A Dnipro, la Menorah du renouveau juif

Article publié sur le site de Religioscope, le 31/10/2016. Illustré par de superbes photos de Rafael Yagobzadeh.

C’est à Dnipro, en Ukraine, que l’on découvre l’imposant immeuble Menorah, qui serait le plus grand complexe multifonctions juif du monde. Sébastien Gobert nous emmène visiter ce bâtiment qui symbolise en même temps l’évolution de la situation du judaïsme dans ce pays.
Ukraine : Memorah Dnipro
La facade du « Center Memorah », dans le centre ville de Dnipro, en Ukraine, le 7 septembre 2016. Le centre Memorah a ouvert en 2002, il comprend une luxueuse salle de rŽception, une synagogue dotŽe dÕun intŽrieur en marbre noir, un grand musŽe de lÕHolocauste, des restaurants casher et des boutiques. 

Tout ici est pensé pour respecter la doctrine juive.” Ilya Savenko mène avec entrain le visiteur à travers les couloirs. “La nourriture servie dans les restaurants et cafés est kasher, nos portes et ascenseurs disposent d’un mode ‘Shabbat’. Ils fonctionnent en automatique, et s’arrêtent à chaque étage. Pas besoin d’appuyer sur un quelconque bouton.” Rien n’a été laissé au hasard dans la Menorah, le plus grand complexe ‘multifonctions’ juif du monde, qui domine, depuis 2012, la grande ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine.

Ici, on trouve de tout”, poursuit Ilya Savenko. Le centre accueille des bureaux, des salles de conférence, deux hôtels, des restaurants et cafés, des bureaux de banque et d’agences de voyage, un musée de la mémoire juive et de l’Holocauste, présenté comme le 3ème plus grand au monde, etc. Une petite cité autonome, répartie dans 7 tours de tailles différentes, dans le centre-ville. Un ensemble qui évoque les 7 branches de la menorah, le chandelier traditionnel juif. Avec, en son centre, la synagogue de la Rose d’Or, héritière esseulée d’un large réseau de synagogues détruites dans les affres du 20ème siècle.

Le bâtiment a changé la psychologie des gens”, commente le Rabbin Shmuel Kaminezki, directeur de la Menorah et l’un des dirigeants de la communauté juive les plus influents en Ukraine. “Pendant longtemps, beaucoup de Juifs vivaient cachés, dans le placard, comme on dit. Ils payaient même pour changer leurs noms, de Rubinstein à Shevchenko, par exemple. Aujourd’hui, ils s’affirment en tant que Juifs, ils portent la kippa dans la rue. Je pense que la Menorah a aidé à ce changement.”

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Mediapart: Le renouveau des Juifs d’Ukraine

Reportage publié sur le site de Mediapart, le 16/10/2016. Illustré par des photos de Rafael Yagobzadeh.

La guerre a donné l’occasion à certains Juifs d’Ukraine de s’affirmer, tandis que la diaspora contribue à raviver la communauté. Mais dans le pays qui a connu la « Shoah par balles », la société ukrainienne a encore du mal à leur faire de la place.

 

Ukraine : Memorah Dnipro
La facade du « Center Memorah », dans le centre ville de Dnipro, en Ukraine, le 7 septembre 2016. Le centre Memorah a ouvert en 2002, il comprend une luxueuse salle de rŽception, une synagogue dotŽe dÕun intŽrieur en marbre noir, un grand musŽe de lÕHolocauste, des restaurants casher et des boutiques.

Du 18e étage de la Menorah, la vue est imprenable sur Dnipro (anciennement Dnipropetrovsk), l’une des principales villes de l’est de l’Ukraine. Une position d’où Shmuel Kaminezki veille au renouveau de la communauté juive ukrainienne. « Le bâtiment a changé la psychologie des gens. Pendant longtemps, beaucoup de Juifs vivaient cachés, dans le placard, comme on dit. Aujourd’hui, ils s’affirment en tant que Juifs, ils portent la kippa dans la rue. Je pense que la Menorah a aidé à ce changement. » Les yeux vifs du rabbin se portent de temps en temps sur son interlocuteur. Mais ce qu’il préfère, c’est fixer l’horizon, à travers la fenêtre de son bureau.

