Hromadske TV: Українська столиця Італії: історії розділених сімей

Репортаж опубліковано на веб-сайті Hromadske TV, 02/01/2017. Автор: Ольга Токарюк
Наша робота по Skype Села з Ольгою Токарюка на « Скйп Села ».
Більше тут – на французскую:
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Як живуть та спілкуються з родичами українці в Неаполі.

Перший із двох матеріалів про українських трудових мігрантів за кордоном та їх родини в Україні. Як впливає заробітчанство на українців там та на їхніх родичів, що залишилися тут? 

Батьки, що роками не бачать власних дітей. Малюки, яких виховують дідусь із бабусею. Дорослі, які їдуть на рік, а залишаються на десятиліття. Але також возз’єднані родини – діти, які переселяються за кордон, та батьки, які після довгих років відсутності повертаються до України. Які труднощі чекають на розділені сім’ї? І яку роль у підтриманні родинних зв’язків відіграють нові технології?

Неаполь – без перебільшення українська столиця Італії. За офіційними даними, в цьому місті та прилеглій до нього області Кампанія мешкає 42 тисячі українців – це другий показник з усіх італійських регіонів. Насправді українців тут щонайменше вдвічі більше. Адже значна їхня  частина не має дозволу на проживання (т. зв. «пермессо») і роками живе в Італії нелегально.

У Неаполі жити і працювати нелегально простіше, ніж у будь-якій іншій частині Італії – це відзначали всі співрозмовники Громадського. Адже цей регіон, як і південь Італії загалом, відомий тим, що тут процвітає тіньова економіка, на дотримання законів часто дивляться крізь пальці, а у випадку проблем завжди можна домовитися. Поліція рідко перевіряє документи в іноземців, а деякі роботодавці не проти уникнути оформлення контракту, і, як наслідок, сплати податків.

Українці в Італії – це переважно жінки, які працюють доглядальницями, прибиральницями, нянями. Чоловіків майже в шість разів менше. Більшість українців приїхали на Апенніни на початку 2000-х – найчастіше самостійно. Через кілька років, після отримання документів, дехто забрав сюди родину. Проте у більшості вся сім’я залишилася в Україні – і нерідко відстань має руйнівний вплив на родинні взаємини.

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RFI: Journée de pause dans la mobilisation à Chisinau

Intervention dans le journal de 8h, sur RFI, le 23/01/2016

A Chisinau, la crise politique ne perd pas en intensité depuis l’investiture, mercredi 20 janvier, d’un gouvernement impopulaire et corrompu. Le vote avait déclenché des émeutes aux abords du Parlement et des manifestations de masse dans le centre de la capitale. Le weekend s’annonce comme un tournant pour l’avenir du mouvement de protestation. 

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Quelle est la situation sur place? 

Je me trouve dans le quartier gouvernemental, entre le Cabinet des ministres et le Parlement, où les plus grosses manifestations se sont tenues encore hier, mais ce samedi, rien n’est organisé. On ne trouve que quelques policiers autour de tentes d’un mouvement anti-corruption, vaguement pro-européen, qui sont disposées sur la place principale depuis l’automne. On est loin des échauffourées du milieu de la semaine, quand des manifestants avaient pénétré dans le Parlement et humilié publiquement des députés accusés de corruption. Aujourd’hui, les organisateurs du mouvement de protestation marquent une pause, et appellent à une manifestation monstre demain dimanche. Ils veulent par là prendre le temps de mobiliser des participants dans les régions de la Moldavie. Mais il s’agit aussi de définir une ligne commune pour un mouvement qui est très diverse, composé de socialistes, d’oligarques post-communistes et de représentants de la société civile. Personne ici ne semble savoir à quoi ce mouvement peut aboutir.

Quelles sont les demandes des protestataires? 

Ils réclament avant tout des élections anticipées, une réforme constitutionnelle, et la fin du système de corruption généralisée qui gangrène la Moldavie. L’investiture du nouveau gouvernement, le troisième en moins d’un an, consacre la domination sans partage sur le pays d’un oligarque sulfureux, Vlad Plahotniuc. Il entretient un système de clientélisme et de morosité économique dramatique. Le nouveau Premier ministre, Pavel Filip, est perçu comme son homme de lige. L’intégration européenne du pays que la coalition au pouvoir assure défendre, ne serait en fait qu’une couverture de facade. Les protestataires anti-gouvernementaux veulent en finir avec ce système, mais les principaux représentants de l’opposition, notamment le très énigmatique Renato Usatii, sont eux aussi des oligarques, plus ou moins proches de la Russie. Rien ne dit qu’ils en finiraient avec l’oligarchie si leurs demandes étaient respectées, ce qui nuit évidemment à leur capacité de mobilisation parmi la société moldave – et à leurs chances d’obtenir des résultats.

