Ithaque: Les Exilés de l’Atome

Reportage co-réalisé avec Laurent Geslin et Niels Ackermann, publié sur Ithaque, le 26/04/2016

A Vilcha, petite localité proche de Kharkiv, la population majoritairement formée par des déportés de la zone de Tchernobyl, s’apprête à commémorier les 30 ans de la catastrophe dans une atmosphère pour le moin morose. Les reporters Sebastien Gobert Laurent Geslin et Niels Ackerman sont allés à la rencontre de ces exilés de l’atome et publient sur ITHAQUE une longue version de leur récit.

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L’accueil chaleureux de Tetyana Sementchouk. Niels Ackermann/Lundi 13

Malmenée par les secousses, la voiture traverse la forêt sur une route faite de plaques de béton mal alignées. A chaque soubresaut, Niels pousse un râle énervé: sa voiture, fraîchement sortie d’un concessionnaire de Suisse romande, en prend en coup. A l’entrée du village, au-delà des champs de terre noire, des maisons de briques retranchées dans des petites parcelles de jardins individuels forment une ligne qui semble sans fin. Malgré cette ambiance typique de la campagne ukrainienne, on devine vite que Vilcha n’est pas un village comme les autres. Ici, on ne trouvera aucune de ces maisons de bois, si caractéristiques de la plaine céréalière ukrainienne. Ce qui attire l’oeil, ce sont ces pavillons, tous identiques, qui semblent avoir poussé comme des champignons. Plan de construction à l’octogone, lignes droites et une passante sympathique qui confirme le chemin: la route cabossée que nous empruntons mène bien au bâtiment décrépi de l’administration locale où nous avons rendez-vous. Devant la porte principale, un monument en forme de cloche a été érigé. Sur la pierre, une date symbolique: celle du 26 avril 1986, le jour fatidique de l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl.

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Plus de 700 kilomètres séparent Vilcha 1 et Vilcha 2. Source: Ithaque

Au moins, nous ne nous sommes pas trompés de village. Nous sortons de la voiture. Niels a son appareil photo en bandoulière, Laurent, son enregistreur, et moi, mon carnet de notes. “Vilcha, c’est un endroit particulier, construit par, pour et avec des évacués d’un village anciennement appelé Vilcha, dans la zone interdite de Tchernobyl”, que l’on m’avait dit à Kharkiv, la grande ville du nord-est du pays, à 60 kilomètres d’ici. L’occasion idéale de réaliser un reportage sur Tchernobyl à plus de 700 kilomètres de la zone, loin de la foule de journalistes internationaux dépêchés à la centrale pour y “couvrir” les 30 ans de la catastrophe nucléaire. A l’accueil chaleureux des habitants, nous savons déjà que nous ne regretterons pas le déplacement.

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Bienvenus dans un “Village Unique”

«Vilcha, c’est un village unique”, confirme d’emblée Tetyana Sementchouk. “Il a été construit pour les victimes de Tchernobyl. Tout le monde vient de la zone. Ici ne vivent que des invalides, des gens qui ont été évacués, des liquidateurs, ceux qui ont été dépêchés à la centrale pour contenir la contamination…» Tetyana Sementchouk, le visage encadré par sa coiffure blonde, est la responsable de l’Association “La Mémoire de Tchernobyl”, très impliquée dans la vie du village. Il y a exactement 30 ans, elle avait 22 ans, et était enceinte de sa première fille. Elle était une insouciante habitante de Prypiat, une des “villes de l’atome” soviétiques, construite en 1970 pour héberger le personnel de la centrale voisine. «Le 26 avril, c’était un beau jour de printemps, comme ceux qui avaient précédé. Nous avions de la famille de Biélorussie qui était venue nous rendre visite. Personne ne se doutait de rien». Aucune alerte n’avait été lancée par les autorités. Seuls les résidents d’immeubles en hauteur avaient pu remarquer que de la fumée montait de la centrale.

