Libération: Tchernobyl; un triomphe pour l’arche de confinement ?

Reportage publié sur le site de Libération, le 29/11/2016

La structure a été inaugurée en grande pompe ce mardi par le président ukrainien. Construite par Bouygues et Vinci, elle a coûté 1,5 milliard d’euros, financés par plus de 40 pays et institutions internationales. Mais l’aboutissement de ce projet n’est qu’une étape dans la lutte contre les conséquences de la catastrophe de 1986.

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C’est l’un des projets d’ingénierie les plus ambitieux de l’histoire. Ce mardi, la communauté internationale inaugure la nouvelle arche d’isolation de Tchernobyl. En construction depuis 2012, la structure est de fait remarquable : 36 000 tonnes de matériaux répartis sur 257 mètres de largeur, 162 mètres de longueur et 108 mètres de hauteur. Un projet qui n’a pas son pareil dans le monde.

Pire catastrophe de l’histoire

Le tout a été assemblé à 327 mètres de l’ancienne centrale «Lénine», afin de limiter l’exposition à la radiation. Une fois l’arche achevée, il a donc fallu la glisser, grâce à 224 vérins hydrauliques, vers le bâtiment. A raison de 60 centimètres par secousse, il a fallu plusieurs jours pour qu’elle atteigne son but, et recouvre entièrement le réacteur numéro 4. Le 26 avril 1986, c’est ici qu’une explosion a engendré la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Et dont les impacts – coûts de nettoyage, traitements, conséquences sur l’agriculture, santé, etc. – ont été évalués à 700 milliards de dollars par l’ONG Green Cross à l’occasion des 30 ans de la catastrophe.

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«Nous sommes très fiers de ce que nous avons réussi à accomplir avec nos partenaires», s’est fendu Nicolas Caille, au moment de l’amorce du glissage. Lui est directeur de projet pour Novarka, le consortium chargé de la construction, réunissant les français Vinci et Bouygues. «Mais il nous faut espérer, compte tenu des circonstances, que jamais une telle structure ne sera à construire de nouveau.» La durée de vie de l’arche est estimée à une centaine d’années.

Sarcophage de confinement

Il était temps de recouvrir le réacteur. Un premier sarcophage de confinement, bâti à la hâte en 1986, se craquelle depuis des années. Novarka avait remporté un appel d’offres en 2007, pour un projet alors estimé à 432 millions d’euros et environ quatre ans de travaux. 900 personnes devaient être employées sur le site, au plus fort de la construction. Fin 2016, l’arche a coûté 1,5 milliard d’euros, financés par plus de 40 pays et institutions internationales, en premier lieu la Berd. Plus de 2 500 ingénieurs et techniciens internationaux travaillent sur le site, sans compter des centaines de travailleurs locaux.

Les défis techniques se sont accumulés au fil du temps, depuis la réévaluation des dimensions de l’arche jusqu’aux découvertes de débris radioactifs en tout genre sur le site de construction. Sans oublier que les conditions de sécurité ont été prises très au sérieux : il s’agissait pour Novarka de ne pas ajouter au bilan humain de Tchernobyl. Aucun accident  radioactif sur le chantier de l’arche n’est à déplorer. En 1986, une trentaine de personnes avaient péri des conséquences directes de l’explosion. Dans les mois qui ont suivi, plus de 600 000 liquidateurs ont œuvré à l’isolation du site, en recevant des doses de radiation moyennes de 100 millisieverts.

Système métabolique

Pour ces milliers de personnes et les populations de la région, les problèmes de santé restent conséquents. «Le système métabolique des enfants n’est pas normal, expliquait Iouriy Bandajevskiy, docteur dans le canton d’Ivankiv, à 60 kilomètres à vol d’oiseau du réacteur numéro 4. A partir de là, nous pouvons prévoir des pathologies qu’ils développeront à l’âge adulte : des problèmes oncologiques, cardiaques, des grossesses compliquées pour les femmes…» Reste à savoir si ces pathologies affecteront les travailleurs de Novarka dans les années à venir.

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Certains observateurs mettent aussi en avant une composante incontournable de l’Ukraine contemporaine : la corruption. Aucune enquête ne vise directement le projet d’arche. En juillet néanmoins, la police nationale a mis sous scellées certains biens de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds. «La direction de la centrale a détourné une partie de l’aide financière de plusieurs pays, et l’a sortie du pays en utilisant plusieurs sociétés internationales», détaille un compte rendu d’un tribunal de Kiev.

