RFI: Les Ukrainiens prochainement exemptés de visas Schengen

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 07/04/2017

Le Parlement européen a voté hier, 6 avril, pour libéraliser le régime de visas pour les citoyens ukrainiens. C’est une étape décisive d’un long processus. D’ici juin, environ 45 millions d’Ukrainiens devraient pouvoir se rendre dans l’espace Schengen sans visas. Pour une durée limitée, et sans droit de travailler ou de résider dans les pays de la zone. A Kiev, on crie victoire. 

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Le Président Petro Poroshenko a exulté dès qu’il a reçu la nouvelle du vote au Parlement européen. La libéralisation du régime de visas, il en avait fait un des marqueurs de ses efforts de réformes depuis la Révolution de 2014. C’est une victoire personnelle. En Ukraine, médias et réseaux sociaux ont aussi accueilli la nouvelle avec enthousiasme, comme Ioulia Biletskaya, une jeune habitante de Kiev.

Ioulia Biletskaya: C’est un grand progrès pour l’Ukraine. 

En filigrane, la satisfaction que l’Union européenne tende la main à l’Ukraine, en se montrant plus accueillante avec ses citoyens. Ce qui n’empêche pas Ioulia Biletskaya de rester pragmatique, voire prudente.

Ioulia Biletskaya: Cela ne va pas forcément arranger les conditions de voyage, cela peut même les compliquer. Les Ukrainiens ne doivent plus payer 35 euros pour demander un visa. Mais ils doivent changer leurs vieux passeports pour un passeport biométrique, et voyager avec tout un tas de pièces d’identité justificatives et de relevés bancaires. Et une fois à la frontière, ils peuvent encore se faire refuser l’entrée, au bon vouloir des douaniers. 

La libéralisation du régime de visas est une bonne nouvelle, mais elle n’est pas une fin en soi. Les Ukrainiens se retrouvent toujours confrontés à une guerre meurtrière dans l’est et à une corruption endémique. Le processus de réforme est bloqué. Et les conditions économiques difficiles restent le premier obstacle à tout plan de voyage en Europe de l’ouest, avec ou sans visas.

Sébastien Gobert – Kiev – RFI

Mediapart: Moldavie et Bulgarie: le double visage des vainqueurs « pro-russes »

Article publié sur le site de Mediapart, le 18/11/2016

Moldavie et Bulgarie : les deux présidents qui viennent d’être élus sont bruyamment pro-russes. Ce n’est pas pour autant que le rapprochement avec Moscou est effectif. Si la Russie est restée un bon argument de campagne pour celui qui est surnommé « le Trump moldave », l’Europe demeure, malgré difficultés et critiques, l’horizon de ces pays.

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Partie de l’exposition « Chisinau Magics »

« Le président ne peut pas être pro-russe ou pro-européen, le président doit être pro-moldave. » À peine élu chef de l’État, le 13 novembre, Igor Dodon a joué la carte de l’apaisement. Pendant des semaines, le candidat socialiste avait pourtant promis l’annulation d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne. La Moldavie, petit pays de 3,5 millions d’habitants encastré entre l’Ukraine et la Roumanie, allait se préparer à une intégration dans une Union douanière chapeautée par la Russie, martelait-il. Dès le 15 novembre, le ton était radicalement différent : « Le partenariat stratégique avec l’Union européenne reste en place. »

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RFI: Novembre morose à Kiev

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 17/11/2016

Alors que l’Ukraine s’apprête à commémorer le troisième anniversaire du début de la Révolution du Maïdan, l’ambiance est plus que morose dans le pays… Les réformes se font attendre, et les critiques contre le gouvernement se font de plus en plus acerbes… 

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Khatia Dekanoidze. Source: Wikipedia Commons

On comprend que les derniers jours ont été assez tendus, à Kiev? 

Oui, le début de semaine a été étrange, pour tout dire. Ce lundi, plusieurs manifestations ont été organisées dans le quartier gouvernemental. Un groupe protestait contre l’austérité économique. Un autre groupe était composé d’anciens épargnants qui réclamaient le remboursement de leurs épargnes perdues dans la faillite de plusieurs banques.

Beaucoup de ces participants étaient payés, et ne savaient pas exactement pourquoi ils protestaient. C’est l’OSCE, entre autres, qui l’a démontré.

