RFI: Onuka, et le renouveau de la scène musicale ukrainienne

Reportage diffusé dans l’émission « Vous M’en Direz des Nouvelles », sur RFI (à partir de 41’15), le 15/05/2017

C’est un chanteur portugais qui vient de remporter l’édition 2017 de l’Eurovision, au terme d’une compétition de 42 pays. L’Eurovision était organisée en Ukraine, un pays où la scène musicale est en plein développement. Pendant les 25 ans de l’indépendance de l’Ukraine, le paysage musical était partagé entre les chansons folkloriques, et la pop-disco post-soviétique, très “rentre-dedans”. Voici qu’émerge une nouvelle offre musicale, bien plus diverse, et qui est même appréciée à l’étranger. Certains parlent de renouveau de la musique ukrainienne. Sébastien Gobert nous emmène à la rencontre de phénomène à travers un des groupes les plus populaires du moment, Onuka. 

090284a7b1a4ba744cc99cd7e9173157

Onuka, ça veut dire “la petite fille”, en ukrainien. Nata Zhyzhchenko a grandi dans l’admiration de son grand-père, un artisan spécialisé dans les instruments folkloriques à Kiev. Après avoir joué plus de dix ans dans un ensemble avec son frère, Nata Zhyzhchenko a créé le groupe Onuka avec son mari en 2013.

Nata: Dans notre groupe, nous utilisons beaucoup d’instruments de la culture folklorique ukrainienne. La trembita, la sopilka, l’ocarina, la bandura, les cymbales…

Et pourtant, Onuka se classe plus dans la catégorie de la musique électronique.

Nata: Nous n’avons jamais voulu retravailler des chants ukrainiens avec une touche moderne. Nous produisons de la musique électronique originale, et nous utilisons ces instruments comme partie intégrante de nos créations.

Nata Zhyzhchenko trouve une grande part de son inspiration chez l’artiste islandaise Bjork. Elle chante en ukrainien ou en anglais, en fonction des émotions qu’elle veut transmettre. A la fois par son style original, mais aussi par les thèmes qu’il choisit, son groupe Onuka innove.

Nous écoutons en ce moment le morceau “Misto” – ma ville en ukrainien. Nata Zhyzhchenko y décrit l’intimité de sa relation avec la ville de Kiev. C’est une de ces chansons qui permet aux Ukrainiens de réfléchir à leur propre patrimoine, et peut-être aussi de se l’approprier.

Nata: Il y a un effet de proximité, avec de la musique la nouvelle nationale, en langue ukrainienne. Nous n’avons pas besoin de chanter des airs patriotiques, ni même de parler de la guerre. Nos mélodies peuvent être sur l’amour ou autre. Mais l’essentiel, c’est que ce soit un travail de qualité, qui parle aux gens. Alors ils se mettent à aimer un produit culturel qu’ils comprennent, qui veut dire quelque chose pour eux. 

Onuka s’inscrit ainsi dans un phénomène de renouveau de la scène musicale ukrainienne, qui avait été amorcé par des groupes comme Dakhabrakha ou Dakh Daughters. Le second album d’Onuka est sorti en 2016. Il s’appelle, très symboliquement, “Vidlik” – compte à rebours. Il aurait été fortement influencé par les trente ans de la catastrophe de Tchernobyl.

maxresdefault

Plus généralement, pour Nata Zhyzhchenko, les bouleversements politiques des dernières années ont directement influencé ce renouveau artistique.

Nata: On voit cela dans l’histoire. Les moments de détresse sociale peuvent devenir un catalyseur de la création culturelle. Pour ce qui est de la musique électronique, c’est très parlant, en termes de diversité des créations. Il y a bien plus de concerts qui sont organisées maintenant qu’avant la guerre. Et comme vous le savez, la musique aide à oublier ses tracas, à vaincre ses peurs.

Tout en surfant sur ce renouveau et en préparant un nouvel album, Onuka se projette à l’international, à travers concerts et festivals.

Nata: D’une part, un artiste ne peut se développer pleinement s’il reste toujours dans le même environnement. Ensuite, je veux changer la réputation de l’Ukraine. Ce n’est pas qu’une source de problèmes. Il y a des créations très positives ici.