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RFI: En Ukraine, la Menorah du renouveau juif

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 29/09/2016

Ce 29 septembre, l’Ukraine commémore les 75 ans du massacre de Babi Yar, une des pires tragédies de ce que l’on appelle la “Shoah par balles”, l’extermination des Juifs par les Nazis, par des moyens sommaires. Aujourd’hui, la communauté juive d’Ukraine est en plein renouveau, c’est l’une des plus dynamiques de l’espace post-soviétique. Dans la ville de Dnipro, dans le centre-est du pays, un bâtiment symbolise ce réveil: la Menorah. C’est le centre culturel juif le plus grand du monde. 

Ukraine : Memorah Dnipro
La facade du « Center Memorah », dans le centre ville de Dnipro, en Ukraine, le 7 septembre 2016. Le centre Memorah a ouvert en 2002, il comprend une luxueuse salle de rŽception, une synagogue dotŽe d’un intŽrieur en marbre noir, un grand musŽe de l’Holocauste, des restaurants casher et des boutiques. Photo: Rafael Yaghobzadeh

Ce sont 7 tours qui se dressent dans le ciel. 7 tours, qui représentent les 7 branches de la Menorah, le chandelier traditionnel juif. Avec, en son centre, la synagogue de la Rose d’Or. Le symbole est fort, en plein milieu du centre-ville de la grande ville de Dnipro: la communauté juive est en plein développement.

A l’intérieur, c’est une vraie petite ville autonome. Iliya Savenko est en charge de l’accueil des visiteurs.

Iliya Savenko: Ici, il y a de tout. On peut visiter le musée, voir les galeries d’art, manger au restaurant, assister à une conférence. La Menorah est ouverte à tous, à toutes les nationalités, à toutes les religions. 

D’ailleurs aujourd’hui, les couloirs sont encombrés par des centaines de participants à conférence sur les nouvelles technologies de la médecine.

Le centre, ouvert en 2012 a bénéficié du financement d’importants oligarques juifs de Dnipro. A ce titre, la Menorah est une vitrine pour de puissants intérêts économiques. Mais le bâtiment est bien plus que cela, c’est un lieu d’affirmation de la communauté juive, où tout a été pensé dans le détail.

Iliya Savenko: Nous avons prévu un mode Shabbat pour les ascenseurs. Du vendredi soir au samedi, ils sont en mode automatique, et s’arrêtent à chaque étage. Ainsi il n’y a pas besoin d’appuyer sur les boutons. Pareil, la nourriture de tous nos restaurants est certifiée kasher.

 

Au 18ème étage, dans le calme de son bureau, le directeur de la Menorah, le rabbin Shmuel Kaminezki se pose comme le chef d’une communauté qui se redécouvre.

 

Rabbin: Le bâtiment a changé la psychologie des gens. Beaucoup de Juifs vivaient cachés, dans le placard, comme on dit. Ils souffraient d’un complexe de ne pas s’affirmer en tant que Juif. Dans des temps difficiles, les gens payaient pour changer leurs noms et cacher leur identité juive. Par exemple, de Rubinstein à Shevchenko. C’est en train de changer. Les gens s’assument, s’affirment Juifs. Ils portent la kippa dans la rue… Je pense que ce bâtiment aide à ce changement. Vous savez, la nuit, on voit les lumières de la Menorah depuis toutes les fenêtres de la ville…

Au sein du centre, on trouve le musée de la mémoire juive et de l’holocauste, le 3ème plus grand du monde. Différentes expositions présentent les traditions de la communauté juive dans le contexte local, comme partie prenante de l’histoire de l’Ukraine. Dans ses moments heureux, comme tragiques.

Rabbin: Les Juifs et les Ukrainiens ont une relation ambigüe. D’un côté, beaucoup de choses ont été développées ici: le hassidisme, le sionisme, la culture yiddish… D’un autre côté, il y a les pogroms, l’holocauste… Il faut dire qu’aujourd’hui, le nationalisme ukrainien qui nous faisait peur avant a changé. Les Juifs sont devenus des grands patriotes de l’Ukraine. J’en ai été le premier surpris… C’est donc le moment de discuter de toutes ces questions, et de nous bâtir un bel avenir. Parce que les Juifs n’iront nulle part. Ils veulent vivre ici! 

Et par “vivre ici”, le rabbin Shmuel Kaminezki entend vivre mieux.

Rabbin: Le principal problème de la communauté juive ici, c’est que la majorité des gens sont pauvres. Donc nous devons nous en occuper. Nous faisons ici ce que le gouvernement fait en France, en termes d’aide médicale par exemple. 

