France Culture: Crise des missiles en Crimée?

Papier radio diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 02/11/2016

Regain de tensions le long de la démarcation entre l’Ukraine et la Crimée annexée par la Russie. L’armée ukrainienne mène, le 1 et 2 décembre, des essais de tirs de missiles. Moscou crie à la provocation. 

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Source: Unian

En Ukraine, certains l’appellent déjà la crise des missiles. L’armée russe a placé ses troupes En Crimée en état d’alerte, et a déployé des navires de guerre au large de la péninsule. Moscou a aussi menacé les Ukrainiens d’abattre tout missile qui serait volerait trop près de la ligne de démarcation. Pour les Ukrainiens, aucun problème, étant donné que les tests ne sont pas conduits à moins de 30 kilomètres de la frontière, et que Kiev revendique toujours sa souveraineté sur la péninsule annexée.

Le 1er décembre, ce sont 16 missiles qui ont été tirés sur des cibles factices. Dans le même temps, deux nouveaux navires de guerre ont été testés en mer, et devraient être intégrés à la flotte sous peu. Pour le haut commandement ukrainien, c’est un succès total, et un signe clair de la consolidation des forces armées ukrainiennes. Celles-ci étaient quasiment inexistantes au début du conflit ukraino-russe il y a presque trois ans. Selon un récent « index de militarisation du monde », l’Ukraine est passée de la 23ème à la 15ème place en ce qui concerne l’état de ses forces armées.

Des forces qui seraient développées dans une logique de défense, et non d’attaque, comme le répètent ses dirigeants. L’escalade verbale entre Kiev et Moscou, et le déploiement de force autour de la péninsule, démontrent néanmoins que la logique guerrière est bien réelle, d’un côté comme de l’autre. Et l’histoire récente a prouvé que, dans la région, les accidents ne sont pas à exclure.

LLB: En Ukraine, l’indécrottable corruption

Article publié dans La Libre Belgique, le 18/08/2016

A Kiev, le procureur anticorruption Dmytro Sus se rend au travail tous les jours dans une Audi Q7 rutilante. Une voiture de luxe, estimée au minimum à 30 000 euros sur le marché ukrainien. Alors évidemment, quand le procureur déclare sur Facebook, dans un échange avec un internaute, gagner 300 000 hryvnias par an (environ 10 600 euros), cela pose question. En fait, « tout s’explique », ironise la journaliste Alissa Iourchenko. « La voiture appartient à Maria Iourchik, une habitante de Khmelnitsky (à quelque 400 kilomètres de Kiev), de la famille de Dmytro Sus. Née en 1930, elle a aujourd’hui 85 ans… »

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Source: Facebook de Moustafa Naiiem

Ces cas de fonctionnaires, magistrats et politiciens ukrainiens vivant clairement au-dessus de leurs moyens, Alissa Iourchenko et l’équipe de journalistes de « Nashi Groshi » (Notre argent) en font leurs choux gras. Même s’il est impossible de tous les recenser. En Ukraine, l’un des pays les plus pauvres d’Europe en termes de revenus par habitant, les ballets de voitures de luxe garées devant la Verkhovna Rada (Parlement), les ministères, les tribunaux et autres bâtiments officiels sont une scène de la vie quotidienne.

L’anecdote est encore célèbre de l’ancien ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, se faisant railler par ses homologues ukrainiens en 2013. Il arborait alors au poignet une montre « Bulova », estimée à « seulement » 165 dollars… Une misère pour les officiels à Kiev, malgré leurs salaires officiellement inférieurs aux niveaux polonais. De quoi alimenter les rumeurs, accusations et enquêtes sur la corruption d’Etat en Ukraine.

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Ouest-France, Hors-Série: Le conflit gelé du Donbass

Contribution au Numéro Hors-Série de Ouest France, en décembre 2015

“Nouveaux tirs dans la zone de l’aéroport de Donetsk”. “Deux soldats blessés au nord de Louhansk” “Nouvelles séries de pourparlers à Minsk” Les titres de dépêches se suivent et se ressemblent depuis des mois. Dans les cafés de Kiev, la capitale, les annonces ne font plus sourciller que quelques curieux. 

 

“Depuis la bataille de Debaltseve, en février, les gens ont la sensation que la guerre est terminée”, constate Elena Elinova, une volontaire qui effectue régulièrement des voyages de ravitaillement depuis Kiev jusqu’à la “ligne de contact”, l’appellation politiquement correcte de la ligne de front. Ce seraient pourtant quelques 50.000 soldats, selon les estimations, qui seraient mobilisés côté ukrainien, sur le pourtour des républiques auto-proclamées de Donetsk et Louhansk.

