The Odessa Review: Lenin’s Tumble: The Iconoclasm Of Ukraine’s Decommunization

Article published in The Odessa Review, issue of December 16 / January 17.

This article is part of the ongoing project « Looking for Lenin », in partnership with Niels Ackermann. Be sure to like and follow the Facebook Page of the project: After Lenin 

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Niels Ackermann / Lundi 13

Ukraine’s official efforts at Decommunization were passed into law by the Verhovna Rada in the spring of 2015. Secret security service archives were opened up to the light of day, streets named after Soviet era heroes were renamed after various Ukrainian personalities, some of them controversial. Symbols and relics of the Soviet regime were banned. In fact, all sorts of symbols of the communist era including flags and artefacts were banned. Most symbolic of all was the banning of the statues of Soviet leader Vladimir Ilyich Lenin. The process had first began on the night of December 8, 2013 during the midst of the Maidan revolution, when the anti-government protestors successfully toppled a gigantic statue of Lenin standing in the middle of Kyiv. That statue’s fall was a symbolic start that was replicated in hundreds of cities and villages all across the country, in a process that has taken different forms in different places. The continued process of decommissioning of the statues and the often violent destruction that has accompanied it took place over the course of the last year and a half has been called the “Leninopad” or simply the “Lenin-fall”. Some of the Lenin statues are removed quietly by government authorities, and in some places thuggish groups of vigilante and nationalist oriented young men take matters into their own hands, just as often engaging in violent skirmishes with pro-Russian or Soviet nostalgic locals. The fate of the Lenin statues is a remarkable aspect of contemporary Ukraine. The Swiss photographer Niels Ackermann and the French journalist Sébastien Gobert have been traveling around Ukraine chronicling the “Leninopad” for a forthcoming book.

There is not a single monument to Lenin left standing in Ukraine. According to multiple Ukrainian news agencies, on October 24th, the last standing statue of the Bolshevik leader was removed from the town center of Novohorod-Siverskiy. The felling of the last standing monument of its kind in the country marks an obvious epochal shift for contemporary Ukraine. Yet, the process of Decommunization is far from complete: there remain smaller sculptures and busts here and there. And one should also not forget the monuments still standing in the occupied territories in Crimea and Donbass where a renewed Soviet nostalgia has taken hold.

Yet, the fact remains: Lenin is no longer a part of Ukraine’s landscape. As the scholar and art collector Myroslava Hartmond puts it in her essay in “Minima Ucrainica: “The Mother Goddess archetype that is the Ukrainian landscape is liberated of the host of phallic columns that have sought to dominate her forevermore”.

Read the rest of the article here (free access)

Mikheil Saakachvili, éternel trouble-fête de la politique ukrainienne

Version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 08/11/2016

“La région d’Odessa n’est pas seulement aux mains d’individus corrompus, mais aussi des ennemis de l’Ukraine (…) Je ne peux plus le supporter. Je démissionne”. Attendue de longue date, l’annonce du gouverneur d’Odessa Mikheil Saakachvili a néanmoins déclenché une onde de choc médiatique en Ukraine, le 7 novembre. Elle met fin à “l’expérience Odessa” qui avait intrigué l’Ukraine. Elle jette aussi l’opprobre sur l’élite politique à Kiev, et sur le Président Petro Porochenko lui-même.

“Le Président soutient personnellement deux clans à Odessa”, accuse Mikheil Saakachvili. A l’en croire, il s’agit de deux clans fondamentalement corrompus, criminels, et aux tendances pro-russes. Petro Porochenko aurait saboté son action à Odessa, et entretiendrait un système de corruption généralisé en Ukraine. Des accusations difficiles à prouver, mais qui trouvent un écho certain dans une population lassée de la lenteur des réformes et de la lutte contre la corruption.

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Mikheil Saakashvili à Shabo, octobre 2016. Crédit: Niels Ackermann / Lundi 13

Un temps un trouble-fête insatiable de l’élite post-Maïdan, l’ancien président de Géorgie avait été nommé à Odessa en mai 2015 par le Président Petro Porochenko. Une manière subtile de l’éloigner de Kiev, tout en conservant son aura de réformateur énergiques au crédit de l’exécutif. Mikheil “Misha” Saakachvili incarnait alors les espoirs de changements structurels et de lutte efficace contre la corruption. Dans ce laboratoire qu’est la région stratégique d’Odessa, son action devait reproduire les mesures radicales, à l’image des transformations qu’il avait accompli en Géorgie.

Immédiatement lancé dans une de ces cabales médiatiques dont il a le secret, Misha a ouvert de grands chantiers à Odessa: réforme de l’administration et de la police régionales, restructuration du système judiciaire, épuration des douanes, modernisation d’infrastructures, etc. A sa démission en novembre 2016, force est de constater que le bilan est mitigé. Peu de grands projets ont été concrétisés, ou en tout cas achevés.

Pour le gouverneur, le coupable est tout trouvé: Kiev lui a jeté un bâton après un autre dans les roues. La rivalité qui l’oppose à l’ancien Premier ministre Arséni Iatseniouk et à son intriguant ministre de l’intérieur, Arsen Avakov, n’est plus à démontrer. Celle qui l’a éloignée, petit à petit, de Petro Porochenko, était pendant longtemps bien plus feutrée.

Regarder: Dispute au verre d’eau entre Mikheil Saakachvili et Arsen Avakov

Les dissensions étaient devenues évidentes lors de la campagne municipale d’octobre 2015, quand le parti présidentiel avait soutenu indirectement la réélection d’Hennadiy Troukhanov, personnalité intimement liée au crime organisé local. “Saakachvili était censé jouer le rôle de relais du parti de Porochenko. C’était l’accord tacite derrière sa nomination”, explique le député et ancien journaliste d’investigation Serhiy Leshchenko. “Saakachvili a refusé, en particulier de coopérer avec Ihor Kononenko et Oleksandr Hranovski, les deux bras droits du Président. A partir de là, Porochenko lui a retiré son soutien”.

S’est ensuivi un délitement progressif de l’équipe de Mikheil Saakachvili, marqué par le départ de certains de ses membres (Sasha Borovik), le manque d’intérêt d’autres (Maria Gaïdar), et les insinuations du gouverneur sur son retour possible en Géorgie, à la faveur d’une victoire de son parti aux élections législatives d’octobre. Un succès électoral lui aurait assuré un retour triomphal à Tbilissi, après qu’un Parlement loyal eut annulé les multiples procédures judiciaires dont il est la cible.

A Odessa, l’équipe du gouverneur s’est livrée pendant les derniers mois à des tentatives de coopération avec le maire Troukhanov. Ces dernières interactions ont mis en lumière une loi incontournable: tout, à Odessa, se décide et se réalise à travers les clans locaux. La municipalité aurait visiblement noué une relation malsaine de dépendance: autoriser certains projets pour permettre au gouverneur de rester actif, et bloquer la plupart pour le maintenir sous contrôle. Dans le même temps, l’exécutif à Kiev lui reniait de plus en plus de marge de manoeuvre. Misha ne réussit même pas à s’assurer l’organisation de l’Eurovision 2017, malgré une sérieuse candidature.

En savoir plus: « The Education of Mikheil Saakashvili » sur Foreign Policy

Une situation dont Misha ne pouvait s’accoutumer éternellement. Sa démission était une simple question de temps, probablement retenue avant les résultats des élections en Géorgie. Pour Serhiy Leshchenko, c’est là une “continuation logique” de l’éviction des réformateurs des hautes sphères de l’Etat. Ceux-ci, très présents en 2014 et 2015, ont été les premières victimes d’une longue crise politique qui a paralysé la gouvernance nationale au début 2016. “L’expérience Odessa” est belle est bien avortée. L’annonce du 7 novembre a d’ailleurs été précédée de peu par celle du chef de la police régionale, Giorgi Lortkipanidze, ancien ministre de l’intérieur géorgien. Seules restent en place quelques figures secondaires, telles que la chef des douanes Ioulia Marouchevska.

