Mediapart: Moldavie et Bulgarie: le double visage des vainqueurs « pro-russes »

Article publié sur le site de Mediapart, le 18/11/2016

Moldavie et Bulgarie : les deux présidents qui viennent d’être élus sont bruyamment pro-russes. Ce n’est pas pour autant que le rapprochement avec Moscou est effectif. Si la Russie est restée un bon argument de campagne pour celui qui est surnommé « le Trump moldave », l’Europe demeure, malgré difficultés et critiques, l’horizon de ces pays.

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Partie de l’exposition « Chisinau Magics »

« Le président ne peut pas être pro-russe ou pro-européen, le président doit être pro-moldave. » À peine élu chef de l’État, le 13 novembre, Igor Dodon a joué la carte de l’apaisement. Pendant des semaines, le candidat socialiste avait pourtant promis l’annulation d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne. La Moldavie, petit pays de 3,5 millions d’habitants encastré entre l’Ukraine et la Roumanie, allait se préparer à une intégration dans une Union douanière chapeautée par la Russie, martelait-il. Dès le 15 novembre, le ton était radicalement différent : « Le partenariat stratégique avec l’Union européenne reste en place. »

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Les surprises de la tradition: la journée coups de théâtre du 16 février à la Verkhovna Rada

Version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 17/02/2016

Tremblement de terre politique en Ukraine. Le Procureur Général Viktor Shokine a annoncé poser sa démission, à la demande du Président Petro Porochenko, après de longues semaines de critiques. le Président a aussi appelé le Premier ministre Arséni Iatseniouk à démissionner, mais celui-ci a échappé de peu à un vote de défiance. Une journée à rebondissements qui laissera des traces. 

Au petit matin, une jeune femme circule entre les sièges de la tribune de presse de la Verkhovna Rada (Parlement ukrainien). Elle distribue avec grâce des livrets détaillant le bilan alternatif du parti “Bloc d’Opposition”, l’héritier du Parti des Régions de l’autoritaire Viktor Ianoukovitch. Du moins, si le parti avait été au pouvoir. Vers 10h, Ioulia Timochenko, ancienne égérie de la Révolution Orange de 2004, apparaît toute pimpante dans l’hémicycle. Les commentaires laissent fuser “qu’elle est prête à revenir au pouvoir”. Le ton de la journée est donnée. Ce 16 février, le Premier ministre Arséni Iatseniouk doit donner son premier discours-bilan de politique générale pour l’année écoulée. Un grand nombre de députés espèrent que cela sera son dernier. Les remplaçants se bousculent déjà.

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“Il doit partir”, assène Serhiy Leshchenko, ancien journaliste d’investigation, aujourd’hui député du Bloc de Petro Porochenko, la majorité présidentielle. “Arséni Iatseniouk bloque un certain nombre de réformes cruciales, et il entretient des affaires de corruption qui doivent être sanctionnées”. Le Premier ministre, autrefois adoubé par l’Américaine Victoria Nuland comme “Yats”, le meilleur candidat pour conduire les réformes structurelles de l’après-Ianoukovitch, est la cible de nombreuses critiques. Malgré les circonstances exceptionnelles de crise économique et financière et de guerre hybride contre la Russie, on lui reproche en particulier de ne pas s’être attaqué aux schémas de corruption pré-existants sous l’ancien régime. Certains vont même jusqu’à avancer qu’Arséni Iatseniouk en profite directement.

Serhiy Leshchenko a été l’un des fers de lance de l’opposition au Premier ministre. D’abord en enquêtant sur ses proches collaborateurs, tels que Mykola Martynenko, soupçonné d’avoir perçu 30 millions de francs suisses de bakchich dans le cadre d’un juteux contrat lié à l’industrie nucléaire. Le jeune homme, et d’autres députés réformateurs de différentes factions, ont ensuite passé de longs moments à récolter les 150 signatures requises afin d’initier une procédure de vote de confiance.

Ce mardi 16 février, les jeunes élus se débattent afin de préparer la venue d’Arséni Iatseniouk tandis que l’Assemblée, réunie en séance plénière, procède à quelques votes techniques. Certains sont nécessaires à la libéralisation du régime de visas Schengen, d’autres renforcent de manière controversée les pouvoirs du Bureau du Procureur Général. Les débats sont longs et houleux.

