LLB: Le bling-bling ukrainien mis en ligne

Article publié dans La Libre Belgique, le 01/11/2016

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Mejihyria, résidence somptueuse du Président déchu Viktor Ianoukovitch. Symbole de la corruption, ou résidence standard des dirigeants ukrainiens? 

Qui n’a pas encore son billet pour l’espace, ou son église privée? Qui a les montres les plus chères? Qui a accumulé la plus haute montagne d’argent en liquide dans son salon? Quelques 50.000 hauts responsables ukrainiens ont eu jusqu’au 31 octobre pour rendre public leurs patrimoines sur le site de l’Agence nationale pour la Prévention de la Corruption. Les déclarations de ces représentants de l’Etat sont désormais en libre consultation: elles s’apparentent à un concours d’opulence et de bling-bling.

Un député déclare ainsi posséder 95 appartements. Un autre révèle des collections inestimables d’art religieux. Un autre est l’heureux propriétaire d’une église privée. L’un des plus extravagants est le maire de Dnipro, Boris Filatov. Il possède, entre autres, un hélicoptère, des voitures de collection, un yacht, un assortiment d’art japonais, et un billet pour l’espace à bord des navettes “Virgin Galactic”.

Quasiment tous les déclarants, du Président Petro Porochenko aux ministres, en passant par les députés et hauts fonctionnaires, divulguent des voitures de luxe et des montres haut de gamme, ainsi que des quantités astronomiques d’argent en liquide. Les 15 ministres du gouvernement actuel détiendraient ainsi une valeur combinée de plus de 6,7 millions d’euros en cash.

L’initiative, soutenue par l’UE, le FMI et la société civile dans le cadre de la lutte contre une corruption toujours endémique “est un système remarquable qui marque une rupture fondamentale avec la corruption, insiste Anders Fogh Rasmussen ancien Secrétaire Général de l’OTAN et conseiller du Président Petro Porochenko. “Ce système va bien plus loin que de nombreux pays occidentaux”.

Reste que, dans un pays frappé par une grave crise économique, où le salaire moyen officiel stagne à moins de 200 euros par mois, les médias et les réseaux sociaux ne décolèrent pas. “Il faudrait maintenant présenter un député ou ministre en citant pas son âge ou son parti, mais plutôt sa fortune”, ironise le blogueur populaire Roman Shrayk. “Ca donnera: ‘Mikhaylo Petrov (17 voitures de luxe) propose d’augmenter les prix du gaz’, ou encore ‘Olha Vasyliouk (53 manteaux de fourrure) dénonce l’appauvrissement des travailleurs…’”

En filigrane, la certitude largement répandue que la plupart de ces fortunes ont été amassées par des moyens illégaux, voire criminels. De nombreux élus et fonctionnaires de longue date, sans liens apparents avec le monde des affaires, perçoivent depuis des années des traitements de l’Etat particulièrement maigres. Ce qui ne les empêche pas de déclarer montres, voitures et appartements, enregistrés, de manière commode, aux noms de leurs conjoints.

“Les organes anti-corruption, assistés de la société civile, doivent désormais examiner de près chaque cas”, insiste la journaliste d’investigation Ioulia Mendel”, afin de punir les vols et le népotisme”. Et la jeune femme de mettre en garde à ne pas se concentrer uniquement sur ces déclarations en ligne, pour certaines ouvertement faussées: “le modus vivendi de ces consommateurs maladifs, de ces voleurs pathologiques – nos dirigeants – doit nous assurer d’une chose: ils ne nous ont pas tout dit”.

RFI: Destitution avortée du Premier ministre ukrainien

Papier diffusé dans les journaux du matin sur RFI, le 17/02/2016

Remous politiques en Ukraine. Le Procureur Général Viktor Shokine a démissionné à la demande du Président Petro Porochenko, après de longues semaines de critiques. Le Président avait aussi appelé le Premier ministre Arséni Iatseniouk à démissionner. Mais celui-ci a échappé un vote de défiance au Parlement. 

Sébastien Gobert dans le Parlement

Arséni Iatseniouk s’est présenté avec beaucoup d’assurance aux députés pour  leur présenter son bilan d’activité en 2015

Arséni Iatseniouk: Nous sommes sûr et certain que ce gouvernement a été sur le bon chemin tout ce temps. Nous nous sommes tenus à notre politique, à nos valeurs, et à nos convictions! 

Arséni Iatseniouk était malgré tout sur le point de faire face à un vote de défiance, proposé par Iouriy Loutsenko, le chef de la majorité présidentielle.

Iouriy Loutsenko: Je vais vous dire pourquoi 70% des Ukrainiens réclament votre démission: ils voient que vous vous êtes arrêtés en chemin. Rien n’a changé dans le pays, et les gens sont de plus en plus pauvres. 

Ces critiques, alliées à des accusations d’abus de pouvoir et de corruption, pesaient sur Arséni Iatseniouk depuis des mois. Après de longs débats parlementaires, il a néanmoins échappé à un vote de défiance qui semblait acquis. Les raisons de l’échec du vote demeurent obscures. Certains font valoir des arrangements secrets avec des oligarques. D’autres des pressions et manipulations de la part de Petro Porochenko lui-même. Quoiqu’il en soit, les critiques se font déjà entendre, et promettre de nouvelles actions. Ce n’est sans doute pas la dernière tentative de destituer Arséni Iatseniouk. Son gouvernement est maintenu, afin de poursuivre des réformes structurelles. Mais cela n’est pas forcément un gage de stabilité.

