LLB: En Ukraine, la religion de l’Eurovision

Version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 09/05/2017

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“Notre religion: la liberté”. Sur Maïdan Nezalejnosti, la place de l’Indépendance à Kiev, l’imposante bannière captive le regard. Pour les milliers de visiteurs qui affluent vers la capitale ukrainienne pour assister à l’Eurovision, du 9 au 13 mai, le message est clair. L’énorme peinture d’une chaîne qui se brise recouvre les murs encore noircis de la maison des syndicats, qui avait brûlé en février 2014, dans les dernières heures de la Révolution de la Dignité. Plus de trois ans après, le combat n’est pas terminé. L’Eurovision, regardé en moyenne par 18 millions de téléspectateurs à travers le monde, est devenu une arme de l’Ukraine post-Maïdan.

Sur l’avenue Khreshatyk, fermée à la circulation pour la semaine, les touristes s’arrêtent devant des portraits géants de vétérans de guerre, pour la plupart portant des prothèses. Un moyen plus qu’explicite de rappeler le conflit meurtrier qui persiste à l’est du pays. Au-delà de cette exposition, l’Ukraine a utilisé l’Eurovision à plusieurs reprises pour dénoncer la Russie comme agresseur. D’abord en 2016, à travers la victoire de la chanteuse Djamala. Tatare de Crimée, en exil depuis l’annexion de la péninsule par la Russie en 2014, elle avait chanté la déportation de son peuple en 1944 par Staline, que le régime de Vladimir Poutine tente de faire oublier.

Pour l’édition 2017, les autorités ukrainiennes ont remis la Crimée annexée aux unes des journaux, en interdisant à la chanteuse russe Ioulia Samoilova d’entrer sur le territoire ukrainien, et de participer à l’Eurovision. L’artiste s’était produite en Crimée quelques mois auparavant, sans avoir obtenu d’autorisation préalable de Kiev.

En réaffirmant sa souveraineté de jure sur les frontières de la péninsule, Kiev avait néanmoins remporté une victoire médiatique en demi-teinte. Ioulia Samoilova, en fauteuil roulant, avait été défendue par l’Union Européenne de Radio-télévision (UER), organisatrice de l’Eurovision. Celle-ci avait avertit l’Ukraine d’une possible sanction dans le cadre du concours. En fin de compte, la Russie s’est officiellement retirée de l’Eurovision 2017, et la sanction n’est pas tombée. Mais la controverse n’en est pas complètement calmée pour autant. En guise de pied de nez, Ioulia Samoilova se produira en concert en Crimée le 9 mai, le soir de la première demi-finale de l’Eurovision.

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Au-delà du conflit avec la Russie, la dimension géopolitique du concours reste fondamentale. Le centre de Kiev s’est transformé au cours des dernières semaines, des poubelles neuves aux pots de fleurs repeints. Il importe à l’équipe du maire Vitaliy Klitschko de montrer le visage d’une métropole moderne et européenne, qui se serait fondamentalement transformée au cours des dernières années. La dernière occasion qu’avait eu Kiev d’accueillir une manifestation internationale, c’était l’Euro 2012 de football, du temps de l’autoritaire Viktor Ianoukovitch. L’organisation avait certes été entachée de scandales politiques, et d’affaires de corruption. Mais les Ukrainiens avaient accordé une grande importance au symbole d’un tournoi de football européen dans leur pays, en partenariat avec la Pologne. 5 ans plus tard, la Place de l’Europe, au bout de l’avenue Khreshatyk, est encore décorée de ballons géants.

Au-delà des couleurs de la “fan zone” sur Khreshatyk et des sourires des volontaires mobilisés pour l’accueil des visiteurs, l’Eurovision 2017 n’aura néanmoins pas été exempte de scandales. Ceux-ci reflètent les contradictions de l’Ukraine post-révolutionnaire. En février, 21 membres de l’équipe d’organisation avaient démissionné, en dénonçant un manque de transparence dans la gestion de l’évènement. En avril, une enquête de “Radio Liberté” a révélé un potentiel conflit d’intérêt dans l’attribution d’un marché public lié à l’Eurovision. Comme lors de l’Euro 2012, nombre de Kiéviens se plaignent de dépenses excessives pour un concours d’une semaine, aux dépends d’investissements structurels dans les infrastructures urbaines.