Des préliminaires qui ne font que languir les impatiences avant la véritable question du jour: la venue du gouvernement dans l’hémicycle à 16h. A l’extérieur, plusieurs centaines de manifestants, portant des bannières du parti nationaliste “Svoboda”, du parti de Ioulia Timochenko “Batkyvchyna” ou encore du parti populiste de Serhiy Kaplin “Les Gens simples”, s’époumonent pour réclamer la destitution du Premier ministre. Dans l’après-midi, l’apparition de quelques jeunes cagoulés, combiné au renforcement du dispositif policier, font craindre d’éventuels débordements. Tout le monde, à la Rada, a en tête la grenade meurtrière du 31 août. Les photos des 4 policiers tués par l’explosion sont d’ailleurs toujours exhibées sur la facade du bâtiment.

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A l’intérieur du Parlement, néanmoins, l’incertitude la plus totale règne. A la tribune Les principaux chefs de partis affichent leurs déterminations à choisir un nouveau gouvernement. Oleh Lyashko, du Parti Radical, l’explique en toute simplicité, avec une vidéo d’un collaborateur d’Arséni Iatseniouk conduisant une voiture de luxe: “C’est pour cela que ce gouvernement doit partir”. Mais dans les couloirs, ou dans la cantine du sous-sol, entre deux sandwiches au saumon; impossible de faire des prognostics. Le moto des législateurs, répété à l’unisson, est bien le même: “Je ne sais pas ce qu’il va se passer; je ne sais s’il y a suffisamment de voix pour la défiance; reposez-moi la question dans une heure”.

Jusqu’à cette annonce surprise, vers 15h30: dans une allocution télévisée, le Président Petro Porochenko se résout à appeler publiquement Arséni Iatseniouk et le Procureur Général Viktor Shokine à démissionner. “C’est une manière pour le Président de se laver de toute critique”, estime Serhiy Kiral, un député du parti “Auto-Aide”, membre de la coalition. Viktor Shokine, était lui aussi très controversé, accusé depuis des semaines d’utilisation sélective de la justice, et de la préservation de systèmes corrompus au sein de son Bureau. Viktor Shokine, dont le manque de crédibilité affectait directement la personne du Président, s’exécute aussitôt, à en croire les dépêches de presse. La destitution d’Arséni Iatséniouk, dans la foulée, semble alors possible. La collecte de signatures nécessaires à l’initiation d’un vote de défiance revêt un simple caractère technique. S’élèvent alors les voix des Cassandre.

“Voter contre ce gouvernement, c’est ouvrir la boîte de Pandore et mettre en péril tout ce que nous avons accompli depuis deux ans”, s’écrie, à la tribune, le député Serhiy Pashinkski, du “Front Populaire, le parti d’Arséni Iatseniouk. “Une telle décision ne doit pas être une simple sanction”, renchérit la députée Viktoria Syumar. “Vous devez avoir un remplacement, afin de ne pas nous faire tomber dans le chaos. Où est votre nouveau Premier ministre?” En filigrane, l’inquiétude, partagée par beaucoup, d’une nouvelle période de querelles politiciennes stériles, similaire à celle de 2005-06, qui avait sonné le glas des espoirs de la Révolution Orange.

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Un risque pris au sérieux par les donateurs occidentaux. Européens, Américains et FMI soutiennent l’Ukraine à hauteur de 40 milliards de dollars sur 4 ans. “Ils sont évidemment préoccupés par cette exigence de stabilité”, déplore un diplomate européen en poste à Kiev depuis de nombreuses années, sous couvert d’anonymat. “Il faut néanmoins comprendre que le pays est dans une phase de développement dynamique: il y a certains processus qu’il serait dommage de brider…”

Ce processus s’est néanmoins stoppé de lui-même, ce 16 février. Entré en scène peu après 16h, Arséni Iatseniouk affiche une confiance arrogante, comme à son habitude. Dans les 40 minutes de son discours de bilan d’activité, il décrit la manière dont son gouvernement a assaini les finances publiques, restauré la puissance de l’armée, permis à l’Ukraine de ne plus acheter un seul mètre cube de gaz naturel de la Russie, défendu l’appellation ukrainienne de la marque de champagne “Noviy Svit”, malgré l’annexion russe de la Crimée. Il ne trouve pas une minute pour s’adresser une critique, exprimer un regret, ou commenter sur l’initiative des députés de procéder à sa destitution. Hormis une remarque finale: “chers députés, vous devez faire votre choix. Ce gouvernement a fait son maximum”. Et de retourner s’asseoir.