Face aux accusations portées contre le chef de l’Etat, l’administration présidentielle s’est contentée de publier un communiqué laconique, indiquant que Petro Porochenko signera la démission de Mikheil Saakachvili si celle-ci lui est transmise par le gouvernement. Sans regrets ni remerciements.

En Ukraine et ailleurs, les adversaires de Mikheil Saakachvili exultent. Adrian Karatnicky, lobbyiste américain, opposant farouche de l’ancien Président géorgien, met sa démission sur le compte de “son incapacité à produire des résultats à Odessa”. A travers le site “mishagate.org » et de nombreux articles et interventions publiques, il met l’accent sur les échecs de Mikheil Saakachvili, et les abus de pouvoir dont il est accusé en Géorgie. “L’homme le plus répugnant du monde s’en prend désormais à son patron, Petro Porochenko, pour justifier ses erreurs (…) Il a été rejeté en Géorgie, c’est maintenant au tour des Ukrainiens de réaliser à quel point ce réformateur de pacotille est dangereux”.

Adrian Karatnicky n’est pas le seul à être aussi vindicatif. La plupart des représentants des partis de gouvernement ont depuis longtemps pris leurs distances avec Mikheil Saakachvili, l’accusant de populisme, d’incohérence, de délires de grandeur, voire d’abus de pouvoir et de corruption. L’étoile Misha a perdu de sa splendeur, depuis ses discours enflammés sur la scène du Maïdan. Mais il conserve une certaine popularité en Ukraine, auprès d’une population désabusée. Il a été prompt à dénoncer les fastes d’une élite corrompue, qui affiche dans ses déclarations en ligne des fortunes colossales, en opposition “aux retraités qui quémandent leurs derniers kopecks les mains tremblantes pour éviter de mourir de faim”. Des accents mélodramatiques qui s’adressent à un public précarisé par ces dernières années de crise économique.

“C’est la bonne décision dans le contexte actuel”, commente Davit Sakvarelidze, lui aussi Géorgien, ancien vice-Procureur général d’Ukraine. “Il reste tout à faire, et je peux vous assurer qu’il ne va pas quitter l’Ukraine”. En déplacement à Shabo, dans le sud de la région d’Odessa, en octobre, Misha répétait à qui voulait l’entendre son ambition de « tout changer à Kiev, de faire table rase ». Et d’annoncer, dans son discours de démission, le début d’une « nouvelle phase de lutte politique”. Une vidéo de promotion de son bilan de gouverneur, postée sur Youtube quelques heures après sa démission, laisse penser que l’homme s’imagine en effet un avenir en Ukraine.

Ses soutiens se font néanmoins rares. Une tentative de lancer son propre parti politique “Khvilia – Vague”, au cours de l’été, n’avait débouché sur rien de concret. Une partie conséquente de jeunes réformateurs, dont Serhiy Leshchenko, avait préféré s’allier au parti chrétien-démocrate “DemAllianc”. Une nouvelle tentative pourrait avoir lieu en février 2017, selon la député Nataliya Novak, du Bloc de Petro Porochenko.

D’une manière ou d’une autre, Mikheil Saakachvili semble déterminé à bousculer, toujours un peu plus, le jeu politique ukrainien, et à entretenir le battage médiatique autour de sa personne. Dans cette perspective, le choix du 7 novembre pour l’annonce de sa candidature pose question. A un jour d’un scrutin présidentiel historique aux Etats-Unis, qui peut s’intéresser, au-delà de l’Ukraine, à la démission du gouverneur d’Odessa? Misha a-t-il perdu le sens de la communication, jusqu’ici maîtrisée avec brio? Ou bien a-t-il été précipité dans sa décision par quelque sorte de pression? Dans ce cas, est-il réellement, après sa démission, l’homme libre qu’il prétend être?

M6, son chaos imaginaire et ses filles de rêve

Billet d’opinion sur la diffusion du documentaire « Un été brûlant à Odessa », sur M6, le 24/07/2016

Et pendant ce temps, Odessa continue d’attirer les plus grands noms de l’investigation télévisée à la francaise. Apres Paul Moreira, c’est Bernard de la Villardière qui impose sur M6 « Un été brûlant à Odessa », dans son émission « Enquête Exclusive ». Réalisation Marc Roussel, dont je découvre le nom.

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http://www.lezappingdupaf.com/2016/07/un-ete-brulant-a-odessa-dans-enquete-exclusive-sur-m6.html

En lieu et place d’une enquête, le téléspectateur a droit à un amalgame de séquences sans beaucoup de connecteurs logiques. Des filles d’Odessa à l’incendie de la maison des syndicats, des filles d’Odessa aux milices nationalistes, des filles d’Odessa à la nouvelle police, pour revenir aux filles d’Odessa. Les séquences s’enchaînent sans marqueurs temporels très ancrés: dur de départager ce qu’il s’est passé en 2014, 2015, ou cette année. Quand est censé se dérouler cet « été brûlant », on ne sait guère. Mais de tout temps, les filles d’Odessa… Bref.

Ce qui apparaît évident, encore une fois, c’est le manque de contexte et de clés de lecture. Et la frustration implicite du scénariste-journaliste de ne pas constater, dans les rues d’Odessa en 2016, « l’état de guerre », la violence, les fusillades en plein jour, et autres amuse-gueule qui avaient été imaginées à Paris et qui rendraient, si avérées, le sujet si sexy. Alors on compense, par une musique de fond angoissante, des images d’archive et des commentaires gratuits et plus ou moins au conditionnel, sur cette guerre qui était la, qui approche, qui est imminente, qui est déjà là en fait. Vous ne la voyez pas? On va vous la montrer. Et ces milices nationalistes qui font la loi et régissent tout à la place de la police… Rien ne va plus. Une situation catastrophique qui justifie, en fait, mais c’est bien sûr, que des dizaines de jeunes filles se vendent à des étrangers à travers des agences de mariage ou sur des scènes de boîtes de nuit. Pour quitter cet enfer, ou en tout cas y survivre. Car vous savez, les filles d’Odessa… Bref.

Et de les voir si décontractées et pleines de vie dans un environnement si hostile… Brrr. A la fin du reportage, j’avais presque envie d’en adopter une tellement elles me faisaient pitié. Mais, alors, si je le faisais, devrais-je me confronter au Big Boss nationaliste qui régit apparemment tout et tout le monde à Odessa? Et si je croyais à cet amalgame confus, et confusant, on peut le dire, qui s’étale sur plus de 50 minutes, oserais-je même me rendre dans ce coupe-gorge qu’est Odessa? Et si je considérais que cela est une enquête, ou même du journalisme moderne et sérieux, pourrais-je encore me regarder dans la glace?

 

Lire ici une analyse détaillée du film de M6 par l’équipe du Ukraine Crisis Media Center. 