Libération: Petro Porochenko: « Poutine ira aussi loin que l’on y autorisera »

« Evènement Ukraine », avec un entretien de Petro Porochenko, publié dans Libération, le 12/08/2015

Cet entretien a été conduit dans le bâtiment de l’administration présidentielle, à Kiev, le samedi 1er août. Il a été réalisé conjointement avec deux journalistes. STEFAN SCHOCHER (à droite sur la photo) pour le journal autrichien “Kurier”. JUSSI Niemeläinen (à gauche) pour “Helsingin Sanomat”, en Finlande. 

L’escalade des combats dans l’Est, où les rebelles séparatistes prorusses auraient tenté plusieurs offensives avec des chars, a incité le président ukrainien, Petro Porochenko, à demander lundi des consultations d’urgence avec Paris, Berlin et Moscou, les capitales qui ont parrainé les accords de Minsk en février. Les combats les plus violents ont eu lieu ce week-end autour de la ville de Starohnativka, à mi-chemin entre le bastion séparatiste de Donestk et le port de Marioupol, dernière grande ville de la zone restée sous le contrôle de Kiev. Les autorités ukrainiennes ont recensé 127 attaques, le chiffre le …

(Lire le reste de l’entretien ici (accès libre à partir du 14/08/2015)

RFI: Procès de l’après-guerre à Sloviansk

Reportage diffusé sur Radio France Internationale, le 19/10/2014

Alors que les Ukrainiens tentent de contenir les ardeurs des séparatistes dans l’est de l’Ukraine, la vie reprend dans les territoires libérés. A Sloviansk, qui était, il y a peu, un bastion des rebelles, personne ne parle plus ouvertement de Russie ou d’indépendance. Mais la manière dont l’Ukraine gère l’après-guerre soulève un certain nombre de questions. Le procès de l’ancienne maire de la ville, accusée de soutien aux séparatistes, inquiète habitants et ONG.

Elena Stativa. Sloviansk, le 14/10/2014
Elena Stativa. Sloviansk, le 14/10/2014

Le 12 avril dernier, les télévisions ukrainiennes montraient en boucle une femme blonde en manteau rose bonbon aux côtés d’hommes en armes. Des rebelles anti-ukrainiens venaient d’investir la mairie de Slaviansk et la maire, Nelya Shtepa, était en première ligne. Aujourd’hui, quelques mois plus tard, les forces ukrainiennes contrôlent la ville, les rues sont couvertes de drapeaux bleus et jaunes, et Nelya Shtepa est en prison.

Elena Stativa est conseillère juridique de la famille Shtepa. Pour elle, l’ancienne maire est innocente. La preuve : les séparatistes s’étaient retourné contre elle et l’avaient emprisonné pendant de longs mois. Mais coupable ou non, ce qu’Elena Stativa dénonce, c’est le mauvais traitement infligée à la maire.

Elena: Nous ne parlons pas de persécution politique. Nous disons juste que les conditions de sa détention ne sont pas compatibles à ses sérieux problèmes de santé. Il faut qu’elle soit transportée à l’hôpital et traitée là-bas. Nous avons envoyé de nombreuses demandes, mais nous n’avons reçu aucune réponse. Cela fait un mois et demie que nous attendons une réponse !

Elena Stativa n’est pas la seule à s’inquiéter. L’ONU, Amnesty International ou encore Human Rights Watch ont dénoncé un traitement indigne, qui viole les droits de l’homme que le nouveau gouvernement dit défendre. Vita Doubovik, attachée de presse du procureur de Kharkiv en charge de l’affaire, jointe par téléphone, oppose un démenti ferme.

Vita: C’est une provocation, c’est du sabotage ! De quelles menaces parle-t-on ? Nelya Shtepa ou son entourage ne font que tenter qu’entraver le cours de la justice et retarder l’ouverture du procès.

Quoiqu’il en soit, l’affaire émeut une partie de la population de Sloviansk. Certains habitants font état d’altercations avec des soldats ukrainiens et de pressions diverses. Tatiana Ablemitovna est entrepreneure dans le négoce de fruits et légumes avec des villes contrôlées aujourd’hui par les séparatistes. Elle a reçu une visite de soldats ukrainiens lui enjoignant de tout arrêter.