Et le tout s’est déroulé dans un climat de tension. Les manifestants étaient entourés de jeunes hommes, pour beaucoup cagoulés, à l’allure menaçante. Et le dispositif policier était impressionnant. L’avenue principale de Kiev était même fermée à la circulation, par crainte d’une attaque terroriste. Les autorités craignaient ce qu’ils appellent des provocations russes. C’était donc… bizarre.

Est-ce que cela peut vraiment être une provocation russe? 

C’est impossible à affirmer, vraiment. Le fait est que les médias russes ont récemment véhiculé, sans trop de raisons, des annonces de “troisième Maïdan”, c’est-à-dire une nouvelle révolution à Kiev, qui serait elle, très radicale et violente. Mais les manifestations ont été pacifiques, et organisées par des partis ukrainiens, qui ont des préoccupations très nationales, et des critiques légitimes.

Les sacrifices demandés à la population sont énormes, par exemple sur le prix du gaz pour les ménages. Le Président a cherché à calmer le jeu lundi en annonçant des mesures d’aide. Mais beaucoup d’Ukrainiens se sentent laissés pour compte.

Et de l’autre côté, les réformes n’avancent pas, et la corruption reste endémique. Transparency International vient de publier un rapport citant l’Ukraine comme l’un des pays les plus corrompus d’Europe, juste après que les fortunes colossales des dirigeants du pays ont été rendues publiques, début novembre.

Oui, d’ailleurs, on voit que plusieurs réformateurs ont quitté leurs postes…? 

Exactement. C’était aussi ce lundi. La jeune chef des douanes d’Odessa Ioulia Marouchevska et la chef de la police nationale Khatia Dekanoidze ont démissionné. Cela doit être compris dans le contexte d’une rivalité politique entre Petro Porochenko et l’ancien gouverneur d’Odessa Mikheil Saakachvili. Elles ont dénoncé les entraves que l’ancien système opposait à leurs efforts de changement.

Cela envoie un message très négatif, sachant que la réforme de la police, c’était l’un des rares accomplissements dont pouvait se vanter le pouvoir. Et puis, dernière cerise sur le gâteau, celui qui remplace Khatia Dekanoidze, c’est un ancien combattant ultra-nationaliste lié à des groupes néo-nazis, homme de main du très controversé ministre de l’intérieur Arsen Avakov.

Bon. Il faut analyser chacun de ces évènements séparément, à froid, bien évidemment. Et il faut se rappeler que tout ne va pas mal en Ukraine. Mais voilà. Vous me demandez quelle est l’ambiance en Ukraine ce novembre. Et bien, ce début de semaine, sous une neige précoce qui plus est, ce début de semaine a été très confus, et pose beaucoup de questions.

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RFI: Un socialiste admirateur de Poutine remporte la présidence

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 14/11/2016

Victoire en Moldavie du chef du parti socialiste, Igor Dodon, à 52,5% . Il a défait sa rivale, la réformatrice libérale Maia Sandu, au terme d’une campagne  extrêmement brutale pour ce pays post-soviétique de 3,5 millions d’habitants. Igor Dodon avait fait campagne sur un rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine. 

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Source: Parti Socialiste de Moldavie

Le suspense a été intense pendant le dimanche des élections. Des irrégularités ont entaché le scrutin, même si elles sont restées très localisées, et les résultats se sont fait attendre. Mais dans la soirée, Igor Dodon revendiquait la victoire.

Igor Dodon: J’en suis certain, nous avons gagné

Igor Dodon avait mené une campagne dure, sur des idées de retour à l’ordre moral et d’instauration d’un régime autoritaire à la Vladimir Poutine, afin de lutter contre la déliquescence des institutions d’Etat et une corruption endémique. Selon ses critiques, il fait partie du système et ne peut pas le combattre efficacement en ramenant le pays dans le giron russe. Alors, dès le soir de son élection, il a joué l’apaisement.

Igor Dodon: Je serai le président de tous les Moldaves. De ceux qui veulent se rapprocher de la Russie ou de l’Union européenne, même de ceux qui ont voté contre moi. 

Le ton de réconciliation est le bienvenu, après une campagne qui a polarisé le pays. Son opposante Maiai Sandu a été victime de nombreuses attaques personnelles pendant la campagne, mettant en cause son intégrité et son orientation sexuelle. Igor Dodon l’a appelé à concéder sa défaite.