Selon le média d’investigation Nashi Groshi («Notre argent»), plus de 600 000 euros se seraient évaporés. Un cas qui a pu, directement ou non, affecter l’environnement de travail de Novarka, et contribuer au retard du projet. Ce ne serait qu’un cas parmi d’autres. «C’est sûr que, sans la corruption, le projet aurait pu être moins onéreux de quelques centaines de milliers d’euros…» confie, sous couvert d’anonymat, un employé de Novarka en marge de la cérémonie d’inauguration de l’arche, mardi.

Zones interdites

Avec l’arche, se pose aussi la question du devenir des zones interdites et dites d’évacuation obligatoire (2 600 km2 contaminés, où chasse, pêche et agriculture sont interdites). Connue comme une réserve naturelle à la faune luxuriante, la région est traditionnellement agricole. Les champignons mais aussi le gibier et le poisson en sont exportés illégalement, ajoutant aux nombreux trafics qui caractérisent la zone depuis des décennies. Les impressionnants stocks de métal, issus d’usines, de camions ou d’hélicoptères, auraient quasiment été épuisés par les contrebandiers.

En contrepoint à ces stéréotypes, le gouvernement de Kiev affirme vouloir amorcer une renaissance de la région de Tchernobyl. «C’est le début de la fin de notre long combat contre les conséquences de l’accident de 1986», a lancé le ministre ukrainien de l’Ecologie, Ostap Semerak. Cet été, il a dévoilé des plans de développement d’un parc photovoltaïque géant, qui serait assuré dès 2017 par des sociétés chinoises. Le président Petro Porochenko a aussi évoqué l’idée d’établir un centre de recherches près du site de la centrale.

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Des annonces qui posent de nombreuses questions quant aux possibilités de réalisation de telles ambitions. Dans l’immédiat, la pose de la nouvelle arche marque le début d’un lent processus, inévitable, de démantèlement du réacteur numéro 4 et de traitement des déchets nucléaires. «C’est là que le véritable défi commence, analyse Iryna Golovko, militante écologiste au sein du Centre national Ecologique de l’Ukraine. Mais force est de constater que, pour l’instant, il n’y a pas de plan précis, et encore moins de financement… Les pays donateurs ne semblent pas pressés de contribuer à ce programme, après avoir renchéri plusieurs fois pour construire l’arche. Et on peut toujours douter de la détermination politique des Ukrainiens à mener à bien le démantèlement du réacteur. Cette nouvelle arche n’est qu’un début.»

TDG: La tentation solaire de Tchernobyl

Article publié dans La Tribune de Genève, le 05.08.2016

Et si l’épicentre de la pire catastrophe nucléaire de l’histoire devenait un lieu de production d’une énergie propre et renouvelable? C’est le projet ambitieux du ministre de l’Environnement d’Ukraine, Ostap Semerak. Selon une présentation détaillée envoyée à plusieurs investisseurs potentiels, le but serait de développer «une capacité de 4 mégawatts de panneaux solaires d’ici à la fin 2016». Et de 1000 mégawatts sur le long terme.

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La Tribune de Genève. Capture d’écran

Terrain bon marché

Le ministre parle aussi d’installer d’autres moyens de production d’énergies renouvelables, comme de l’éolien ou de la biomasse, pour un total de production de 1400 mégawatts, soit plus du tiers de ce que dégageait la centrale nucléaire avant l’explosion fatale du réacteur numéro 4, le 26 avril 1986.

Des milliers de personnes avaient alors été évacuées des zones contaminées par les radiations, laissant derrière elles villes et villages, champs et forêts, sur plus de 2600 km carrés. «Le terrain coûte peu cher», met en avant Ostap Semerak. De plus, les lignes à haute tension qui transportaient jadis l’électricité de la centrale Lénine sont encore opérationnelles. La même logique prévaut en Biélorussie, de l’autre côté de la frontière, où un parc photovoltaïque de 23 mégawatts est déjà en construction.

Lieu de curiosité

Ces projets traduisent un changement dans la perception de la zone interdite, trente ans après la tragédie. De périmètre mortellement contaminé et interdit d’accès, celle-ci est devenue un lieu de curiosité et de tourisme. Les scientifiques ne cessent d’être fascinés par les quelques grands-mères, les fameuses Babouchkas, qui persistent à habiter la zone, et ce, en bonne santé. Autour de la centrale, les travaux du nouveau sarcophage de recouvrement du réacteur dévasté se poursuivent jusqu’en 2017. Le projet de parc photovoltaïque serait ainsi une opportunité de reconvertir ingénieurs et personnels techniques dans une nouvelle activité.