Daniel Pochtarov est sur la même longueur d’onde. Avec un partenaire français, le jeune homme travaille au développement de MUAX, une plateforme de promotion de la musique ukrainienne à l’étranger. Des groupes comme Blooms Corda, Secret Avenue ou Zapaska ont toute leur place sur des scènes européennes. Le but de MUAX: développer une stratégie cohérente, qui manque encore cruellement au pays.

Screen Shot 2017-05-16 at 08.19.17

Daniel Pochtarov: A l’heure actuelle, il n’y a pas de mécanisme pour encourager la diplomatie culturelle de l’Ukraine. Il nous est impossible d’obtenir un soutien de l’Etat pour cela. Pour l’instant, nous sommes donc des volontaires. Nous essayons tant que possible de promouvoir la musique ukrainienne à l’étranger.

Confrontée à des chamboulements historiques sans précédent, la société ukrainienne est en pleine ébullition. Si certains lui cherchent une voix, et un message précis, ce sont en fait des dizaines de voix qui s’élèvent, pour transformer la scène musicale du pays, et peut-être, au-delà.

avatars-000200487357-dzyqoh-t500x500

Ecouter le reportage ici

 

RFI: L’Etat ukrainien confisque 1,5 milliards de dollars de « La Famille » Ianoukovitch

Papier radio diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 29/04/2017

1,4 milliard d’euros. La somme peut donner le vertige – c’est ce qui a été confisqué par le Procureur Général ukrainien vendredi 28 avril d’une centaine de comptes en banques liés à l’ancien Président Viktor Ianoukovitch. Il avait fui le pays en 2014, à la suite de la Révolution de la Dignité. C’est une étape importante dans les enquêtes sur la corruption de l’ancien régime. 

hqdefault

 

“S’il fallait effectuer l’opération en liquide, avec des billets de 100 dollars, alors l’argent saisi représenterait 15 tonnes”. Le procureur général d’Ukraine Iouriy Loutsenko a voulu impressionner son auditoire, en annonçant le transfert de ces fonds confisqués au budget de l’Etat. La décision est de fait très importante. Il est estimé que la Famille de Viktor Ianoukovitch, comme était surnommé son groupe de proches collaborateurs, avait détourné environ 12 milliards d’euros pendant ses 4 ans au pouvoir. Depuis la fuite de l’autocrate en Russie, les Ukrainiens attendaient que l’argent soit restitué, et que les enquêtes aboutissent. Viktor Ianoukovitch sera d’ailleurs jugé par contumace le 4 mai pour haute trahison, preuve que l’instruction progresse. Cette somme de 1,4 milliard d’euros représente une tranche spécifique de la fortune de la Famille. Des dizaines d’autres millions restent bloqués dans des banques occidentales. Faute de preuves suffisantes fournies par les enquêteurs ukrainiens, ils pourraient être dégelés dans les mois qui viennent. En Ukraine, certains experts notent que le Procureur Général n’avait peut-être pas tous les éléments justifiant une confiscation de l’argent. Ils craignent des plaintes à répétition des détenteurs des comptes saisis. Ils pointent aussi du doigt une possible manoeuvre politicienne. L’annonce intervient juste après que deux personnalités notoirement corrompues, Roman Nasirov et Mykola Martynenko, ont échappé à la justice grâce à de puissants soutiens politiques. Quoiqu’il en soit, le symbole de la confiscation de 1,4 milliard d’euros est fort. Les sommes confisquées seront expressément dédiées à la politique sociale, et à l’assistance aux plus démunis, les victimes les plus vulnérables de la corruption d’Etat.

Sébastien Gobert – Lviv – RFI

RFI: Le gouvernement ukrainien est-il en guerre contre les ONG anti-corruption?

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », sur RFI, le 06/04/2017

Nouveau vent de protestation en Ukraine. Le Président Petro Porochenko a fait adopter une loi obligeant les associations et militants luttant contre la corruption à déclarer leurs revenus et patrimoine. En soi, rien de choquant. Mais dans le contexte ukrainien très corrompu et politisé, le risque de pressions politiques est pris au sérieux. Depuis Kiev pour en parler, Sébastien Gobert

20170329_adrian_large
Petro Porochenko rencontre les militants de la lutte anti-corruption, le 27 mars. Source: Administration présidentielle

De quoi s’agit-il? 