Igor Dodon: Je vous conjure, Maia Sandu, chère opposante, de contribuer à préserver le calme dans le pays. 

Les partisans de Maia Sandu ont néanmoins appelé à manifester ce lundi à Chisinau. Il semble difficile de contester le résultat de l’élection. Mais celle-ci a réveillé de profondes divisions dans la société, qui pourraient s’exprimer haut et fort dans la rue.

Sébastien Gobert – Chisinau – RFI

LLB: Le bling-bling ukrainien mis en ligne

Article publié dans La Libre Belgique, le 01/11/2016

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Mejihyria, résidence somptueuse du Président déchu Viktor Ianoukovitch. Symbole de la corruption, ou résidence standard des dirigeants ukrainiens? 

Qui n’a pas encore son billet pour l’espace, ou son église privée? Qui a les montres les plus chères? Qui a accumulé la plus haute montagne d’argent en liquide dans son salon? Quelques 50.000 hauts responsables ukrainiens ont eu jusqu’au 31 octobre pour rendre public leurs patrimoines sur le site de l’Agence nationale pour la Prévention de la Corruption. Les déclarations de ces représentants de l’Etat sont désormais en libre consultation: elles s’apparentent à un concours d’opulence et de bling-bling.

Un député déclare ainsi posséder 95 appartements. Un autre révèle des collections inestimables d’art religieux. Un autre est l’heureux propriétaire d’une église privée. L’un des plus extravagants est le maire de Dnipro, Boris Filatov. Il possède, entre autres, un hélicoptère, des voitures de collection, un yacht, un assortiment d’art japonais, et un billet pour l’espace à bord des navettes “Virgin Galactic”.

Quasiment tous les déclarants, du Président Petro Porochenko aux ministres, en passant par les députés et hauts fonctionnaires, divulguent des voitures de luxe et des montres haut de gamme, ainsi que des quantités astronomiques d’argent en liquide. Les 15 ministres du gouvernement actuel détiendraient ainsi une valeur combinée de plus de 6,7 millions d’euros en cash.

L’initiative, soutenue par l’UE, le FMI et la société civile dans le cadre de la lutte contre une corruption toujours endémique “est un système remarquable qui marque une rupture fondamentale avec la corruption, insiste Anders Fogh Rasmussen ancien Secrétaire Général de l’OTAN et conseiller du Président Petro Porochenko. “Ce système va bien plus loin que de nombreux pays occidentaux”.

Reste que, dans un pays frappé par une grave crise économique, où le salaire moyen officiel stagne à moins de 200 euros par mois, les médias et les réseaux sociaux ne décolèrent pas. “Il faudrait maintenant présenter un député ou ministre en citant pas son âge ou son parti, mais plutôt sa fortune”, ironise le blogueur populaire Roman Shrayk. “Ca donnera: ‘Mikhaylo Petrov (17 voitures de luxe) propose d’augmenter les prix du gaz’, ou encore ‘Olha Vasyliouk (53 manteaux de fourrure) dénonce l’appauvrissement des travailleurs…’”

En filigrane, la certitude largement répandue que la plupart de ces fortunes ont été amassées par des moyens illégaux, voire criminels. De nombreux élus et fonctionnaires de longue date, sans liens apparents avec le monde des affaires, perçoivent depuis des années des traitements de l’Etat particulièrement maigres. Ce qui ne les empêche pas de déclarer montres, voitures et appartements, enregistrés, de manière commode, aux noms de leurs conjoints.

“Les organes anti-corruption, assistés de la société civile, doivent désormais examiner de près chaque cas”, insiste la journaliste d’investigation Ioulia Mendel”, afin de punir les vols et le népotisme”. Et la jeune femme de mettre en garde à ne pas se concentrer uniquement sur ces déclarations en ligne, pour certaines ouvertement faussées: “le modus vivendi de ces consommateurs maladifs, de ces voleurs pathologiques – nos dirigeants – doit nous assurer d’une chose: ils ne nous ont pas tout dit”.