Mais la controverse qui saute aux yeux, c’est à quelques mètres de Maïdan Nezalejnosti qu’on la trouve. L’Arche de l’Amitié entre les Peuples, sculpture monumentale datant de l’époque soviétique, a quasiment été recouverte de panneaux aux couleurs de l’arc-en-ciel. L’initiative municipale était censée concrétiser le slogan de cet Eurovision: “Célébrer la diversité”, à la grande joie de la communauté LGBT d’Ukraine. L’Eurovision met en avant des valeurs de tolérance et d’ouverture. De nombreux artistes LGBT se sont illustrés pendant le concours.

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A Kiev, la fête a tourné court avant même l’ouverture de l’Eurovision. Après des protestations de mouvements religieux homophobes, des militants nationalistes ont interrompu les travaux de décoration de l’Arche par la force, obligeant la municipalité à renoncer à son projet “d’Arche de la Diversité”. Selon les autorités, 16.000 policiers ont été déployés dans Kiev pour sécuriser l’évènement. Officiellement, le principal risque est celui d’une “provocation russe”. Le potentiel de déstabilisation des mouvements nationalistes n’est cependant pas à ignorer.

Pour l’heure, la fête bat déjà son plein dans le centre de Kiev. Cette année, l’Ukraine présente une chanson apolitique, “Time”, du groupe O.Torvald. Pas forcément dans la perspective une victoire, mais bien pour montrer l’image d’un pays déterminé, malgré les obstacles, à regarder de l’avant, et à s’inscrire dans le concert européen.

Libération: Ukraine, des Hooligans hors du commun?

Article publié dans Libération, le 15/11/2013

«Je pense que le match se passera sans incident. Les autorités et les supporteurs ont bien retenu les leçons des dernières semaines.» Pavel Klimenko, directeur du bureau est-européen de Football contre le racisme en Europe (Fare) se veut confiant : le match de barrage de ce soir opposant à Kiev l’équipe de France à celle d’Ukraine tiendra du sport avant tout. Difficile cependant de ne pas s’inquiéter.

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Croix gammées. Un récent rapport de son organisation a conduit la Fédération internationale de football association (Fifa) à interdire la tenue de matchs internationaux dans le stade de Lviv, dans l …

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Ukrainian Week: HIV in Ukraine: Why Does a Football Team Die Every Three Days?

The Ukrainian version was published on 16/07/2012 and can be read here
About 400,000 people are infected with HIV, the virus that causes AIDS. It is the only European country, along with Russia, where the epidemic continues to grow.

On 30 June, international guest stars Elton John, Queen and Adam Lambert shook up the Euro 2012 fan zone in Kyiv. “The reason why we came? The fight against AIDS”, Queen guitarist Brian May declared before the show. “And we do not plan to make any money on this”. To the delight of thousands fans, the entrance to the fan zone was free and huge piles of condoms were given out, also for free. The volunteering by these pop idols comes at a critical time for HIV-crippled Ukraine. About 400,000 people are infected with HIV, the virus that causes AIDS. It is the only European country, along with Russia, where the epidemic continues to grow.

For artists and activists, the Euro 2012 football championship was a large stage for raising awareness. In early June, before the first whistles echoed in stadiums, the Dutch NGO “AIDS Fonds” had addressed a dramatically alarming open letter to the President Viktor Yanukovych. “Each day, 58 Ukrainians are infected with HIV. Each day 7 Ukrainians die of AIDS. This come with far-reaching consequences – every other day Ukraine loses an entire soccer team (…) Football-loving Ukraine will be doomed very soon: empty fields, no players, no fans, no life…”. The tone is set: by European and even by world standards, the AIDS situation in Ukraine is disastrous.

Since 2004, the Global Fund to fights AIDS, Tuberculosis and Malaria has allocated 316 million dollars to Ukraine, that is one of its largest grants worldwide. The conclusions are more than bitter. With about 170,000 people in need of Anti-Retroviral Therapies (ART) in December 2010, less than 23,000 were receiving it. That was as many as in Myanmar, which had received ten times less money than Ukraine. By May 2012, official statistics had risen to 30,350 persons under treatment. Yet, at the same time, 8,443 new cases of HIV infections have been diagnosed since the beginning of the year. In other words, more ARTs have just covered the furthering spreading of HIV. To this day, just 16% of patients receive appropriate care.

30% OF THE MONEY GONE?