Vous vous rappelez qu’à l’automne dernier, les dirigeants ukrainiens ont fait sensation en déclarant en ligne leurs richesses et patrimoine. Ils avaient révélé détenir des dizaines de millions de dollars en liquide, des montres, des appartements et des voitures de luxe. La création de ce système de déclaration en ligne avait été poussée par la société civile et les militants anti-corruption. Et bien le Président Petro Porochenko a pris sa revanche, si l’on peut dire. Par des amendements apportés à la loi, il oblige maintenant ces mêmes militants à déclarer leurs revenus et patrimoines, leur épargne et leurs possessions précieuses, ainsi que celles de leurs familles.

En soi, cela peut se comprendre. Il n’y a rien de mal à révéler les détails des financements de certaines organisations, qui sont de fait très influentes dans le débat public. Mais ces amendements font peur. D’abord parce que c’est perçu comme une revanche du Président, comme je l’ai dit. Aussi parce que cela ne vise que les militants de la lutte anti-corruption, donc des représentants très précis de la société civile. Celle-ci-dénonce un acte de guerre. Plusieurs chancelleries occidentales et des organisations internationales regrettent un retour en arrière. Tous redoutent la possibilité de pressions politiques.

Pourquoi cela? quels sont les risques de ces amendements? 

En premier lieu, ils concernent tous les acteurs de la lutte anti-corruption: les militants et les experts, mais aussi les journalistes. Et encore: les donateurs, les assistants, les secrétaires, les imprimeurs… Les exigences de déclarations sont bien plus strictes que les systèmes existant dans les pays occidentaux. Cela peut permettre au Procureur Général, qui est fidèle au Président Porochenko, de lancer des poursuites ciblées contre certains militants anti-corruption. Certaines critiques assimilent aussi ces amendements aux lois russes sur les “agents étrangers”, c’est-à-dire des lois très restrictives de contrôle d’associations et ONG, qui ont de facto tué la société civile en Russie.

Et puis surtout, il y a la peur de deux poids, deux mesures. En septembre 2016, 100.000 déclarations d’élus et de fonctionnaires, ce que je rappelais à l‘instant, avaient été mises en ligne. Au jour d’aujourd’hui, seulement 11 ont été contrôlées par les organes anti-corruption. Parmi ces 11 déclarations, celles du député Serhiy Leschenko et de Ioulia Marouchevska, deux personnalités réformatrices, ont été suivies d’enquêtes. Le premier n’avait pas déclaré 333 dollars d’honoraire pour un discours à une conférence. La deuxième s’était octroyée un bonus de 19 dollars sur son salaire. A l’inverse, les déclarations faisant état de millions de dollars en liquide ou d’impressionnantes collections de voitures n’ont pas encore été contrôlées. Dans le même temps, le SBU, les services secrets ukrainiens, ont eux annoncé unilatéralement qu’ils ne se plieraient pas à l’exercice, pour des raisons de sécurité.

Malgré cela, on demanderait donc aux militants anti-corruption de rendre publics leurs revenus et patrimoine. Avec le risque que ces déclarations puissent être utilisées contre eux et leurs collaborateurs.

Encore une raison de redouter un double-discours: les techniciens de ce système de déclarations en ligne ont récemment fait part de leur inquiétude à ne pas avoir la capacité technique de gérer la plateforme internet. Certains revendiquent une pause de quatre ans afin de développer un système plus performant. On peut s’imaginer que ce serait un sérieux coup porté aux efforts de transparence en Ukraine, et à la lutte contre la corruption.

Mais pourtant, on avait l’impression qu’il y avait des progrès dans la lutte contre la corruption? 

Oui. Beaucoup a été fait ces trois dernières années. Le Bureau National contre la Corruption, en particulier, s’est imposé comme une institution indépendante. Son dernier fait d’arme a été l’arrestation du chef du service des impôts, un corrompu notoire et protégé du Président. Cela prouve qu’il y a des changements.

Mais il n’empêche que la tendance n’est pas très encourageante. Le FMI, l’Union européenne et d’autres organisations internationales dénoncent la lenteur des réformes, et les blocages persistants de groupes d’intérêt. Les rivalités politiciennes vont s’aggraver avant les élections de 2019 et gripper la machine parlementaire. Et à travers le scandale actuel, c’est la synergie entre la société civile et les élus qui est remise en cause. Cette collaboration s’était révélée très fructueuse dans l’élaboration des réformes. Si elle laisse place à une situation de conflit, alors les espoirs de changement vont devenir de plus en plus hypothétiques.