«Le premier signe que quelque chose d’anormal se passait, c’était l’asphalte, qui était comme humide, recouvert d’une couche d’une substance non-identi- fiable…» Le malaise s’installe quand Tetyana Sementchouk se rend à la gare ferroviaire, pour y prendre son bus. «Les gens attendaient, pour rien: il n’y avait pas de bus, il n’était possible de se rendre nulle part». Elle apprendra par la suite que tous les véhicules disponibles ont été réquisitionnés pour aider à la lutte contre le feu qui s’est déclaré à la centrale. L’énervement d’être en retard au travail se transforme alors en anxiété puis en panique. Les gens commencent à errer en ville, désemparés, à la recherche de réponses. La suite appartient à l’histoire: des douzaines de personnes tombent malades dans les heures qui suivent, et les autorités procèdent à l’évacuation de l’ensemble des habitants le 27 avril. En quelques heures, ce sont 53’000 personnes qui sont transportées vers des villages à l’écart de la zone.

«Ils nous avaient dit que cela ne durerait pas plus de trois jours. Les gens n’avaient pris que le strict minimum. Nous avons tout laissé derrière…», se rappelle Tetyana Sementchouk, la voix chargée d’émotion. Après avoir réalisé qu’elle ne rentrerait jamais chez elle, la jeune femme passe quelques temps en Biélorussie, avant d’être relogée à Vilcha, petit village dans l’oblast (région) de Kiev. Le “Vieux Vilcha”, appelle-t-on cette bourgade maintenant… A quelques 40 kilomètres de la centrale, la localité n’a pas été placé dans la “Zone d’Exclusion” avant 1993. Les autorités soviétiques avaient néanmoins compris très tôt que le village n’était plus habitable: les plans de construction d’un “Nouveau Vilcha”, dans l’oblast de Kharkiv, à plus de 700 kilomètres de là, sont établis dès 1988.

Lire le reste du reportage ici (accès libre)

RFI: Pas très gay, l’Ukraine.

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 20/04/2016

L’homophobie en Ukraine, ce n’est pas une nouveauté. La société post-soviétique est patriarcale et très conservative. Mais après la Révolution de la Dignité, et dans le processus d’intégration européenne dont l’Ukraine se réclame, la protection des minorités devrait être garantie. Ce n’est pas encore le cas, comme le montre une nouvelle flambée de violences à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. 

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Le 19 mars, un esclandre agite la paisible ville de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Une trentaine de militants LGBT sont assaillis en plein centre-ville par quelques 300 casseurs et militants d’extrême-droite, sous les yeux d’une police impuissante.

Oleksandr Zaventaniy, 21 ans, ouvertement gay, faisait partie des agressés.

Oleksandr Zaventaniy: Nous voulions organiser une chasse au trésor, dans le cadre de notre festival de l’Egalité… s’amuser à trouver des indices dans plusieurs lieux symboliques de la ville. C’était très innocent, nous n’avions pas prévu de défiler avec des drapeaux. Les groupes d’extrême-droite l’ont associé à une Gay Pride et ont décrété que cela n’avait pas sa place dans la ville. Le problème principal, c’est que les autorités municipales ont fermé les yeux sur ces menaces. La police aussi, en refusant d’accorder une protection pour le festival. Et pendant que les participants du festival se faisaient taper, les policiers étaient tranquillement assis à boire leur café. Ils ne sont intervenus qu’au bout d’une heure…

L’homophobie en Ukraine, ce n’est pas une nouveauté. Mais deux ans après la Révolution de la Dignité, la législation qui protège les minorités, y compris les minorités sexuelles, existe. On pouvait donc s’attendre à ce que l’Etat, et dans ce cas, la municipalité de Lviv, prennent leurs responsabilités.

Au contraire, le maire de Lviv, Andriy Sadoviy, qui se présente pourtant comme un réformateur tolérant, s’est tout de suite dédouané sur les réseaux sociaux en dénonçant une provocation, peut-être russe, visant à discréditer l’Ukraine sur la scène internationale. Son assistant, Illya Koenigstein

Illya Koenigstein: Pourquoi nous croyons que c’est une provocation? Parce que cela a dû être organisé, on ne peut pas imaginer qu’une telle chaîne d’événements arrive par hasard. D’abord, les organisateurs qui forcent leur chemin et qui décident d’organiser leur festival contre toute recommandation, pendant la période du Carême. Ensuite, ces jeunes casseurs d’extrême-droite qui débarquent de nulle part. Et la police qui reste assise, sans rien faire, ça a été un choc pour moi.