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RFI: Des Volontaires au Secours de l’Armée ukrainienne

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe sur RFI, le 11/11/2015

Depuis le 1er septembre 2015, les armes se sont tues dans l’Est de l’Ukraine. La trêve est certes fragile, mais elle est respectée. Il n’empêche que des dizaines de milliers de soldats stationnent encore dans le Donbass. Et pour ces militaires ukrainiens, les conditions de vie laissent à désirer, surtout à l’approche de l’hiver. Ce sont donc des bénévoles et des volontaires qui améliorent leur quotidien en effectuant des livraisons régulières d’équipement et de nourriture.

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C’est dans un recoin improbable de la banlieue de Kiev qu’Ivan stoppe son vieux fourgon Volkswagen et s’arrange pour faire de la place à l’arrière.

Ivan: Attendez que je m’organise bien… 

Entre cartons de patisseries et fruits, bouteilles de jus fait maison, sacs de couchages, un poêle et un poste de télévision, Ivan parvient à caler toute sa cargaison pour que rien ne tombe. Sans attendre, il reprend la route. Destination: la ligne de front du Donbass.

Ivan est accompagné d’Elena Elinova. Comme lui, elle est volontaire, en charge de livrer des produits de première nécessité aux soldats ukrainiens, selon les moyens du bord.

Elena Elinova: C’est les gens qui donnent. On achète quelque chose avec notre argent, on a pris de mes collègues… Sinon il y a des activistes français de l’association “France-Ukraine Solidarité qui nous aident, qui nous donnent de l’argent, qui nous envoient des affaires pour les soldats comme des sacs de couchage ou bien les tenues ou bien les gilets pare-balles. On leur a dit qu’on avait besoin d’argent pour acheter des chaussures chaudes. Et ils ont donné de l’argent pour qu’on puisse acheter tout ça. 

Les mains agrippés au volant, Ivan s’enfonce dans la nuit en direction de l’est. Il préfère rouler de nuit pour arriver dans la zone de guerre pendant la journée. Ivan est un ancien combattant volontaire du bataillon Aidar, à la réputation douteuse.

Il l’a quitté quand le bataillon a été retiré de la ligne de front. Depuis, il effectue des ravitaillements auprès des soldats le plus régulièrement possible.

Ivan: Deux fois, trois fois par semaine. Quand c’est possible, je fais le voyage. Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez d’argent pour faire le plein d’essence. Mais il faut le faire. L’Etat ne peut pas tout. Si nous ne mettons pas la main à la pate, qui le fera? 

A deux heures du matin, nouvel arrêt, à mi-chemin entre Kiev et le Donbass.

Le propriétaire des lieux, Pavlo, à la barbe blanche, s’empresse d’enfourner de nouveaux cartons de nourriture dans la camionnette. Pendant ce temps, dans la maison, sa femme termine de préparer un réel festin.

Baba Lyuba comme elle se prénomme est devenue une étape incontournable des groupes de soldats et de volontaires qui font des aller-retours entre Kiev et la zone de guerre. En été 2014, elle a commencé à cuisiner pour quelques soldats de passage. Et la rumeur s’est répandue.

Baba Lyuba: Et c’est comme ça que ça a commencé. Pour l’instant, j’ai cuisiné 9000 vareniki, ces sortes de raviolis fourrés fait à la main. 9000! Je me suis fait une entorse du doigt à cause de cela. (à 0’13, laisser courir le son sur 0’02 secondes pour écouter les rires) Au début, toute ma retraite y était passée, juste pour nourrir les soldats. Maintenant, je reçois de l’aide des volontaires, ça me permet de continuer à cuisiner. 

Baba Lyuba et son mari Pavlo s’affichent comme des maillons essentiels de cette chaîne de volontaires, développée après la Révolution de la Dignité pour pallier les déficiences de l’Etat. Baba Lyuba assure ne compter ni les heures, ni la fatigue.

Baba Lyuba: Mais comment ne pas aider tous ces gars, ils se battent pour nous! Nous ne connaissons personne dans la zone de guerre, ni fils, ni cousin. Mais nous allons continuer à soutenir nos gars, tant que besoin est. 

Ici non plus, pas question de s’attarder.

Ivan a à peine englouti quelques patates qu’il est de nouveau derrière son volant. La route est longue est délabrée, et les postes de contrôle militaires sont nombreux dans la région.

Ce n’est qu’à la nuit tombée que le fourgon parvient à l’une de ses principales destinations: une garnison isolée dans la région de Louhansk.

