RFI: Kiev ne veut pas parler avec les autorités auto-proclamées de Donetsk et Louhansk

Reportage diffusé dans le journal de 14h, sur RFI, le 18/09/2017

Ballet diplomatique autour de la perspective d’envoyer une mission de Casques Bleus dans l’est de l’Ukraine. La guerre y fait toujours rage depuis 2014. Les affrontements entre forces ukrainiennes et troupes pro-russes et russes ont coûté la vie à plus de 10.000 personnes. Le Kremlin s’est longtemps opposé à l’envoi d’une force de maintien de la paix avant de se raviser début septembre. Les diplomates s’activent. A Kiev, on reste très prudent. 

A Kiev, Sébastien Gobert a rencontré la vice-première ministre ukrainienne, Ivanna Klympush-Tsintsadze. 

IND_6802

L’Ukraine demande depuis 2015 l’envoi d’une mission de maintien de la paix, de l’ONU ou de l’Union européenne, qui s’étende à tous les territoires séparatistes, reprenne le contrôle de la frontière ukraino-russe, et sécurise la région afin que des élections puissent se dérouler sans la pression de groupes armés. La proposition russe est bien plus limitée. La vice-première ministre Ivanna Klympush-Tsintsadze est donc sur la réserve.

Ivanna: Ce pourrait être une opportunité pour la paix, aussi bien qu’une tentative de compliquer encore le conflit, au mépris des lignes rouges que l’Ukraine a tracé. 

Parmi ces lignes rouges, le contingent de Casques Bleus ne doit pas comporter de soldats russes. Pour Kiev, ils sont déjà en Ukraine, en tant force d’occupation. Aussi, le Kremlin demande que les forces onusiennes gèrent leur déploiement avec les autorités séparatistes de Donetsk et Louhansk, et donc entame avec elles un dialogue officiel. A Kiev, c’est un “Niet” catégorique.

Ivanna: Il n’y a que deux parties à ce conflit. L’une est la Fédération de Russie, l’autre, c’est l’Ukraine. La Russie a annexé la Crimée illégalement, et attaque l’Ukraine à l’est. Alors ça n’a pas de sens de parler à Donetsk et à Louhansk qui ne décident de rien, car tout est décidé par le Kremlin! Pourquoi leur parler? 

Selon les statuts de l’ONU, l’Ukraine est en droit d’accepter, ou de refuser, le déploiement de Casques bleus sur son territoire. Mais au-delà de ce droit légal, la pression politique et diplomatique pourrait se renforcer sur Kiev. Après un gel des négociations de paix pendant des mois, beaucoup d’Occidentaux voient dans la proposition russe une chance d’obtenir une avancée unique, au moins une chance de mettre fin aux violences meurtrières le long de la ligne de front.

Looking for Lenin в Новое Время!

Looking for Lenin в Новое Время!

Иностранные журналисты выяснили, где находится свалка истории — то есть куда переместились памятники вождю мирового пролетариата после ленинопада по всей Украине. 

Screen Shot 2017-08-16 at 19.29.29

Кристина Бердинских. 

фото — Нильс Аккерман / lundi13 / fuel publishing

Летом 2015‑го швейцарский фотограф Нильс Аккерман, разговаривая с французским журналистом Себастьяном Гобером, невзначай задался вопросом: “А где же Ленин с Бессарабской площади в Киеве?” Оба иностранных журналиста, находившихся во время Евромайдана в украинской столице, видели, как памятник советскому вождю повалили участники протестов в декабре 2013 года. То, куда потом делся монумент, не знал никто.

Тогда Аккерман и Гобер решили выяснить судьбу не только бессарабского Ильича, но и других изваяний, снесенных после революции по всей Украине. В целом было снесено.

Читайте больше: http://magazine.nv.ua/article/post/65064-kuda-uekhal-lenyn

Libération: Kiev, nouvelle Mecque de l’opposition russe?

Version longue d’une article publié dans Libération, le 28/04/2017

17884048_414252665617991_7478182708249561889_n

“C’est aux Russes qu’il incombe de dé-poutiniser la Russie, et à personne d’autre. Mais beaucoup d’opposants, comme moi, ont été poussés à l’exil. L’Ukraine est une bonne base pour poursuivre le combat”. En 2014, Iliya Ponomarev était le seul député de la Douma à ne pas voter pour l’annexion de la Crimée ukrainienne. Bientôt l’objet de pressions politiques, il a quitté son pays en 2015. Il est désormais installé à Kiev. “La proximité géographique et culturelle entre l’Ukraine et la Russie sont importantes. Le contexte de guerre renforce la dimension symbolique de Kiev. Il y a beaucoup à faire ici”.

Depuis 2014, ce sont au moins 2000 citoyens russes qui ont trouvé refuge en Ukraine. Kiev n’impose pas de visa d’entrée aux ressortissants de la Fédération. Le groupe est hétérogène, allant de combattants volontaires dans les rangs de l’armée ukrainienne à des profils d’individus divers, fuyant des poursuites judiciaires dans leur pays. Tous sont unis par leur opposition à Vladimir Poutine, et attirés par la vague de changements initiés par la Révolution de la Dignité.

“Il ne s’agit pas pour autant d’être naïf. Le Maïdan n’a pas tenu ses promesses de Révolution”, analyse Olga Kurnosova, ancienne collaboratrice de l’opposant assassiné Boris Nemtsov. “Nous sommes néanmoins fascinés par la capacité des Ukrainiens à s’être débarrassé d’un régime corrompu et autoritaire. Il y a beaucoup à apprendre ici”.

Par un samedi d’avril ensoleillé, Iliya Ponomarev et Olga Kurnosova se réunissent dans un quartier pavillonnaire de Kiev, chez Olivier Védrine. Pour ce Français installé dans la capitale ukrainienne, “l’Europe ne peut se construire sans une Russie libre”. Il héberge donc des réunions d’opposants russes. Pendant la discussion, Olga Kurnosova suit avec avidité une manifestation de l’opposition moscovite sur son téléphone. Elle n’a pas mis les pieds en Russie depuis octobre 2014, quand elle a fui vers la Biélorussie dans un train de nuit.