A partir de la Menorah, c’est un réseau de solidarité et d’assistance qui se tisse, dans la ville de Dnipro et en Ukraine.

 

La maison de retraite “Beit Barukh”, financée par la communauté, en est un bon exemple . Dans des conditions exceptionnelles pour l’Ukraine, elle abrite des survivants de l’Holocauste, et des réfugiés de la guerre du Donbass.

Yelena Iltchenko ne le cache pas: elle n’imaginait pas vivre aussi longtemps, aussi bien.

Yelena Alexandrivna: J’ai 85 ans, bientôt 86. Grâce aux personnes qui travaillent ici, je suis vivante,  comme beaucoup d’entre nous!

Comme la Menorah, cette maison de retraite est un lieu d’épanouissement et d’affirmation de la communauté juive.

Yelena Alexandrivna: Je suis enchantée car ici, on peut apprendre les traditions, l’histoire, la culture juives; les prières, les enseignements de la Torah. 

Yelena Iltchenko est une ancienne professeure d’anglais, toujours attirée par d’autres langues et pays. Et ici, à Beit Barukh, elle apprend à redécouvrir sa propre culture.

Yelena Alexandrivna: J’étais athéiste, comme tout le monde, sous le régime communiste. Après, j’ai commencé à me souvenir de mes parents, qui parlaient yiddish. Je me rappelle qu’ils m’avaient appris des chansons juives. Celle-ci est pleine d’humour, écoutez: 

CHANSON

 

Vous comprenez?

 

Avec humour et légèreté, les Juifs de Dnipro, et d’Ukraine en général, se redécouvrent une identité oubliée. Les lumières de la Menorah brillent avant tout pour dissiper les noirceurs de l’Histoire.

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RFI: A Kiev, commémorations inédites de Babi Yar

Reportage diffusé sur RFI, le 29/09/2016

Commémorations d’une ampleur inédite à Kiev des 75 ans du massacre de Babi Yar. Le 29 et 30 septembre 1941, environ 34000 juifs étaient exterminés par les Nazis, avec le soutien de milices locales. Les corps des victimes ont été jetés et enterrées dans le ravin de Babi Yar. C’est devenu l’un des enjeux d’une histoire nationale conflictuelle. Les commémorations de cette année pourraient marquer un tournant. 

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Concert dédié à la mémoire de Babi Yar à l’opéra de Kiev, le 29.09.0216

Une importante délégation israélienne, l’exécutif ukrainien au rendez-vous, plusieurs jours de conférences et tables rondes, des concerts et des films… Les commémorations de cette année tranchent avec la sobre cérémonie de quelques heures qui se tient habituellement à Babi Yar.

Peter Zalmayev: Le gouvernement ukrainien, et les Ukrainiens en général, ont pris conscience qu’il est important de tirer des leçons de l’Histoire. 

Peter Zalmayev est le représentant de l’association “Rencontres Ukraino-Juives”, un des principaux organisateurs des commémorations. La mémoire de Babi Yar, et en général de l’Holocauste, a été occultée par l’historiographie soviétique, et peu développée sous l’Ukraine indépendante.

Peter Zalmayev: Les autorités ukrainiennes sont très actives pour corriger le crime d’oubli qu’avaient perpétré les Soviétiques. Ils avaient refusé de reconnaître les victimes de Babi Yar comme des gens qui avaient été tué à cause de leur identité, parce qu’ils étaient Juifs. 

Les Ukrainiens peinent encore malgré tout à admettre la part de responsabilité locale dans l’organisation du massacre, malgré les insistances du Président israélien Reuven Rivlin lors d’un discours au Parlement ukrainien, le 28 septembre. Les contentieux historiques n’empêchent pas la coexistence pacifique des communautés. Mais les historiens et religieux réclamaient depuis des années une politique nationale de mémoire, cohérente et équilibrée. Cette politique serait enfin en train d’être développée, 75 ans après Babi Yar.

« Yiddishe Mama »

In order to reflect on Ukrainian Jews and Jews of Ukraine, 75 years after Babi Yar, I wanted to show the revival of Jewish life in the country. I traveled to Dnipro(petrovsk) and met with a vibrant local community. I met with the young and the old – and with the oldest.

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Ida Samolovna Tzypkina is 94 years-old. She talks – she has many things to say – and to sing. It takes only a minute to listen to her humbling voice, singing “Yiddishe Mama”.