La France Agricole: Le Brûlis perdure en Ukraine

Article publié dans le numéro 3666 de La France Agricole, en octobre 2016

Illustré par une superbe photo d’Olga Ivashchenko.

Malgré son interdiction, la pratique se perpétue. Mais, petit à petit, des voix s’élèvent contre ces feux, dont les habitants des zones rurales craignent les effets dévastateurs sur leur santé et la biodiversité.

 

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La vision est certes romantique. Le long de la route, la fumée s’élève des champs en feu. À certains endroits, les flammes viennent lécher les bords de la chaussée. La culture sur brûlis, censée assurer une fertilisation des sols par le feu, a disparu des zones rurales de l’Union européenne. Mais en Ukraine, elle reste une tradition bien ancrée. Pourtant, la pratique est interdite par la loi, en raison de son impact…
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France Info: Tchernobyl, nouveau parc photovoltaïque?

Intervention dans la Séquence « Un jour dans le monde », sur France Info, le 04/08/2016

La zone interdite de Tchernobyl pourrait-elle se transformer en nouveau centre de production d’énergie renouvelable? … C’est le plan ambitieux du ministre de l’environnement ukrainien…. Il a récemment annoncé vouloir développer un immense parc photovoltaïque autour de la centrale dévastée, 30 ans après l’explosion du réacteur numéro 4… Un plan ambitieux, et pas si facile que ça à mettre en œuvre… En Ukraine, pour en parler, Sebastien Gobert…

 

Ca serait la une seconde vie pour la zone de Tchernobyl… Est-ce que c’est faisable? 

Oui, pour le ministre de l’environnement ce serait même une réalité avant la fin de l’année. Ostap Semerak, le ministre, parle d’installer des panneaux solaires d’une capacité de production de 4 megawatts dans un premier temps… Et 1000 megawatts sur le long terme… Ce qui représenterait un tiers de ce que la centrale de Tchernobyl produisait avant l’explosion fatale en 1986.

Le ministre parle aussi d’installer d’autres moyens de production d’énergie renouvelables, comme de l’éolienne ou de la biomasse.

Donc un plan très ambitieux, qui attirerait d’ores et déjà des investisseurs américains, et canadiens, et pourrait bénéficier d’un prêt de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement.

Mais… comme tous les projets d’envergure en Ukraine, la prudence doit être de mise. Le développement des énergies renouvelables est très lent en Ukraine. Les plans de développer un parc photovoltaïque dans la zone interdite, ce n’est pas nouveau… il a déjà été évoqué plusieurs fois au cours des 30 dernières années.

Evidemment il y a toujours le risque, en Ukraine, que l’argent des investisseurs internationaux soit détourné, par-ci, par-là. Ce n’est pas une fatalité, mais c’est bien un risque à prendre en compte. Et puis aussi, la proposition du gouvernement ne contient pour l’instant aucun détail technique: on ne sait pas comment construire et entretenir des panneaux solaires dans une zone inhabitée, en proie aux radiations nucléaires.

Et justement, pourquoi là-bas, dans la zone interdite…? 

Alors, il y aurait des avantages évidents: le terrain est désert et très peu cher, et la zone est ensoleillée. En plus, les lignes à haute tension qui transportaient jadis l’électricité produite par la centrale nucléaire sont toujours en place. Elles peuvent être utilisées. La même logique prévaut en Biélorussie, de l’autre côté de la frontière. Un parc photovoltaïque est déjà en construction là-bas.

En plus, en menant à bien ce projet, cela permettrait aussi à l’Ukraine de continuer à se délivrer de la dépendance aux hydrocarbures russes. Vous savez que dans le contexte actuel de guerre hybride dans le Donbass, chaque opportunité pour Kiev de se démarquer de Moscou est bonne à prendre.

Le ministre de l’environnement a d’ailleurs tout de suite précisé dans sa proposition qu’elle servirait d’exemple positif aux populations ukrainiennes vivant dans des territoires temporairement occupés de Crimée et du Donbass. Il s’agit de leur montrer que l’Ukraine se développe, et pourrait leur promettre un meilleur futur.

Et puis il y a le rayonnement international, imaginez l’épicentre de la pire catastrophe nucléaire de l’histoire qui devient un lieu de production d’une énergie propre et renouvelable… Le symbole serait très fort.