Tatiana: Quasiment tous mes contrats étaient négociés avec des entreprises de Donetsk. Mais maintenant, ils veulent que je vende mes produits à des firmes de Kharkiv et Dnipropetrovsk, en territoire ukrainien. Et ils n’arrêtent pas de me menacer de me faire fermer.

Après l’expérience séparatiste, on ne perçoit plus de signes de remise en cause de l’appartenance à l’Ukraine. Ce que les habitants craignent, c’est que le rétablissement de l’unité nationale passe par une chasse aux sorcières.

Ecouter le reportage ici

RFI: Portrait d’Igor Bezler, « Le Démon »

Séquence diffusée dans l’émission « Accents d’Europe », le 15/10/2014

Alors que le cessez-le-feu continue d’être malmené dans l’est du pays, les structures séparatistes se consolident peu à peu, malgré des rivalités internes entre différents chefs de guerre. L’un d’entre eux, Igor Bezler, est déjà entré dans la légende pour ses méthodes expéditives. Il est surnommé « le démon ».

Igor Bezler, alias "Le Démon". Photo officielle, République Populaire de Donetsk.
Igor Bezler, alias « Le Démon ». Photo officielle, République Populaire de Donetsk.

Il n’hésitera pas à vous abattre. En substance, c’est le message qu’Igor Bezler fait passer à chacun de ses interlocuteurs. A 48 ans, le maître de Gorlovka, une des plus grandes villes du Donbass, accorde peu d’interviews aux journalistes. Il parle peu et agit beaucoup. Mais ses yeux bleus et son épaisse moustache ont déjà fait le tour du monde. Né en Crimée, Igor Bezler affirme être un ancien agent des services secrets russes, une information difficile à confirmer. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’est installé à Gorlovka il y a quelques années, en y travaillant notamment dans un service de pompes funèbres. On murmure que pendant des années, personne n’était enterré sans son consentement, ce qui lui a permis de développer un solide réseau dans la ville. L’intervention russe en Crimée lui a véritablement donné un second souffle : il affirme y avoir été très actif au printemps. Une fois le devoir accompli, il est rentré à Gorlovka, a pris la tête des forces séparatistes locales, et y est devenu Le Démon. Connu pour ses méthodes provocatrices et expéditives, il se vante lui-même d’exécutions sommaires de soldats ukrainiens et se plaît à conserver un certain nombre d’otages près de lui. A en croire les services secrets ukrainiens, il serait l’un des principaux responsables de l’attaque contre le Boeing MH17 de la Malaysia Airlines. Malgré de nombreuses hypothèses, le mystère qui entoure Le Démon est complet. Ce qui est sûr, c’est qu’il gère sa ville d’une poigne de fer et commande le respect de ses hommes, il provoque l’admiration de la population locale qui lui attribue des livraisons d’aide humanitaire, et inspire la crainte de ses ennemis et amis. Début juillet, il a ainsi été traité de terroriste par le gouvernement séparatiste de Donetsk, après une sorte de tentative de coup d’Etat. Personne ne sait exactement ce que Le Démon voudrait faire du pouvoir. Mais dans le contexte de guerre, il s’est imposé comme un chef redoutable, déterminé à gagner.

P@ges Europe: Législatives ukrainiennes; Vraie évolution ou Fausse révolution?

Article publié sur le site de P@ges Europe (La Documentation Française), le 01/10/2014

Façade principale de la Verkhovna Rada, Kiev. Septembre 2014.
Façade principale de la Verkhovna Rada, Kiev. Septembre 2014.

Alors que la situation demeure incertaine dans l’est du pays, l’Ukraine entre en campagne électorale pour renouveler son Parlement, une des revendications majeures de la révolution de l’EuroMaïdan de l’hiver 2013-2014. Le scrutin du 26 octobre 2014 est néanmoins à haut risque, parce que le pays souffre de multiples crises mais aussi parce que beaucoup redoutent de nouvelles divisions et querelles politiciennes. Et un renouvellement effectif des élites est loin d’être garanti.

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Lire l’article ici (accès libre)

Petro Porochenko: le président gagnant d’un pays perdant

Analyse, publiée le 18/09/2014.

Les idées et positions présentées dans ce texte n’engagent que son auteur.