Ces rencontres du weekend s’apparentent plus à des clubs de réflexion qu’à un quelconque embryon de gouvernement en exil. Renverser le tyran Poutine grâce à une large alliance citoyenne, changer le système en profondeur, construire une nouvelle Russie… Les mots d’ordre ne manquent pas. Et depuis leur exil kiévien, ces opposants l’affirment: une des premières décisions du prochain régime sera de rendre la Crimée à l’Ukraine, et de mettre fin à la guerre du Donbass. Ils se démarquent en cela des principaux opposants actifs en Russie, qui n’ont pas pris d’engagements aussi clairs.

L’ambiance joviale de la réunion est plombée quand Iliya Ponomarev est convoqué chez le Procureur général, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Denis Voronenkov. Ancien député de la Douma en exil, l’homme a été abattu en plein centre de Kiev, le 23 mars. Si Iliya Ponomarev est depuis affublé de deux gardes du corps pour garantir sa sécurité, il reste difficile de considérer ce meurtre comme un message de menace pour les opposants russes. Denis Voronenkov tenait plus du déserteur en reconversion que d’un dissident de longue date. Le parcours d’Iliya Ponomarev comporte lui aussi ses zones d’ombres, et ne fait pas l’unanimité parmi les Russes de Kiev.

L’ancien député n’a d’ailleurs pas été invité à l’ouverture de la “Maison de la Russie Libre”, le 13 avril. Conçue comme une “ambassade alternative de la société civile russe en Ukraine”, la Maison se veut un centre d’assistance aux réfugiés russes, de même qu’un espace de synergie des forces d’opposition. “Les Russes ici comprennent les défis de la transition démocratique en Ukraine”, explique Grigori Frolov, jeune co-fondateur de la Maison. “Ils comprennent encore très bien ce qu’ils se passe en Russie. Nombre d’entre nous ont des contacts en Occident. Cela nous ouvre énormément de possibilités”.

Pour autant, difficile d’articuler un message cohérent, et efficace, depuis Kiev. D’abord par manque de moyens, mais aussi par manque de cohérence et de coordination au sein de la communauté russe. Au-delà de la simple opposition au Kremlin, les avis divergent, tant sur les méthodes que sur les objectifs. “C’est aussi à cela que la Maison de la Russie Libre doit s’atteler”, commente Grigori Frolov. A travers une association pré-existante, “EmigRussia”, son équipe apporte assistance et conseil aux émigrés nouveaux venus, notamment au niveau administratif.

“De nombreux Russes se voient refuser leur demande d’asile, pour des raisons qui ne sont pas toujours évidentes, poursuit la journaliste Ekaterina Sergatskova, naturalisée ukrainienne en 2015. “Ils rencontrent beaucoup de problèmes avec les services de l’immigration, la police, l’administration en général…” Maskym Butkevytch, de l’association “No Borders”, confirme que plusieurs citoyens russes se voient refuser leurs demandes d’asile et sont rapatriés, “malgré les risques évidents auxquels ils font face en Russie”.

Autre défi à relever: établir des contacts entre Russes et Ukrainiens. “Ils s’ignorent depuis 2014 et ne s’analysent qu’à travers des stéréotypes grossiers”, explique Vladislav Davizdon, rédacteur en chef de “The Odessa Review”. Hormis un soutien de facade à l’opposition russe, le gouvernement de Kiev ne leur fournit ni aide financière, ni logistique. En janvier 2017, l’interdiction de la chaîne d’opposition russe “Dojd” en Ukraine a été reçu comme une douche froide par les exilés russes.

“Dans l’administration, les médias, la société en général, beaucoup d’Ukrainiens rejettent tout ce qui est russe”, surenchérit Ekaterina Sergatskova. L’inauguration de la “Maison de la Russie libre”, d’ailleurs, a du être organisée dans le secret, par peur d’une intervention de groupes nationalistes ukrainiens, qui s’étaient fait menaçants sur les réseaux sociaux. “Et pourtant le bataillon Azov a beaucoup de citoyens russes parmi ses combattants…”, ironise la journaliste.

Dans un contexte de guerre larvée dans le Donbass, les passions ont été récemment exacerbées par l’activisme de militants nationalistes contre des banques russes opérant en Ukraine, qui a entraîné leur interdiction par les autorités. C’est le dernière épisode en date d’une tendance de rupture radicale avec la Russie, caractérisé depuis 2015 par un embargo commercial ou encore la suspension des liaisons aériennes directes, ou, récemment, l’interdiction d’entrée sur le territoire de la chanteuse russe à l’Eurovision. Le gouvernement est de même à l’étude des très populaires réseaux “VKontakte” ou “Odnoklassiki”, les équivalents russes de “Facebook” et “Copains d’Avant”.

La justification première de ces initiatives serait de lutter contre toute influence russe, qu’elle soit économique ou médiatique. “Mais ce sont avant tout des actes de rupture, qui sont lourds de conséquences dans la population”, regrette Grigori Frolov. “Une de nos premières missions ici, plus encore que de chercher à changer la situation à Moscou, c’est de rétablir un dialogue avec les Ukrainiens. Malgré les circonstances actuelles, je veux croire que nous avons un futur à bâtir ensemble”.

LLB: Pavlo Kulyk, le banquier devenu soldat, peint pour échapper à la guerre en Ukraine

Article publié dans La Libre Belgique, le 08/03/2017

Envoyé au front dans le Donbass, le jeune Ukrainien de l’Ouest s’est tourné vers la peinture pour éviter de sombrer.

58bfff81cd704dd7c0ce6999

Il fallait trouver quelque chose à faire. Pour occuper les longues nuits à la caserne, pour faire abstraction du vacarme des bombardements… J’ai commencé à peindre, et je ne me suis pas arrêté depuis.” Il y a encore quelques mois, Pavlo Kulyk n’avait rien d’un artiste. Il était banquier à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Enrôlé dans l’armée ukrainienne en 2015, il s’est retrouvé mobilisé sur la ligne de front du Donbass, dans l’est du pays, au sein du bataillon “Donbass Oukraina”.

Lire le reste de l’article ici (accès abonnés)

Donbass Blockades: Quo Vadis?