Et d’ailleurs, quelle est la situation dans la zone interdite? Est-ce toujours contaminé…? 

Oui! Et ça va le rester pendant encore des centaines d’années, selon les estimations les plus optimistes. Prypiat, la ville fantôme des anciens ingénieurs de la centrale, est de plus en plus en ruines. La végétation y reprend ses droits. A la centrale, la firme française Vinci et d’autres partenaires construit toujours le nouveau sarcophage de protection, qui sera achevé d’ici à l’année prochaine.

Mais ce qui est intéressant, c’est que l’image de la zone a changé au cours des dernières années. Ce n’est plus aussi dangereux qu’avant. Il y a de plus en plus de touristes qui viennent découvrir les villes et villages fantômes et admirer une véritable forêt vierge qui a poussé sans la présence de l’homme. Il y a toujours quelques irréductibles qui vivent dans la zone, des villageois, principalement des babouchkas, les célèbres grand-mères, qui ne sont jamais parties. Et après toutes ces années, elles sont encore en bonne santé! Donc l’image d’une zone contaminée, où il ne faut aller sous aucun prétexte, ça change, et ça explique aussi le projet de développement d’un parc photovoltaïque. Ce qui marquerait, là, une seconde vie pour la zone.

COP21: Why no one cares that Ukraine is allowed to pollute more?

This is a personal comment on the « Statement by President of Ukraine Petro Poroshenko at the twenty first session of the Conference of the Parties (COP) to the UN Framework Convention on Climate Change »

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Have we all missed the point on Petro Poroshenko’s speech? How is it possible that all attention has been diverted to his “Paris/Donbass” bit, which is as tiring to discuss as are all of the critics that followed? Meanwhile, his main announcement was totally forgotten: “Ukraine set a target not to exceed 60% of 1990 Greenhouse gas emissions level in 2030”.

The written statement may be found here. 

The full-length video of the statement may be found here.  

What does it mean? Back in 1990, the Ukrainian Socialist Republic emitted about 920 million tons of Co2. Following the dismantling of the Soviet economic net and heavy industry, independent Ukraine emits about 400 million tons of Co2. When Petro Poroshenko announces Ukraine will not exceed 60% of the 1990 Co2 emission level, he actually allows his country to INCREASE his Green Gas House (GGH) emissions, up to 552 million tons!

Meanwhile, most of the speakers at the COP21 opening speech talked about some “last chance”, “unique opportunity”, « a time to take responsibility”… Yet these statements have been done before. And the fact the Petro Poroshenko, among other representatives, got away with his non-committment seems to indicate that this COP21 is yet another round of blabla.

And don’t forget the emphasis Petro Poroshenko places on “restoration of Donbass” seems really overstretched. No one needs Donbass to be restored to do something about polluting industries in Mariupol, Kremenchuk, Kryviy Rih… The energy sector produces 70% of GGH emissions. 14 coal power plants emit 23% of these GGH. Who needs peace in Donbass to fix them across the country?

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Arcelor Mittal giant metallurgical complex; Kriviy Rih

Ukraine is one of the least energy-efficient country in the world. Yet the only time that Petro Poroshenko mentions energy efficiency, it is to wish that “the new Ukrainian Donbas should be of a focus in energy efficiency”. There are about 40 million people living in Ukraine-controlled regions of Ukraine. I would be quite bewildered if they would really need peace in Donbass to isolate their windows, modernise their heating system, install gas metering, fix up their roofs… A clever national policy of tax incentive and micro bank loans and intense pedagogy might just do the trick.

War is a terrible thing, whichever name you want to give it. But what is happening in Ukraine is meant to last a long time. Let’s think about the next decades: will occupied Donbass remain the official reason-not-to-do-anything-else that is it now?

NB: the data used in this comment come from the National Ecological Center of Ukraine.

La Tribune de Genève: Niels Ackermann: «Il y a une réelle demande pour des histoires positives»

Article publié dans La Tribune de Genève, le 31/05/2015

Le Genevois Niels Ackermann veut montrer une autre image de l’Ukraine que la guerre ou Tchernobyl.

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«Il s’agit de montrer l’Ukraine sous un nouveau jour. C’est un pays aux multiples opportunités, où il se passe de belles choses.» Et pour ce faire, quoi de plus parlant pour le photographe genevois Niels Ackermann que la ville de Slavoutitch, au nord du pays.