National Geographic: See the Bizarre Places People Stash Old Lenin Statues

Article on the project « Looking for Lenin », published in National Geographic, 24/02/2017

Did you know Vladimir Illych Lenin was « only » 1,65 meter-tall? Yet a hundred years ago he was shaking the world. Over the course of the 20th century, monuments to his glory would be made outsized and impressive. Until this moment, when they fell down and disappeared.

Now Lenin kind of rises again – in National Geographic! As you know Niels Ackermann and I have been wandering across Ukraine for many months to look for toppled monuments and document their fate. Our « Looking for Lenin » project researches Ukraine’s decommunisation process and its impact. Many thanks to Sarah Stacke to understand it so well in her text!

This publication allows us to announce the upcoming publication of our book on the project: « Looking for Lenin » will be available worldwide this summer. Published by FUEL Design & Publishing and a French language edition by Éditions Noir sur Blanc ! Foreword by Myroslava Hartmond)

As excited as we are, it seems this is only the beginning… More news coming soon. Hence don’t to like and follow our Facebook AfterLenin page (which will soon be renamed Looking for Lenin) to keep updated!


Zaporijia

“I’d say on average it’s one week of work for one Lenin,” says photographer Niels Ackermannn of the project, “Looking for Lenin.” Jointly produced with French journalist Sebastien Gobert, the series currently includes images of 70 different statues of Soviet founder Vladimir Lenin that were toppled in Ukraine’s quest to rid the landscape of Soviet symbols.

That’s about 490 days that Ackermann and Gobert have dedicated to tracking down and photographing Lenin in places like storage units, dumpsters, car trunks, closets, fields, artist studios, and museums. Each image hides a unique story of the bureaucracy they hurdled and the estimated 6,000 miles traveled in Ukraine to discover what might turn out to be only Lenin’s beard, elbow, or nose. “It’s like an addiction,” says Swiss-born Ackermann of the chase.

Read the rest of the article here

France Culture: Crise des missiles en Crimée?

Papier radio diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 02/11/2016

Regain de tensions le long de la démarcation entre l’Ukraine et la Crimée annexée par la Russie. L’armée ukrainienne mène, le 1 et 2 décembre, des essais de tirs de missiles. Moscou crie à la provocation. 

385957203
Source: Unian

En Ukraine, certains l’appellent déjà la crise des missiles. L’armée russe a placé ses troupes En Crimée en état d’alerte, et a déployé des navires de guerre au large de la péninsule. Moscou a aussi menacé les Ukrainiens d’abattre tout missile qui serait volerait trop près de la ligne de démarcation. Pour les Ukrainiens, aucun problème, étant donné que les tests ne sont pas conduits à moins de 30 kilomètres de la frontière, et que Kiev revendique toujours sa souveraineté sur la péninsule annexée.

Le 1er décembre, ce sont 16 missiles qui ont été tirés sur des cibles factices. Dans le même temps, deux nouveaux navires de guerre ont été testés en mer, et devraient être intégrés à la flotte sous peu. Pour le haut commandement ukrainien, c’est un succès total, et un signe clair de la consolidation des forces armées ukrainiennes. Celles-ci étaient quasiment inexistantes au début du conflit ukraino-russe il y a presque trois ans. Selon un récent « index de militarisation du monde », l’Ukraine est passée de la 23ème à la 15ème place en ce qui concerne l’état de ses forces armées.

Des forces qui seraient développées dans une logique de défense, et non d’attaque, comme le répètent ses dirigeants. L’escalade verbale entre Kiev et Moscou, et le déploiement de force autour de la péninsule, démontrent néanmoins que la logique guerrière est bien réelle, d’un côté comme de l’autre. Et l’histoire récente a prouvé que, dans la région, les accidents ne sont pas à exclure.

RFI: Novembre morose à Kiev

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 17/11/2016

Alors que l’Ukraine s’apprête à commémorer le troisième anniversaire du début de la Révolution du Maïdan, l’ambiance est plus que morose dans le pays… Les réformes se font attendre, et les critiques contre le gouvernement se font de plus en plus acerbes… 

khatia_dekanoidze
Khatia Dekanoidze. Source: Wikipedia Commons

On comprend que les derniers jours ont été assez tendus, à Kiev? 

Oui, le début de semaine a été étrange, pour tout dire. Ce lundi, plusieurs manifestations ont été organisées dans le quartier gouvernemental. Un groupe protestait contre l’austérité économique. Un autre groupe était composé d’anciens épargnants qui réclamaient le remboursement de leurs épargnes perdues dans la faillite de plusieurs banques.