Arsen Avakov kept his word. On 13th March, the Minister of Interior did send his police forces against the activists running a blockade of railroads in the area of Toretsk (former Dzerzhinsk). At least 43 armed persons were arrested on the spot. The move has sparked anger across Ukraine. Several demonstrations were organised in different cities on 13th March. Namely in Kyiv and in some Western cities. At the time of publication, a few hundred demonstrators hold a rally on Kyiv Maïdan Nezalezhnosti. 

Per say, the Donbass “blockade” that was initiated in late January has not been broken up. Police has dismantled only one camp. Three are left untouched along the frontline:

  • the crossing « Svitlanove-Shepilove » in Luhansk region,
  • a crossing near Bakhmut (former Artemivsk) in Donetsk region
  • the motorway near Karbonit in Luhansk region.

Why the sole Toretsk transportation hub has been cleared remains an open question as of now.

Watch here the video of the Sherbynyvka blockade breakup

In essence, the 13th March police intervention does not change much. Trains and trucks are blocked on some routes and continue to cross the frontline on other spots, just as it was before.

Nevertheless, the government is considering declaring a “state of emergency” in the energy sector and warns of power cuts for industries and households in a near future because of a shortage in coal. “Ekonomishna Pravda” estimates that at least 800,000 tons of coal are exported from separatist-held territories to the rest of Ukraine. The exports may amount to some 10 million tons per year.

original

In any case, activists plan to extend the scope of their actions.

  • A railroad between the two countries was blocked for a few hours in Sumy oblast on 4th March.
  • A group walled the Kyiv headquarters of “Sberbank Rossiy” on 13th March in protest to the persistence of economic and financial relations between Ukraine and Russia.
  • Both actions made mere symbolic moves yet they both fall under the logics of installing a full-scale blockade with Russia and its proxy republics of Louhansk and Donetsk.
  • Blockade’s coordinator Anatoliy Vynohrodsky has warned his activists were ready to block all connections “when we’re ready”.
  • Since their first actions in late January, they have started an open conflict with the Ukrainian authorities and the President Petro Poroshenko.

To stop the “trade in blood”

16602229_1436614176373558_547706101025902895_o

“We want to stop the “trade in blood”, a tall war veteran nicknamed “Vlad” told me on 12th February in Sherbynyvka. He is himself exiled from the separatist-held territories. Two days before, he and his companions had set up a camp by the railroad that connects government-controlled Kostyantynivka and separatist-held Yasynuvata. This installation was among the ones dismantled on 13th March. In purchasing coal and anthracite coal mined in so-called DNR and LNR, Ukraine “finances their war against us. Some oligarchs and war profiteers benefit from it”, Vlad explained.

Vlad insisted also on denouncing the “Kyiv DoubleSpeak”. That is to say:

  • In the third winter of the conflict, the Donbass war is still not called a war. It is referred to as an “Anti-Terrorist Operation”.
  • Diplomatic relations with the Russian Federation are not broken.
  • A recently adopted “plan of reintegration of occupied territories” does not point to Russia as the occupying power.
  • When it comes to the trade links between separatist-held territories and the rest of Ukraine, the government is not explicit enough on the details of the deals. Back in September 2015, former U.S. ambassador to Ukraine Geoffrey Pyatt was already calling for “transparency in coal purchases in the anti-terrorist zone and abroad”, which came as an evidence of murky deals. The continuous uncertainty surrounding these deals feeds all kind of speculations.
  • Poroshenko’s blurry policy in dealing with the war and the peace negotiations is further put under question because of the recent multiplication of peace plans. Obscure political figures have pushed their own proposals up to the Trump presidential administration, in parallel to Kyiv’s official diplomacy. It leads to confusion as to the real intentions of Petro Poroshenko, as well as to his authority to lead an efficient diplomacy.

Nonetheless, the blockades have raised questions too.

  • Vlad assured me that he was “supported by citizens and patriots”. His company was nevertheless connected to the “Donbass battalion” and the “Samopomych – Self-reliance” party.
  • MPs Semen Semenchenko and Oksana Syroid have acted as main organisers and spokespersons of the blockades.
  • “Narodniy Front – Popular Front” and “Radikalna Partiya – Radical Party” have also been active in supporting the blockades.
  • Critics believe some strong financial interests are behind the blockades, namely competitors of the oligarch Rinat Akhmetov.

Useful idiots and liars? 

One of the first arguments authorities oppose to these critics is quite a sound one: “it is naive to believe separatists will run out of weapons and ammunitions if we cut trade routes, since we all know they are supplied by Russia”, Yuriy Grimchak told me in the Ministry of Temporary Occupied Territories in Kyiv. Himself in exil from Donetsk, he is a advisor to the Minister, Vadym Chernysh.

There is no evidence that a full-scale blockade would weaken the pro-Russian and Russian forces nor that it would give local populations some incentives for reintegration with Ukraine. A similar “citizen blockade” of the border from Ukraine with Russia-annexed Crimea had last for a few months in late 2015. The peninsula residents had suffered from shortages and power cuts. Yet the blockade did not produce any sign that Crimea could ever go back to Ukraine.

The official policy of the Kyiv government is to abide by the Minsk Peace Agreements and to prepare for the reintegration of the separatist-held territories within Ukraine. In that perspective, Petro Poroshenko and his team have repeatedly opposed any form of “isolation of these territories, which de facto leads to give them as presents to Russia”. “This land is neither to take, nor to give”, he stressed in mid-February. The fact that no less than 25,000 civilians try to cross daily from one side to the other of the contact line is seen as an encouragement for reintegration. So are trade links.

It has to be noted here that the idea of a blockade has been voiced by Oleksandr Turchynov in late 2016. He is nevertheless the Secretary of the National Council of Security and Defence and a reliable collaborator of Petro Poroshenko. Such a declaration, followed by effective blockades a few weeks after, leads some analysts to believe Oleksandr Turchynov in fact supports the blockades and pursues his personal political ambitions.

Another of the authorities’ arguments is that « this trade does not finance separatists, as most of the companies selling coal to our plants are registered in Kyiv and pay taxes to us”, Yuriy Grimchak adds.