Née de la catastrophe de Tchernobyl, en 1986, afin de loger des milliers de travailleurs mobilisés pour la protection du site ravagé, Slavoutitch est la ville la plus jeune d’Ukraine.

10’000 francs en dix jours

A 28 ans, Niels Ackermann voit son rêve devenir réalité. A travers une campagne de crowdfunding sur la plate-forme We Make It, il a rencontré pour son projet de livre sur la jeunesse de Slavoutitch un soutien inattendu. Alors qu’il s’était fixé comme objectif de récolter 6’000 francs en quarante-cinq jours, il a dépassé les 10’000 francs en une dizaine de jours. Un record, à ne pas en douter.

«Pour les médias comme pour le public, la vision de l’Ukraine est assez formatée, commente-t-il. Le pays est compris à travers des sujets sur la guerre, la révolution ou la corruption. Mais ce dont je me rends compte, c’est qu’il y a aussi une réelle demande pour des histoires positives, qui donnent de l’espoir.»

L’Ukraine, Niels Ackermann l’a découverte en 2009, lors d’un voyage vers l’est. Le Donbass, déjà en déliquescence économique, était alors en paix. «J’y ai découvert des gens incroyablement accueillants, et je me suis intéressé à ce pays si particulier, si attachant.»

Ioulia, l’héroïne

Le photographe entretient cet intérêt grâce à des voyages réguliers. En 2012, c’est le coup de foudre à Slavoutitch. Avec ses habitants, leur dynamisme, leur joie de vivre, leurs soirées riantes et alcoolisées. Avec la jeune Ioulia aussi, ses rêves et ses espoirs. De quoi multiplier les visites au cours des trois dernières années, et d’en tirer plus de 22’000 photos.

«Pendant très longtemps, je n’en ai parlé à personne. La ville était inconnue du grand public, je voulais protéger «ma» découverte. Je me suis lié d’amitié avec beaucoup de personnes à Slavoutitch, qui m’ont accueilli chez elles, m’ont offert un accès au cœur de leur intimité.»

Ioulia s’impose vite comme l’héroïne de son travail photographique. La jeune femme lui donne carte blanche, à une exception près: ne pas la photographier en train de fumer une cigarette. «J’ai vécu des moments magiques», confesse Niels Ackermann.

«Mais plus j’y allais, plus je faisais de photos, et moins j’arrivais à croire que cela pouvait intéresser qui que ce soit. Pour caricaturer; il n’y avait pas de sang, pas de viols, pas de détresse humaine: je ne voyais pas qui pouvait les publier… J’ai continué de toutes les manières, pour mon propre plaisir.»

En 2013, le Genevois remporte le prix Globe-Trotter World Photo. C’est à ce moment-là qu’il se convainc d’un intérêt médiatique pour l’Ukraine, et de la pertinence de publier son travail sur Slavoutitch. «L’idée d’un livre est venue assez rapidement, afin de pouvoir publier le plus de photos possibles et développer un produit de qualité.»

Un soutien important

Avec toujours cette question: qui va soutenir un tel projet? «Le succès de la campagne de crowdfunding, ce n’est pas qu’une question d’argent. Elle a suscité un intérêt tel que je ne connais pas la moitié des personnes qui m’ont soutenu. Des professionnels du monde du livre, des graphistes et d’autres encore se proposent de m’aider dans l’édition de l’ouvrage. Je suis impressionné que tant de personnes souhaitent s’engager dans l’aventure.»

Parmi ces soutiens, Ioulia, plus enthousiaste que jamais. «Elle ne retire rien de matériel de ce projet, précise Niels Ackermann. Elle m’explique qu’il est devenu une part d’elle-même. Elle a beaucoup ri, et aussi pleuré, quand elle a découvert la sélection des photos de ces trois dernières années. La jeune femme de 2012 a beaucoup changé. Elle s’est mariée, elle est devenue adulte.»

Réparer les erreurs de leurs parents

C’est son histoire et celles de ses amis que ce livre veut raconter, à l’occasion des 30 ans de l’explosion du réacteur No 4 de Tchernobyl. «On ne peut plus montrer les photos de la catastrophe ou de Pripiat abandonné. Le monde entier les a vus, et il a compris. Il faut passer à autre chose parce que la vie a repris ses droits dans la zone et à Slavoutitch. Ces jeunes sont en train de réparer les erreurs de leurs parents et de construire un avenir meilleur pour leur pays. C’est cela que je veux montrer.»