On “The Masks of the Revolution” – and on the ethics of journalism

This is a personal opinion post published ahead of the screening of “Les Masques de la Révolution”, on French Canal +, on 01/02/2016

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Screenshot: http://www.pltv.fr/en/ukraine-masks-of-the-revolution/#

A few words on “Les Masques de la Révolution – The Masks of the Revolution”, by Paul Moreira, to be shown on French TV on Monday, 1st February.  The scandal has been brewing in France for the past week as I and a few people – press correspondents, researchers, activists, diplomats – got a hand on it. As we watched and discovered the 52-minute piece, we had to face a compilation of factual mistakes, exaggerations and misleading set-ups. Since then, those have been denounced extensively as a few samples show below:

Anna Colin Lebedev & Ioulia Shoukan: https://blogs.mediapart.fr/anna-colin-lebedev/blog/290116/d-ou-me-venait-cette-legere-impression-de-m-etre-fait-avoir?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

Benoît Vitkine: http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/01/31/les-lunettes-deformantes-de-moreira_4856732_1655027.html

Halyna Coynash: http://khpg.org/en/index.php?id=1453944128

Even the notorious Ukrainian journalist Krystyna Berdynski, who does not understand French, felt shocked simply by watching the distorting visual effect the documentary produced: http://nv.ua/opinion/berdinskih/52-minuty-frantsuzskogo-filma-o-sobytijah-v-ukraine-94393.html

To which Moreira responded here:

https://blogs.mediapart.fr/paul-moreira/blog/300116/ukraine-les-masques-de-la-revolution-reponse-aux-critiques

Follow both an endless debate and a game of naming and shaming and guessing who told the truth before anyone else and who is paid by who. And so on, and so forth. I refuse to enter such a game and I want here to salute Anna Colin Lebedev and Ioulia Shoukan who managed to raise the standards of the debate by asking real questions in their latest posts. No, there is no sense in asking for the screening of the documentary to be cancelled. Yes, the theses it underlines deserve consideration and pedagogy. A proper investigation into the Odessa tragedy is essential – so is a solid investigation on the Maïdan deaths, still unresolved. And yes, a debate on the new faces and actions of nationalism in Ukraine is essential to understand and analyse.

What I want to stress here is that I feel insulted as a French journalist. I have been living in Ukraine since 2011 and I have tried to understand the complexity of this country and of the region – and the challenges it faces. What we may see in Moreira’s piece is nothing new. Given the current context of a war of information, if not a “war ON information”, one may have seen such distortion of facts before. What is new is that it comes from a French journalist with an impressive record of brilliant investigations. He is to screen what he dubs “an investigation” in an investigative show – “Spécial Investigation”, which is usually credited with a reputation of credibility and solid findings – on one of France’s major TV channels. His report will be viewed by millions – just because of his reputation.

This comes as a shock for me – a young French journalist who claims to represent and implement some standards of objective journalism. Western modern journalism, as we were taught. Hell, I even give lectures on that in Kyiv!

The most recent posts on the scandal were directed to the audience we, foreign correspondents, work FOR – our readership and viewership – to explain the fallacies of “The Masks of the Revolution”. Let me address the people we work WITH. Ukrainians, Russians, Donbass residents, DNR & LNR representatives, Crimean Tatars, nationalists, civic activists, drug users, HIV-AIDS patients, etc. People who trusted me with information and stories – first and foremost because of what I represented as a French journalist. After the movie screens tonight, I would understand if many of them would feel suspicious to see me coming in. I already know I will have to defend myself and my work. I will have to emphasise that I do not work like « this documentary you have seen on Canal + ».

And I don’t. I don’t pretend to have seen the flags of the Azov battalion over Maïdan – despite the fact that the battalion was created over two months after the end of the Revolution. I do not evoke the “Crimean referendum to join Russia” without mentioning the other component of the story, that is to say Russian troops deployed in Crimea ahead of the vote. I never come up with a theory, which would make the Ukrainian-Russian language issue as a symptom of an irreconcilable internal division. Provided I would, I would not pretend to ignore that many of the fiercest Ukrainian nationalists – Andriy Biletski first and foremost – are mainly Russian-speakers. When I need to ask questions on security and the impact of armed battalions in Ukraine, I do not go to the Minister of Economics to obtain answers. Those – and many more fallacies – literally glut Moreira’s report.

I live in Ukraine long enough to understand that here, as anywhere else, nothing and no one is all black or all white. The President, the government, the Parliament, Maïdan revolutionaries, Ukrainian nationalists, Donbass separatists, oligarchs, corrupt civil servants… No one is black or white. Nothing is that simple. I know it because I care enough to try to understand it. It’s exhausting. Yet I want to keep caring and be accountable for it. And I seriously hope I will keep enjoying people’s trust to do so. Trust is the most precious thing we have, as foreign correspondents. It cannot all go to dust, just because of a one journalist who decided to throw it all away.

RFI: Odessa, son port, ses douanes

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 16/12/2015. Avec des photos de Geoffrey Froment.

Le changement en Ukraine, ça passe aussi par une réforme des douanes à Odessa. En mer Noire, les trois ports de la ville sont les plus grands et les mieux situés. Mais, ils sont désormais boudés par les cargos et transporteurs de containers, car la corruption mine le service des douanes. Le nouveau gouverneur d’Odessa, l’ancien président géorgien Mikheil Saakachivilli, s’est attelé à ce nouveau combat. Non sans mal.

 

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Photo: Geoffrey Froment

Depuis la promenade du bord de mer d’Odessa, la vue qui s’offre au badaud, ce sont des grues grinçantes, des entrepôts rouillés, et quelques bateaux. Le paysage du port d’Odessa et de ses infrastructures post-soviétiques, paraît tiré tout droit d’un décor de film historique. L’impression est d’autant plus lunaire qu’elle est encadrée par une route surélevée, sur laquelle on devine les allers et venues de camions, qui évacuent les marchandises du port vers des centres de dédouanement.

 

Le principal centre, c’est celui de l’EuroTerminal, ouvert en 2011. Son directeur général, Oleksiy Majarine.

Alexeï Majarine: Avant que cette route directe soit construite, les camions de marchandises empruntaient l’équivalent de 120 kilomètres de route à travers la ville, entre le port et le centre de dédouanement. Maintenant, c’est entre 15 et 20 kilomètres. Avant que l’Euroterminal soit construit, les formalités de traitement des marchandises pouvaient prendre plus de 20 heures. Maintenant, c’est 2 heures. Donc le traitement des marchandises au port d’Odessa est efficace.

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Alexeï Majarine dans son bureau

Selon la plupart des estimations, le dédouanement dure plutôt 4 ou 5 heures, et l’Euroterminal n’est pas si efficace que cela. Depuis 2011, il est perçu dans les médias comme un trou noir de la corruption, en raison de liens supposés avec l’ancien régime de Viktor Ianoukovitch. Malgré cela, la société Euroterminal n’est pas directement mise en cause, mais bien plutôt les douaniers qui opèrent à l’entrée du centre de traitement.

Dernière affaire en date; en octobre 2015. Une société d’import-export a du se débattre dans l’Euroterminal avec les services de douanes pendant plus de 30 heures. Les douaniers ont exigé pas moins de trois inspections. A chacune d’entre elles, la société a du payer les frais d’utilisation de l’Euroterminal, et les pourboires qui vont avec. Ce n’est qu’une intervention en haut lieu qui a mis fin aux inspections à répétition.

 

Le directeur Oleksiy Majarine refuse de commenter cette l’affaire. Mais il accuse les douanes ukrainiennes de sérieusement compliquer son business.

Alexeï Majarine: C’est à cause de la situation dans les douanes. Comparé à 2013, nous accueillons entre 30% et 40% de cargos de moins. Ceux-ci se redirigent aujourd’hui vers d’autres centres de dédouanement, comme Kiev ou Dnipropetrovsk. C’est moins cher même d’aller à Kharkiv, à 600 kilomètres au nord, parce que là-bas, l’officier des douanes leur proposera un rabais sur le bakchich que l’affréteur doit payer. D’après ce que j’ai entendu, la différence de bakchich peut être entre 3 et 5 fois plus cher à Odessa qu’à Kiev!

Selon Oleksiy Majarine, Euroterminal a perdu 50% de son trafic depuis 2013. La crise économique n’aide pas. Mais ce sont bien les douanes qui découragent de nombreuses sociétés de jeter l’ancre à Odessa.

Aussi la jeune Ioulia Marouchevska, la nouvelle chef des douanes nommée par le gouverneur Mikheil Saakachvili, a du pain sur la planche.