Autrement dit, ce serait la faute de tout le monde, sauf du maire. Celui-ci avait pourtant refusé net de fournir un cadre légal au festival.

 

D’où l’inquiétude d’Olha Reiter, une jeune lesbienne de Lviv.

Olha Reiter: Ce qui me préoccupe le plus, c’est que ni la municipalité, ni la police, n’ont protégé le festival. Ils n’ont pas non plus été capables d’organiser une discussion constructive, ou même d’agir selon leurs obligations constitutionnelles de protéger les droits de l’homme. C’est un très mauvais signe. La municipalité est certes à la tête d’une société conservative et catholique, mais elle reste une autorité d’Etat, garante de la loi.

A Lviv, il est de notoriété publique que le maire Andriy Sadoviy subit une forte influence de l’Eglise, que ce soit dans plusieurs affaires immobilières ou sur des questions plus sociétales. Il véhicule à ce titre les visions ouvertement homophobes du clergé et d’une grande partie de la société ukrainienne, très patriarcale. Un dignitaire d’une Eglise ukrainienne a ainsi récemment associé “l’homosexualisme”, comme il l’appelle, au crime de meurtre. A Ivano-Frankivsk, une autre ville de de l’ouest de l’Ukraine, le maire a lui estimé que l’on ne pouvait pas être à la fois gay et patriote.

Mais selon Maria Gourieva, chargée de la communication du bureau ukrainien d’Amnesty International, la situation ne serait pas si désespérée, quand on regarde le passé

Maria Gourieva: La situation des droits de la communauté LGBT en Ukraine s’améliore d’année en année. Le Président Petro Porochenko a récemment déclaré qu’il n’y avait pas de place pour l’homophobie en Ukraine. C’est un signe fort de soutien. 

Le processus d’intégration européenne aiderait au changement d’attitude des dirigeants politiques. Maria Gourieva dénonce néanmoins la persistance de fortes discriminations, la difficulté d’organiser des évènements publics, et le manque de volonté de l’Etat à faire respecter la loi.

Maria Gourieva: Ce qui renforce le climat de violence contre les LGBT en Ukraine, c’est l’impunité dont bénéficient les agresseurs. Il faut que soient menées de sérieuses enquêtes, qui débouchent sur réelles sanctions.

Pour l’heure, aucune procédure judiciaire n’est ouverte contre les casseurs du 19 mars.

 

A Lviv, Olha Reiter veut elle aussi, croire à un apaisement des tensions et à un changement des mentalités. Et contrairement à ceux qui refusent d’évoquer ces sujets dans un pays en guerre et en grave crise économique, elle affirme qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais moment.

Olha Reiter: Il est toujours bon de parler des droits de l’homme. Mais l’important, c’est l’art et la manière. Il ne faut pas brusquer la majorité de la population qui pourrait être tolérante et ouverte à certaines idées, mais les rejette car ces idées sont présentées de manière agressive. 

Même son de cloche du côté du jeune Oleksandr Zaventaniy. Le jeune homme s’est déclaré avec prudence à sa famille, et donne aujourd’hui des entretiens sur le sujet, malgré les risques d’agression.

Oleksandr Zaventaniy: Bien sûr que j’ai peur! Mais il faut surmonter ses angoisses. Je sais que si je ne parle pas en public, rien ne changera.

La première des conditions à un débat public sur le sujet des droits de la communauté LGBT, c’est la protection constitutionnelle qui incombe à l’Etat, afin que les LGBT ne soient pas les oubliés de la Révolution.

Ecouter le reportage ici

RFI: Les LGBT, laissés pour compte des changements en Ukraine?