Ce n’est pas la seule chose que Niels Ackermann entend montrer. Amoureux de l’Ukraine, installé à Kiev depuis peu, porté par le succès de ce projet, le photographe déborde d’idées.

«Depuis la Révolution de la dignité, malgré la guerre, l’Ukraine est une pépinière de talents, de jeunes bourrés d’énergie et d’ambition. J’ai envie de travailler avec ces gens, et d’accompagner leurs efforts pour créer une nouvelle Ukraine.»

Le Genevois ne se fait évidemment pas d’illusions: «Les défis sont nombreux. En premier lieu, le plus gros problème pour un Suisse est le manque de ponctualité des Ukrainiens. La corruption ou l’immobilisme bureaucratique sont autant de problèmes à gérer. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, ces difficultés que le pays vit, cela renforce mon envie d’y habiter, et d’y travailler.»

Le Monde Diplomatique: Sur le front de l’uranium

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié dans Le Monde Diplomatique, édition de mars 2015

Maquette des six réacteurs de la "Zaporiska AES", Enerhodar.
Maquette des six réacteurs de la « Zaporiska AES », Enerhodar.

Certains matins d’hiver, l’humidité monte du Dniepr et noie dans la brume les cubes de béton de la centrale nucléaire de la ville d’Enerhodar, située dans l’oblast de Zaporijia (sud-est de l’Ukraine). Les bus poissés d’une neige sale descendent des avenues taillées au cordeau pour transporter onze mille employés vers le cœur du complexe nucléaire. « Enerhodar, c’est une cité de progrès, la capitale énergétique de l’Ukraine, explique avec fierté M. Oleg Ocheka. Les cinquante-quatre mille habitants de la ville ont conscience qu’ils fournissent de l’électricité à des millions de foyers. » Le directeur adjoint du centre d’information de la centrale a emménagé ici au début des années 1980, quand la ville était jeune et que l’Union soviétique semblait éternelle. Les premiers immeubles ont été édifiés en 1970 pour héberger les employés d’une usine thermique bâtie le long du fleuve. La construction de la centrale électrique atomique Zaporiska AES a débuté en 1972. Le nucléaire entraînait le développement de villes modèles dont l’aménagement urbain devait offrir des conditions de vie idéales aux employés. Prypiat, la plus célèbre d’entre elles, achève aujourd’hui de disparaître sous la végétation, au cœur de la zone interdite de trente kilomètres de rayon qui entoure Tchernobyl, dans le nord du pays.

La centrale de Zaporijia compte six réacteurs, d’une capacité de 1 000 mégawatts (MW) chacun. Plus puissante que Gravelines, la première centrale française (5 400MW), elle n’est surpassée en capacité que par les huit réacteurs de Bruce, au Canada (6 232 MW). La production d’électricité assure une relative prospérité à cette ville où l’on pénètre avec l’étrange impression de faire un voyage dans le temps. « L’URSS s’est effondrée, mais les conditions de vie n’ont pas beaucoup évolué à Enerhodar », continue M. Ocheka. Même si les façades des blocs d’habitations sont décrépies, la ville demeure suffisamment attractive pour que ses écoles soient pleines. « Il y a toujours de l’eau chaude, l’électricité coûte moins cher qu’ailleurs, les (…)

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RSE: Ukraine, la fin du gaz de schiste?

Brève publiée sur le site de Regard sur l’Est, le 20/12/2014

La révolution ukrainienne n’aura pas lieu. En tout cas pas celle du gaz de schiste. Avec l’annonce du possible retrait de la compagnie pétrolière américaine Chevron d’un accord de partage de production du gisement géant d’Oleska, dans l’ouest de l’Ukraine, c’est un coup dur qui est porté aux ambitions énergétiques du pays. Le 19 décembre 2014, la rupture du contrat n’était pas encore officielle. Mais Chevron serait «en train de planifier cette décision», tel que l’a confirmé, le 15 décembre, Valeriy Chaliy, vice-chef de l’administration présidentielle de Petro Porochenko.