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Photo du résultat du vote de confiance. Motion rejetée. 

RFI: La Suspecte identification des armes de Maïdan

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », le 14/02/2016

C’était il y a presque deux ans. La Révolution ukrainienne s’achevait dans le sang. Des dizaines de protestataires et policiers avaient péri dans des combats de rues, victimes de snipers expérimentés. Personne n’a été jusqu’à présent inculpé, mais le Procureur général d’Ukraine a annoncé il y a peu avoir identifié les armes à feu utilisées sur le Maïdan, ce qui pourrait accélérer l’enquête. Mais cette découverte est très controversée. 

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Le stock d’armes retrouvé en août 2015. 

Est-ce que ce sont bien les armes du Maïdan que les enquêteurs ont retrouvé? 

Probablement oui. 24 armes à feu, kalashnikofs et fusil d’élite, avaient disparu des stocks de la brigade anti-émeute Berkut. En août dernier, les enquêteurs ont retrouvé un stock de 23 armes dans un espace boisé au sud de Kiev. Et comme l’a annoncé le Procureur Général, Viktor Shokin, le 5 février, 12 ont été clairement identifiées comme les armes qui ont tiré les balles retrouvées dans les corps des victimes.

Ces victimes, rappelons-le, ont une grande importance en Ukraine, deux ans après la Révolution. La plupart d’entre elles sont des protestataires, considérés comme des héros dans la lutte contre l’autoritaire Viktor Ianoukovitch. Leurs familles, et la société civile en général, exige depuis deux ans que la lumière soit faite sur la tragédie. D’autant que les circonstances du principal massacre, sur la rue Institutska dans le centre de Kiev, sont véritablement obscures. Quelques policiers avaient été touchés par des snipers, le 20 février 2014. Certains protestataires auraient été visés dans le dos. Qui a tiré, sur qui, et sur quel ordre…? Ce sont des questions qui attisent toutes sortes de théories du complot, impliquant services secrets russes ou américains, selon les variantes.

Il est donc très important que l’enquête produise des résultats. Mais pourtant, l’annonce du Procureur général est très controversée…? 

Oui, tout d’abord pour une raison simple: le Procureur Général Viktor Shokin n’a aucune crédibilité en Ukraine, en particulier sur les enquêtes du Maïdan. Cela fait deux ans, mais personne n’a été inculpé, comme vous le disiez. Seuls deux voyous avaient été arrêtés, puis relâchés en 2015. Le Procureur explique que les responsables des massacres se sont réfugiés en Russie, en dehors de sa jurisdiction, alors que certaines personnes, complices, sont clairement identifiées mais pas poursuivies par la justice. Certains des officiers des forces spéciales, par exemple, n’ont jamais été inquiétés car leurs compétences étaient trop nécessaires sur le front du Donbass…

7 cas sont aujourd’hui ouverts contre certains individus, et le Procureur général vient d’ouvrir des poursuites contre une vingtaine d’autres pour acte de terrorisme. Mais cela ne suffit pas à apaiser l’opinion publique. On accuse le Procureur d’agir imprudemment en divulguant ces armes avant la fin définitive de l’expertise, et de tirer des conclusions hâtives. Plus généralement, cela rejoint les critiques sur la personne du Procureur, accusé de ne pas pouvoir, ou de ne pas vouloir, poursuivre les représentants de l’ancien régime et d’entretenir des schémas de corruption importants.

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Les armes ont été retrouvées en août 2015, comme vous le disiez. Alors pourquoi cette annonce maintenant? 

Cela fait aussi partie des critiques dirigées contre le Procureur, qui jouerait d’une part sa survie politique en tentant un coup d’éclat de communication à l’approche des commémorations du massacre de 2014. Mais la plupart des accusations touchent directement le Président Petro Porochenko, qui a nommé et protège le Procureur Viktor Shokin depuis des mois. Petro Porochenko est tenu de plus en plus responsable de l’absence de réformes, et il aurait tenté de faire oublier une grave crise politique dans le gouvernement et le Parlement avec cet effet d’annonce. Que ce soit vrai ou pas, il semble que l’opinion publique a déjà tiré son verdict, et s’indigne que l’on joue comme cela avec la mémoire des héros de la Révolution.

Ouest France: Reportage à Zaporijia

Reportage co-réalisé avec Laurent Geslin, publié dans l’Edition du Soir, le 27/01/2015

Ouest France, édition du soir, 27/01/2015. Capture d'écran.
Ouest France, édition du soir, 27/01/2015. Capture d’écran.

Il y a certains jours d’hiver où l’humidité qui monte du fleuve Dniepr se mélange aux fumées poisseuses des usines, pour faire disparaître dans la brume la grande ville industrielle de Zaporijia. Dans le centre de cette cité de 770 000 habitants, une neige sale et boueuse achève de fondre sous les roues des véhicules qui descendent l’avenue Lénine, l’artère stalinienne de onze kilomètres qui relie la gare ferroviaire au fleuve. Sur les berges, une immense statue de Vladimir Ilitch monte la garde, le bras tendu vers un avenir radieux…

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