LLB: Le nouveau Parlement ukrainien peut-il réussir?

Article publié dans La Libre Belgique, le 28/11/2014

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Il aura fallu s’y reprendre à deux fois pour que les députés du nouveau Parlement ukrainien parviennent à valider leur carte de législateur et enregistrer leur présence ce jeudi. « Pour beaucoup d’entre nous, c’est la première fois, alors on va le refaire », a commenté avec patience Volodymyr Groysman, qui présidait la Verkhovna Rada (le Parlement d’Ukraine) à titre intérimaire.

Au deuxième essai, 399 des députés présents, sur les 423 élus aux élections législatives du 26 octobre dernier, sont parvenus à s’enregistrer. « C’est déjà mieux. Nous allons commencer nos travaux, je suis sûr que nous apprendrons mieux avec le temps… » La 8e convocation de la Verkhovna Rada a alors pu débuter.

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Le Monde Diplomatique: Veillée d’armes au Donbass

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié dans Le Monde Diplomatique, édition de décembre 2014

De chaque côté de la ligne de front, l’arrivée de nouvelles armes laisse redouter une reprise des combats dans le Donbass. La victoire des partis ukrainistes à l’ouest et l’incapacité de la « communauté internationale » à rechercher un compromis poussent chaque camp à miser sur la force. Séparées de Kiev depuis six mois, les régions contrôlées par les rebelles s’organisent en ordre dispersé.

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Dimitri revient parfois prendre des nouvelles de ses anciens voisins, qui habitent encore le quartier en ruine de Putilovka, à deux kilomètres de l’aéroport de Donetsk, dans la région orientale de l’Ukraine. Des explosions ont emporté le toit des bâtisses, les incendies ont noirci les murs de briques. Quelques combattants s’accroupissent devant un foyer où chauffe une cafetière. « Nous ne recevons aucune aide », se désole le vieil homme, en contemplant un tas de gravats et des poutrelles de métal tordues. Dimitri dort chez des parents. D’autres ont préféré fuir à Kiev ou en Russie. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de huit cent trente mille personnes ont quitté leur foyer depuis le début d’une guerre qui a déjà officiellement fait plus de quatre mille morts. Ceux qui sont restés tentent de survivre comme ils le peuvent. Le travail se fait rare. Beaucoup d’entreprises, de magasins, ainsi que la grande majorité des banques ont fermé leurs portes sur le territoire des « Républiques populaires » autoproclamées de Donetsk (DNR) et de Lougansk (LNR). Tous les jours, les files s’allongent devant les bureaux de poste où les gens se font envoyer de l’argent. « Je vis sur mes économies, mais elles vont bientôt s’épuiser »,explique Alexeï, un mineur à la retraite.

Mardi 4 novembre, le premier ministre ukrainien, M. Arseni Iatseniouk, annonçait l’arrêt des financements publics en direction des régions contrôlées par les rebelles : « Si nous versons aujourd’hui ces sommes, l’argent n’ira pas au peuple mais sera volé par les gangsters russes et servira surtout à soutenir le terrorisme russe », justifiait-il. Le 15 novembre, le président Petro Porochenko confirmait le retrait de tous les services publics et entreprises d’Etat. Ces mesures risquent d’éloigner encore un peu plus les zones en sécession. Toutefois, si le gouvernement ne paie plus les salaires des fonctionnaires et gèle les 34 milliards de hryvnias (1,7 milliard d’euros) initialement destinés à ces régions en 2014, il a (…)

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RFI: Les séparatistes ont leurs élus

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 04/11/2014

« Une farce », a dénoncé Kiev après les élections séparatistes de l’Est de l’Ukraine qui ont conforté les dirigeants pro-russes des républiques autonomes de Lougansk et Donetsk. Le scrutin reconnu par Moscou, et par Moscou seulement, n’était contrôlé par aucun observateur international. Kiev accuse d’ailleurs Moscou d’avoir créé une fausse OSCE, une obscure Association de Sécurité et de Coopération en Europe, composée d’hommes politiques de droite, acquis à sa cause.

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Des centaines de personnes , en file d’attente ,par des températures inférieures à zéro, devant les bureaux de vote :  Les images impressionnantes de ce dimanche d’élection à Lougansk et Donetsk ont déjà fait le tour du monde. Elles témoignent en partie des conditions précaires dans lesquelles les élections ont été organisés. Peu de bureaux de vote étaient ouverts. Les commissions électorales n’avaient pas accès à des listes électorales fiables, et inscrivaient juste les noms des votants sur des feuilles de papier.