Mediapart: Le Premier ministre ukrainien réforme, mais « ça ne va pas assez vite »

Article publié sur le site de Mediapart, le 27/10/2016

Le premier ministre ukrainien Volodymyr Groïsman est en France jusqu’à demain. Il y rencontre plusieurs dirigeants français, dont Manuel Valls, et prend part au premier forum franco-ukrainien des affaires. En amont de sa visite, nous l’avons rencontré à Kiev. L’occasion de faire le point des réformes engagées, et de la lutte contre une corruption toujours endémique.

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« Il vaut mieux ne pas lui poser de questions sur la guerre ou les négociations de paix, ce n’est pas sa spécialité. » Le message est clair. Ce 20 octobre, dans une antichambre du bureau de Volodymyr Groïsman, le premier ministre ukrainien, ses conseillers et assistants s’attachent à calibrer l’interview à venir. La veille, à Berlin, le président Petro Porochenko venait de rencontrer Vladimir Poutine, Angela Merkel et François Hollande, pour tenter de relancer le laborieux processus de Minsk visant à mettre fin au conflit hybride qui déchire l’est de l’Ukraine. Une question sur le sujet pourrait donc être justifiée, au vu du calendrier. « Ce n’est pas son rôle, en tant que premier ministre », précise un assistant. « Lui, ce sont les réformes et les perspectives économiques. »

Ce 20 octobre, ce n’est que tard dans la soirée qu’il apparaît, les yeux fatigués. Le premier ministre s’est débattu durant plusieurs jours dans d’âpres négociations sur le budget 2017. Il a fini par taper du poing sur la table, en dénonçant les blocages de divers “groupes populistes” à la Verkhovna Rada (Parlement). En conséquence, le projet de budget a été adopté en première lecture. Une preuve de son autorité, mais aussi de sa détermination à travailler d’arrache-pied pour « libérer le formidable potentiel économique de l’Ukraine ». À qui veut l’entendre, il répète que d’ici 4 à 5 ans, l’Ukraine pourra être considérée comme un pays à succès.

À 38 ans, Volodymyr Groïsman est le plus jeune premier ministre de l’Ukraine indépendante, et un nouveau venu dans les cénacles kiéviens. De 2006 à 2014, il a été maire de Vinnytsia, une ville de taille moyenne dans le centre de l’Ukraine, qu’il a transformée en une vitrine de développement régional. En Ukraine, Vinnytsia est bien connue pour ses rues propres, son tram importé de Suisse offrant du Wi-Fi gratuit, sa municipalité pionnière dans l’e-administration et un encadrement sain des investissements internationaux. « C’est aussi une des villes les moins corrompues du pays », insiste Volodymyr Groïsman avec fierté.

Il n’est donc guère étonnant qu’il ait fait de la décentralisation sa priorité, la « mère de toutes les réformes ». Les budgets des collectivités locales ont doublé, voire triplé, grâce à une redistribution des ressources et des compétences. « Les projets se multiplient à travers le pays, du chauffage des écoles aux routes, parce que nous avons confié les pouvoirs de décision à ceux qui, sur le terrain, peuvent évaluer leurs propres besoins », se félicite le premier ministre. Une révolution en soi, dans un pays jusqu’ici centralisé à outrance, héritage de l’époque soviétique.

À l’en croire, c’est d’abord pour mener cette réforme que Volodymyr Groïsman a accepté de monter à Kiev, en février 2014. Le régime autoritaire de Victor Ianoukovitch venait de s’effondrer suite au tragique dénouement de la “Révolution de la dignité”. Volodymyr Groïsman est vite devenu un élément pivot du nouveau pouvoir, d’abord comme vice-premier ministre, puis comme président du parlement, avant d’être investi premier ministre en avril 2016. Une ascension qui est moins due à son charisme modéré qu’à son alliance de longue date avec Petro Porochenko. L’une des clés de la réussite de Vinnytsia, c’est ainsi la maison-mère de la chocolaterie Roshen, qui domine les bords de rivière, en centre-ville. Roshen, classé  22e plus gros groupe de confiserie au monde en 2016, selon le magazine Candy Industry, est au cœur de l’empire économique du président actuel.