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 25/03/2016

L’Ukraine se débat toujours dans ses efforts de réformes pour renforcer l’Etat de droit et instaurer un système de justice indépendant qui soit au service des citoyens. Parmi eux, la communauté des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels, LGBT, qui sont discriminés depuis toujours dans le pays et dans la région en général. Malgré quelques avancées législatives, la réalité est toujours problématique. Sébastien Gobert est à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, où on a récemment assisté à une nouvelle explosion de violences. 

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Photo: Olena Shevhenko, organisatrice. 

Que s’est-il passé? 

Pour le dire simplement, c’est un Festival de l’Egalité, patronné par des organisateurs LGBT, qui devait se tenir le 19 mars dans le centre de Lviv. Il s’est transformé en esclandre, sous la pression de plus de 150 jeunes cagoulés. En plein centre-ville, ils ont assiégé l’hôtel où les participants s’étiaent rassemblé, et en ont molesté et blessé plusieurs, entre autres en leur lançant des pierres.

En soi, des violences contre la communauté LGBT, ce n’est pas une nouveauté. Les tentatives d’organiser des Gay Pride à Kiev se soldent chaque année par des échauffourées.

Ce qui est plus inquiétant ici, ce sont les discriminations et violations de l’Etat de droit dont ont été victimes les organisateurs à tous les niveaux. Le maire de la ville, Andriy Sadoviy, a d’abord refusé de soutenir l’évènement. La police a refusé d’y allouer des forces de protection. Les organisateurs avaient réservé de nombreuses chambres dans un hôtel du centre, mais la direction leur a refusé l’entrée à leur arrivée. Quand les jeunes hooligans sont arrivés à l’hôtel et ont donné les premiers signes d’agressivité, la police a mis une heure à se rendre sur place. Elle a procédé à une évacuation désordonnée des participants du festival depuis le centre-ville, après quoi la plupart des hooligans sont rentrés chez eux. Seuls quelques uns des plus excités ont été arrêtés, relâchés après quelques heures.

Et une semaine après, y-a-t-il des avancées pour punir les provocateurs? 

Non seulement il n’y a pas de poursuites en justice, mais en plus, la faute de ces violences est rejetée sur les organisateurs eux-mêmes par les politiques, de nombreux médias, et l’Eglise. On reproche aux initiateurs du festival une mauvaise organisation, et un mauvais timing. Le maire de Lviv s’est même dédouané en dénonçant une provocation organisée par la Russie. Il a été épaulé en cela par l’Eglise, qui condamne régulièrement les minorités sexuelles. Le patriarche orthodoxe Filaret a ainsi récemment déclaré que l’homosexualité est un crime comparable au meurtre.

Mais tout en rejetant la faute sur les organisateurs, la justice ne s’inquiète pas des manquements du maire à ses devoirs constitutionnels de garantir le droit d’assemblée et de manifester. Les insuffisances de la police ne font pas l’objet d’une procédure particulière non plus.

C’est donc cela qui fait scandale. Lviv, cette ville toute proche de la Pologne, se vante d’être la plus tolérante et la plus européenne des villes d’Ukraine. Lorsque la Révolution a éclaté contre le Président autoritaire Viktor Ianoukovitch, le maire était le plus fervent garant de la liberté de manifester. Mais l’ouest de l’Ukraine reste très religieux, conservateur et patriarcal. Alors dès qu’il s’agit des minorités sexuelles, il semble qu’il n’y ait plus de tolérance ou de garanties constitutionnelles qui tiennent.

Cela veut-il dire que les LGBT sont les laissés-pour-compte du mouvement de réformes actuels? 

Oui et non. Ils ont récemment obtenu quelques succès, notamment à travers l’adoption d’une loi anti-discrimination sur le lieu de travail. Mais encore faut-il que cette loi soit effectivement appliquée et qu’un changement s’opère dans les mentalités. Les LGBT sont toujours vus comme des éléments déviants, voire étrangers, à la société ukrainienne. Dernière en date: selon le maire d’Ivano-Frankivsk, une autre ville de l’ouest du pays, on ne peut pas être à la fois Gay et Patriote, ce qui met véritablement les LGBT au ban de la société, dans un pays en guerre.