Old habits die hard. And many are eager to blame corruption and the misuse of funds as the main roots of the unsolved problems. Back in March, the first draft of a country audit by the Global Fund denounced widespread embezzlement of allocated subsidies, in particular from the principal recipients of the aid, that is “Alliance-Ukraine” and the “Ukrainian Network of People Living with HIV”. Among others, the report highlights the misuse of funds in the organization on overly expensive training, in the renovation of apartments and in opaque and unfair tenders. According to the report, an Alliance-Ukraine open tender for procurement of mobile clinics was based on “specifications for vehicles which were smaller than needed and inadequate to serve as mobile clinics”. It distorted the criteria of the $500,000 contract, which eventually was not awarded to the most competitive bidder. The audit also points out an unjustified policy of high salaries. Such accusations are largely dismissed by Kostiantin Pertsovskiy, Alliance-Ukraine senior communications manager. “There may have been some mistakes due to our lack of experience. But there has been no embezzlement, otherwise the Global Fund would have asked us to give back the money. It’s as simple as this. And yes, our salaries are high, but this is because we want to hire the best specialists”.

That argument seems quite unconvincing to the director of an NGO fighting against AIDS in Kyiv, who has chosen to remain anonymous. “If you compare the NGOs that work on the field and the prestigious Alliance-Ukraine, the salaries can vary from 800 to 8,000 UAH for the same position! This makes no sense. In general and according to my estimates, approximately 30% of the Global Fund money disappears in schemes like this one”. According to him, the Global Fund could simply retreat from Ukraine within a few years, if the situation does not improve. An improvement the principal recipients of the aid are already working on, according to Kostiantyn Pertsovskiy, who recalls that caring about the HIV epidemic in Ukraine is all in all a new concern. “You have to consider everything we have been doing for the past decade. We literally started from scratch. We have our own shortcomings, yet we have been granted the highest level of trust by the Global Fund. I don’t believe they will give up on us or on Ukraine”.

DANGEROUS UNAWARENESS

But beyond corruption and embezzlement, it seems that the core of the problem lies in deeper, structural issues. In April, the U.S. organization AIDS Healthcare Foundation (AHF) sent an open letter to the Global Fund, requesting the reprogramming of 75% of its grant, namely to focus on prevention and on access to treatment. “At first, the epidemic was spreading within so-called risk categories of the population, that is drug users, sex workers, men having sexual relations with men, street children, etc. But because of a lack of access to treatment, the spread of HIV has not been contained and now threatens all segments of society”, AHF Regional Advocacy Manager Constance Boris regrets.

Recent studies highlight that about half of new contaminations result from unprotected sex between heterosexual partners. Yet, a recent survey by the Ukrainian Institute of Social Studies has revealed that only 20% of 15-17 year-old students are aware of the ways HIV is transmitted. In 2007, awareness among this age group was 22%. “The lack of information and awareness in Ukrainian society is one of the very foremost causes for the spread of the virus. For example, the use of condoms is not associated with having safe sex and pleasure as it is now in Western countries. Among Ukrainian youth, it is still a constraint associated with same-sex practices”, project coordinator at the French Red Cross Suzanna Mnatsakanova warns. “This is very worrying, as we know now that prevention is a treatment in itself”.

Nationwide prevention campaigns are usually quite discreet and free condoms may be hard to find, as they are most generally allocated to a few specific medical centres and gay clubs. In Kyiv, some of the few HIV testing centres have even been closed in the past few years. It takes more than an Elton John concert to raise awareness of HIV and repel stigmatisation of the disease and its victims.

STIGMATISATION & DISCRIMINATION

Persistent outcasting of some of so-called risk categories and further stigmatisation of HIV-infected people fosters the spread of the virus. When it comes to drug users, one numbers about 300,000 of them in the country. Although this group is not any more the most affected, its prevalence (contamination) rate is 22%. A firmer state support to reduction of drug consumption may prevent further infection. Yet the access to Opiate Substitution Therapies (OST), which help to a step by step reduction of the addiction to substances, remains surprisingly low. Some 6,400 people are on OST in Ukraine, which means about 2.1% of the drug-using population. Experts believe that a significant reduction in the spread of HIV would require having at least 40-60% of drug users on OST.

Lord Norman Fowler is a champion of HIV prevention and harm reduction in the UK. In the 1980’s, he initiated the “Don’t Die of Ignorance” campaign, which raised HIV awareness in the very early days of the epidemic. In April 2012, as he was visiting the Otdyha medical centre in the outskirts of Kyiv, he confessed his astonishment at the low use of OSTs in Ukraine, despite its proven positive effects in other countries. “We introduced in harm reduction in the UK in 80s and HIV prevalence among people who use drugs is now low,” he said.

NGO representatives repeatedly complain of the persistent stigmatisation by society and counterproductive and discrimination by police officers, administrative services and even medical staff. Administrative burdens are often imposed on NGOs’ activities, such as the destruction of infected syringes which has to meet strict technical criteria. Some organizations end up permanently stocking the syringes they collected, instead of going through the complicated destruction procedures. And end up stopping their collecting because of a lack of storage space.