Ioulia Marouchevska: Nous devons changer le système, qui corrompt nos fonctionnaires et créé de nombreux problèmes pour les affréteurs.  Pour résumer, le mode de fonctionnement des douanes est si compliqué que cela ouvre la possibilité de demander des bakchichs.

En ligne de mire: des procédures désuètes, des exigences de paperasses à n’en plus finir, et des permis injustifiés. Ioulia Marouchevska ne peut pas avoir une influence directe sur les changements législatifs, à Kiev. Mais à son échelle, à Odessa, elle doit commencer par le plus basique.

Ioulia Marouchevska: Ce que je peux changer à mon niveau? C’est avant tout l’attitude vis-à-vis des entreprises. Il faut leur faire comprendre que nous sommes ici pour les accueillir et faciliter le transit de marchandises. Que nous sommes ici pour les servir. Nous donnons un certain temps à nos employés pour comprendre ce changement. Et notre prochain objectif sera de construire un nouveau centre de dédouanement, dont les employés seront sélectionnés grâce à un concours très sélectif.

Oleksandr Zakharov, un spécialiste des ports d’Odessa et militant anti-corruption, très actif depuis des années. Il est très prudent face aux changements en cours.

Oleksandr Zakharov: L’équipe de réformateurs de Saakachvili veut obtenir des résultats concrets. Ce n’est pas aussi rapide qu’on le souhaiterait, car ils rencontrent beaucoup de résistance, à la fois à l’intérieur des douanes mais aussi dans les ministères à Kiev. Les réformateurs travaillent dans un contexte très tendu, et on ne peut qu’espérer qu’ils obtiennent des résultats prochainement.

Les résistances à Kiev sont autant bureaucratiques que politiques, instrumentalisées par le conflit ouvert entre Mikheil Saakachvili et le Premier ministre Arséni Iatseniouk. Mais pour Oleksandr Zakharov, il y a urgence. La corruption est telle dans les douanes des ports d’Odessa que certains affréteurs préfèrent se diriger vers des ports russes ou roumains, et acheminer leur cargaison par la route vers l’Ukraine.

Ecouter le reportage ici

RFI: Ioulia Marouchevska, portrait d’un Révolution ukrainienne

Portrait diffusé dans l’émission « Accents d’Europe », le 9/12/2015

En novembre 2013, la Révolution de la Dignité en Ukraine demandait le renouvellement de la classe politique. Deux ans après, on peut constater qu’il n’a pas eu lieu, ce sont toujours les mêmes élites qui dirigent le pays. Mais quelques nouvelles têtes ont néanmoins émergé. L’une d’entre elle est une jeune femme de 26 ans, Ioulia Marouchevska, nouvelle chef des douanes de la région d’Odessa. Sous des airs angéliques, elle cache une énergie réformatrice débordante. 

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Ioulia Marouchevska dans son bureau de chef des douanes, à Odessa. Photo: Goeffrey Froment

Elle est le visage de la génération du changement: sans expérience mais avec beaucoup d’ambitions. Ioulia Marouchevska n’avait que 24 ans quand son visage a fait le tour du monde. Etudiante, elle s’était portée volontaire sur le campement révolutionnaire de l’EuroMaïdan et dans des hôpitaux où étaient envoyés des blessés des barricades. Après une rencontre avec un réalisateur américain, elle y a tourné une courte vidéo, “I am a Ukrainian”.

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Capture d’écran YouTube

Elle y explique le sens du combat des révolutionnaires et la peur d’une répression violente. En quelques semaines à peine, la vidéo a été visionnée plus de 7 millions de fois sur YouTube. Ioulia Marouchevska y gagne une stature internationale et une forte popularité en Ukraine. Elle multiplie alors les conférences et les rencontres avec des personnalités politiques et des diplomates, et se rapproche de l’équipe réformatrice de l’ancien président géorgien Mikheil Saakachvili. Après quelques projets plus ou moins aboutis, celui-ci la fait nommer chef des douanes d’Odessa, ce qui fait jaser. D’ailleurs, quand le Président Petro Porochenko annonce sa nomination, il vante ses talents d’organisation, sa modestie, et sa beauté, mais certainement pas son expertise dans les questions douanières. Et pour cause: Ioulia Marouchevska reconnaît elle-même qu’elle n’y connaît rien, et qu’elle n’aime pas son travail aux douanes. Elle qui se décrit comme une jeune patriote éduquée à l’occidentale, qui est passée à la prestigieuse université Standford, elle doit maintenant travailler dans un bureau typiquement post-soviétique, rempli de fonctionnaires notoirement corrompus. Elle ne souhaite pas rester longtemps aux douanes, elle n’est à ce poste que pour superviser une refonte du système. Ioulia Marouchevska, visage de la révolution, est devenue le symbole de sa mise en pratique: lente, technique, et difficile.

Ecouter le portrait ici

RFI: Odessa, son port, sa corruption

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 16/12/2015

Le changement en Ukraine, ça passe aussi par une réforme des douanes à Odessa. En mer Noire, les trois ports de la ville sont les plus grands et les mieux situés. Mais, ils sont désormais boudés par les cargos et transporteurs de containers, car la corruption mine le service des douanes. Le nouveau gouverneur d’Odessa, l’ancien président géorgien Mikheil Saakachivilli, s’est attelé à ce nouveau combat. Non sans mal. 

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Photo: Geoffrey Froment

Depuis la promenade du bord de mer d’Odessa, la vue qui s’offre au badaud, ce sont des grues grinçantes, des entrepôts rouillés, et quelques bateaux. Le paysage du port d’Odessa et de ses infrastructures post-soviétiques, paraît tiré tout droit d’un décor de film historique. L’impression est d’autant plus lunaire qu’elle est encadrée par une route surélevée, sur laquelle on devine les allers et venues de camions, qui évacuent les marchandises du port vers des centres de dédouanement.

Le principal centre, c’est celui de l’EuroTerminal, ouvert en 2011. Son directeur général, Oleksiy Majarine.

Alexeï Majarine: Avant que cette route directe soit construite, les camions de marchandises empruntaient l’équivalent de 120 kilomètres de route à travers la ville, entre le port et le centre de dédouanement. Maintenant, c’est entre 15 et 20 kilomètres. Avant que l’Euroterminal soit construit, les formalités de traitement des marchandises pouvaient prendre plus de 20 heures. Maintenant, c’est 2 heures. Donc le traitement des marchandises au port d’Odessa est efficace.

Selon la plupart des estimations, le dédouanement dure plutôt 4 ou 5 heures, et l’Euroterminal n’est pas si efficace que cela. Depuis 2011, il est perçu dans les médias comme un trou noir de la corruption, en raison de liens supposés avec l’ancien régime de Viktor Ianoukovitch. Malgré cela, la société Euroterminal n’est pas directement mise en cause, mais bien plutôt les douaniers qui opèrent à l’entrée du centre de traitement.

Dernière affaire en date; en octobre 2015. Une société d’import-export a du se débattre dans l’Euroterminal avec les services de douanes pendant plus de 30 heures. Les douaniers ont exigé pas moins de trois inspections. A chacune d’entre elles, la société a du payer les frais d’utilisation de l’Euroterminal, et les pourboires qui vont avec. Ce n’est qu’une intervention en haut lieu qui a mis fin aux inspections à répétition.

Le directeur Oleksiy Majarine refuse de commenter cette l’affaire. Mais il accuse les douanes ukrainiennes de sérieusement compliquer son business.

Alexeï Majarine: C’est à cause de la situation dans les douanes. Comparé à 2013, nous accueillons entre 30% et 40% de cargos de moins. Ceux-ci se redirigent aujourd’hui vers d’autres centres de dédouanement, comme Kiev ou Dnipropetrovsk. C’est moins cher même d’aller à Kharkiv, à 600 kilomètres au nord, parce que là-bas, l’officier des douanes leur proposera un rabais sur le bakchich que l’affréteur doit payer. D’après ce que j’ai entendu, la différence de bakchich peut être entre 3 et 5 fois plus cher à Odessa qu’à Kiev!