Loyal, Volodymyr Groïsman n’empiète pas sur la fonction présidentielle de chef des armées. Lui, c’est un bon manager, et un chef de projet pragmatique, qui entend assainir l’environnement des affaires, afin de profiter d’une reprise économique annoncée pour 2017. Et ce, malgré un état de guerre persistant. Le PIB de l’Ukraine surpassait celui de la Pologne à la chute de l’URSS, en 1991. En 2015, selon la banque mondiale, Kiev affichait 82,5 milliards d’euros de PIB, contre plus de 434 milliards d’euros pour Varsovie. Une différence de taille, expliquée par la crise économique qui frappe le pays depuis 2014, mais aussi par la crainte des investisseurs, échaudés par une corruption endémique et un harcèlement fiscal incessant. Ainsi, raconte une employée d’entreprise, Oksana X., sous couvert d’anonymat, « ma société est transparente, enregistrée comme il faut. Pourtant, il y a dix jours, nos comptes ont été gelés par l’administration fiscale, sans raison. Nous avons contacté un inspecteur pour obtenir des explications. On nous a fait comprendre que le gel des comptes n’était peut-être pas légal, mais qu’il faudrait attendre deux ans pour un jugement de tribunal. À moins que l’on verse 20 000 dollars en liquide pour tout débloquer en deux jours. »

Dans la salle d’entretien, pas besoin de citer de noms. Volodymyr Groïsman n’a l’air aucunement étonné qu’une telle pratique soit possible. Mais c’est le genre de choses auxquelles il veut mettre un terme. « Il est dans l’intérêt de notre gouvernement, et du pays, que les investissements soient non seulement protégés, mais surtout fructueux. »Ce 19 octobre, il a annoncé la création d’un “Bureau de soutien aux investissements en Ukraine”, dont le but est d’assister les entrepreneurs, et de préserver leurs placements de toutes sortes d’abus, en instaurant des garde-fous automatiques. Et de rappeler la réforme structurelle de la fonction publique, visant à moderniser et améliorer la qualité d’une administration post-soviétique. « Le développement de notre économie est notre priorité. Nous allons dans la bonne direction. La seule chose qui nous manque, c’est que nous n’allons pas assez vite. »

(…)

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Libération: « La Russie a traditionnellement entravé notre potentiel économique »

Entretien avec Volodymyr Hroïsman, Premier Ministre ukrainien, publié dans Libération, le 26/10/2016

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En visite en France jeudi et vendredi, le Premier ministre ukrainien, Volodymyr Hroïsman, revient sur les relations de son pays avec Moscou.

A38 ans, Volodymyr Hroïsman est le plus jeune Premier ministre de l’Ukraine indépendante. En poste depuis avril, il est perçu comme l’homme du président Petro Porochenko, son allié de longue date. Il se voit avant tout comme un bon manager et un réformateur prudent. Volodymyr Hroïsman sera en France jeudi et vendredi pour des rencontres de haut niveau.

Votre président a rencontré Poutine, Merkel et Hollande le 19 octobre, afin de relancer le processus de paix dans l’est de l’Ukraine. Comment mener les réformes que vous défendez dans un pays en guerre ?

Ce conflit, ce n’est pas seulement un défi pour l’Ukraine, mais bien pour toute l’Europe. Il ne faut pas se voiler la face. Considérons la Crimée. Avant l’annexion par la Russie en 2014, c’était une grande zone balnéaire. Aujourd’hui, c’est une base militaire, qui pose un danger pas seulement à l’Ukraine, mais au monde entier. Il faut réagir. Et il faut comprendre que la frontière que notre armée protège, ce n’est pas la frontière orientale de l’Ukraine, mais de l’Europe. Là-bas, nos forces armées font face à l’armée russe, l’une des plus puissantes au monde. La guerre est un défi évident. Mais l’Ukraine, ce sont 45 millions d’habitants, avec leurs besoins, leurs activités, leurs ressources, leur potentiel. L’économie ukrainienne a ses logiques propres, qui se développent malgré la guerre.

La Russie était il y a peu le principal partenaire commercial de l’Ukraine. Comment développer l’économie nationale sans échanger avec la Russie ?

La Russie a traditionnellement entravé le potentiel économique de l’Ukraine afin de nous maintenir dépendants. Aujourd’hui, nous avons perdu notre accès traditionnel au marché russe. La réorientation qui nous a été imposée, vers l’ouest, aide à la modernisation de l’économie. C’est un défi certain, mais nous en sortirons renforcés.