For many years, medical treatment and equipment paid for thanks to the Global Fund’s grant were subject to taxes when imported to Ukraine. Not only did the state not pay for medical treatments, but it has been making money on them and raising retail prices. It was only on 21 June that the Verkhovna Rada made these products tax-free, as has been the case in most of the world for a long time.

When it comes to relationships with police, some officers are believed to be directly involved in drug trafficking. They assert pressure on OST demanding information on drug users and on social workers, whom they consider to be something like competitors.

NGO representatives underline the lack of motivation by doctors and nurses when dealing with HIV-affected patients and drug users. Oleksandr Lebega is in charge of OSTs at Alliance-Ukraine: he turns quite cynical when dealing with doctors’ requirements at the Otdyha centre for them to take more patients in. “Before they were saying they did not have enough space. We doubled the space. Then they asked for video surveillance. We installed cameras. Then they asked for more staff. We hired more people. Now they say they don’t have enough treatments! They are just not willing to receive more patients, as it’s an extra burden. Their salaries won’t raise and many of them don’t like dealing with drug users, whom they kind of despise”.

“In the end, beyond the amount of money, the number of treatments and the infrastructure, the level of stigma against affected people is the barrier to solving the problems”, Suzanna Mnatsakanova explains. She runs a home-based care program, which sends nurses to people’s homes to provide both medical, social and psychological support. “What we do is to fill the gap that so many patients encounter between the treatment and going on with their lives. The human impact is essential, but we are the only ones doing it in Ukraine. Our program has been entirely financed by grants from foreign organizations and governments and we can only reach a few households. I regret such a programme has not been a Ukrainian initiative. Sometimes patients look at me and ask how come the French Red Cross takes better care of them than the Ukrainian government. I don’t know what to answer them”.

RFI: Les Ukrainiens & l’Espace Schengen

Reportage diffusé dans Accents d’Europe, le 26/06/2012

S’il est facile pour les Européens d’aller en Ukraine, il est encore très difficile pour les Ukrainiens de venir dans l’espace Schengen… Reportage de Sébastien Gobert.

Ecouter le reportage ici

RSE: Oui à uriner en public (pour les étrangers)!

Brève publiée sur le site de Regard sur l’Est, le 16/06/2012

Ça faisait 5 ans que l’Ukraine se préparait à l’Euro 2012 et aux cohortes d’étrangers qui devaient l’accompagner. Le championnat a commencé, et malgré une couverture médiatique occidentale désastreuse, teintée de racisme, xénophobie, prostitution, épidémie de sida et affaire Timochenko, des milliers de supporteurs européens sont au rendez-vous. Alors, il est hors de question de leur gâcher la fête.

Dernier cadeau en date fait aux fans étrangers: le chef de l’administration municipale de la ville de Kiev, Oleksandr Popov, a déclaré jeudi 15 juin qu’uriner dans la rue était autorisé pour les étrangers. Les Suédois, Anglais et Français ont investi la ville pour soutenir leurs équipes dans les matchs de qualifications du Groupe D: on ne peut quand même pas leur demander de retarder un besoin pressant. Par contre, si un citoyen ukrainien est pris sur le fait, c’est 119 hryvnias (environ 12 euros). «Nous n’infligerons pas d’amende aux étrangers, mais si des Ukrainiens urinent, alors ils seront pénalisés (…) Ces gens sont venus pour passer un bon moment, laissons-les en profiter». Ce qui, pour lui, ne pose pas un gros problème, car il a prévu des services intensifs de nettoyage pendant la nuit, et a disposé des centaines de cabines de toilettes mobiles à travers le centre-ville.

En règle générale, et de mémoire d’Ukrainien, on avait rarement vu les forces de police aussi patientes et conciliantes avec les étrangers. Une loi anti-tabac dans les espaces publics tels que bars et restaurants a été adoptée juste avant le début de l’Euro: elle est loin d’être appliquée. Il est même possible de fumer dans les stades, si l’on se cache ou si l’on est journaliste. Il est de tout temps illégal de consommer de l’alcool dans les rues. Mais pendant l’Euro, il n’est pas rare de voir des patrouilles de police souhaiter «bonne santé!» aux groupes de fans étrangers en train de boire. Le premier ministre Mykola Azarov, réputé pour un style froid, distant et vieillot, a été surpris à arpenter la fan zone de Kiev lors du match Ukraine-Suède le 11 juin. Et à boire une bière avec un supporteur suédois le jour d’après, pour honorer sa défaite. Une photo fait le tour des réseaux sociaux, où l’on voit un groupe de supporteurs hollandais rire avec une patrouille de police. L’un d’entre eux porte même un des officiers sur ses épaules. Avec l’Euro, c’est vraiment une autre Ukraine qui voit le jour.