Pourquoi cette paix ? Les votes de la Verkhovna Rada (Parlement), le 16 septembre, brandis comme « historiques » par les partisans de Petro Porochenko, posent bien plus de questions qu’ils n’en résolvent. Ils donnent presque l’impression que la guerre du Donbass, meurtrière et coûteuse, a été menée pour rien. Personne ne peut sérieusement croire que cette amnistie aveugle ou ce « statut spécial » d’autonomie bancal peuvent encourager une quelconque réconciliation nationale. Personne à part entière. Mais si les lois du 16 septembre sont porteurs de problèmes évidents pour l’avenir de l’Ukraine, ils ne représentent en fait qu’une série d’avantages pour le chef de l’Etat.

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Avec les lois du 16 septembre, Petro Porochenko se fait faiseur de paix. Les coûts de la guerre étaient considérables. Déjà plus de 3000 morts, civils et militaires. Des centaines de milliers de personnes déplacées. Près de 80 millions de hryvnias par jour de dépenses pour les opérations militaires, selon le premier ministre Arseniy Iatseniouk. Un agenda politique paralysé. Une colère citoyenne qui gronde, en particulier dans le centre et l’ouest du pays. Il fallait en terminer avec la guerre, au moins provisoirement. Il est encore trop tôt pour parler d’une paix durable. Le cessez-le-feu en vigueur depuis le 5 septembre reste plus fragile que jamais. Mais avec ces lois, Petro Porochenko s’impose comme celui qui refuse le bain de sang. Parle-t-on de défaite, d’humiliation, de trahison, de capitulation ? La réponse est toute trouvée: il n’avait pas le choix. Ce qui est d’ailleurs le propre d’une capitulation. Il fallait le faire, il l’a fait. Selon un sondage du « Socis Center for Social and Marketing Research », 62,9% des Ukrainiens lui font confiance, pleinement ou partiellement.

Faiseur de paix, et généreux de surcroît. Il donne tout aux zones rebelles : la langue russe; le gouvernement de leur choix; des relations rapprochées avec la Russie selon leur bon vouloir; leurs juges; leurs procureurs; leur police. Petro Porochenko est même prêt à débloquer des financements publics, afin de reconstruire la région dévastée. Si le plan de paix ne conduit, à terme, ni à une paix durable, ni à une Ukraine unie, cela ne pourra pas être reproché au président : il aura donné tout ce qu’il était possible de donner. Et si les insurgés ne prennent pas l’argent ukrainien sous prétexte que cela serait assorti de la conclusion d’un programme de partenariat et d’assistance avec des ministères à Kyiv, cela sera bien la faute des seules autorités séparatistes.

Qu’importe les conditions de cette paix, Petro Porochenko se porte garant de la suspension des combats. Si les rebelles, la Russie, ou les deux, décident de rompre le cessez-le-feu, la supériorité morale du président sera intacte. De même si les bataillons volontaires pro-ukrainiens tels que « Aidar » ou « Azov », ouvertement critiques du gouvernement à Kyiv, en viennent à reprendre les armes. Ils seront probablement seuls dans la lutte. Il sera facile de justifier leur abandon, comme cela avait été le cas pour le bataillon « Donbass », quasiment décimé pendant la bataille d’Ilovaisk.

Avec ce statut spécial, qui abandonne de facto toute prétention de Kyiv sur Donetsk, c’est le Donbass ukrainien, région à problème, qui est écarté de la vie politique ukrainienne. Le bassin minier était en déclin perpétuel et pompait de plus en plus de subventions d’Etat pour produire du charbon de qualité décroissante. La région, ouvertement russophile, s’est revendiquée ukrainienne depuis 1991. Mais elle portait de plus en plus une vision de l’idée nationale diamétralement opposée à celles d’autres régions du pays, telles que la Galicie ou Kyiv. Sans le Donbass, désormais livré à lui-même, c’est certes une partie de l’Ukraine moderne qui disparaît. Mais une partie qui en demandait trop. Il en va d’ailleurs de même pour la péninsule de Crimée.

Un Donbass dévasté, ruiné et rejeté dans les limbes de ce qui devrait s’affirmer comme un nouveau « conflit gelé », cela marque aussi la fin du « clan de Donetsk », qui avait conquis la scène politique ukrainienne à partir de la fin des années 1990. Victor Ianoukovitch, Mykola Azarov et nombre de leurs associés sont en disgrâce. L’essentiel des avoirs de Rinat Akhmetov, en exil à Kyiv, n’étaient plus localisés dans le Donbass depuis longtemps. Il garde donc la tête hors de l’eau mais perd sa mainmise sur les ressources minières et les centrales énergétiques de l’est ukrainien. L’actuel gouverneur de Donetsk, l’oligarque Serhiy Tarouta, se trouve lui très mal en point en raison de la nouvelle frontière qui défigure la région. Après avoir géré sa région avec dédain et mollesse depuis le printemps, c’est probablement la perspective de se voir ruiné qui a motivé ses commentaires outragés, le 16 septembre au soir. Selon lui, la population du Donbass se sent « violée » par l’adoption de ce statut spécial. « Oui à des concessions », a-t-il déclaré, « mais pas à n’importe quel prix ». Une protestation qui vient trop tard de la part d’un gouverneur-pantin, incompétent depuis sa prise de fonction.