Il semble que l’Ukraine redresse la tête après une grave récession. Quelles garanties pouvez-vous donner à d’éventuels investisseurs que leurs projets seront protégés contre la corruption et les abus qui caractérisent toujours votre pays ?

Il est dans l’intérêt de notre pays que ces investissements ne soient pas seulement protégés mais aussi fructueux. Nous avons entamé une réforme judiciaire d’envergure afin que les abus de fonctionnaires corrompus soient punis. De même, nous avons lancé les réformes de la fonction publique, de la décentralisation, de la dé-oligarchisation. Nous travaillons à un développement sain de notre pays, afin d’en favoriser l’intégration européenne. Quand on parle de la réforme du secteur de l’énergie, savez-vous qu’Engie [ex-GDF Suez, ndlr] envisage d’opérer en Ukraine ? Avant, cela aurait été simplement impossible, à cause de la corruption du secteur. Evidemment, il y a des problèmes. Mais nous avançons dans la bonne direction. Le point faible, c’est que nous n’allons pas assez vite, c’est tout.

TDG: «Face à la Russie, notre frontière de l’Est est celle de l’Europe»

Entretien avec Volodymyr Hroïsman, Premier ministre ukrainien, publié dans La Tribune de Genève, le 21/10/2016

A Kiev, le premier ministre dénonce la militarisation de la Crimée. Et invite les investisseurs de l’Ouest. Interview exclusive

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Chapô: Volodymyr Hroïsman est bien peu connu du grand public. A l’étranger, mais aussi dans son pays. Agé de 38 ans, le 16ème Premier ministre de l’Ukraine indépendante est pourtant en poste depuis avril 2016. Plus effacé que certains de ses charismatiques prédécesseurs, Volodymyr Hroïsman est perçu comme l’homme du Président, Petro Porochenko. Il a de fait été le maire de son fief de Vinnytsia, pendant 8 ans. Loyal, le Premier ministre d’un pays en guerre laisse les questions de sécurité et défense au Chef de l’Etat. Ce soir du 21 octobre, il apparaît tard, et fatigué, alors qu’il bataille pour faire adopter le budget 2017. C’est cela qui le préoccupe. Lui qui se présente comme un bon manager et un réformateur, entend assainir l’environnement économique, lutter contre une corruption endémique, et attirer les investisseurs internationaux vers un Eldorado ukrainien qui, il en est sûr, profitera à toute l’Europe. 

L’Ukraine sort de la grave récession avec une prévision de 3% de croissance pour 2017. Quelles garanties donnez-vous aux investisseurs étrangers inquiets de la corruption?

Il est dans l’intérêt de notre pays que ces investissements ne soient pas seulement protégés mais aussi fructueux. C’est la mission de mon gouvernement. Nous avons déjà accompli beaucoup. Dans la lutte contre la corruption, nous avons posé les bases, mais les efforts ont été contrés par l’absence d’une réforme judiciaire de grande envergure. Nous l’avons entamée le 30 septembre. Les effets s’en feront sentir sur la durée. Ce 19 octobre, j’ai officiellement lancé le Bureau de soutien aux investissements en Ukraine. Le but est d’instaurer des garde-fous automatiques. Si des agents des impôts tentent d’extorquer des fonds aux entreprises, ils seront traduits en justice.

Comment mener le plan de réformes structurelles que vous défendez dans un pays en guerre?

C’est un défi, évidemment. Mais l’Ukraine, ce sont 45 millions d’habitants, avec leurs besoins, leurs activités, leurs ressources, leur potentiel. L’économie ukrainienne a ses logiques propres, qui se développent malgré la guerre.

Ce conflit, ce n’est pas seulement un défi pour l’Ukraine, mais bien pour toute l’Europe. Il ne faut pas se voiler la face. Considérons la Crimée. Avant l’annexion par la Russie en 2014, c’était une grande station balnéaire. Aujourd’hui, c’est une base militaire, qui est un danger non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour le monde entier. Certains dirigeants se comportent comme des enfants qui ferment les yeux quand ils voient quelque chose qui leur fait peur. Mais il faut réagir. Et il faut comprendre que la frontière que notre armée protège, ce n’est pas la frontière orientale de l’Ukraine, mais celle de l’Europe. Là-bas, nos forces armées font face à l’armée russe, l’une des plus puissantes au monde.