  • According to him, companies operating in so-called DNR and LNR and registered in Ukraine have paid up to 32 billion hryvnias (about 1 billion euros) of taxes in 2016. For the same year, the Ukrainian military expenses amounted to 65 billion hryvnias (about 2,2 billions euros). “These companies have financed half of our 2016 war effort!”, Yuriy Grimchak asserts.
  • Yuriy Grimchak does not take into account here that these companies automatically have to pay some kind of compensation to separatist authorities. As blockade-supporters stress, it is not thinkable that these companies could keep operating without any control from Donetsk and Luhansk. This is one of the “grey zones” surrounding the trade with so-called DNR and LNR.

Another argument that is opposed by Yuriy Grimchak and Kyiv authorities is that a full-fledge separation of separatist-held territories from Ukraine would prove impossible and dangerous.

  • When it comes to the case of water supplies, the canal “Severskiy Donets-Donbass” starts in Ukraine-held territories. It flows southwards through the city of Donetsk and ends up in the port city of Mariupol. “We could cut the water supplies to Donetsk, for sure. Yet it would also mean cutting water supplies to our Marioupol”, Yuriy Grimchak explains.

The same kind of interdependency goes for many of the energy and industrial infrastructures across the region.

  • The Schastye power plant is located on the Ukrainian side of the front line in the North of Luhansk. It supplies power to rebel-held Luhansk itself, while in turn being supplied with coal from mines in separatist-held districts of the Luhansk and Donetsk regions.
  • Steel plants such as the Enakievo Steelworks in the separatist-held Donetsk region depend on supplies of coke from the Avdiivka coke plant on Ukrainian side. Avdiivka in turn is supplied with coking coal from a mine in separatist-held Krasnodon.

According to Yuriy Grimchak, anyone who believes “in a complete separation by tomorrow is either a liar, or an idiot”. As for the activists on blockades, he considers them as “useful idiots … I mean, maybe they are no idiots. But they are definitely useful to someone”.

In late February, pro-blockade political groups failed to registered a bill “On the Occupied Territories” at the Verkhovna Rada (Parliament). The bill was meant to prohibit the trade between the separatist-territories and the rest of Ukraine. Yet their failure shows that proponents of the blockades remain a political minority.

Alternative supplies

The argument of the interdependency raises the question of the development of reform of the energy sector and the search for alternative supplies of energy. When it comes to anthracite coal, 99% of the Ukrainian consumption comes from the ATO zone, that is from non-controlled territories for the main part. The anthracite power-generating units produce about 15% of Ukraine’s electricity. Prime Minister Volodymyr Hroissman has publicly feared that, were the blockades to continue, Ukraine would loose 75,000 jobs and up to 3,5 billion dollars.

coal_conflict_ukraine (1)_0

The government has recently assured that it would have to compensate the shortages of coal from separatist-held territories with imports from Russia. As such, it seems like a good argument against the ambitions of the activists of a full-fledge separation. Yet it raises some more questions:

  • Analysts have raised suspicions over the past three years that parts of the coal mined in DNR and LNR was purchased on formal basis by Russian companies only to be further sold to Ukrainian and European consumers. If the contact line is closed to the “trade in blood”, the same coal may travel to Ukraine through different transit points.
  • Imports from Russia are not the only alternative Ukraine has, experts point out. Back in 2014-15, some coal were imported from South Africa, despite some murky details surrounding the deal. As of now, Ukraine has the possibility to import coal and anthracite coal from Australia, the U.S.A., and Vietnam.
  • Government says that attempts to set up imports based on competitive price have not been yet successful. At the same time, some experts are sceptical about the statement. A 2015 “BNE Intelligence” report had discovered that contracts of coal imports involved some offshore company based in Cyprus, as well as at least three “fictive” companies registered in the Kyiv region. Nowadays, details of energy imports to Ukraine remain suspicious to many analysts.
  • The underlying fear is that the Kyiv authorities are more keen on preserving a status quo and Rinat Akhmetov’s economic interests than to diversify energy supplies.

The search of alternative sources of energy supplies is not the only option considered.

  • A logical alternative to separatist coal may the reduction of energy consumption and the increase of energy efficiency of the whole system of production and distribution. The government is officially engaged on this path. Yet results are long to take effect as environment activists denounce.
  • The modernisation of power-generating units so as to have them running on a different type of coal or on other sources of energy such as gas or fuel. A program of modernisation was adopted back in 2015 and was supposed to be completed by summer 2017. Results are also not obvious.

The fact that Ukraine is still dependent on coal and anthracite coal mined in separatist territories causes uproar in the Ukrainian society as citizens contributed to the program of modernisation of power-generating units.

  • Tax payers were burdened with an extra 10 billion hryvnias (about 3,5 billion euros) from March 2016 onwards. According to the so-called “Rotterdam +” formula, Ukrainian consumers started paying more from March 2016. “Rotterdam +” means the price of coal at the Rotterdam port + transportation. The electricity bills were meant to include such a formula, although the coal was in fact imported from so-called DNR and LNR.
  • The extra revenues both the state and energy suppliers generated was meant to support the modernisation of power-generating units.
  • The fact that these units have not yet been modernised and adapted raises suspicions as to where the extra revenues went to.
  • According to the Ukrainian Crisis Media Center (UCMC), the suspicions run high that both state players and Rinat Akhmetov’s energy companies made huge profits on these schemes.
  • In that perspective, the UCMC calls the warnings of forced coal imports from Russia a mere “intimidation of the public opinion”.

Separatist ultimatum

On their side of the front line, separatist authorities have also reacted negatively to the blockade. The activists’ initiatives endanger the economic situation in these territories, both in terms of revenues for the local authorities and in terms of employment.

Zakharchenko_3019138b

Amid some new warmongering declarations, separatist authorities have requested the companies operating on territories they control to change their registration from Kyiv to Donetsk and Luhansk.

  • They placed some 40 companies under “external control” in late February and set a 1st March deadline for registration.
  • An an official statement by the System Capital Management (SCM) holding, owned by Rinat Akhmetov, the oligarch has refused to register his companies in separatist-held territories. Some 20 of the 40 seized companies depend on SCM, as well as some 20,000 employees.
  • Donetsk and Luhansk have since started the process of nationalisation of these companies.