Les conditions techniques de la construction de panneaux solaires restent néanmoins un mystère, dans une zone en proie à une radioactivité nuisible à toutes sortes de métaux. La proposition gouvernementale n’avance aucun détail. Les utilisateurs de réseaux sociaux ukrainiens ont aussi été prompts à relativiser un «effet d’annonce», qui ne serait en soi pas une originalité. De nombreux plans de reconversion de la zone interdite ont été avancés aux cours des trente dernières années, sans jamais voir le jour. Sans compter les risques de corruption et détournement de fonds liés à tout projet d’envergure en Ukraine.

Dessein politique

Qu’à cela ne tienne. Plusieurs investisseurs américains et canadiens seraient intéressés, de même que la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Un tel projet contribuerait à la diversification énergétique de l’Ukraine. Dans un contexte de guerre hybride contre la Russie, Kiev cherche à se délivrer de sa dépendance aux hydrocarbures livrés par Moscou.

C’est pourquoi Ostap Semerak espère enfin que la seconde vie de la zone de Tchernobyl puisse servir d’exemple positif aux populations ukrainiennes vivant en Crimée et dans le Donbass séparatiste. «Il s’agit de leur montrer que l’Ukraine se développe et pourrait leur promettre un meilleur futur», s’enthousiasme le ministre. Plus qu’un projet ambitieux, ce serait donc un doux rêve que le ministre a mis sur la table.

Medium: Exiles of the Atom

Article published on Medium, 10/05/2016. Article co-written with Laurent Geslin. Photos by Niels Ackermann.

Read the French version of the article here

At Vilcha, a town near Kharkiv whose population is mostly deportees from the Chernobyl disaster zone, a somber atmosphere looms as they prepare to commemorate 30 years since the catastrophe. Reporters Sebastien Gobert, Laurent Geslin and Niels Ackerman went to the reunion of these atomic exiles and published in ITHAQUE a longer version of their story.

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The inviting lobby of Tetyana Sementchuk / Niels Ackermann/Lundi13

Manhandled by the bumpy road, the car crossed the forest along a route formed by misfitting plates of concrete. At each shudder, Niels let out a nervous cry: his car, just fresh from the Swiss dealership, was taking a beating. At the entrance of the village, just beyond soil-rich fields, brick houses sitting on small parcels, each with individual gardens,form a single line without end. Although this setting is typical of the Ukrainian countryside, it becomes quickly obvious that Vilcha is different from other villages. Here, one doesn’t find those wooden farmhouses which are characteristic of such rustic scenes.

What catches the eye here are bungalows, all identical, which seem to have popped up like mushrooms. They are octogonal, with straight edges, and a nice passerby confirms that they sit along a path: the bumpy route which we find ourselves upon, leading to a decrepit old local administration building where we have a meeting. In front of the main door, a bell-shaped monument has been erected. On the stone is engraved a symbolic date: 26 April 1986, the fateful day of the explosion of Chernobyl reactor number 4.

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At least, we were not mistaken about the village. We get out of the car: Niels has camera slung over his shoulder, Laurent, his recorder, and I, my notebook.

“Vilcha is a peculiar place, constructed by, and for, the evacuees of an older village known as Vilcha, which is in the Chernobyl exclusion zone,” we’ve heard whispered in Kharkiv, a large village in the northeast of the country, 60 kilometers (37 miles) from here. This is the ideal opportunity to report on Chernobyl more than 700 kilometers (430 miles) from the disaster zone, far from the mob of international journalists rushing to the power plant to cover the 30th anniversary of the nuclear catastrophe. In the inviting lobby of our host’s apartment building, we already know that we won’t regret the trip.

Read the rest of the article here (free access)

Ithaque: Les Exilés de l’Atome

Reportage co-réalisé avec Laurent Geslin et Niels Ackermann, publié sur Ithaque, le 26/04/2016

A Vilcha, petite localité proche de Kharkiv, la population majoritairement formée par des déportés de la zone de Tchernobyl, s’apprête à commémorier les 30 ans de la catastrophe dans une atmosphère pour le moin morose. Les reporters Sebastien Gobert Laurent Geslin et Niels Ackerman sont allés à la rencontre de ces exilés de l’atome et publient sur ITHAQUE une longue version de leur récit.

