarev quitte la réunion. Il a été convoqué par le Procureur Général ukrainien dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Denis Voronenkov. Le 23 mars, cet ancien député russe avait été assassiné en plein centre de Kiev

Selon les estimations, ils seraient plus de 2000 citoyens de la Fédération en exil en Ukrain. Pour autant, ils ne sont pas complètement à l’abri. D’abord à cause des risques d’infiltration par les agents du Kremlin. Et aussi à cause d’une certaine hostilité des Ukrainiens.

Ekaterina Sergatskova est une journaliste russe, naturalisée ukrainienne en 2015.

Ekaterina Sergatskova: Je pense que pour eux, ce n’est pas une bonne chose de venir ici. Ils ont beaucoup de problèmes. Avec les services de l’immigration, avec la police, ils ont des problèmes d’argent. Et beaucoup d’Ukrainiens rejettent tout ce qui est russe. 

 

Une partie de la communauté russe tente de changer les choses et de rétablir un dialogue avec les Ukrainiens. Avec Ekaterina Sergatskova, le jeune émigré russe Grigori Frolov, a ouvert, le 13 avril, la Maison de la Russie Libre à Kiev.

Grigori Frolov: En premier lieu, c’est une ambassade alternative de la société civile russe en Ukraine. Ce doit être aussi une plateforme de dialogue et d’analyse sur la Russie. 

Grigori Frolov veut montrer que la Russie peut être différente. Malgré les passions et les rancoeurs actuelles, il veut il y croire: Russes et Ukrainiens ont un avenir à bâtir ensemble.

Ecouter le reportage ici

National Geographic: See the Bizarre Places People Stash Old Lenin Statues

Article on the project « Looking for Lenin », published in National Geographic, 24/02/2017

Did you know Vladimir Illych Lenin was « only » 1,65 meter-tall? Yet a hundred years ago he was shaking the world. Over the course of the 20th century, monuments to his glory would be made outsized and impressive. Until this moment, when they fell down and disappeared.

Now Lenin kind of rises again – in National Geographic! As you know Niels Ackermann and I have been wandering across Ukraine for many months to look for toppled monuments and document their fate. Our « Looking for Lenin » project researches Ukraine’s decommunisation process and its impact. Many thanks to Sarah Stacke to understand it so well in her text!

This publication allows us to announce the upcoming publication of our book on the project: « Looking for Lenin » will be available worldwide this summer. Published by FUEL Design & Publishing and a French language edition by Éditions Noir sur Blanc ! Foreword by Myroslava Hartmond)

As excited as we are, it seems this is only the beginning… More news coming soon. Hence don’t to like and follow our Facebook AfterLenin page (which will soon be renamed Looking for Lenin) to keep updated!


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“I’d say on average it’s one week of work for one Lenin,” says photographer Niels Ackermannn of the project, “Looking for Lenin.” Jointly produced with French journalist Sebastien Gobert, the series currently includes images of 70 different statues of Soviet founder Vladimir Lenin that were toppled in Ukraine’s quest to rid the landscape of Soviet symbols.

That’s about 490 days that Ackermann and Gobert have dedicated to tracking down and photographing Lenin in places like storage units, dumpsters, car trunks, closets, fields, artist studios, and museums. Each image hides a unique story of the bureaucracy they hurdled and the estimated 6,000 miles traveled in Ukraine to discover what might turn out to be only Lenin’s beard, elbow, or nose. “It’s like an addiction,” says Swiss-born Ackermann of the chase.

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LLB: Entre Ukraine et Russie, la loi de l’arbitraire

Article publié dans La Libre Belgique, le 27/09/2016

Originaire du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, Mykola Vakaruk, 34 ans, avait soutenu, en 2014, le référendum controversé d’indépendance de la région. Dans sa Crimée natale, Iouriy Iltchenko, 37 ans, s’était entêté à dénoncer comme illégale l’annexion de la péninsule par la Russie. Les deux hommes faisaient du bruit, dans des manifestations de rue et sur les réseaux sociaux, mais agissaient peu. Cela a néanmoins suffi pour qu’ils disparaissent tous les deux.

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Mykola Vakaruk a passé 590 jours dans une « prison secrète » ukrainienne. Iouriy Iltchenko a été incarcéré onze mois dans une cellule russe surpeuplée. Des cas qui sont loin d’être isolés.