Il semble certain que l’Ukraine devra faire face à de nombreux problèmes venus du Donbass dans les années à venir. Mais du point de vue politique, Kyiv semble s’être débarrassé des « gens de Donetsk » une bonne fois pour toute. D’ailleurs, le Parti des Régions ne participera pas aux élections législatives du 26 octobre prochain. Et « Ukraine Forte », le parti de Serhiy Tihipko, ne dépassera vraisemblablement la barre des 5% requis pour entrer à la Verkhovna Rada.

Avec un nouveau conflit gelé, sans conclusion formelle d’un armistice ou d’un accord de paix, Petro Porochenko a à sa disposition un moyen de pression redoutable en cas de coup dur: il peut toujours faire jouer la menace d’une déstabilisation du reste du pays, voire d’une invasion russe, pour justifier d’autres projets politiques et économiques. Il répète d’ailleurs à qui veut l’entendre qu’il compte faire de l’industrie militaire un des moteurs de la reprise économique. Les liens entre l’équipe au pouvoir et les grands industriels de l’armement seront ainsi à observer de près pendant les prochaines années.

De même, il est difficile de croire que le report de l’établissement de la zone de libre-échange avec l’Union européenne à la fin 2015, au plus tôt, soit dicté par les seules pressions russes. L’Ukraine est déjà en état de guerre économique, commerciale, énergétique, politique et militaire avec le « grand frère ». Le PIB devrait chuter d’au moins 10% en 2014. Aussi l’Ukraine n’avait, pour ainsi dire, rien à perdre, mais plutôt tout à gagner à libéraliser les échanges avec l’UE le plus vite possible. La décision présidentielle revient probablement à rassurer les oligarques ralliés à la cause, tels que Victor Pinchouk ou Ihor Kolomoisky; et à s’assurer de la fidélité d’autres, tels que Rinat Akhmetov. Petro Porochenko assure que les réformes préconisées par les 1200 pages de l’Accord d’Association commenceront à voir le jour « à la minute-même de la ratification de l’Accord », c’est-à-dire le 16 septembre. Quels seront les domaines les plus touchés? Quelles réformes traîneront en longueur? Là encore, les liens entre l’équipe au pouvoir et les cercles d’affaires ukrainiens sont à observer de près.

S’il y a bien un vainqueur de cette guerre du Donbass, hormis, à une autre échelle, Vladimir Poutine, c’est bien Petro Porochenko. Reste à voir s’il peut effectivement transformer l’essai et en faire le le marqueur de son mandat. Les résultats des élections législatives à venir constitueront un test crucial: si son parti, le « Bloc de Petro Porochenko », s’impose comme une majorité confortable, l’autorité présidentielle s’en verra confortée. Mais les scores combinés d’autres formations, critiques des lois du 16 septembre, (« Front Populaire » d’Arseniy Iatseniouk, « Parti Radical » d’Oleh Lyachko, « Patrie » de Ioulia Timochenko ou encore « Position Civile » d’Anatoliy Hritsenko et Vasyl Hatsko) pourraient rendre la Verkhovna Rada ingouvernable et remettre en cause « le statut spécial » des territoires rebelles.

Le respect effectif du cessez-le-feu, ou encore la stabilité continue d’autres régions visées par le concept russe de « NovoRossiya » sont autant de conditions supplémentaires à un succès de long-terme. D’un point de vue politique et militaire, mais aussi du point de vue de la société civile ukrainienne. Moins d’un an après l’amorce de la révolution de l’EuroMaïdan, celle-ci a pris goût à la contestation. L’abandon sans coup férir de la Crimée avait été accepté comme un gage de paix et de stabilité pour le reste du pays. Jusqu’aux premières explosions de violence dans l’est, quelques semaines plus tard. Si les Ukrainiens acceptent la « capitulation » du 16 septembre pour constater que Kharkiv ou Odessa se retrouvent, à leur tour, déstabilisés quelques semaines après, il est fort peu probable que Petro Porochenko puisse continuer à parler d’un quelconque plan de paix.