Svetlana Vaeskaya est directrice de la commission électorale du bureau n°30 à Lougansk. Elle confesse avoir été un peu dépassée par les évènements

Svetlana: Nous avons vraiment pitié de ces gens qui attendent, et nous ne voulons pas perdre de temps à compter ou à faire des statistiques. Nous voulons qu’ils votent le plus rapidement possible. Il y a des gens qui sont malades, qui sont âgés, et ainsi de suite. Disons que depuis ce matin, il y a 500 personnes qui votent par heure, et c’est tout ce que je peux dire.

Au contraire de Donetsk, l’autre capitale de république populaire autoproclamée, les électeurs ne disposaient pas de boissons chaudes, de buffets ou de sacs de patates en vente pour moins de 10 centimes d’euros. Mais s’il n’y avait pas de nourriture gratuite, les électeurs recevaient néanmoins une récompense après avoir accompli leur devoir citoyen : une carte sociale, donnant droit à d’importantes réductions sur des dépenses médicales et autres. Selon Sergueï Kozyalov, le chef de la commission centrale électorale, chaque citoyen a eu droit à cette carte. Mais loin des micros, beaucoup d’électeurs affirmaient faire la queue, dans le froid, aussi pour la recevoir.

Face à tant de personnes, les bureaux de vote sont restés ouverts jusque tard dans la nuit, pour certains, bien au-delà des 22h autorisés par la commission électorale. Aussi Sergueï Kozyalov, en présentant les résultats officiels le lundi matin, a tenu à présenté des excuses et un remerciement bien particulier.

Sergueï: Je veux aussi remercier nos électriciens, ces travailleurs infatigables qui ont assuré dans des circonstances très difficiles que tous les bureaux de vote peuvent avoir de la lumière pendant la nuit.

A ses côtés, deux observateurs internationaux, qui ne sont pas reconnus en tant que tels par les principales organisations internationales d’observations électorales. Un Grec, député européen, membre du parti communiste grec, et Manuel Ochsenreiter, rédacteur en chef allemand d’un journal aux tons extrémistes. Pour ce dernier, observateur le temps d’un dimanche, la légitimité du scrutin ne fait aucun doute.

Manuel: Hier dimanche déjà, les médias occidentaux mainstream écrivaient qu’il s’agissait ici d’une élection fantoche, organisée dans un Etat fantoche, observée par des observateurs fantoches. D’une part, nous sommes ici rassemblés sur le territoire de la république de Lougansk, nous voyons que tout cela est bien réel, les autorités, les personnes. Tout ceci existe. Et deuxièmement, je peux confirmer que toute la procédure des élections d’hier est en ligne avec les normes acceptées internationalement.

Pourtant, il semble bien difficile de faire ce genre de constat avec certitude. Moins de bureaux de vote que d’habitude, gardés par des hommes en kalachnikovs, des listes électorales improvisées sur lesquelles n’importe qui aurait pu s’inscrire plusieurs fois, des distributions de cartes sociales après le vote, tout cela jette le trouble sur les conditions de transparence de l’élection.

Mais s’il est difficile de faire la distinction entre enthousiasme citoyen et manipulation politicienne, l’enjeu du scrutin n’était ni là, ni dans les résultats. Il s’agissait avant tout de tenir l’élection, comme l’explique l’expert Youli Fyodorovski.

Youli: Ces élections sont une étape de plus dans la séparation de la région et dans l’affaiblissement des groupes qui pensent encore revenir à une Ukraine unie. Même si l’on considère que la guerre va se terminer à un moment donné, c’est une idée éphémère, qui devient chaque jour plus déconnectée de la réalité. Il n’y a plus aucune condition qui soit réunie pour reconstituer une Ukraine unie, malgré les discours contraires des dirigeants de Kiev. Le Donbass a rompu les liens, la région ne reviendra pas à l’Ukraine

Pour la population le référendum d’indépendance du 11 mai dernier était déjà entré dans la légende comme un événement fondateur de la république. Et malgré les critiques, L’élection du 2 novembre suivra probablement le même chemin, comme l’explique Natasha, tout de rose vêtue,  électrice à Lougansk. 

Natasha: Vous comprenez, nous vivons ici, nous n’avons nulle part ailleurs où aller. Nous sommes des patriotes de notre nouvelle, jeune république. On ne peut pas manquer ce moment historique. On ne se pose aucune question, il faut venir voter. Nous aimons notre ville, notre république. Nous avons la chance d’avoir des personnes jeunes, talentueuses qui ont le pouvoir, il faut les soutenir.

Que ce soit sincère ou non, que ce soit démocratique ou non, la république populaire de Lougansk est déjà une réalité dans la vie des habitants. Et elle donne chaque jour l’impression de s’installer un peu plus dans la durée.

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