Dans une maison abandonnée logent dix soldats. Dix autres se préparent à l’hiver dans une tente dressée à proximité. Les sanitaires sont, eux, aménagés entre deux buissons.

Ici, Ivan prend des allures de Père Noël en distribuant nourriture et bouteilles de lait, bottes étanches, et un poste de télévision, arme précieuse pour lutter contre l’ennui de l’hiver.

Si les volontaires ne venaient pas approvisionner cette position reculée, les soldats n’auraient pas la possibilité de se procurer des bottes.

Soldats: Il faudrait acheter cela avec notre propre argent. Mais nous n’avons pas la permission de nous rendre en ville pour faire des courses. L’armée fournit des uniformes et des armes. Mais tout ce qui est plus avancé, comme les manteaux chauds ou des chaussures, c’est réservé aux militaires de carrière. 

Les volontaires sont accueillis comme un divertissement bienvenu. La soirée se passe en plaisanteries et anecdotes en tout genre, à la grande satisfaction de la volontaire Elena Elinova.

Elena Elinova: Je pense sincèrement que le plus important pour les gens, pour les soldats, ce n’est pas la nourriture. C’est de savoir que quelqu’un fait encore attention à eux, que quelqu’un travaille à Kiev et dans d’autres villes d’Ukraine pour leur apporter tout cela. Qu’ils ne sont pas oubliés, qu’ils ne sont pas ici pour rien. 

Le lendemain matin aux aurores, la camionnette repart. Ivan a dormi à peine quelques heures, mais il tient à assurer quelques étapes de plus avant de rentrer à Kiev. La guerre du Donbass ressemblant de plus en plus à un conflit gelé, les soldats resteront probablement mobilisés pendant de longs mois. Alors Ivan et Elena savent déjà ce qu’ils ont à faire: retrouver de l’argent, recharger la camionnette, et repartir pour la ligne de front.

Ecouter le reportage ici

La Libre Belgique: A l’est de l’Ukraine, Artemivsk se prépare au pire

Article publié dans La Libre Belgique, le 03/02/2015. Photos de Filip Warwick

Capture d'écran du site de La Libre Belgique
Capture d’écran du site de La Libre Belgique

Étalé sur un brancard, le regard perdu dans le vide, l’homme mord mollement dans une compresse médicale. Avec énergie, une poignée d’hommes en uniformes le hisse à travers les escaliers du petit hôpital de Zelejnodorojna, en s’efforçant de ménager la jambe ensanglantée de leur camarade. Dans un couloir encombré, on lui attribue des premiers soins, sous les regards apitoyés d’une femme en pleurs. Un soldat, affalé dans un fauteuil roulant, ne prête même pas attention à la scène. Sa jambe gauche est déjà paralysée, recouverte d’un long plâtre rudimentaire.

Après qu’on lui a administré un antidouleur et appliqué un pansement neuf, on assoit l’homme à la compresse sur un matelas poussiéreux. Les yeux fermés, il ne contrôle plus sa main droite, qui tapote nerveusement sur sa veste d’uniforme. Aucune réponse aux questions : l’homme n’entend plus rien. « Vous croyez quoi ? Il était sur le front et il a été touché par un bombardement. Son histoire est simple, pas besoin de l’embêter avec des questions ! » , s’emporte le jeune volontaire Iouriy Sabera.

Lui est arrivé la veille de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. La ville d’Artemivsk, au nord de la zone de combats, il la connaît bien, surtout l’hôpital. Avec plusieurs autres, il fait régulièrement le trajet pour livrer des colis médicaux collectés ici ou là. « Sans les volontaires, nous ne pourrions pas tenir ici , confie Iouriy Mateya, un médecin réserviste de la garde nationale, originaire de Kiev. En termes de soutien matériel et d’aide au personnel soignant, ce qu’ils font n’a pas de prix. L’hôpital est particulièrement démuni pour faire face à cette situation. »

La recrudescence des attaques séparatistes pour l’encerclement, et le contrôle, de cette position stratégique, se fait particulièrement aveugle et meurtrière.

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RFI: La chaîne ukrainienne Inter bientôt fermée?

Séquence « Chronique Média », diffusée dans l’émission « Accents d’Europe, le 12/01/2014

Un nouvel épisode de la guerre non-déclarée entre l’Ukraine et la Russie, alors que les autorités ukrainiennes semblent décidées à fermer une des principales chaînes de télévision d’Ukraine. Inter, très russophone et russophile, est accusée de propagande anti-ukrainienne, notamment à travers la diffusion, le soir du Nouvel an, d’un concert de stars russes.