Selon Oleksiy Majarine, Euroterminal a perdu 50% de son trafic depuis 2013. La crise économique n’aide pas. Mais ce sont bien les douanes qui découragent de nombreuses sociétés de jeter l’ancre à Odessa.

Aussi la jeune Ioulia Marouchevska, la nouvelle chef des douanes nommée par le gouverneur Mikheil Saakachvili, a du pain sur la planche.

Ioulia Marouchevska: Nous devons changer le système, qui corrompt nos fonctionnaires et créé de nombreux problèmes pour les affréteurs.  Pour résumer, le mode de fonctionnement des douanes est si compliqué que cela ouvre la possibilité de demander des bakchichs.

En ligne de mire: des procédures désuètes, des exigences de paperasses à n’en plus finir, et des permis injustifiés. Ioulia Marouchevska ne peut pas avoir une influence directe sur les changements législatifs, à Kiev. Mais à son échelle, à Odessa, elle doit commencer par le plus basique.

Ioulia Marouchevska: Ce que je peux changer à mon niveau? C’est avant tout l’attitude vis-à-vis des entreprises. Il faut leur faire comprendre que nous sommes ici pour les accueillir et faciliter le transit de marchandises. Que nous sommes ici pour les servir. Nous donnons un certain temps à nos employés pour comprendre ce changement. Et notre prochain objectif sera de construire un nouveau centre de dédouanement, dont les employés seront sélectionnés grâce à un concours très sélectif.

Oleksandr Zakharov, un spécialiste des ports d’Odessa et militant anti-corruption, très actif depuis des années. Il est très prudent face aux changements en cours.

Oleksandr Zakharov: L’équipe de réformateurs de Saakachvili veut obtenir des résultats concrets. Ce n’est pas aussi rapide qu’on le souhaiterait, car ils rencontrent beaucoup de résistance, à la fois à l’intérieur des douanes mais aussi dans les ministères à Kiev. Les réformateurs travaillent dans un contexte très tendu, et on ne peut qu’espérer qu’ils obtiennent des résultats prochainement.

Les résistances à Kiev sont autant bureaucratiques que politiques, instrumentalisées par le conflit ouvert entre Mikheil Saakachvili et le Premier ministre Arséni Iatseniouk. Mais pour Oleksandr Zakharov, il y a urgence. La corruption est telle dans les douanes des ports d’Odessa que certains affréteurs préfèrent se diriger vers des ports russes ou roumains, et acheminer leur cargaison par la route vers l’Ukraine.

Ecouter le reportage ici

P@ges Europe: Les ports d’Odessa; l’impossible modernisation?

Article publié sur le site de P@ges Europe, la Documentation Française, le 10/11/2015

Sur ce papier-panorama de la situation des ports d’Odessa, je me suis confronté de manière tout à fait inattendue à une censure politique assumée de la part de la Documentation Française. Celle-ci a refusé de mentionner les noms des principaux ukrainiens qui sont régulièrement cités comme ayant des intérêts vitaux dans les ports de la ville. Malgré les protestations et l’attention toute bienveillante de Céline Bayou, la rédaction en est donc arrivé à parler “d’un oligarque” qui “aurait fait nommer un gouverneur” d’Odessa en mai 2014. Une manière de ne nommer ni Ihor Kolomoïski, ni Ihor Palytsia, bien que leurs noms et leurs relations relèvent du domaine public. La Documentation Française a ici fait preuve d’une censure incompréhensible, et injustifiable. S’agit-il de protéger des réputations d’oligarques sulfureux? de lâcheté intellectuelle? d’incompétence généralisée? Hormis Céline Bayou, la hiérarchie maintient le silence radio. 

C’est le premier cas de censure ouverte à laquelle je suis confronté dans un média français. Et ce n’est pas n’importe quel média: La Documentation Française est une administration, qui dépend des services du Premier ministre… 

Aussi la version de ce papier que je poste sur Nouvelles de l’Est n’est pas celle qui apparaît sur le site de P@ges Europe; c’est la version non-censurée que je préfère partager. Cela me permet aussi de partager plus de photos de Geoffrey Froment. 

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« Avant d’arriver ici, je croyais que les ports étaient contrôlés par les Russes. Je pensais que mon plus gros problème pour relancer l’activité économique d’Odessa serait de contrer les manipulations et les chantages de la Russie. J’ai vite réalisé qu’ici, ce n’est pas le problème principal ! » Le regard vif, le geste fougueux, Mikheil Saakachvili est fidèle à sa réputation de réformateur endiablé. Dans son beau fauteuil de cuir, le nouveau gouverneur d’Odessa tient à peine en place(1). Déterminé, passionné et impulsif, l’ancien Président géorgien se revendique toujours comme la « bête noire de Vladimir Poutine » qui, selon lui, « a peur de nos réformes démocratiques qui mettent en danger son système autoritaire ». Mais, à Odessa, ses premiers ennemis sont bien locaux. « Ce sont la corruption, la mauvaise gestion et les abus de pouvoir des clans qui asphyxient les ports. » Alors M. Saakachvili se veut à la fois réformateur et justicier, visionnaire et décisionnaire : « Il faut mettre un grand coup de pied dans cette fourmilière. Sauver les ports, c’est sauver Odessa. Sauver Odessa, c’est sauver l’Ukraine. » Rien de moins.

Les plus importants ports d’Ukraine

Dans le centre-ville, le long de la promenade de la mer, un personnage veille sur le golfe d’Odessa. L’élégante statue de bronze du très français duc de Richelieu, un des premiers gouverneurs et architectes de la ville(2), rappelle que l’existence même d’Odessa est liée à la mer. En 1794, la tsarine de Russie Catherine II ordonne la fondation d’une ville portuaire et avant-poste de ses territoires fraîchement conquis de la « NovoRossiya – Nouvelle Russie »(3). Depuis, la valeur stratégique du port ne s’est jamais démentie. Du haut des fameux escaliers de Potemkine(4), c’est donc un paysage de bateaux, grues, quais et entrepôts que domine le duc de Richelieu.

Le Port maritime de commerce d’Odessa n’est en fait que l’un des ports d’Odessa (voir la carte). À quelques kilomètres, les complexes d’Illichivsk, inauguré en 1958, et de Ioujny, ouvert en 1973, sont les fruits des projets de développement de l’Union soviétique. Ensemble, les trois installations offraient alors à l’URSS un accès indispensable aux mers chaudes européennes. Ils ont souffert de la dislocation de l’empire, mais leur rôle reste crucial : en 2013, avec 83,05 millions de tonnes traitées, ils ont assuré quelque 56 % du trafic maritime des ports de l’Ukraine indépendante. Avec 43,44 millions de tonnes, soit 29,3 % du trafic national, le port de Ioujny est de loin le plus important du pays. Il est aussi le seul port en mer Noire capable d’accueillir des navires de plus de 200 000 tonnes.

Dix-huit ports maritimes sont officiellement enregistrés en Ukraine(5), dont cinq se trouvent en Crimée, annexée par la Russie en mars 2014. Les ports de Marioupol et de Berdiansk, en mer d’Azov, affichent des résultats stables mais, depuis 2014, ils opèrent sous la menace d’une propagation du conflit militaire du Donbass. Leurs activités sont en outre dépendantes d’éventuels blocages du détroit de Kertch, au Sud, par les autorités russes. En amont de la large embouchure du fleuve Dnipro, le port de Mykolaiv, spécialisé dans le transit de produits agricoles, représentait 13,7 % du trafic national en 2013.