Beaucoup de ces participants étaient payés, et ne savaient pas exactement pourquoi ils protestaient. C’est l’OSCE, entre autres, qui l’a démontré.

Et le tout s’est déroulé dans un climat de tension. Les manifestants étaient entourés de jeunes hommes, pour beaucoup cagoulés, à l’allure menaçante. Et le dispositif policier était impressionnant. L’avenue principale de Kiev était même fermée à la circulation, par crainte d’une attaque terroriste. Les autorités craignaient ce qu’ils appellent des provocations russes. C’était donc… bizarre.

Est-ce que cela peut vraiment être une provocation russe? 

C’est impossible à affirmer, vraiment. Le fait est que les médias russes ont récemment véhiculé, sans trop de raisons, des annonces de “troisième Maïdan”, c’est-à-dire une nouvelle révolution à Kiev, qui serait elle, très radicale et violente. Mais les manifestations ont été pacifiques, et organisées par des partis ukrainiens, qui ont des préoccupations très nationales, et des critiques légitimes.

Les sacrifices demandés à la population sont énormes, par exemple sur le prix du gaz pour les ménages. Le Président a cherché à calmer le jeu lundi en annonçant des mesures d’aide. Mais beaucoup d’Ukrainiens se sentent laissés pour compte.

Et de l’autre côté, les réformes n’avancent pas, et la corruption reste endémique. Transparency International vient de publier un rapport citant l’Ukraine comme l’un des pays les plus corrompus d’Europe, juste après que les fortunes colossales des dirigeants du pays ont été rendues publiques, début novembre.

Oui, d’ailleurs, on voit que plusieurs réformateurs ont quitté leurs postes…? 

Exactement. C’était aussi ce lundi. La jeune chef des douanes d’Odessa Ioulia Marouchevska et la chef de la police nationale Khatia Dekanoidze ont démissionné. Cela doit être compris dans le contexte d’une rivalité politique entre Petro Porochenko et l’ancien gouverneur d’Odessa Mikheil Saakachvili. Elles ont dénoncé les entraves que l’ancien système opposait à leurs efforts de changement.

Cela envoie un message très négatif, sachant que la réforme de la police, c’était l’un des rares accomplissements dont pouvait se vanter le pouvoir. Et puis, dernière cerise sur le gâteau, celui qui remplace Khatia Dekanoidze, c’est un ancien combattant ultra-nationaliste lié à des groupes néo-nazis, homme de main du très controversé ministre de l’intérieur Arsen Avakov.

Bon. Il faut analyser chacun de ces évènements séparément, à froid, bien évidemment. Et il faut se rappeler que tout ne va pas mal en Ukraine. Mais voilà. Vous me demandez quelle est l’ambiance en Ukraine ce novembre. Et bien, ce début de semaine, sous une neige précoce qui plus est, ce début de semaine a été très confus, et pose beaucoup de questions.

Ecouter l’intervention ici

Le Monde Diplomatique: Découvrir « Génération Maïdan. Vivre la crise ukrainienne »

Note de lecture publiée dans Le Monde Diplomatique, édition de Novembre 2016

Génération Maïdan. Vivre la crise ukrainienne, de Ioulia Shukan

41ynourpcxl

« Sentir les effets de la grande histoire sur des êtres ordinaires. »Partie prenante de la révolte à Kiev qui mit en fuite le président Viktor Ianoukovich en février 2014, observatrice de son basculement dans la guerre, Ioulia Shukan s’intéresse à l’irruption de la violence dans le quotidien : celui des manifestants qui, à la suite des fractions les plus nationalistes, font le choix de la résistance armée à mesure que la répression se durcit ; celui des personnes déplacées fuyant le conflit de l’est du pays ; celui des bénévoles organisant l’aide humanitaire d’urgence. Loin des cénacles de la politique, cette chercheuse franco-biélorusse rapporte leurs espoirs et leurs peurs, et met au jour les causes profondes des changements. Corruption endémique, autoritarisme, déliquescence des pouvoirs publics expliquent mieux la contestation que les clivages ethnolinguistiques, souvent exagérés par les médias. Son empathie nous place au cœur des événements tels qu’ils ont été vécus par les partisans de la « révolution de la dignité ». On ne peut que regretter qu’elle ne se livre pas au même travail d’analyse pour « l’autre camp ».