LLB: En Ukraine, l’indécrottable corruption

Article publié dans La Libre Belgique, le 18/08/2016

A Kiev, le procureur anticorruption Dmytro Sus se rend au travail tous les jours dans une Audi Q7 rutilante. Une voiture de luxe, estimée au minimum à 30 000 euros sur le marché ukrainien. Alors évidemment, quand le procureur déclare sur Facebook, dans un échange avec un internaute, gagner 300 000 hryvnias par an (environ 10 600 euros), cela pose question. En fait, « tout s’explique », ironise la journaliste Alissa Iourchenko. « La voiture appartient à Maria Iourchik, une habitante de Khmelnitsky (à quelque 400 kilomètres de Kiev), de la famille de Dmytro Sus. Née en 1930, elle a aujourd’hui 85 ans… »

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Source: Facebook de Moustafa Naiiem

Ces cas de fonctionnaires, magistrats et politiciens ukrainiens vivant clairement au-dessus de leurs moyens, Alissa Iourchenko et l’équipe de journalistes de « Nashi Groshi » (Notre argent) en font leurs choux gras. Même s’il est impossible de tous les recenser. En Ukraine, l’un des pays les plus pauvres d’Europe en termes de revenus par habitant, les ballets de voitures de luxe garées devant la Verkhovna Rada (Parlement), les ministères, les tribunaux et autres bâtiments officiels sont une scène de la vie quotidienne.

L’anecdote est encore célèbre de l’ancien ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, se faisant railler par ses homologues ukrainiens en 2013. Il arborait alors au poignet une montre « Bulova », estimée à « seulement » 165 dollars… Une misère pour les officiels à Kiev, malgré leurs salaires officiellement inférieurs aux niveaux polonais. De quoi alimenter les rumeurs, accusations et enquêtes sur la corruption d’Etat en Ukraine.

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Libération: L’Ukraine et la Russie ressortent les canons

Article publié dans Libération, le 15/08/2016

Après des incidents en Crimée ayant entraîné une remilitarisation, la tension est montée entre Kiev et Moscou, les deux camps s’accusant de violences et de tentative de diversion.

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«Je n’aimerais pas que nous en arrivions là. Mais s’il n’y a pas d’autres manières d’influencer la situation, le président Poutine pourrait probablement prendre cette décision…» Evoquée par le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, vendredi, la menace de rompre les relations diplomatiques avec l’Ukraine a fait sensation. Elle serait l’une des conséquences dramatiques du soudain regain de tension entre les deux pays. Et pourtant, à Kiev, l’ambassade de la Fédération de Russie a depuis longtemps l’apparence d’un vieux bâtiment abandonné, sali par de nombreux graffitis et bombes de peinture. A bien y réfléchir, il est étonnant que les deux «frères ennemis» aient encore des relations diplomatiques, plus de deux ans après l’annexion de la Crimée, et le début d’une guerre hybride dans le Donbass.

Cette fois, c’est la Russie qui s’estime attaquée. Mercredi, le Kremlin accusait Kiev d’une «tentative d’attaque terroriste» en Crimée (lire ci-contre). Deux échauffourées consécutives auraient provoqué la mort de deux Russes. Kiev nie en bloc. Experts et observateurs internationaux dénotent l’absence de preuves attestant de la version russe. Même l’identité des «terroristes ukrainiens», exhibés à la télévision russe, est remise en question. Les journalistes ukrainiens de Hromadske TV ont ainsi remarqué que l’un des accusés avait commis une erreur en déclarant sa prétendue adresse personnelle en Ukraine… Qu’à cela ne tienne, le scandale est suffisant pour provoquer un nouvel épisode de tensions à hauts risques.

Manœuvres.