Mais c’est bien sur les trois ports de l’oblast d’Odessa que repose l’essentiel du commerce maritime du pays, notamment l’exportation de denrées agricoles, de métal, d’acier, de minerai de fer, de bois et de produits manufacturés ; et l’importation de produits manufacturés et agro-alimentaires. « Odessa est le point de passage naturel des cargos de la mer Noire », commente Mikhaylo Sokolov, le directeur de l’administration du Port d’Odessa. « La position d’Odessa et les atouts de nos infrastructures constituent un maillon incontournable d’un corridor intermodal entre la Méditerranée et l’Europe centrale et orientale. D’ici, il est possible de couvrir toute l’Ukraine, la Biélorussie, la Russie, la Moldavie, la Pologne même. » 

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Des ambitions contrariées

Après avoir entièrement transformé la ville portuaire de Batoumi, en Géorgie, M. Saakachvili ne cache plus son goût pour les projets grandioses et affiche son accord avec les ambitions de M. Sokolov. Mais, sur le port d’Odessa, c’est un calme tranquille qui règne, à peine perturbé par le grincement de quelques grues. « Nous avons la capacité de gérer 55 millions de tonnes de marchandises par an », poursuit M. Sokolov. « Malheureusement, nous en sommes à 30 millions de tonnes à peine. C’est directement lié à la récession économique et aux autres problèmes du pays. »

« La situation économique n’arrange rien, mais les ports sont de toute manière en piteux état », tranche Oleksandr Zakharov. Homme d’affaires, expert des ports, il est le chef de file du mouvement civique « Non à la corruption dans les ports ! » « Si l’on prend le seul port d’Odessa, on constate que ses infrastructures sont obsolètes, son mode de fonctionnement inadapté. En ce qui concerne le secteur des conteneurs, on a touché le fond. Plusieurs compagnies internationales ont récemment annoncé l’arrêt de leurs liaisons entre Odessa et la Chine. La situation est telle que certains armateurs préfèrent passer par les ports polonais et acheminer les marchandises par la route vers l’Ukraine ! »

Après une petite marche à travers le parc Chevtchenko qui débouche sur un promontoire, O. Zakharov  pointe du doigt une plateforme blanche : « C’est un nouveau terminal de conteneurs, qui était censé dynamiser l’activité du port. Il n’a pas ou peu servi, car une partie de la digue de protection s’est affaissée peu après sa construction, et bloque l’amarrage des bateaux. » Le directeur du port a beau assurer que la situation sera réglée sous peu et que le terminal fonctionnera à pleine capacité, les réparations traînent, notamment en raison de l’absence de matériel de dragage adéquat et du manque d’engagement des investisseurs principaux. « On ne connaît pas le coût exact de ce terminal, mais c’est au minimum 500 millions de dollars. Pour rien », se désole O. Zakharov.

Port franc ou port rebelle ?

La mésaventure de ce terminal n’est pas la première péripétie du port d’Odessa. En 1819, la ville s’était vu octroyer un statut de port franc, qui avait accéléré son développement et fait d’Odessa la quatrième métropole de l’empire russe (après Saint-Pétersbourg, Moscou et Varsovie). Elle avait vite acquis une réputation de plaque tournante de la contrebande. « En 1859, le tsar Alexandre II a réalisé que sur les 21 millions de roubles de marchandises qui étaient arrivées à Odessa, seuls 2 millions avaient été officiellement comptabilisés », raconte avec légèreté une jeune guide du musée de la Contrebande, dans le centre d’Odessa. « Nul besoin d’expliquer pourquoi le tsar a immédiatement révoqué le statut de port franc. »

La tradition d’Odessa comme port de trafics et de contrebande n’a pour autant jamais été abolie. La position stratégique du golfe, de même que les innombrables réseaux de catacombes s’étalant sous la ville, ont contribué à l’entretenir. Une salle du musée de la Contrebande est d’ailleurs dédiée aux trafics à l’époque soviétique, une période durant laquelle l’appareil de sécurité d’État était pourtant omniprésent. Comme ailleurs dans l’espace post-soviétique, les tumultueuses années 1990 ont permis à certains groupes criminels, les « Vory v zakone » (Voleurs dans la loi), d’asseoir une autorité mafieuse sur la ville. Un épisode qui appartient désormais à l’histoire, mais qui a laissé des traces().

En témoigne la référence régulière, dans les conversations en ville, aux « Sept barons de la contrebande ». Si le chiffre peut varier, les noms de Rinat Akhmetov, Viktor Pintchouk, Dmytro Firtash ou Ihor Kolomoïski, les principaux oligarques ukrainiens, reviennent inlassablement comme acteurs d’un partage opaque de la propriété des ports. I. Kolomoïski, par exemple, y aurait des intérêts qui auraient justifié sa prise totale de contrôle de la ville au printemps 2014. Dans le but officiel de lutter contre les agitations séparatistes qui déchiraient celle-ci, il y avait fait nommer en mai 2015 un de ses proches, Ihor Palytsia, comme gouverneur. Et il y avait dépêché ses propres services de sécurité, armés et motorisés. Une domination remise en cause le 31 (29, 30 ?) mai 2015, lors de la nomination de M. Saakachvili.

Hennadiy Troukhanov s’imposerait aussi comme un arbitre incontournable. Originaire d’Odessa, il est engagé dans diverses activités économiques et compagnies de sécurité, en lien avec Oleksandr Angert, surnommé “L’Ange”, le plus important des parrains mafieux d’Odessa, aujourd’hui résidant en Allemagne. Hennadiy Troukhanov s’inscrit dans la politique locale au tournant des années 2000, lié au Parti des régions de Viktor Ianoukovitch. Il est élu maire d’Odessa le 25 mai 2014, après le drame de l’incendie meurtrier de la maison des syndicats, le 2 mai. Vraisemblable garant des intérêts d’Ihor Kolomoïski à Odessa, il est réélu le 25 octobre 2015 dès le premier tour.

H. Troukhanov, lui, est notamment réputé pour avoir pris des parts dans certaines zones des ports, ainsi que dans de nombreux projets lucratifs de la ville, tels que le complexe de divertissements d’Arkadia ou encore la compagnie EuroTerminal. Ce centre de traitement de marchandises, conçu pour rationaliser et faciliter les importations de biens, est devenu synonyme de corruption généralisée. « Les compagnies d’import-export ont désormais une haine institutionnalisée d’EuroTerminal », assure O. Zakharov. « Cette structure de propriété oligarchique des ports et services attenants n’encourage pas les investissements de modernisation des infrastructures. Et la corruption qui en découle décourage les clients ! Sur le port d’Illichivsk, c’est la compagnie Millenium qui opère de la même manière qu’EuroTerminal. C’est à cause de ce genre de compagnie que l’armateur danois Maersk [leader mondial du secteur] cesse son activité. »

Une corruption généralisée

« Personne, individu ou famille, ne possède le port d’Odessa, je peux vous l’assurer ! » se défend M. Sokolov. Pour lui, le problème n’est pas celui de la mainmise d’oligarques mais celui du «  manque de compréhension, à Kiev, des réalités du port. Nous sommes étouffés par des normes et régulations qui se contredisent. Par exemple, le temps de traitement d’un container, c’est environ 4 heures chez nous, de son arrivée au dédouanement. Dans tous les ports d’Europe, la norme, c’est 15 minutes ! Ce que je demande, c’est une oreille à Kiev, qui comprenne la nécessité de réforme de fond du système ». Une oreille d’autant plus indispensable que les revenus douaniers tirés des trois ports du golfe d’Odessa représentent quelque 25 % des droits de douane perçus en Ukraine.