Même si ces discriminations ne sont pas une nouveauté, ils mettent les efforts de l’Ukraine à mal pour obtenir le soutien des Pays-Bas dans un référendum crucial prévu le 6 avril, mais aussi pour obtenir une libéralisation du régime de visas Schengen pour que les Ukrainiens puissent voyager plus librement en Europe. Et déjà qu’il y avait beaucoup de spéculations politiciennes sur ces questions. Mais les vieux démons de l’Ukraine, l’homophobie latente, l’irresponsabilité politique ou encore la justice sélective, montrent bien qu’il n’y a rien de garanti.

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Religioscope: La Laure de Potchaïv – lieu de pèlerinage ou forteresse?

Reportage publié sur le site de Religioscope, le 18/12/2015

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Merci à Niels Ackermann pour la retouche des photos.

Lieux de mémoire tant religieuse que nationale, les sites sacrés se retrouvent parfois l’enjeu de rivalités entre groupes qui ont une perception différente de l’histoire et de l’identité de leur pays. Tel est le cas de la Laure de Potchaïv, monastère fidèle au Patriarcat de Moscou dans une région dominée par d’autres courants religieux de l’Ukraine contemporaine. Sébastien Gobert nous conduit à la découverte de ce haut lieu orthodoxe. 

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“Vous êtes ici à Potchaïv, que l’on surnomme souvent la ‘Forteresse de l’Orthodoxie dans la Rus’ de l’Ouest”. Le ton de la visite est donné. Du haut de leur colline, comme bercés par la lueur du soleil couchant, les élégants bâtiments de la Laure de la Dormition de la Mère de Dieu de Potchaïv dominent la campagne de l’ouest de l’Ukraine. “C’est paisible, ici. C’est un environnement propice à la méditation et au recueillement, idéal pour les pèlerins”, poursuit Andriy Antonenko.

Le jeune homme, originaire de Kiev, est dans sa troisième année d’étude au séminaire du monastère. Alors qu’il entame avec enthousiasme une série d’explications sur l’histoire de la Laure, il semble regretter son mot d’introduction. “Nous sommes ici dans un lieu de pèlerinage, un lieu sacré. Ne parlons pas de politique”. Potchaïv est de fait un lieu de contentieux historiques.

Comme deux autres centres monastiques importants d’Ukraine, la Laure des Grottes de Kiev et celle de la Dormition de la Mère de Dieu de Sviatohirsk (Sviatogorsk, en russe), le complexe religieux relève du Patriarcat orthodoxe de Moscou. Potchaïv se distingue d’abord par son emplacement géographique: l’oblast (région) de Ternopil, et l’ouest de l’Ukraine en général, sont majoritairement partagés entre des paroisses gréco-catholiques et d’autres appartenant au Patriarcat orthodoxe de Kiev.

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Andriy Antonenko a encore deux ans avant de choisir entre rejoindre le “clergé blanc” ou “noir”. Au sein du premier, ceux qui n’ont pas prononcé des vœux monastiques et sont généralement mariés. Dans le second, les moines, qui sont bien sûr astreints au célibat. En tous les cas, le jeune séminariste souhaite rester “ici, à Potchaïv, où est apparue la Mère de Dieu”.

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La Libre Belgique: A Lviv, les arbres de la discorde

Article publié dans La Libre Belgique, le 24/06/2015

Sur l’herbe verte du parc de la place Saint Ioury, un petit garçon court entre les arbres et des tentes dressées là, un ballon au pied. “Lui et ses parents habitent ici depuis quelques nuits,” commente Iryna Ianiv. La jeune militante civique fait partie du groupe “Sauvons le Square”, qui s’oppose depuis la mi-juin aux bulldozers et aux tronçonneuses. “Nous refusons qu’ils coupent les arbres centenaires et défigurent ce parc,” poursuit Ioulia Iourchenko, une autre militante. “La municipalité de Lviv et l’Eglise ont trahi la société civile, on ne va pas céder.”