The move is explained by a few factors:

  • Ukraine has been competing with Russia on the metallurgical market, so weakening Akhmetov’s positions by Russia has been just a matter of time.
  • Russia may switch from the model of funding “DPR” and “LPR” to the model of their “self-financing.” Nationalisation of these companies may be a way to increase the level of “local” revenues.
  • Russia may also be interested in energy instability in Ukraine and decline in its steel industry.
  • It may be part of a targeted attack on the economic empire of Rinat Akhmetov. His charity network of delivering humanitarian aid to the separatist-held territories have also been seized alongside his companies.

Rinat Akhmetov: An oligarch under threat? 

In this blockade issue, Rinat Akhmetov is an unavoidable actor as the developments of the situation threaten the industrial and financial networks he had managed to preserve since 2014. He remains the richest man in Ukraine despite some significant losses since the Revolution of Dignity. He has played a dubious game since, which may come to an end because of the blockades.

sddefault

According to the estimates of the investment company Dragon Capital, the SCM holding loses 5 to 10 million dollars a month because of the blockade. Were the “nationalisation” of his DNR-LNR companies to become effective, he would loose much more.

Rinat Akhmetov owns 70% of Ukrainian thermal power plants.

  • Since March 2016, Ukrainian consumers pay their bills to these plants according to the “Rotterdam +” formula.
  • Yet the plants have been using anthracite coal from so-called DNR and LNR.
  • Rinat Akhmetov has not implemented the plan of modernisation of power-generating units in his plants.
  • SCM has not made public the real purchase price for its coal. Hence speculations run high that the price of produced electricity is not justified by the price of purchased coal, which may be extremely low.
  • Some experts believe that part of this coal comes from so-called “kopanki”, that is illegal mines. Both Rinat Akhmetov and the Yanukovych “Family” had an intensive use of kopanki before the war that was meant to embezzle state subsidies and artificially raise prices.
  • It is thus fair to assume that SCM holding has made huge profits on such a scheme.
  • This has automatically been done with the government’s tolerance, if not approval.

Rinat Akhmetov’s interests and perspectives are endangered by the developments of the blockade situation.

  • On the Ukrainian side, he may be forced to finally comply with the 2015 modernisation program and to give up on his artificially-generated profits.
  • On the separatist side, he has a lot to loose when it comes to his well-integrated industrial networks.
  • A re-registration of his companies in non-recognised DNR and LNR would ruin his perspectives of export across the world.
  • His political influence on both sides of the frontline would also be endangered.
  • Although it remains to be seen whether separatists and Russians would effectively complete the nationalisation of Akhmetov’s assets. In doing so, they would need some strong financial capacities in order to ensure the paiements of salaries and the running of the plants. They would also need to secure export markets for their production.
  • Aside of the industrial assets, Rinat Akhmetov’s monopoly fixed-phone operator “Ukrtelekom” had to shut off part of its network in Donetsk oblast  on 1st March. This followed the seizure of the Donetsk offices by separatist authorities on 1st March. Some 200,000 phones went off. This is a net loss for the company.
  • The processus of nationalisation of Akhmetov’s assets, along with many other Ukrainian oligarchs’, takes also place in Russia-annexed Crimea. It remains unclear whether the oligarch obtained any compensation for his losses.

Ukrainian medias and experts question whether this may be the end of Akhmetov’s empire.

To be continued

As economist Timothy Ash states, the blockades “have developed a dynamics on their own, which may be hard to stop”.

As the police intervention on 13th March has showed, the Kyiv authorities may move to break up the blockades in the near future, as they did with the Crimea “citizen blockade” in late 2015. Yet the underlying issues remain.

  • The Ukrainian energy sector has not been effectively reformed.
  • Ukraine is still dependent – some would say « taken hostage » – on coal from separatist-held territories as well as on large financial interests such as Akhmetov’s.
  • Petro Poroshenko faces more and more domestic opposition, which questions his authority and his ability to conduct an efficient policy. Blockades’ proponents swear to take down what they describe as an “oligarchic-kleptocratic” regime, which is now the “first trade partner” of Russian-backed separatists.
  • More troubles from these protesting groups are to be expected.

Mediapart: L’Ukraine se divise sur le sort à réserver aux régions séparatistes

Article publié sur le site de Mediapart, le 07/03/2017

Un plan de « réintégration », qui doit faciliter les contacts avec les trois millions de personnes vivant dans l’est du pays, a été adopté par le pouvoir mais il est fortement critiqué. Des mouvements organisent des blocus demandant la rupture de tout échange ou relation avec les territoires séparatistes. Et les civils subissent un troisième hiver de conflit. Reportage sur la zone frontière.

img_0423

« On préférerait que tout redevienne comme avant, c’est sûr… Mais ils nous ont séparés, on ne peut plus retourner en arrière ». Sous une pluie froide, la file d’attente est immobile. Ses bagages à ses pieds, Svitlana frissonne. Depuis le petit matin, elle se tient dans le rang afin de passer les contrôles ukrainiens au poste de Stanitsa Louhanska. Entourée de militaires, elle préfère ne pas donner son vrai nom. Si tout se passe bien, elle dormira ce soir à Louhansk, une des capitales séparatistes du Donbass, cette région industrielle de l’est de l’Ukraine divisée par une guerre meurtrière depuis le printemps 2014. À l’époque, le trajet nécessitait une trentaine de minutes.

Lire le reste de l’article ici (accès abonnés)

Grand Reportage RFI: Le Donbass, entre guerre, réintégration et abandon

Grand Reportage diffusé sur RFI, le 20/02/2017

Lundi 20 février doit entrer en vigueur un nouveau cessez-le-feu dans le Donbass, cette région de l’est de l’Ukraine en guerre depuis 2014. L’annonce intervient après une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères français, allemand, russe et ukrainien, dans un contexte de fortes tensions sur le terrain. C’est une énième trêve, après une série d’échecs, mais elle pourrait marquer une étape dans la résolution du conflit. La guerre vit son troisième hiver. Depuis le printemps 2014, le conflit a fait plus de 10.000 morts selon l’ONU. Les affrontements persistent malgré les Accords de Paix de Minsk, signés en février 2015. Une explosion de violences a ainsi fait au moins une trentaine de morts début février côté ukrainien. Les pertes du côté des forces pro-russes et russes restent difficilement quantifiables en raison du flou qui persiste autour de la nature des forces en présence à Donetsk et à Louhansk. 