« Les régulations, la paperasse, c’est sûr qu’il faut s’en débarrasser, ce système n’a aucun sens », confirme un haut fonctionnaire du service des douanes de la région d’Odessa, sous couvert d’anonymat. « Mais cela n’explique pas tout. Les gros cargos ont des accords avec les oligarques et ne rencontrent guère de problèmes. Pour tous les autres, il faut traiter avec les services de douanes des ports. Et là… ce n’est pas tant une question de paperasse que d’humeur des douaniers. Quand on dit 4 heures de dédouanement, cela ne veut pas dire que la procédure administrative dure 4 heures. C’est le temps moyen que le douanier doit attendre pour que l’armateur craque et lui verse un bakchich ! »

Ce haut fonctionnaire est un nouveau venu, installé aux douanes dans l’ombre de Ioulia Maroushevska, nommée chef des douanes d’Odessa le 19 octobre 2015 par le président Petro Porochenko. À 26 ans, la jeune réformatrice est une alliée de M. Saakachvili. Dès sa prise de fonctions, elle a admis « ne rien connaître du système des douanes … ce qui est une force, car ma mission n’est pas technique mais politique : entamer une réorganisation profonde de ce système complexe et corrompu ». Une entreprise qui devrait passer par le renvoi d’une part significative du personnel. « Je m’attends à de sérieuses résistances, ce sera rude », confie-t-elle, affichant un sourire angélique déjà très populaire en Ukraine.

Des résistances qui n’émaneraient pas uniquement des employés mais aussi du gouvernement. En guerre ouverte avec M. Saakachvili, le Premier ministre, Arséni Iatseniouk, a ainsi œuvré ces derniers mois à rediriger une partie des dédouanements de marchandises provenant d’Odessa vers d’autres centres de traitement en Ukraine. « C’est une pratique courante. Si le coût de dédouanement de cette chaise est de 2 euros à Odessa, le gouvernement a le pouvoir de décréter que cela ne coûte qu’un euro à Kharkiv ou à Dnipropetrovsk », explique, amusé, un réformateur géorgien proche du gouverneur, sous couvert d’anonymat(7) « Allez donc sur le marché du ‘7èmekilomètre’, près de l’aéroport. Vous y trouverez un tas de marchandises arrivées au port d’Odessa, dédouanées à Kiev, et revenues à Odessa pour y être vendues ! »

La manigance fait scandale, car elle a ramené la part des revenus douaniers issus des ports d’Odessa de 25 à 12 % des droits de douane totaux. Ce faisant, le gouvernement a tari la source de financement que M. Saakachvili entendait consacrer au projet de reconstruction de la route d’Odessa à Reni, à la frontière roumaine. Un projet qui visait, entre autres, à augmenter la capacité des ports d’Odessa à capter le transit maritime vers la Moldavie.

Une absence de vision

« La Moldavie utilisait auparavant les ports d’Odessa comme ports de transit pour s’approvisionner. Mais, d’une part, la corruption y est trop importante. Et, d’autre part, les routes ukrainiennes sont si mauvaises que la Moldavie a trouvé un intérêt naturel à développer son petit port de Giurgiuleşti, sur le Danube », explique O. Zakharov. Comme le remarque Ghinea Arminio Iorga, analyste à la Banque de commerce et développement de la mer Noire, « la mauvaise gestion des ports d’Odessa a rendu les ports roumains, bulgares et turcs bien plus compétitifs ».

Les plans inaboutis du gouvernement sur la privatisation de structures liées aux ports, comme une importante usine d’ammonium et de produits chimiques, rajouteraient à cette confusion. Même si le gouvernement souhaite attirer des investisseurs étrangers privés, « l’exécutif ne parvient pas à organiser des appels d’offres ouverts et transparents », lance le réformateur géorgien. « Il y a tellement d’intérêts oligarchiques en jeu qu’il y a toujours quelque chose qui se passe mal. »

Dans le contexte de guerre qui prévaut, la revitalisation du littoral ukrainien pourrait passer par la construction d’un terminal d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL), entamée sous la présidence de V. Ianoukovitch. Selon A. Iatseniouk, il pourrait répondre à 10 % des besoins ukrainiens en gaz dans un premier temps, et 20 % à moyen terme. Le projet, relancé en mai 2014, est néanmoins au point mort faute d’investisseurs. Un premier accord avait bien été signé en décembre 2012 par le gouvernement de Mykola Azarov, d’une valeur d’1,1 milliard de dollars, avec Jordi Sarda Bonvehi, présenté comme représentant de la compagnie espagnole Fenosia. Mais celle-ci avait rapidement dénoncé le contrat, assurant que J. S. Bonvehi n’avait pas autorité pour signer ce document.

« Tout cela m’attriste », résume O. Zakharov. « Odessa, ce sont ses ports. Sans eux, il n’y a pas de ville. Personne n’arrive à développer une vision de long terme, constructive. Allez donc vous promener à la sortie du centre-ville : le port est bâti d’une manière tellement chaotique, tellement polluante, que cela nuit à toute l’agglomération ! Les plans de développement prévoient d’étendre la surface du port d’Odessa, ce qui reviendrait à couper la ville de la mer et à rendre le littoral invivable ! Je n’arrive pas à comprendre l’intérêt de conserver cette primauté typiquement soviétique de l’industrie. Si ce n’est que cela favorise la corruption et traduit une absence totale de volonté politique. »

Notes
(1) Ancien président réformateur de Géorgie (2008-2013), Mikheil Saakachvili (47 ans) a été nommé gouverneur de l’oblast (région) d’Odessa par le Président ukrainien Petro Porochenko le 29 mai 2015.
(2) Armand Emmanuel Sophie Septimanie de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu (1766-1822), aristocrate français, fut exilé au lendemain de la révolution de 1789. Au service de la tsarine de Russie Catherine II, il participa à plusieurs campagnes contre les Ottomans, avant d’être nommé gouverneur de Nouvelle-Russie et d’Odessa de 1803 à 1814. Rentré en France après 1815, il sera par deux fois président du Conseil des ministres du roi Louis XVIII.
(3) La Nouvelle Russie désigne un ensemble de territoires conquis par l’empire de Russie dans la seconde moitié du 18ème siècle, formant un arc allant d’Odessa à Kharkiv. Le concept historique est au cœur d’une instrumentalisation géopolitique, utilisée comme toile de fond lors de l’annexion de la Crimée et de la guerre du Donbass.
(4) Ces escaliers tirent leur nom du film de Serguei Eisenstein Le cuirassé Potemkine. Contrairement au scénario développé par le cinéaste, ils n’ont néanmoins pas été le théâtre d’une insurrection populaire en 1905.
(5) Les ports fluviaux ne sont pas compris dans ces statistiques. Source : Administration des ports de mer d’Ukraine.
(6) Il en va de même pour l’Ukraine tout entière. Selon le ministère ukrainien du Développement économique et du Commerce, l’économie parallèle représenterait près de 50 % du PIB.
(7) Cette prérogative a été annulée par la Verkhovna Rada (Parlement) à partir de novembre 2015.

RFI: Une marine ukrainienne en convalescence

Reportage diffusé dans l’émission « Accents d’Europe », sur RFI, le 09/11/2015

L’armée ukrainienne serait-elle la meilleure d’Europe ? C’est, en tout cas, ce que martèle le président Petro Porochenko. Il est vrai que les forces déployées dans le Donbass ont reçu de l’équipement, et surtout sont mieux formées. Mais, qu’en est-il de la marine ? Encore sous le choc de la perte de sa base en Crimée, elle s’efforce de se refaire une santé à Odessa. 

A sailor stands guard on Ukrainian Slavutych military ship on Sevastopol bay,  on March 18, 2014. Ukraine's Western-backed prime minister said on Tuesday that his country's conflict with Russia was entering a "military stage" following claims by Kiev that one of its officers was shot and wounded in Crimea. AFP PHOTO / VIKTOR DRACHEV
A sailor stands guard on Ukrainian Slavutych military ship on Sevastopol bay, on March 18, 2014. Ukraine’s Western-backed prime minister said on Tuesday that his country’s conflict with Russia was entering a « military stage » following claims by Kiev that one of its officers was shot and wounded in Crimea. AFP PHOTO / VIKTOR DRACHEV

De loin, on voit les drapeaux qui flottent en haut de quelques mâts, en rade d’Odessa. Impossible d’approcher les navires qui se dessinent par-delà les palissades. Tout ce que l’on sait, c’est que c’est là qu’ont échoué des milliers de marins de la flotte ukrainienne de la mer Noire.