«Il a suffi d’une opération mal montée du FSB [Service fédéral russe de sécurité, héritier du KGB, ndlr], et de déclarations menaçantes de Vladimir Poutine pour que les conversations en Ukraine portent toutes sur la guerre», ironise l’éditorialiste Vitaliy Portnikov. Les Ukrainiens avaient, d’après lui, oublié qu’ils vivaient dans un pays «en état de guerre permanent… On peut s’attacher aux réformes et à la lutte contre la corruption tant que l’on veut. C’est presque dérisoire, dans la mesure où Poutine peut décider d’envahir, quand il veut, où il veut».

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France Culture: Un bouclier antimissile en Crimée annexée?

Papier radio diffusé sur France Culture, le 13/08/2016

La Russie a annoncé, vendredi 12 août, avoir déployé des systèmes de défense antiaérienne et antimissile dernier cri S-400 en Crimée, annexée par Moscou en 2014. L’annonce intervient dans un contexte de fortes tensions entre l’Ukraine et la Russie

 

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S-400. Photo: Wikipedia Commons

La Russie serait-elle en train d’établir son propre bouclier antimissile? Le déploiement des S-400 pourrait être compris comme une réaction à l’activation du bouclier antimissile américain en Roumanie et en Pologne. Surtout qu’il s’inscrit dans le cadre d’exercices militaires russes prévus de longue date. Mais l’annonce intervient alors que les forces armées ukrainiennes sont dans un état d’alerte maximale, dans la peur d’une intervention russe.

Moscou accuse Kiev d’avoir tenté de mener une attaque terroriste en Crimée. Le Kremlin n’a pas encore fourni de preuves solides, qui pourraient attester d’une quelconque incursion ukrainienne. Mais le ministère des affaires étrangères russes a d’ores et déjà annoncé que l’incident “ne restera pas sans conséquences”. De quoi faire craindre une nouvelle opération russe en Ukraine, d’autant que, dans l’est en guerre, les combats se font de plus en plus violents. Et de plus en plus meurtriers. Dans la journée de vendredi, des colonnes de chars ukrainiens ont été aperçus roulant vers le sud. Selon le haut commandement ukrainien, ils allaient occuper des positions défensives, le long de la ligne de démarcation avec la Crimée.

La communauté internationale, l’OTAN y compris, appellent à la retenue et à une reprise des négociations. Mais tous les éléments sont bien réunis pour une explosion de violences. La Russie a refusé la présence d’observateurs de l’OSCE en Crimée, et menace de rompre les relations diplomatiques avec l’Ukraine si le gouvernement de Kiev n’entend pas raison. Chaque camp se rejette évidemment la responsabilité de l’escalade. Mais à entendre les dirigeants du Kremlin, on en en oublierait presque que la Crimée a été annexée en violation du droit international en 2014, et que le déploiement de troupes et de systèmes antimissiles sur la péninsule n’aurait, en principe, pas lieu d’être.

RFI: Ce que l’Ukraine attend du sommet de l’OTAN à Varsovie

Reportage diffusé sur RFI, le 09/07/2016

A Varsovie, dans le cadre du sommet de l’Otan, se tient ce samedi 9 juillet une réunion stratégique de chefs d’Etat entre l’Alliance Atlantique et l’Ukraine. Ce pays d’Europe de l’Est dénonce, depuis 2014, une agression de la Russie à travers l’annexion de la Crimée et un conflit meurtrier dans le Donbass, à l’est. Les forces armées, encore très post-soviétiques, ont entamé un vaste processus de réforme, et attendent beaucoup de l’Otan. A Kiev, pour en parler, Sébastien Gobert s’est entretenu avec le major général Anatoliy Petrenko, directeur du département d’orientations stratégiques et de relations internationales.

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C’est dans une salle de conférence fraîchement rénovée que le Major Général Anatoliy Petrenko s’installe. Le message doit être clair: même au ministère de la défense d’Ukraine, les choses changent, et se modernisent. D’après le Major Général, l’enjeu est de taille.