TdG: En Ukraine, le foot est mieux traité que le sida

Article paru dans La Tribune de Genève, le 06/06/2012

Avec 400 000 personnes atteintes du sida, l’Ukraine est le seul pays d’Europe avec la Russie où l’épidémie continue d’augmenter

 «L’Ukraine a réussi à mobiliser plus de 560 millions de dollars pour rénover le stade olympique de Kiev. Par contre, le pays n’a pas tenu sa promesse de sauver la vie des siens, atteints du sida.» Alors qu’on s’apprête à siffler le coup d’envoi de l’Euro 2012, c’est un carton rouge que l’association néerlandaise Aids Fonds a brandi dans une lettre ouverte au président Victor Ianoukovitch.

Avec environ 400 000 personnes atteintes du sida, l’Ukraine est le seul pays d’Europe, avec la Russie, où l’épidémie connaît une augmentation constante. En avril, l’organisation américaine AIDS Healthcare Foundation (AHF) a adressé une lettre ouverte au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Depuis 2004, celui-ci a alloué 316 millions de dollars à l’Ukraine. Avec un bilan amer: sur 170 000 personnes qui avaient besoin de traitements antirétroviraux en décembre 2010, moins de 23 000 en bénéficiaient. Soit autant qu’en Birmanie, qui a pourtant reçu dix fois moins d’argent que l’Ukraine.

AHF a donc demandé la reprogrammation de 75% de l’aide du Fonds mondial «pour se concentrer sur l’accès au traitement. L’épidémie pourrait enfin reculer, car nous savons aujourd’hui que le traitement vaut comme prévention», explique Constance Boris, responsable régionale à AHF. En mars, l’avant-projet d’un audit de la situation en Ukraine par le Fonds mondial a dénoncé des détournements de fonds généralisés, notamment par les bénéficiaires principaux de l’aide, Alliance-Ukraine et le Réseau des personnes séropositives d’Ukraine.

Les cas d’appels d’offres opaques ou encore de politiques salariales démesurées, que le rapport décrit, sont rejetés en bloc par Kostiantyn Pertsovskiy, chargé de relations publiques à Alliance-Ukraine: «Il n’y a pas eu de détournement de l’aide, sinon le Fonds nous aurait demandé de rendre l’argent. C’est aussi simple que cela. Et oui, nos salaires sont élevés, mais c’est parce que nous voulons nous entourer des meilleurs spécialistes.»

Sous le couvert de l’anonymat, le directeur d’une ONG de lutte contre le sida, à Kiev, fait part de son indignation: «Entre des ONG de terrain et la prestigieuse Alliance-Ukraine, les salaires peuvent varier de 80 à 800 euros pour les mêmes emplois! Ça n’a pas de sens. Selon moi, ce sont environ 30% de l’argent du Fonds qui disparaissent dans des opérations douteuses.» Pour lui, l’européanisation de l’Ukraine passe par la résolution de ces problèmes, bien plus que par le football.

Gol! est en ligne! Sur le Monde.fr & Arte Web

L’Euro 2012 est enfin là, le web-documentaire Gol! est enfin en ligne, mais un seul d’entre eux est déjà mythique! Stéphane Siohan et Matthieu Sartre vous emmènent à la découverte d’une Ukraine aux multiples facettes. Il y a du travail derrière, ça se voit, ça se sent, et ça s’apprécie!

Entrez dans l’univers du webdocu ici

 

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Gol! #Ukraine2012, ce sera un webdoc, mais également un jeu vidéo !

Dès le premier clic, l’internaute aura la liberté de choisir entre deux modes de consultation du documentaire : soit une immersion classique dans le documentaire, soit un mode « quest », inspiré des jeux vidéo, où son cheminement dans Gol! sera une succession d’épreuves, avec quelques surprises à la clé…

En ce qui concerne le contenu documentaire, les deux auteurs, Stéphane Siohan et Matthieu Sartre, ont choisi de dessiner deux visages de l’Ukraine, à travers deux personnages, Oleg et Katya, deux jeunes Ukrainiens, qui incarnent deux visions de l’Ukraine au moment où cette dernière s’apprête à inaugurer son Euro.