Mikhaylo Samus: Ces marins ont décidé en 2014 d’être loyaux à l’Ukraine. Ce sont des héros car ils ont décidé de tout abandonner en Crimée, d’aller à Odessa. 

Mikhaylo Samus est un expert militaire à Kiev. Il rappelle qu’en mars 2014, les quartiers généraux et vaisseaux de la flotte ukrainienne basée en Crimée ont été conquis sans coup férir par les petits hommes verts, les forces spéciales russes déployées sur la péninsule sans insignes de reconnaissance.

La marine comptait 22 navires de guerre en 2014: elle en a perdu 11, de même que son unique sous-marin, et 25 avions. Sur plus de 15000 hommes, seuls 6.500 sont restés sous pavillon ukrainien, et sont maintenant stationnés à Odessa.

Mikhaylo Samus: Cela fait un an que ces marins vivent ici dans des conditions très difficiles… C’est une tragédie pour eux, et évidemment, ils veulent reprendre la Crimée. 

Malgré une séparation complète depuis plus d’un an, le gouvernement ukrainien considère toujours la Crimée comme partie intégrante de son territoire.

Lors d’une conférence de presse en septembre, le Premier Ministre Arseniy Iatseniouk affichait un volontarisme à toute épreuve.

Arséni Iatseniouk: La flotte ukrainienne reviendra en Crimée. Ce que nous devons faire, c’est assurer la stabilité de la mer Noire, et accélérer notre rapprochement avec l’OTAN. Avec l’Alliance Atlantique, il ne s’agit pas encore de parler la même langue, mais d’opérer selon les mêmes standards. Il faut que apprenions de l’OTAN.

Pour cela, le gouvernement a récemment adopté une stratégie de réforme de la flotte d’ici à 2020.

Mais pour Nataliya Zeylanova, une représentante de la société civile qui a pris part à son élaboration la stratégie ne prend pas en compte la réalité.

Nataliya Zeylanova: Un bateau, ça n’est pas une flotte !  La flotte n’existe pas! 

Le bateau auquel elle fait référence, c’est la frégate Hetman Sahaydachniy, qui serait le seul navire en état de combattre. Pour elle qui apporte de l’aide matérielle aux marins, elle ne voit qu’un vestige de l’URSS, très mal entretenu.

Nataliya Zeylanova: Nous avons nourri les marins, repeint certains bateaux, nous en avons pris soin. Nous nous sommes cotisés pour leur offrir un réfrigérateur, car leurs aliments ne pouvaient pas se conserver dans de bonnes conditions. On leur a même acheté des ampoules pour qu’ils puissent mettre de la lumière dans leurs dortoirs!!!

Les marins et cadets sont nombreux à déambuler dans les rues d’Odessa. Mais ils ne souhaitent pas  répondre aux questions.. Malgré des demandes répétées, le quartier général de la marine ukrainienne refuse d’organiser une visite, ou même de faire un commentaire officiel. Une interdiction qui ne concerne pas que les journalistes: les marines suédoises et italienes ont récemment proposé des missions d’entraînement des marins ukrainiens: le haut commandement leur a refusé l’accès à la base d’Odessa.

Pour Nataliya Zeylanova, c’est le signe d’un blocage à la soviétique, qui empêche tout changement.

Nataliya Zeylanova: C’est de l’imitation de réformes. On fait semblant de coopérer avec l’OTAN. On cache la réalité de la misère de la flotte. Si cette attitude perdure, alors même l’OTAN ne pourra pas nous aider. Le vieux système ne veut pas se réformer, et ne veut pas être aidé. Ce n’est pas vraiment du sabotage conscient, mais un blocage mental. Si un amiral reçoit un conseil d’un homologue de l’OTAN, il ne va pas le croire, car l’OTAN, c’est toujours perçu comme un adversaire. Nos amiraux agissent comme au 20ème siècle, et ils sont contents comme ça.

Pour l’expert Mikhaylo Samus, il y a pourtant urgence.

Mikhaylo Samus: Nous avons un ennemi bien identifié, nous sommes en état de guerre. Mais nous n’avons toujours pas de concept pour notre flotte! Personne n’a aucune idée de combien de bateaux il nous faut, pourquoi, d’ici combien de temps… C’est le problème principal. Si par exemple demain, la France nous offrait des bateaux dont elle n’a plus besoin et proposait d’entraîner les marins; l’amiral en chef ne serait pas en mesure d’accepter! Parce qu’il n’aurait pas les moyens de les entretenir, mais surtout, il n’aurait aucune idée de ce qu’il pourrait en faire!

A titre de comparaison, cet expert rappelle que le quartier général ukrainien compte  400 volontaires, contre 35 pour le QG suédois. L’armée s’efforce de restaurer des vieux bâtiments, au lieu d’investir dans de nouvelles technologies.

Si l’armée de terre ukrainienne a retenu de nombreuses leçons de la guerre hybride qui déchire le Donbass, il semble bien que la flotte ukrainienne, un an et demi après l’annexion de la Crimée, ne serait pas en mesure de défendre les côtes de l’Ukraine, si besoin était.

Ecouter le reportage ici

Where Maïdan lives on

The following post is a personal account of series of trips to Odessa

Odessa Odessa. Someone pointed out recently that I might spend too much time in the city. A lot of things happen in Odessa, I replied. Yet it is true that a lot of things happen in Ukraine in general; The difference is that what happens in Odessa highlights what does not happen in the country. Whether one likes it or not, the wind of radical change that the Saakachvili team blows over the region is exactly what many Ukrainians were waiting for right after the Revolution of Dignity. Radical, in-depth and fast changes rather than committee-seatings, round-tables, discussions and endless procedures. As a result: a dramatic lack of changes. Yes, of course, the war… But. How long can it be used as a pretext not to reform the judiciary system, to say the least?

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For a few months already, Odessa captures this revolutionary energy that used to be felt in Kyiv. Kyiv now is all about back-door deals and incomplete reforms. One of the signs that such an energy is the influx of volunteers into officials’ cabinets and public Soviet-era buildings.  Out if a sudden, it feels as if these buildings opened up and dusted themselves off. It is actually possible to get in without submitting a written request a week in advance. It is relatively easy to meet the ones who are now in charge. Not all of them come from Georgia. They come from different regions of Ukraine, they come from the private sector, they come from international institutions. They have decided to initiate serious changes. While Kyiv disappoints; Odessa seems to be the best place to start.

Such an energy brings its share of frustration and disappointments, too. Some of these volunteers already feel tired and used or – even worse – useless. A growing sentiment is that different reformist groups have different and competing agendas. Many also understand that Odessa is too small to push for effective changes on a national scale. Kyiv’s meddling is both seen as a way to entertain the dynamics of change (in allowing Saakachvili to be loud beyond Odessa) and to contain it (in playing with old elites and bureaucrats).

No one knows for how long it shall last. Late dirty local elections stroke quite a blow to the hopes for reforms in the city. But for now there is something at play here that one cannot feel anymore in the rest of Ukraine. It was actually never felt in many parts of the country, to tell the truth. Lviv follows a pre-ordered path of economic development that has not been disturbed by the war. Kharkiv was, is, and will be Kharkiv. Dnipropetrovsk is a battlefield. And Kyiv is the competing playground where all of these diverse regional dynamics meet and fight each other. And that makes for an ugly game. In Odessa, there are some simpler and cleaner logics of change, which are ongoing. For the worse and the better, Odessa is the place where Maidan lives on.