Pour l’Ukraine, l’effort de guerre est soutenu. Kiev l’estime à 5 millions d’euros par jour. Dans le contexte de ce qui est aujourd’hui une guerre d’attrition, les Ukrainiens cherchent un format pour traiter avec les territoires que le gouvernement ne contrôle pas, et les quelques 3 millions de personnes qui y résident. Conquête militaire? Isolation? Réintégration? Le débat fait rage dans le pays. 

Le Donbass, entre guerre, réintégration et abandon. Un Grand Reportage de Sébastien Gobert

img_0464

Le long du passage à niveau, le camp ne paie pas de mine. Deux tentes, des braséros, quelques drapeaux nationalistes, le tout posé sur un sol sali par la neige fondue. Cela suffit pour Vlad, de son nom de guerre, et une poignée d’hommes en uniformes militaires, pour bloquer les voies ferrées qui traversent le village de Sherbynyvka, au nord de la république auto-proclamée de Donetsk.

Vlad: Nous voulons en finir avec cette économie parallèle. Regardez notre slogan, c’est “stop au commerce du sang”. 

A quelques dizaines de mètres de là, un convoi de wagons de marchandises est immobilisé. A son bord, des centaines de tonnes d’anthracite. Extraits en territoires séparatistes, ils devaient approvisionner des usines en territoire ukrainien. Depuis 2014, les livraisons n’avaient pas été interrompues, malgré la guerre. Pour Vlad, il faut mettre un terme à ces échanges.

Vlad: Notre barrage, c’est une réaction au plan de réintégration des territoires occupés, qu’ils ont adopté à Kiev. Ce plan légalise le commerce avec l’occupant. Ils pourront s’enrichir en écoulant leur charbon sur le marché ukrainien. Nous ne pouvons plus rester sans rien faire, à regarder tous ces wagons qui passent et repassent, sans être contrôlés. 

Trois voies ferrées sont bloquées dans la région depuis début février.

Ici, les militants nationalistes ne sont qu’une quinzaine, mais ils sont liés à des bataillons de combattants volontaires, et à des partis politiques siégeant au Parlement à Kiev.

A ce titre, ces hommes fatigués et mal rasés sont en opposition frontale avec le Président, Petro Porochenko.

Petro Porochenko: Ce blocage est non seulement inutile, mais en plus, il créé des problèmes. Ces militants bloquent nos efforts pour retrouver notre souveraineté territoriale. Ma position, et celle de mon gouvernement, elle est claire. Ce n’est qu’à travers des efforts diplomatiques que nous pourrons ramener ces territoires au sein de l’Ukraine. Je condamne toutes les postures politiciennes qui consistent à isoler ces territoires, et de facto les donner en cadeau à la Russie. Je le répète: cette terre n’est ni à prendre, ni à donner. 

Cette réthorique n’impressionne pas Vlad, chef du camp à Sherbynyvka. Il a lui-même été chassé de sa maison par les combats. Il s’estime légitime pour reconquérir sa région natale. Vlad accuse le président de protéger les intérêts de quelques profiteurs de guerre, et de mener un jeu trouble dans son rôle de défenseur de la patrie.

Vlad: Cela ne répond pas aux questions essentielles. A Kiev, ils détournent l’attention en s’étonnant que les voies ferrées soient bloquées, en se demandant qui nous instrumentalise, et ainsi de suite. Mais il faut répondre aux vraies questions: Nous sommes en guerre, oui ou non? Nos camarades croupissent dans des prisons ennemies ou pas? Une partie de notre territoire est occupé, alors pourquoi continuons-nous à faire du commerce? Je ne connais aucun exemple de conflit dans le monde où le business a continué comme si de rien n’était. 

Ce faisant, Vlad accuse l’exécutif d’entretenir un double language depuis 2014. Kiev a beau dénoncer une agression militaire russe, les relations diplomatiques n’ont jamais été rompues. Et si à Kiev on parle de guerre dans le Donbass, le nom officiel de l’intervention militaire est celui “d’Opération Anti-Terroriste”. Face à ce qu’il considère comme des compromissions, Vlad conclut, l’air déterminé:

Vlad: Il n’y aura pas de paix tant que certaines personnes continueront à gagner de l’argent dans cette guerre. 

Ce blocage est la manifestation la plus concrète des tensions qui déchirent la société ukrainienne autour du nouveau plan de réintégration du Donbass.

Celui-ci a été adopté le 11 janvier, et proposé par le ministère des territoires temporairement occupés. Iouriy Grimtchak est le conseiller spécial  du ministre, lui aussi exilé de sa ville de Donetsk.

Iouriy Grimtchak: Ce plan ne vise pas à réintégrer les territoires occupés du Donbass. Pas encore. Nous visons à réintégrer les gens qui vivent là-bas. L’idée principale, c’est de leur offrir quelque chose d’autre, et les intégrer dans notre espace médiatique, économique, entrepreneurial. Dans ce plan, nous avons développé toute une série de mesures, qui vont du transport de marchandises à la politique de l’information. 

Les Ukrainiens des territoires séparatistes auront des facilités pour étudier, voyager, développer une entreprise ou encore accéder à l’assistance médicale. Un plan similaire est en cours de développement pour les populations de la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014.

Face à cette politique d’ouverture, l’opposition craint que le plan n’engendre un dangereux précédent. Oksana Syroid est la vice-présidente de la Verkhovna Rada, le Parlement, au sein du parti Samopomitch, un parti originaire de l’ouest de l’Ukraine.