Comment développer l’économie nationale sans échanger avec la Russie?

La Russie a traditionnellement réprimé le potentiel économique de l’Ukraine, afin de nous maintenir dépendants vis-à-vis d’elle. Aujourd’hui, nous avons perdu l’accès à ces marchés traditionnels russes. La réorientation qui nous a été imposée, vers l’ouest, aide à la modernisation de notre économie. C’est un défi certain, mais nous en sortirons renforcés. Les transformations engagées nous élèvent vers les normes et standards européens, afin de nous permettre de traiter avec l’Union européenne en tant que partenaire stable, responsable et prospère. C’est difficile, et c’est un objectif à long terme. L’essentiel, c’est la confiance. Il faut croire en l’Ukraine.

Beaucoup de vos prédécesseurs ont tenu des discours similaires. Comment pensez-vous réussir là où ils ont tous échoué?

Ne me jugez pas aux paroles, mais à mes actes. J’ai des échanges réguliers avec les milieux d’affaires pour régler des cas concrets. Evidemment, il y a des problèmes. Mais nous avançons dans la bonne direction. Le point faible, c’est que nous n’allons pas assez vite, c’est tout.

Est-ce vraiment votre principale faiblesse? Comment lutter contre le système oligarchique qui régit l’Ukraine, alors que le président Petro Porochenko est lui-même un oligarque?

Le président, c’est le président. C’était un grand homme d’affaires auparavant, c’est bien connu. Cela n’en fait pas un oligarque. Pour ce qui est des autres, ils avaient prospéré en détenant des monopoles économiques. Nous les démantelons en ce moment. Nous reprenons le contrôle des entreprises d’Etat, nous en changeons les directions. La «désoligarchisation» en sera une conséquence naturelle. S’ensuivra la libération du potentiel incroyable de notre économie.

LLB: Dans le Donbass, « le monde nous a oubliés »

Série de reportages publiés dans La Libre Belgique, le  03/10/2016

« Nous remercions l’armée ukrainienne pour deux ans de paix à Slaviansk ! » Au centre du panneau publicitaire, une colombe bleue vole vers un soleil jaune. Bleu et jaune, les couleurs de l’Ukraine. Comme pour ancrer l’ancien bastion séparatiste dans la lutte d’un pays toujours meurtri par un conflit hybride contre les forces prorusses et russes. A 100 mètres du panneau, des centaines de personnes se massent à l’entrée d’une maison de la culture. Depuis la reprise de la ville en juillet 2014, la situation des populations civiles ne s’est guère arrangée. Cette fraîche journée de septembre est un jour de distribution d’aide humanitaire.

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Slaviansk

« Comment se projeter dans l’avenir ? Il nous est impossible de revenir chez nous. Je suis de Makiivka, près de Donetsk. J’ai trois enfants. Je ne les ramène pas là-bas », explique Iryna Sebakhatova. Cette femme d’une quarantaine d’années est coordinatrice d’un foyer d’accueil de personnes déplacées depuis deux ans. « Ici, nous n’avons pas assez de ressources pour nous reconstruire une vie. Mes enfants ont été inscrits à l’école sans problème. Mais nous ne recevons qu’une aide sommaire. Nous devons payer le loyer, le chauffage, les vêtements… »

En mai 2016, plus de 1,7 million de personnes étaient enregistrées comme déplacées du Donbass, et réfugiées dans d’autres régions d’Ukraine. Selon l’Onu, le chiffre réel serait plus proche de 800 000 personnes, en tenant compte de celles qui sont retournées à leur domicile et des inscriptions non justifiées.

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RFI: Les hôpitaux en ruines dans l’est de l’Ukraine

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 03/10/2016

Depuis la guerre dans le Donbass, il y a deux ans, les hôpitaux de l’est de l’Ukraine souffrent de pénurie. Ils manquent de tout : de médicaments, de médecins et de matériel. C’est le cas à Rubijné, dans la région de Louhansk sous contrôle ukrainien. 

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L’hôpital de Rubijné

Dans la cage d’escalier, le plafond s’effrite depuis des années. A l”étage, des patients attendent sur des bancs en plastique défoncés. L’appareil de RADIOLOGIE  date des années 1970. Le laboratoire d’analyses est rempli d’ustensiles rouillés. Les résultats sont rédigés sur des carnets de papier. Ne cherchez pas d’ordinateur ici. C’est le docteur Konstantyn Zogan qui fait la visite de l’hôpital de région de Rubijné.