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Religioscope: L’Église gréco-catholique après vingt-cinq ans d’existence légale

Article paru sur le site de Religioscope, le 02/12/2014

Interdite durant la période soviétique, l’Église gréco-catholique d’Ukraine vient de fêter les vingt-cinq ans de sa légalisation. Étroitement liée à l’histoire du nationalisme ukrainien, elle se trouve actuellement en expansion. 

L'historien Taras Bublik devant une exposition sur l'époque clandestine de l'Eglise gréco-catholique, Université Catholique Ukrainienne.
L’historien Taras Bublik devant une exposition sur l’époque clandestine de l’Eglise gréco-catholique, Université Catholique Ukrainienne.

Surplombant le fleuve Dnipro, sur les rives de la capitale ukrainienne Kiev, la cathédrale patriarcale de la Résurrection du Christ s’inscrit désormais dans le paysage de globes dorés des nombreuses églises de la ville. Consacrée en mars 2011, elle marque, d’une part, le retour du siège de l’Église gréco-catholique d’Ukraine (EGCU) à Kiev, après son départ pour Lviv (alors connue par son nom allemand de Lemberg) en 1803 à la suite de pressions de la Russie tsariste. D’autre part, elle témoigne du développement de cette Église. Selon les statistiques du département des affaires religieuses du ministère de la Culture, elle compte aujourd’hui 3247 paroisses enregistrées en Ukraine. Elle servirait les besoins d’au moins 5,5 millions de fidèles, en Ukraine et à l’étranger. Un développement d’autant plus remarquable, que l’EGCU est sortie de la clandestinité il y a tout juste vingt-cinq ans, le 1er décembre 1989.

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RFI: 25 ans de la légalisation de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 01/12/2014

Il y a 25 ans tout juste, le 1er janvier 1989, était légalisée celle qui avait été l’une des Eglises clandestines les plus importantes sous l’ère soviétique… Et aujourd’hui, cette église, un patriarcat chrétien de rite orthodoxe sous l’autorité du pape, est florissante. Mais, ses relations avec l’Eglise orthodoxe, en particulier avec le patriarcat de Moscou, ne sont pas toujours harmonieuses.

L'historien Taras Bublik devant une exposition sur l'époque clandestine de l'Eglise gréco-catholique, Université Catholique Ukrainienne.
L’historien Taras Bublik devant une exposition sur l’époque clandestine de l’Eglise gréco-catholique, Université Catholique Ukrainienne.

A se promener dans les rues de Lviv, d’une église à une autre, il est difficile de croire que la religion avait disparu de cette ville pendant plus de 40 ans. EN 1945, Staline conquiert la région et les Soviétiques organisent un synode qui conduit à la dissolution forcée de l’Eglise gréco-catholique. des centaines de prêtres sont convertis de force à l’orthodoxie, ou arrêtés, déportés et tués.

Myroslava Kryvdik est née en 1957, alors même que plusieurs de ses proches, des religieux, étaient déjà en exil en Sibérie. Pour sa famille, il était hors de question d’afficher sa foi, mais aussi hors de question de tout abandonner.

Myroslava Kryvdik: Tout est resté secret, rien n’a franchi les murs de notre maison.  Nous avons  baptisé nos 4 enfants chez nous. En fait nous avons organisé notre Eglise clandestine. Quand nous célébrions la messe, nous faisions en sorte de jouer de la musique pour couvrir les bruits. On débranchait le téléphone, qui était mis sur écoute. Lorsqu’on organisait des rencontres, c’était avec une seule autre famille maximum, dans un endroit décidé bien à l’avance, en secret, et pas toujours chez nous. Le plus grand défi était de transporter les objets nécessaires pour l’office. 

Pointée du doigt par les historiens, l’Eglise orthodoxe du Patriarcat de Moscou, qui bénéficiait d’un soutien tacite du régime soviétique et a récupéré de nombreuses possessions gréco-catholiques. Aujourd’hui encore, la rétrocession  de propriétés immobilières et d’autres biens reste une question épineuse, comme le souligne l’historien Taras Bublik. Mais selon lui, il est temps de tourner la page, et de se concentrer sur les souffrances du passé, largement partagées.