Oksana Syroid: Dans cette éventail de mesures, il y a des bonnes choses. Par exemple, la possibilité pour les jeunes d’étudier à distance selon le programme ukrainien. Mais  d’une part, nous savons que ce plan profite aux oligarques qui continuent leurs activités des deux côtés de la ligne de front. D’autre part, dans les territoires occupés, il y a deux catégories de personnes. L’administration d’occupation russe, et leurs supplétifs. Et les civils qui vivent là-bas. Et ces civils que nous voulons aider, ils ne décident de rien! Donc toute relation avec l’autre côté ne sera qu’avec les occupants, pas avec les civils directement. Cela veut dire que nous ferons des concessions, que nous renforcerons la puissance occupante. Nous nous retrouverons à payer pour l’occupation. 

Oksana Syroid va jusqu’à assimiler ce plan de réintégration à une haute trahison.

Oksana Syroid: Le concept de ce plan est mauvais. Il faut l’annuler. Il n’a été ni écrit en Ukraine, ni pour les Ukrainiens. Il n’est pas dans les intérêts du pays. 

Pour le conseiller Iouriy Grimtchak, il n’est plus l’heure de jouer sur les mots. Il y a plus important.

Iouriy Grimtchak: Il y a environ 700.000 personnes qui franchissent la ligne de front chaque mois. Par jour, jusqu’à 25.000 personnes. 

Il est important de faciliter la vie des populations civiles du Donbass, afin de s’en assurer le soutien.

Iouriy Grimtchak: Aux postes de contrôle le long de la ligne de front, nous prévoyons d’installer des centres administratifs. Afin que les gens n’aient pas à aller loin pour déclarer un mariage, ou une naissance, ou renouveler leur passeport. 

A 800 kilomètres de là, le poste de contrôle de Stanitsa Louhanska, au nord du bastion séparatiste de Louhansk, est l’un des principaux points de passage d’un camp à l’autre. Ici, la traversée est compliquée depuis que l’unique pont enjambant la rivière Donets a été détruit par un bombardement. Les civils se massent néanmoins par centaines pour passer, d’un côté comme de l’autre.

img_6249

Andriy checkpoint: Ca fait 4h30 que j’attends. Je suis venu toucher ma retraite, et je rentre à Louhansk.

Svitlana checkpoint: Je vais voir mon fils à Louhansk. Il étudie là-bas. C’est un athlète. Aller vivre en territoire ukrainien, c’est hors de question, car son pensionnat est à Louhansk. On faisait comme ça avant la guerre, on continue comme ça maintenant. On préférerait que tout redevienne comme avant, mais… ils nous ont séparé. On ne peut plus revenir en arrière. 

Pour ces deux personnes, et les centaines d’autres dans la file d’attente, on devine qu’une simplification des formalités administratives et des conditions de passage serait la bienvenue. Le premier obstacle à l’application du plan de réintégration, ce n’est pourtant pas la politique.

Les combats n’ont jamais cessé, le long des 400 kilomètres de la ligne de front. Ils rendent les passages parfois dangereux. Ils n’épargnent pas non plus des quartiers résidentiels de ville. Les Accords de paix de Minsk, signés en février 2015, n’y ont rien changé.

Marianna Ivanivna: Des Accords de paix? Quels Accords? Ils annoncent des accords à tout va, et voilà où on en est. Qu’ils se mettent d’accord, une bonne fois pour toute! 

La ville d’Avdiivka se remet à peine des bombardements meurtriers de début février. A l’initiative des séparatistes, les tirs avaient coûté la vie à au moins une trentaine de personnes, civils et militaires. Malgré l’écho de l’artillerie au loin, la ville est calme. Mais pour Marianna Ivanivna, cela ne change pas sa situation.

Marianna Ivanivna: Je vis d’aide humanitaire. Mon mari a été tué il y a deux ans. J’ai reçu un statut d’invalide après des bombardements. Comment survivre? Tout le monde veut la paix, tout le monde veut retrouver une vie normale. Qui a besoin de cette guerre, dites moi? Ici, nous mourrons à petit feu. Ils ont bombardé ma maison. Et ma pension est si modeste que je ne peux pas en vivre.

Dans son bureau à la mairie, le colonel Pavlo Malykhyn est le chef de l’administration militaro-civile d’Avdiivka. Il est occupé à panser les plaies de sa ville après les derniers bombardements. Lui aussi a constaté que le processus de paix de Minsk n’a pas amélioré la situation de sa ville.

Les garants des Accords de Minsk, comme il le rappelle, ce sont Angela Merkel et François Hollande, deux chefs d’Etat distants du conflit. La mission d’observation de l’OSCE, elle, n’est pas efficace pour assurer le respect du cessez-le-feu.

Pavlo Malykhyn: L’OSCE, ils ne voient rien. Quand ils sont sur place, ça ne tire pas. Dès qu’ils repartent, les tirs d’artillerie recommencent. Je pense que la mission d’observation est très importante. Mais il faut qu’il se donnent les moyens. Ils restent dans les zones sécurisées, mais ne vont jamais dans les endroits où des gens se font tuer. Qu’est-ce qui est le plus efficace? Constater de visu une fois, ou écouter les bombardements 100 fois? Le risque existe, évidemment. Mais dans les quartiers bombardés, il y a des petits enfants qui vont à l’école… Eux, ils prennent le risque.

Les violences ne sont pas prêtes de s’arrêter de si tôt. Et les responsabilités sont partagées. A proximité d’Avdiivka, un ancien centre de contrôle aérien sert de base au bataillon “Donbass Ukraine”.

Les Accords de paix de Minsk, ici, ne sont pas pris au sérieux.

Pavlo Kulyk: La paix ne se fera pas à travers les Accords de Minsk. Tout simplement parce que cela ne convient ni à l’Ukraine, ni à la Russie. Cet accord leur a été imposé.

Au lieu de processus de paix, le soldat Pavlo Kulyk et ses camarades parlent avec confiance de leur nouvelle stratégie militaire.

Pavlo Kulyk: Nos troupes avancent petit à petit. Nous prenons des villages, des positions. Nous avons repris le village de NovoLouganske il y a peu. Nous pouvons y arriver, par petits pas. Et d’après les estimations que l’on a depuis l’autre côté, il y a de moins en moins de combattants chez les séparatistes… 

Ces estimations sont très floues, et l’histoire a montré que les troupes régulières russes pouvaient intervenir directement pour aider les séparatistes. Ces derniers mènent aussi leur propre stratégie de petits pas et de duels d’artillerie incessants.