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L’accueil chaleureux de Tetyana Sementchouk. Niels Ackermann/Lundi 13

Malmenée par les secousses, la voiture traverse la forêt sur une route faite de plaques de béton mal alignées. A chaque soubresaut, Niels pousse un râle énervé: sa voiture, fraîchement sortie d’un concessionnaire de Suisse romande, en prend en coup. A l’entrée du village, au-delà des champs de terre noire, des maisons de briques retranchées dans des petites parcelles de jardins individuels forment une ligne qui semble sans fin. Malgré cette ambiance typique de la campagne ukrainienne, on devine vite que Vilcha n’est pas un village comme les autres. Ici, on ne trouvera aucune de ces maisons de bois, si caractéristiques de la plaine céréalière ukrainienne. Ce qui attire l’oeil, ce sont ces pavillons, tous identiques, qui semblent avoir poussé comme des champignons. Plan de construction à l’octogone, lignes droites et une passante sympathique qui confirme le chemin: la route cabossée que nous empruntons mène bien au bâtiment décrépi de l’administration locale où nous avons rendez-vous. Devant la porte principale, un monument en forme de cloche a été érigé. Sur la pierre, une date symbolique: celle du 26 avril 1986, le jour fatidique de l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl.

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Plus de 700 kilomètres séparent Vilcha 1 et Vilcha 2. Source: Ithaque

Au moins, nous ne nous sommes pas trompés de village. Nous sortons de la voiture. Niels a son appareil photo en bandoulière, Laurent, son enregistreur, et moi, mon carnet de notes. “Vilcha, c’est un endroit particulier, construit par, pour et avec des évacués d’un village anciennement appelé Vilcha, dans la zone interdite de Tchernobyl”, que l’on m’avait dit à Kharkiv, la grande ville du nord-est du pays, à 60 kilomètres d’ici. L’occasion idéale de réaliser un reportage sur Tchernobyl à plus de 700 kilomètres de la zone, loin de la foule de journalistes internationaux dépêchés à la centrale pour y “couvrir” les 30 ans de la catastrophe nucléaire. A l’accueil chaleureux des habitants, nous savons déjà que nous ne regretterons pas le déplacement.

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Bienvenus dans un “Village Unique”

«Vilcha, c’est un village unique”, confirme d’emblée Tetyana Sementchouk. “Il a été construit pour les victimes de Tchernobyl. Tout le monde vient de la zone. Ici ne vivent que des invalides, des gens qui ont été évacués, des liquidateurs, ceux qui ont été dépêchés à la centrale pour contenir la contamination…» Tetyana Sementchouk, le visage encadré par sa coiffure blonde, est la responsable de l’Association “La Mémoire de Tchernobyl”, très impliquée dans la vie du village. Il y a exactement 30 ans, elle avait 22 ans, et était enceinte de sa première fille. Elle était une insouciante habitante de Prypiat, une des “villes de l’atome” soviétiques, construite en 1970 pour héberger le personnel de la centrale voisine. «Le 26 avril, c’était un beau jour de printemps, comme ceux qui avaient précédé. Nous avions de la famille de Biélorussie qui était venue nous rendre visite. Personne ne se doutait de rien». Aucune alerte n’avait été lancée par les autorités. Seuls les résidents d’immeubles en hauteur avaient pu remarquer que de la fumée montait de la centrale.

«Le premier signe que quelque chose d’anormal se passait, c’était l’asphalte, qui était comme humide, recouvert d’une couche d’une substance non-identi- fiable…» Le malaise s’installe quand Tetyana Sementchouk se rend à la gare ferroviaire, pour y prendre son bus. «Les gens attendaient, pour rien: il n’y avait pas de bus, il n’était possible de se rendre nulle part». Elle apprendra par la suite que tous les véhicules disponibles ont été réquisitionnés pour aider à la lutte contre le feu qui s’est déclaré à la centrale. L’énervement d’être en retard au travail se transforme alors en anxiété puis en panique. Les gens commencent à errer en ville, désemparés, à la recherche de réponses. La suite appartient à l’histoire: des douzaines de personnes tombent malades dans les heures qui suivent, et les autorités procèdent à l’évacuation de l’ensemble des habitants le 27 avril. En quelques heures, ce sont 53’000 personnes qui sont transportées vers des villages à l’écart de la zone.

«Ils nous avaient dit que cela ne durerait pas plus de trois jours. Les gens n’avaient pris que le strict minimum. Nous avons tout laissé derrière…», se rappelle Tetyana Sementchouk, la voix chargée d’émotion. Après avoir réalisé qu’elle ne rentrerait jamais chez elle, la jeune femme passe quelques temps en Biélorussie, avant d’être relogée à Vilcha, petit village dans l’oblast (région) de Kiev. Le “Vieux Vilcha”, appelle-t-on cette bourgade maintenant… A quelques 40 kilomètres de la centrale, la localité n’a pas été placé dans la “Zone d’Exclusion” avant 1993. Les autorités soviétiques avaient néanmoins compris très tôt que le village n’était plus habitable: les plans de construction d’un “Nouveau Vilcha”, dans l’oblast de Kharkiv, à plus de 700 kilomètres de là, sont établis dès 1988.

