P@ges Europe: Zaporijia, ville miroir d’une Ukraine bouleversée

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié sur le site de P@ges Europe, le 12/02/2014

Sur les rives du Dnipro, au sud-est de Kyiv, la grande ville industrielle de Zaporijia est parfois surnommée le «Detroit ukrainien», en référence à sa consœur américaine autrefois fleuron de l’industrie automobile. La cité ukrainienne s’est développée et a connu son âge d’or durant la période soviétique. Située 200 kilomètres à l’ouest de Donetsk et de la ligne de front, majoritairement russophone, elle cristallise désormais les défis d’une Ukraine en profonde redéfinition identitaire.

L’avenue Lénine, principale artère de la ville. Laurent Geslin, janvier 2015.
L’avenue Lénine, principale artère de la ville.
Laurent Geslin, janvier 2015.

RSE: Des Riches ukrainiens moins riches

Brève publiée sur le site de Regard sur l’Est, le 08/11/2014

Il aurait perdu 45% de sa richesse en un an. Mais avec une fortune estimée à 10,1 milliards de dollars, Rinat Akhmetov est toujours l’homme le plus riche d’Ukraine, selon le classement des «100 Ukrainiens les plus riches 2014». Suivent les oligarques Hennadiy Bogolyoubov et Ihor Kolomoiskiy, qui représentent respectivement 2,6 et 2,3 milliards de dollars.

D’après le classement, seuls cinq personnalités ont accru leurs fortunes au cours de l’année passée. Tous les autres ont subi des pertes considérables. Les cent personnalités citées par le classement détiennent néanmoins l’équivalent de 22% du PIB ukrainien.

Le représentants de l’ancien régime accusent des pertes impressionnantes. Serhiy Kourchenko, ancien homme d’affaire prodige, proche associé de «La Famille» de Victor Ianoukovitch aujourd’hui en exil, aurait perdu 89% de ses avoirs. Avec 266 millions de dollars, il figure malgré tout à la 24ème place du classement. Le fils du président déchu, Oleksandr Ianoukovitch, numéro 75, aurait perdu 78% de sa richesse.

Malgré ces pertes importantes, l’oligarchie touche toujours les plus hauts sommets de l’Etat. Le Président Petro Porochenko, fort d’une fortune de 816 millions de dollars, est ainsi numéro 9 du classement. Juste derrière le chef adjoint de l’administration présidentielle, le milliardaire Iouriy Kosiouk. Ce dernier posséderait 837 millions de dollars.

En présentant le classement, «Novoye Vremia» se plaît à calculer que la vente de tous les avoirs de ces 100 Ukrainiens les plus riches serait à peine suffisante pour acheter 19% d’actions dans la compagnie américaine Facebook. Dans le même temps, la revue rappelle que le salaire moyen en Ukraine s’élève à environ 267 dollars par mois. Aussi un salarié ukrainien devrait travailler, sans dépenser quoi que ce soit, pendant 12484 ans et 4 mois pour faire son entrée au bas de la liste.

RFI: Polémique sur le salaire des députés ukrainiens

Séquence « Bonjour l’Europe », diffusée le 06/11/2014

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Cela fait à peine dix jours que les Ukrainiens ont renouvelé leur Parlement. La nouvelle législature n’a pas encore commencé à travailler qu’une controverse éclate déjà sur les salaires des députés. Ils valent aujourd’hui tout juste l’équivalent de 300 euros. Un des pères de la révolution de l’EuroMaidan, et héros de la lutte anti-corruption, l’ancien journaliste et nouveau député Mustafa Nayyem, insiste pour que ces salaires soient relevés, mais ça n’est pas du goût de tout le monde.

Pourquoi une telle demande ?

Et bien parce que des revenus aussi bas pour les législateurs seraient tout simplement une invitation à la corruption. Mustafa Nayyem et plusieurs de ses nouveaux confrères estiment qu’on ne peut pas vivre honnêtement à Kiev avec 300 euros par mois. En habitant moi-même à Kiev, je confirme que ce serait difficile. Et donc Mustafa Nayyem demande que les salaires des députés doivent être au moins triplés, afin de s’assurer qu’ils soient auto-suffisants, et donc indépendants pendant leur mandat. Vous savez que la politique ukrainienne est bien connue pour engendrer une corruption endémique. Pendant des années, les députés ukrainiens n’ont jamais caché leurs grosses voitures noires, leurs montres en or ou leurs villas. Cela a d’ailleurs été une des cibles de la révolution de l’EuroMaidan.

C’est d’ailleurs pour ça que l’annonce de Mustafa Nayyem a fait l’effet d’un choc. Que lui, le militant, un des pères de la révolution, figure très populaire et réputée très simple, demande une augmentation de salaire à peine élu, cela crée une forte polémique. Tout le monde comprend son raisonnement, mais on lui reproche d’en parler après l’élection, alors qu’il devait probablement savoir où il mettait les pieds avant. Et aussi, on lui fait comprendre que ce n’est pas le bon moment.

Pourquoi ce n’est pas le moment ?

En premier lieu, parce que le pays est dans un contexte de grave crise économique ! Sous perfusion du FMI, le gouvernement a déjà du augmenter les impôts et geler, voir réduire, les salaires de la fonction publique. L’Etat a à peine de quoi payer pour les salaires et l’équipement, ou même les chaussettes chaudes des dizaines de milliers de soldats qui sont mobilisés à l’est de l’Ukraine. Donc vouloir augmenter les salaires des députés en ce moment, ça ressemble à une plaisanterie de mauvais goût.

Et il faut dire aussi que depuis le mois de février, les députés sont sous étroite surveillance de la société civile, que ce soient des ONG citoyennes ou des militants radicaux. Et eux mettent en avant qu’il ne faut pas régler les dérives de corruption au Parlement avec plus d’argent, mais avec plus de contrôle, et une exigence de responsabilité. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise. Mais en tout cas, tout le monde s’accorde sur le fait que ce Parlement doit être celui de la lutte anti-corruption.

Mais d’après ce que l’on voit, les oligarques ukrainiens restent très puissants et influents dans la politique ukrainienne ?

Oui en effet. On l’a bien vu à travers la composition des listes électorales : les principaux oligarques ukrainiens ont placé leurs candidats ici et là. Et bien sûr n’oublions pas que le Président Petro Porochenko est lui-même un oligarque. C’est un problème, dans le sens où le système oligarchique encourage la corruption, et décourage la modernisation de l’administration et de l’économie. Et pour ce qui est d’une répartition équitable de la richesse, ou d’une pratique plus ouverte et transparente de la politique, on en est encore loin. Un récent classement du magazine « Forbes Ukraine » des personnalités les plus riches d’Ukraine révèle que les cent plus riches détiennent l’équivalent de 22% du PIB. C’est sans doute ça le plus gros bémol de l’argumentation de Mustafa Nayyem. Peut importe qu’un salaire de député soit triplé ou quintuplé, un oligarque ukrainien pourra toujours proposer plus si besoin est. Pour les Ukrainiens, l’enjeu, c’est bien une refonte du système existant, et cela dépasse la question des salaires.

Ecouter la séquence ici