Cela dit, une intensification des violences ne devrait pas être synonyme d’un retour à un conflit généralisé.

Pavlo Kulyk: Nous pourrions aller plus loin. Mais cela voudrait dire des combats généralisés, et la ruine pour le Donbass. On peut estimer qu’au moins 500.000 civils y perdraient la vie. Je pense que personne ne prendra la décision de lancer une telle attaque…

Si l’option militaire n’est pas envisageable, et que le plan de réintégration est difficilement applicable, certains sont tentés par l’idée d’une séparation claire et nette. Dans son bureau à Avdiivka, Pavlo Malykhyn a un exemple historique tout trouvé.

Pavlo Malykhyn: A Berlin, il y a eu un mur pendant longtemps, les gens ne se sont pas parlé. Mais tout s’est bien terminé. Ici, il faut que la Russie se retire et que l’on reprenne le contrôle de la frontière. Ensuite, on négociera entre nous. Entre temps, on peut isoler le problème.

Le colonel s’inscrit ici dans la lignée des militants du blocage de voies ferrées, en préconisant une rupture avec les territoires séparatistes.

Pour le conseiller Iouriy Grimtchak, cela trahit une vision à très court-terme. Les infrastructures vitales de la région sont trop intriquées pour être dissociées. Par exemple, pour l’eau potable.

Iouriy Grimtchak: Le canal de distribution part du nord de la région. Slaviansk, Kramatorsk, ce sont des villes sous notre contrôle. Le canal part ensuite dans les territoires occupés et la grande ville de Donetsk. Et ensuite il ressort pour arriver au port de Marioupol, une ville aussi sous notre contrôle. En théorie, nous pourrions couper l’eau, et même l’électricité, à Donetsk. Mais cela voudrait dire la mort de notre ville de Marioupol. Tous ceux qui assurent pouvoir tout couper demain sont des menteurs. 

Lors d’un débat animé à Kiev, Iouriy Grimtchak fait face au journaliste Serhiy Harmash lui-même exilé de Donetsk.

Serhiy Harmash: Les entreprises qui produisent dans les territoires occupés et envoient leurs productions en territoire ukrainien paient des taxes aux séparatistes. Les Ukrainiens ont besoin de leur charbon, bien sûr. Mais il faut nous poser la question: sommes-nous prêts à contribuer au financement de leur guerre contre nous? Les blocages actuels de voies ferrées peuvent être une chance pour la réintégration. 

Iouriy Grimtchak se défend. Bloquer ces routes commerciales ne voudrait en aucune manière dire que les séparatistes se retrouveraient sans financement ni armement, étant donné qu’ils sont soutenus par la Russie. Au contraire, cela représenterait un manque à gagner pour Kiev.

Iouriy Grimtchak: Il y a beaucoup d’entreprises qui possèdent des usines dans les territoires occupés mais qui sont enregistrées en territoire ukrainien. Ces entreprises ont contribué à l’équivalent d’un milliard d’euros d’impôts au budget national l’an dernier! Dans le même temps, notre effort de guerre a représenté l’an dernier 2,2 milliards d’euros. Ces entreprises ont donc couvert la moitié de nos dépenses de défense! 

Serhiy Harmash n’y tient plus.

Serhiy Harmash: Si on suit cet argument des impôts, alors autant inviter ici Alexander Zakharchenko le chef de Donetsk, et l’autoriser à monter une entreprise pour qu’il puisse payer des impôts, faire semblant d’être un bon citoyen avant de rentrer à Donetsk et de lever les armes contre nous!

Dans ce débat, la sociologue Iryna Bekeshkina présente les résultats d’un sondage sur l’attitude des Ukrainiens face à la question des territoires occupés. Aucune des solutions, que ce soit la rupture ou la réintégration, ne récolte plus de 17% de soutien. Aucun consensus n’existe sur la manière de ramener la paix dans le Donbass. Iryna Bekeshkina.

Iryna Bekeshkina: Le débat est tellement politisé, entre des positions extrêmes, qu’il est difficile d’y voir clair. Je me rappelle le slogan des étudiants de mai 1968, en France: “Soyons Réalistes, demandons l’Impossible!” Je reformulerai dans notre contexte: “Demandons l’impossible, mais restons réalistes!” 

Le réalisme, Yevhen Vilinsky le voit à travers des projets concrets de reconstruction économique du Donbass. Lui est le vice-gouverneur de la région de Donetsk, en charge d’attirer des investisseurs.

Yevhen Vilinsky: Nous voulons construire ici une sorte de “Berlin Ouest”, qui montrerait aux habitants du bloc de l’est que nous pouvons bâtir une vie meilleure.  Avec la nuance que le mur de Berlin, c’était l’est, et pas l’ouest qui l’avait construit. Il faut que nous fassions preuve d’ouverture. Nous menons tout une série de projets pilotes, même des projets jamais expérimentés en Ukraine. Pour montrer que l’on peut y arriver ensemble. 

Dans la cour de l’école numéro 11 d’Avdiivka, on est très loin de ces controverses politiques et de ces grands projets. Au loin, on entend quelques déflagrations d’artillerie. Mais ici tout semble simple, comme le remarque Olga, la surveillante de la cour.

Olga: Les enfants, vous les voyez. Ils sont heureux, ils ne réagissent plus aux bruits des bombardements. Ils jouent, comme des enfants. Ils nous montrent l’exemple, pour continuer à vivre. 

La région industrielle, ancien fleuron de l’économie soviétique, dans laquelle ces enfants sont nés, était depuis des années en déclin. Avec la guerre, elle se retrouve meurtrie et défigurée. Après trois ans de conflit, rien ne permet de deviner à quoi le Donbass ressemblera quand ces enfants deviendront grands.

Ecouter le Grand Reportage ici

L’est de l’Ukraine: entre la guerre, la réintégration et l’abandon

Un Grand Reportage de Sébastien Gobert

A la réalisation, Anouck Bernet

Chanson de fin: Rosy/Donbass, de Dakh Daughters