Le géant américain avait signé le contrat avec le gouvernement de Victor Ianoukovitch le 5 novembre 2013, quelques semaines à peine avant les premières protestations citoyennes à Kiev. La signature faisait suite à la conclusion, le 24 janvier 2013, d’un accord similaire entre l’exécutif ukrainien et la compagnie pétrolière anglo-hollandaise Royal Dutch Shell, concernant l’exploration et l’exploitation du gisement de gaz de schiste de Iouzivska, à l’est du pays.

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À l’époque de la signature des accords, il s’agissait des plus importants investissements étrangers prévus en Ukraine. Les compagnies évoquaient des perspectives de développement considérables sur le long terme, avec le soutien du gouvernement. Les ministres, plus enthousiastes que de raison, estimaient les gains issus des implantations de Shell et Chevron à plus de 10 milliards de dollars. Dès 2025, la production de gaz de schiste devait parvenir à satisfaire environ un tiers des besoins nationaux en gaz, soit une production d’environ 20 milliards de m³, et réduire ainsi drastiquement la dépendance vis-à-vis des importations de gaz russe. Les plus optimistes, assurant que des efforts en matière d’efficacité énergétique réduiraient la consommation gazière de moitié, voyaient même l’Ukraine exportatrice de gaz d’ici une vingtaine d’années.

Plus d’un an après la signature de l’accord de production, Chevron n’a pas commencé les travaux d’exploration. Ce qui indiquerait que le retrait de la compagnie est plus une question de régulations que de géologie, comme l’estime Allen Good, analyste à Morningstar Inc. à Chicago, cité par Bloomberg. Le gouvernement d’Arseniy Iatseniouk, malgré ses plaidoiries répétées en faveur des réformes, est fortement critiqué pour les faibles améliorations apportées à l’environnement des affaires, notamment en termes de prévisibilité législative, de respect de l’État de droit et de lutte anti-corruption. En l’occurrence, le plan gouvernemental visant à augmenter l’imposition sur les compagnies énergétiques opérant en Ukraine serait un des éléments d’explication. Au 19 décembre, la compagnie Chevron n’avait pas émis de commentaires.

Quoi qu’il en soit, les perspectives de développement du gaz de schiste en Ukraine, déjà fortement controversées en raison d’inquiétudes écologiques, semblent compromises. Si Shell n’a pas rompu son accord de partage d’exploitation, elle a annoncé, en juin 2014, la suspension de ses activités dans l’est de l’Ukraine, officiellement en raison des opérations militaires qui s’intensifiaient dans le Donbass. Selon Igor Alexeev, expert pour le site spécialisé oilprice.com, il s’agissait là d’une échappée déguisée, qui dénote un potentiel de production moindre qu’espéré par les premières estimations. Pour un consortium formé d’Exxon Mobil Corp. et d’Eni SpA, le projet d’exploration du gisement offshore de Skifska, dans la mer Noire, a tourné court lorsque la Russie s’est emparée de la péninsule de Crimée, en mars 2014.

Reste à savoir quel impact la fin prématurée du gaz de schiste peut avoir sur la politique énergétique du gouvernement ukrainien. D’aucun murmurent que l’abandon de ces projets d’exploitation était au cœur des négociations gazières menées fin octobre 2014 entre l’Ukraine et la Russie, sous l’égide de l’Union européenne, et visant à éviter une nouvelle «guerre du gaz» pendant l’hiver 2014-15.

LLB: Tout sera bon pour se chauffer cet hiver en Ukraine

Article publié dans La Libre Belgique, le 29/09/2014

Oleksandr Gerasymenko devant le système de chauffage qu'il a lui-même construit.  Shpytki, 28/09/2014
Oleksandr Gerasymenko devant le système de chauffage qu’il a lui-même construit.
Shpytki, 28/09/2014

Moscou ayant coupé le gaz, les Ukrainiens repensent leur consommation d’énergie. La ville de Kiev, comme le reste de l’Ukraine, multiplie les restrictions énergétiques depuis que les livraisons de gaz russe se sont taries, le 16 juin, officiellement pour cause de dette impayée. Pendant l’hiver 2013-2014, l’Ukraine avait consommé 36 milliards de mètres cubes de gaz, sur lequel repose l’essentiel de son système de chauffage, de même que son tissu économique. Malgré des réserves souterraines et quelques gisements en cours d’exploitation, le déficit pourrait atteindre 8 milliards de mètres cubes de gaz jusqu’au printemps.

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