Capture d'écran de la retransmission du concert du Nouvel An sur la chaîne Inter "Attends moi pour le Nouvel An".
Capture d’écran de la retransmission du concert du Nouvel An sur la chaîne Inter « Attends moi pour le Nouvel An ».

On imagine mal un concert de Nouvel An qui puisse provoquer un scandale politique. Qu’y avait-il dans ce concert autre que chansons, paillettes et confettis?

et bien il y avait des chanteurs et acteurs russes qui soutiennent ouvertement la politique impérialiste russe de Vladimir Poutine, l’annexion de la Crimée et les groupes séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine. L’un d’entre eux, Iossif Kobzon, qui a 77 ans et est surnommé par certains le Franck Sinatra russe, a même donné un concert de soutien à Donetsk en octobre dernier. Il est depuis persona non grata en Ukraine, et c’est pourquoi ce concert du nouvel an sur la chaîne Inter était retransmis en direct depuis Moscou.

Alors pour beaucoup en Ukraine, c’en a été de trop. La polémique a tout de suite pris de l’ampleur, en premier lieu sur les réseaux sociaux, certains accusant Inter d’avoir craché au visage de tous les Ukrainiens. Le secrétaire du conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine, Oleksandr Tourchinov, a demandé, dès le 2 janvier, que la licence de la chaîne lui soit retirée pour son “ignorance explicite des intérêts nationaux de l’Ukraine”.   Inter a qualifié vendredi les attaques dont elle est la cible de « provocations et de pressions politiques sur les médias”. La décision finale n’a pas encore été prise, mais la chaîne Inter est dénoncée depuis des années comme un cheval de Troie de la Russie, et ce concert pourrait bien être la goutte qui a fait déborder le vase…

Qu’entendez-vous par “cheval de Troie?”

la chaîne a été créée en 1996 et s’est caractérisée depuis par un ton très russophile, et une opposition farouche à l’opposition démocratique en Ukraine, ce qui a été particulièrement évident pendant la révolution orange de 2004 et la révolution de la dignité en 2013-2014. A la tête de Inter, on trouve une nébuleuse de personnalités proches de l’ancien président Victor Ianoukovitch et du pouvoir russe actuel. Par exemple Victor Medvechuk, qui est le chef de file très controversé d’un mouvement minoritaire pro-russe. Et bien le parrain de sa fille, c’est Vladimir Poutine lui-même.

 

Depuis plus d’un an, et en particulier dans le contexte de guerre non-déclarée entre l’Ukraine et la Russie, Inter est accusée d’avoir choisi son camp dans la guerre médiatique qui fait rage, et de servir la propagande russe. Et donc Inter devait, à un moment ou à un autre, être dans le collimateur des autorités ukrainiennes.

Oui, et d’autant plus que le gouvernement a récemment créé un ministère de l’information…?

 

Oui, c’est une initiative là encore très controversée. Ce ministère a des contours et une mission assez floue: il s’agit de contrer la propagande russe en créant une stratégie de communication d’Etat en Ukraine et de prévenir les atteintes à la sécurité nationale.

Sur l’affaire d’Inter, le ministre Iouriy Stets, le nouveau ministre de l’information ???? c’est ça ?  qui est un des proches du président Porochenko, s’est empressé de rappeler qu’il ne voulait pas dicter de ligne de conduite à tel ou tel média, mais qu’il devait veiller à l’application de la loi ukrainienne. si des personnalités russes comme le chanteur Iossif Kozbon sont persona non grata sur le territoire ukrainien, cela veut aussi dire qu’ils ne peuvent pas s’inviter à la télévision. Pour lui, Inter est coupable, et tout porte à croire que la chaîne sera fermée ou en tout cas fortement bridée à un moment donné, dans le cadre de la guerre médiatique ukraino-russe.

 

Mais Inter est quand même une des chaînes les plus regardées en Ukraine…?

 

Oui, elle est une des trois chaînes de télévision  les plus populaires du pays. la direction, en publiant son communiqué d’explication du concert du nouvel an, s’est d’ailleurs félicité que celui-ci ait été le plus regardé en Ukraine, avec 11 millions de téléspectateurs! Inter est le plus gros diffuseur de séries russes et le troisième diffuseur d’émissions produites en Russie, dont les Ukrainiens sont friands. Alors même si certains dénoncent un impérialisme culturel russe, il s’agit quand même de produits extrêmement populaires, comme l’a été le concert du nouvel an. il y a donc une frontière subtile entre défense des intérêts nationaux et censure, protection de la culture ukrainienne et propagande. et on voit que les autorités ukrainiennes  cherchent leurs marques.

Ecouter la séquence ici