Anatoliy Petrenko: Nous ne voulons pas améliorer ou maintenir les forces armées d’Ukraine. Nous voulons les transformer radicalement pour en faire une nouvelle institution de sécurité et de défense nationale. Il s’agit aussi de respecter les critères de candidature à l’OTAN. 

Reliquat de l’Armée Rouge, délaissée pendant les deux décennies d’indépendance, l’armée ukrainienne a en plus à faire face à un défi colossal.

Anatoliy Petrenko: Le défi, c’est de mettre en oeuvre cette réforme alors que les hostilités se poursuivent dans l’est du pays, et que nous subissons une menace directe depuis le sud. La Crimée a été annexée illégalement. Il y a une présence de troupes étrangères dans l’est du pays. 

Les réformateurs de la défense souffrent aussi de restrictions budgétaires et d’une résistance active de nombreux généraux encore ancrés dans l’idée soviétique d’une opposition fondamentale à l’OTAN.

Certains résultats sont déjà visibles, même si le processus de réformes traîne en longueur. Dans ce contexte, Anatoliy Petrenko attend beaucoup des alliés occidentaux. Pas le déploiement de troupes dans l’est de l’Ukraine, mais bien un soutien sans faille.

Anatoliy Petrenko: Après le sommet de Varsovie, nous bénéficierons d’un paquet d’assistance complet. Nous allons créer un centre de coordination de commandement, nous allons nous oeuvrer à la modernisation de notre logistique et de notre capacité médicale, nous comptons améliorer notre défense cybernétique, la protection de notre système énergétique et nos communications stratégiques.

Le Major Général se dit bien au fait des résistances au sein des pays de l’OTAN à un rapprochement avec l’Ukraine. Beaucoup en Occident ne font pas confiance aux Ukrainiens, taxés d’incompétence et de corruption, et craignent qu’une expansion de l’OTAN puisse irriter le Kremlin. Mais pour Anatoliy Petrenko, la raison première de ce rapprochement, ce sont les Ukrainiens eux-mêmes.

Anatoliy Petrenko: Avant, entre 35 et 45% de la population soutenait l’adhésion à l’OTAN. Aujourd’hui, c’est plus de 78%. D’ici à 2020, nous devons faire en sorte que les forces armées d’Ukraine soient fonctionnelles et interopérables, et qu’elles respectent les critères de candidature à l’OTAN. Ce sont les Ukrainiens eux-mêmes qui prendront la décision ultime de l’adhésion. 

Autrement dit, la relation entre l’OTAN, la Russie et une Ukraine en guerre devrait faire longtemps parler d’elle. Et alimenter les craintes, fondées ou non, sur une nouvelle guerre froide.

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Libération: En Ukraine, l’OTAN occupe le terrain… de la formation

Article publié dans Libération, le 27/09/2014

From left to right: Lt. Gen. Donald M. Campbell, Jr. commanding general of U.S. Army Europe; John Michael McHugh, U.S. Secretary of the Army; Gen. Lt. Anatoliy Pushnyakov; Lt. Gen. Frederick "Ben" Hodges, Allied Land Commander.
From left to right: Lt. Gen. Donald M. Campbell, Jr. commanding general of U.S. Army Europe; John Michael McHugh, U.S. Secretary of the Army; Gen. Lt. Anatoliy Pushnyakov; Lt. Gen. Frederick « Ben » Hodges, Allied Land Commander.

Cagoulés et camouflés, des militaires ukrainiens s’approchent d’une maison à la lisière d’une forêt, tenue par des terroristes polonais. Dans le vacarme des fusils-mitrailleurs, ils lancent un assaut. Le bâtiment est pris en quelques minutes. Mais ici, tout le monde a gagné. Ni victimes ni balles réelles. «Les techniques enseignées pendant les exercices multinationaux « Rapide Trident – 2014 » visent à apprendre à travailler ensemble, selon les standards de l’Otan, et à faire face aux nouveaux types de conflit», commente le major Cozma de l’armée moldave, ici secondé par le lieutenant américain Johnston.

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