Taras Bublik: Il faut se rappeler que le régime soviétique était un régime athée, et que toutes les confessions en ont souffert. Dans l’entre-deux guerre, c’est l’Eglise orthodoxe qui a été très persécutée. Dans les années 50,  les Gréco-catholiques. Tout au long de la seconde moitié du 20ème siècle, les protestants ont beaucoup souffert. Et les répressions ont pris des formes diverses. Sous Staline, c’était les arrestations, les bastonnades, les déportations, les exécutions. Sous Krouchtchev, il s’agissait plus d’intimidations et de fermetures d’églises… On ne peut pas dire que l’Eglise gréco-catholique a été la plus persécutée des Eglises. Mais ce qui est sûr, c’est que c’était l’une des Eglises clandestines la plus importante. 

Et quand l’Eglise sort de la clandestinité en 1989, elle se remet sur pieds très rapidement, renforcée par ces années de répression, ce que rappelle  le jeune prêtre universitaire Oleh Kindiy, de l’université catholique ukrainienne.

Oleh Kindiy: Le martyr n’est absolument pas une de nos faiblesses. C’est une source d’inspiration, c’est un rappel du sacrifice ultime du Christ  pour le salut de l’humanité. C’est perçu comme l’expression la plus élevée de la dignité humaine. 

Fort d’un soutien marqué de ses fidèles en Ukraine et dans la large diaspora ukrainienne, l’Eglise gréco-catholique connaît depuis 25 ans un développement spectaculaire. Le patriarcat a retrouvé son siège à Kiev il y a peu, dans une cathédrale flambant neuve. Un développement dont se félicite le jeune prêtre Oleh Kindiy.

Oleh Kindiy: Un élément de la réponse, c’est que l’Eglise orthodoxe, dans le centre et l’est de l’Ukraine, a été décrédibilisé par ses compromis avec le régime  soviétique.  L’Eglise avait été partie prenante de l’idéologie d’Etat, en quelque sorte. Je me rappelle avoir visité la région de Poltava, dans l’est du pays, pour aller voir quelques communautés gréco-catholiques. Les fidèles n’avaient rien à voir avec l’ouest de l’Ukraine. Mais ils ont rejoint l’Eglise car ils se disaient que l’Eglise gréco-catholique étaint une Eglise ukrainienne sans tâche. Au moins, ils étaient sûr que les prêtres n’avaient pas du se compromettre avec le KGB ou les hommes politiques russes. 

Alors que l’Ukraine et la Russie se livrent une guerre non-déclarée, les tensions entre gréco-catholiques et orthodoxes se ravivent, ici et là. Le patriarcat de Moscou ne cache pas sa volonté de renforcer le concept de “monde russe”, qui allie intimement nationalisme russe et unité religieuse dans l’orthodoxie.

Constantin Sigov est directeur du centre de recherches européennes à l’université de Mohyla à Kiev. Joint par téléphone, il perçoit aussi ces tensions entre les confessions, d’autant qu’il estime que les valeurs gréco-catholiques rejoignent les idéaux de la révolution de l’EuroMaidan.

Constantyn Sigov: Un peu comme partout, il y a des intégristes qui pensent être plus catholiques que le pape à Rome, qui accusent la hiérarchie actuelle, qui sont contre les démarches œcuméniques, l’ouverture, entre autres, à l’orthodoxie. Mais il faut tout de suite remarquer que chaque discours xénophobe reçoit tout de suite un rappel à l’ordre assez strict de la hiérarchie et des fidèles. Je pense qu’au centre de la révolution à Kiev, il y avait précisément la dignité de l’homme. Je pense que c’est ça l’idée ici, la dignité de chaque citoyen, de chaque être humain. Il y a une distance par rapport à la politique. 

25 ans après sa légalisation, l’Eglise gréco-catholique se considère comme une institution moderne, tolérante, réformatrice. Au-delà des questions de foi et de croyance, elle poursuit son développement, petit à petit, en s’inscrivant comme une Eglise avant tout ukrainienne.

Ecouter le reportage ici