Lire le reste du reportage ici (accès libre)

Back this Project! – « Chernobyl’s children grew up »

This is the promotion of a « We Make It » crowd funding project by Swiss photographer Niels Ackermann.
Chernobyl disaster gave birth to Ukraine’s youngest city: Slavutych. Discover this city’s youth turning into adults. An adventure filled with love, vodka and optimism.
Screen Shot on 15/05/2015
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«Welcome to the city of teenagers!»

Let’s discover a different story about Ukraine and about Chernobyl! Let me show you the youth of Slavutych, Ukraine’s youngest city: the town built by Soviet authorities after the nuclear disaster to keep a workforce close to the power plant.

In this city lost in the middle of a forest I met Yulia and her friends. During the three years of my project, they allowed me to photograph very intimately their transformation from teenagers into adults. The unexpected children of the disaster are now building their future in country torn by war and economic crisis, but at the same time filled with opportunities.

Next year the world will commemorate the 30th anniversary of the worst nuclear accident it ever saw. Media will offer the usual stories of death, cancer and desolation.

With this project we can tell another story: instead of looking in the past with anxiety, focusing on the power of young generation.

Learn more and support the project here! 

Le Monde Diplomatique: Sur le front de l’uranium

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié dans Le Monde Diplomatique, édition de mars 2015

Maquette des six réacteurs de la "Zaporiska AES", Enerhodar.
Maquette des six réacteurs de la « Zaporiska AES », Enerhodar.

Certains matins d’hiver, l’humidité monte du Dniepr et noie dans la brume les cubes de béton de la centrale nucléaire de la ville d’Enerhodar, située dans l’oblast de Zaporijia (sud-est de l’Ukraine). Les bus poissés d’une neige sale descendent des avenues taillées au cordeau pour transporter onze mille employés vers le cœur du complexe nucléaire. « Enerhodar, c’est une cité de progrès, la capitale énergétique de l’Ukraine, explique avec fierté M. Oleg Ocheka. Les cinquante-quatre mille habitants de la ville ont conscience qu’ils fournissent de l’électricité à des millions de foyers. » Le directeur adjoint du centre d’information de la centrale a emménagé ici au début des années 1980, quand la ville était jeune et que l’Union soviétique semblait éternelle. Les premiers immeubles ont été édifiés en 1970 pour héberger les employés d’une usine thermique bâtie le long du fleuve. La construction de la centrale électrique atomique Zaporiska AES a débuté en 1972. Le nucléaire entraînait le développement de villes modèles dont l’aménagement urbain devait offrir des conditions de vie idéales aux employés. Prypiat, la plus célèbre d’entre elles, achève aujourd’hui de disparaître sous la végétation, au cœur de la zone interdite de trente kilomètres de rayon qui entoure Tchernobyl, dans le nord du pays.

La centrale de Zaporijia compte six réacteurs, d’une capacité de 1 000 mégawatts (MW) chacun. Plus puissante que Gravelines, la première centrale française (5 400MW), elle n’est surpassée en capacité que par les huit réacteurs de Bruce, au Canada (6 232 MW). La production d’électricité assure une relative prospérité à cette ville où l’on pénètre avec l’étrange impression de faire un voyage dans le temps. « L’URSS s’est effondrée, mais les conditions de vie n’ont pas beaucoup évolué à Enerhodar », continue M. Ocheka. Même si les façades des blocs d’habitations sont décrépies, la ville demeure suffisamment attractive pour que ses écoles soient pleines. « Il y a toujours de l’eau chaude, l’électricité coûte moins cher qu’ailleurs, les (…)

Lire le reste de l’interview (accès abonnés) 

P@ges Europe: Zaporijia, ville miroir d’une Ukraine bouleversée

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié sur le site de P@ges Europe, le 12/02/2014

Sur les rives du Dnipro, au sud-est de Kyiv, la grande ville industrielle de Zaporijia est parfois surnommée le «Detroit ukrainien», en référence à sa consœur américaine autrefois fleuron de l’industrie automobile. La cité ukrainienne s’est développée et a connu son âge d’or durant la période soviétique. Située 200 kilomètres à l’ouest de Donetsk et de la ligne de front, majoritairement russophone, elle cristallise désormais les défis d’une Ukraine en profonde redéfinition identitaire.

L’avenue Lénine, principale artère de la ville. Laurent Geslin, janvier 2015.
L’avenue Lénine, principale artère de la ville.
Laurent Geslin, janvier 2015.