Konstantyn Zogan: Nous avons déjà eu des visiteurs étrangers, qui nous ont demandé où ils étaient tombés: dans un hôpital, ou dans un musée?

C’est bien un hôpital, L’un des principaux dans l’est de l’Ukraine. Rubijné est à 100 kilomètres au nord de Louhansk, l’ancienne capitale de région, aujourd’hui place forte des séparatistes pro-russes.

La zone est industrielle et très densément peuplée. Les nombreux départements de la clinique couvrent plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Edouard Kravchenko en est le médecin en chef.

Edouard Kravchenko: Nous avons des soucis d’approvisionnement de médicaments et de matériel médical. A cela s’ajoute un équipement dépassé. Et les médecins docteurs ne veulent pas travailler ici. Il nous manque 30% de docteurs. C’est dans ces conditions qu’il nous faut assurer des conditions de soins décents pour la population locale.

Et depuis 2014, tout s’est compliqué pour l’hôpital.

Edouard Kravchenko: A cause de la guerre, nous nous sommes retrouvés dans des situations que nous n’avions jamais imaginé. Avant, nous avions l’hôpital de région de Louhansk, et nous transférions tous les cas sérieux là-bas. Maintenant, c’est bien plus difficile. Soit il nous les traitons ici, soit les patients sont  envoyés à plusieurs centaines de kilomètres, vers Kharkiv ou autre… Il faut comprendre que nous avons moins de moyens pour soigner plus de gens, car les personnes déplacées par la guerre viennent chez nous.

L’une de ces personnes déplacées, c’est Lena Sennaya, originaire de Pervomaisk, un des centres des troupes cosaques pro-russes. Elle s’est réfugiée à Rubijné avec ses enfants.

Olena Sennaya: J’étais infirmière avant. Les conditions d’hygiène qu’il y a ici en pédiatrie, je n’ai jamais vu cela auparavant.

Olena Sennaya bénéficie de l’aide du Fonds d’Alexander Romanovskiy, une association humanitaire locale.

Là où les organisations internationales se concentrent sur l’urgence de la guerre, le Fonds s’attaque aussi à des problèmes profondément enracinés dans la région.

Dmytro Butko, l’un des représentants de l’association

Dmytro Butko: La région de Louhansk a toujours été au bord de la catastrophe humanitaire. Aujourd’hui, à cause de la guerre, ça s’est empiré, évidemment. Mais il faut comprendre que la région est défavorisée depuis longtemps. Nous avons toujours eu d’énormes problèmes d’écologie, de santé…

Des problèmes qui, avec la guerre, deviennent de véritables risques pour la santé publique, dans une région où vivent entre 3 et 6 millions de personnes.

Pourtant, le gouvernement central n’alloue aucune ressource supplémentaire à l’hôpital de Rubijné. Les financements sont toujours attribués sur la même base qu’avant la guerre.

Edouard Kravchenko, médecin en chef, se sent oublié de la capitale.

Edouard Kravchenko: Le coeur du problème réside dans ce que veut vraiment le gouvernement central… Quel prix donne -t-il à la vie humaine,  qu’est-il  prêt à faire pour le système de santé dans le pays ?

Une de ses stratégies est de développer des partenariats avec des donateurs internationaux. Mais quand on lui demande quels sont ses besoins prioritaires, la réponse est lapidaire:

Edouard Kravchenko: Ca irait plus vite de vous dire ce dont on n’a pas besoin…

L’humanitaire Dmytro Butko ne désespère pas, et s’efforce de trouver des partenaires pour l’hôpital.

Dmytro Butko: Et c’est pour cela qu’il nous faut développer un système rationnel de distribution de l’aide humanitaire et de l’assistance aux hôpitaux. Afin que l’on puisse atteindre ceux qui en ont besoin.

Dans une région bouleversée par un conflit qui perdure, il est difficile de définir des priorités. Il semble que tout le monde a besoin de quelque chose. Mais la déliquescence du système hospitalier pose des problèmes qui, petit à petit, peuvent avoir des conséquences désastreuses.

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