« Dans ce conflit hybride entre l’Ukraine, les séparatistes prorusses et la Russie, tous les coups semblent permis, explique Krassimir Yankov, expert au bureau ukrainien d’Amnesty International. Toutes les parties en présence pratiquent des arrestations et détentions arbitraires. » Avec le concours de Human Rights Watch (HRW), Amnesty a longuement enquêté sur le phénomène, que les Nations unies dénoncent comme « profondément ancré » dans les pratiques des belligérants. « La différence étant que les territoires séparatistes sont par définition des zones grises », nuance Krasimir Yankov, estimant par là qu’il est difficile d’y faire respecter les conventions internationales. A l’inverse, l’Ukraine est en principe un Etat de droit, tout comme la Russie.

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RFI: Nouvelle fuite de Donetsk

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », le 07.08.2016

Nouveau scandale affectant la liberté de la presse en Ukraine. Une liste de plus de 1300 e-mails et leurs nombreuses pièces jointes, fruits d’échanges entre le service de presse de la république populaire autoproclamée de Donetsk, et des dizaines de journalistes, a été publiée sur Internet. Une source d’information précieuse pour comprendre les rouages de l’administration séparatiste. 

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Sébastien, vous êtes vous-même mentionnés dans ces échanges de mails… de quoi s’agit-il? 

Ce n’est pas seulement que je suis mentionné, mais ce sont les mails que j’avais envoyé au service de presse de Donetsk qui se retrouvent désormais étalés sur la place publique. L’un d’entre eux, c’était pour demander une accréditation de journaliste en septembre 2015. Il y a un commentaire en anglais, traduit en russe, qui explique pourquoi il faut me refuser cette accréditation. Pour faire simple, c’est parce que le service de presse n’était pas certain que je réalise des reportages de promotion de leur République, mais plutôt que j’analyse ce que j’allais trouver sur place avec un regard critique. Moi, et de nombreux autres journalistes, sommes sur liste noire depuis de longs mois. Nous ne pouvons plus retourner en territoire séparatiste. Nous ne pouvons plus y faire notre travail.

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Capture d’écran de mail. DNR-Leaks

Pour beaucoup de mes collègues, ukrainiens, russes ou autres, les justifications de refus sont encore plus simples. “Russophobe”, “Ukrainophile”, “pro-OTAN”… Un journaliste est décrié pour parler de la présence de “chars russes” dans l’est de l’Ukraine, alors que Donetsk nie toute intervention de la Russie. Un autre décrit les séparatistes comme des… séparatistes, ce qui est visiblement un terme qui énerve, à Donetsk. Et pourtant la guerre, qui a déjà couté la vie à plus de 10000 personnes vise, entre autres, à créer un Donbass indépendant de l’Ukraine.

Pourquoi une telle fuite? 

C’est un mystère. A la base, c’est un post d’un compte Twitter, censé appartenir à la chef du service de presse de Donetsk, qui publie un lien vers la fuite de mails, le 3 août. “Je ne veux plus mentir”, écrit-elle sur son message. Mais rien ne permet de certifier que ce soit elle qui est vraiment à l’origine de ce scandale. Alors chacun y va de sa petite théorie sur les vraies raisons de la fuite. Il est difficile d’y voir clair.

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Mais ce que l’on voit d’ores et déjà, c’est que ces documents, aussi parcellaires soient-ils, fournissent des indications inédites sur les méthodes de fonctionnement du service de presse à Donetsk, et de l’administration séparatiste en général. Les journalistes étrangers sont surveillés par une cellule internationale dirigée par un Finlandais, Janus Putkonen. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, ce sont des Français qui le secondent en majorité. Des Français aux histoires… rocambolesques, c’est le moins que l’on puisse dire.

Leur but, c’est de gagner la guerre de l’information. Ce qui passe par contrôler les journalistes, mais aussi chercher des soutiens à l’étranger, attirer des délégations politiques en territoires séparatistes. On découvre notamment un courriel de Pascal Ellul, président des jeunes de la droite populaire, Les Républicains, qui assure la république auto-proclamée de tout son soutien, et fait part de son désir de se rendre à Donetsk en visite officielle… Donc toute une machine de promotion, voire de propagande, qui accompagne l’établissement des structures de cet embryon Etat auto-proclamé dans l’est de l’Ukraine.

Pourquoi cela est-il considéré comme une nouvelle atteinte à la liberté de la presse? 

Alors, déjà il y a le refus des accréditations de la part de la DNR, qui est un déni de la liberté de la presse assez flagrant. Cela rentre malgré tout dans la logique du conflit, il faut le préciser. Dans les premiers mois de la guerre du Donbass, les journalistes pouvaient aller et venir pour travailler dans un camp ou un autre. Ce n’est plus le cas, et, à ce titre, le conflit ressemble de plus en plus aux autres guerres. Il faut choisir une base de travail, sur un côté précis de la ligne de front, et s’y tenir.

Mais aussi avec cette fuite, les données personnelles de centaines de journalistes, adresses e-mails, scans de passeports, se retrouvent encore étalées sur la place publique. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. 

Et puis il y a le contexte à Kiev. Cette fuite a été divulguée le jour suivant la démission de la vice-ministre de l’information, pour protester contre les attaques contre les journalistes, qui restent impunies. A la fin juillet, un célèbre journaliste d’investigation a été assassiné en plein centre de Kiev. L’Ukraine n’est pas l’environnement le plus facile pour les journalistes. Malgré cela, il n’y a aucune réaction de la part des dirigeants du pays, ni même aucune assurance que l’Etat pourrait garantir la sécurité des journalistes de guerre et la liberté de la presse. Pas de réaction, rien.

Une des théories sur l’origine de cette fuite implique que les services secrets ukrainiens ont orchestré le scandale. C’est impossible à vérifier. Mais l’absence des réactions des dirigeants ukrainiens n’augure rien de bon. A Kiev, on est encore loin de Donetsk; et le Président Petro Porochenko rappelle de temps en temps que l’Ukraine est un pays libre où les journalistes peuvent travailler sans pressions. Mais ce que la communauté de journalistes demande, ce sont plus des engagements et des actes que des discours.

M6, son chaos imaginaire et ses filles de rêve

Billet d’opinion sur la diffusion du documentaire « Un été brûlant à Odessa », sur M6, le 24/07/2016

Et pendant ce temps, Odessa continue d’attirer les plus grands noms de l’investigation télévisée à la francaise. Apres Paul Moreira, c’est Bernard de la Villardière qui impose sur M6 « Un été brûlant à Odessa », dans son émission « Enquête Exclusive ». Réalisation Marc Roussel, dont je découvre le nom.

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http://www.lezappingdupaf.com/2016/07/un-ete-brulant-a-odessa-dans-enquete-exclusive-sur-m6.html

En lieu et place d’une enquête, le téléspectateur a droit à un amalgame de séquences sans beaucoup de connecteurs logiques. Des filles d’Odessa à l’incendie de la maison des syndicats, des filles d’Odessa aux milices nationalistes, des filles d’Odessa à la nouvelle police, pour revenir aux filles d’Odessa. Les séquences s’enchaînent sans marqueurs temporels très ancrés: dur de départager ce qu’il s’est passé en 2014, 2015, ou cette année. Quand est censé se dérouler cet « été brûlant », on ne sait guère. Mais de tout temps, les filles d’Odessa… Bref.

Ce qui apparaît évident, encore une fois, c’est le manque de contexte et de clés de lecture. Et la frustration implicite du scénariste-journaliste de ne pas constater, dans les rues d’Odessa en 2016, « l’état de guerre », la violence, les fusillades en plein jour, et autres amuse-gueule qui avaient été imaginées à Paris et qui rendraient, si avérées, le sujet si sexy. Alors on compense, par une musique de fond angoissante, des images d’archive et des commentaires gratuits et plus ou moins au conditionnel, sur cette guerre qui était la, qui approche, qui est imminente, qui est déjà là en fait. Vous ne la voyez pas? On va vous la montrer. Et ces milices nationalistes qui font la loi et régissent tout à la place de la police… Rien ne va plus. Une situation catastrophique qui justifie, en fait, mais c’est bien sûr, que des dizaines de jeunes filles se vendent à des étrangers à travers des agences de mariage ou sur des scènes de boîtes de nuit. Pour quitter cet enfer, ou en tout cas y survivre. Car vous savez, les filles d’Odessa… Bref.

Et de les voir si décontractées et pleines de vie dans un environnement si hostile… Brrr. A la fin du reportage, j’avais presque envie d’en adopter une tellement elles me faisaient pitié. Mais, alors, si je le faisais, devrais-je me confronter au Big Boss nationaliste qui régit apparemment tout et tout le monde à Odessa? Et si je croyais à cet amalgame confus, et confusant, on peut le dire, qui s’étale sur plus de 50 minutes, oserais-je même me rendre dans ce coupe-gorge qu’est Odessa? Et si je considérais que cela est une enquête, ou même du journalisme moderne et sérieux, pourrais-je encore me regarder dans la glace?

 

Lire ici une analyse détaillée du film de M6 par l’équipe du Ukraine Crisis Media Center.