Les heures qui suivent consistent en d’interminables discours et questions ouvertes au gouvernement. Iouriy Loutsenko, chef du Bloc de Petro Porochenko, présente la motion 4080, qui initie un vote de confiance à l’encontre du gouvernement. “Je vais vous dire pourquoi 70% des Ukrainiens réclament votre démission: ils voient que vous vous êtes arrêtés en chemin. Rien n’a changé dans le pays, et les gens sont de plus en plus pauvres”, s’exprime-t-il avec passion. Plusieurs autres personnalités politiques défilent à la tribune pour donner leurs opinions sur la situation. Vadym Rabynovitch, du Bloc d’Opposition, fait sensation en exhibant une paire de menottes pendant son intervention. “Il ne suffit pas de les renvoyer, il faut les mettre en prison et leur faire rendre ce qu’ils ont volé!”, s’emporte-t-il.

Ce n’est que vers 20h que les députés procèdent à un vote sur le bilan du gouvernement. A 247 voix, celui-ci est reconnu insatisfaisant. 15 minutes plus tard, le vote sur la destitution du cabinet ne recueille, lui, que 194 voix, soit bien en-deca des 226 requises pour faire tomber le gouvernement. Surprise pour beaucoup, consternation et dégout pour d’autres. Arséni Iatseniouk, lui, se lève, l’air triomphant. Il salue ses ministres, et rentre chez lui. L’hémicycle se vide en un instant. La tribune de presse rapidement après. Il est déjà tard. Et si la crise politique d’une vacance du pouvoir est évitée dans l’immédiat, il est aisé de deviner que l’histoire ne s’arrête pas là.

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Très vite, les nouvelles facettes de la saga politique apparaissent en ligne. Serhiy Leshchenko dénonce la “maison de patates” de Petro Porochenko et la manière dont les 22 députés de sa majorité présidentielle se sont abstenus de voter malgré les consignes de Iouriy Loutsenko. Quelques députés se plaignent sur leurs pages Facebook de ne pas avoir pu voter, car leurs pupitres étaient désactivés. D’autres, comme Nataliya Korolevska, du Bloc d’Opposition, se fend d’un post affligeant: “Cauchemar! Je me suis trompé de bouton…”. Moustafa Naiiem, un autre jeune député réformateur au sein du parti présidentiel, dénonce l’achat de députés à prix coûtant, comme étant le résultat de tractations entre oligarques. Rinat Akhmetov aurait, selon lui, un intérêt certain à ce qu’Arséni Iatseniouk reste en place. Sachant que le Premier ministre est déjà soupçonné d’une entente cordiale avec Ihor Kolomoiskiy, ces suppositions donnent une teinte oligarchique bien terne à un Premier ministre issu de la Révolution de la Dignité.

Quasiment  instantanément, Ioulia Timochenko annonce le retrait du ministre nommé par son parti, Ihor Jdanov (Jeunesse et Sports) du gouvernement. Le 17 février au matin, elle se retire officiellement de la coalition. Le parti Samopomitch, qui se présente depuis septembre, avec ambiguïté, comme un « parti d’opposition, au sein de la coalition », n’annonce rien de tel. Il se contente d’indiquer que ses députés n’assisteront pas aux séances à la Rada, le 17 février. Quelles que soient les évolutions futures, les remous politiques ne devraient pas s’apaiser de si tôt, mettant en danger le programme de réformes actuel.

Comble de la surprise, l’information se confirme, dès le 16 février au soir, que le Procureur Général Viktor Shokin n’a en fait pas démissionné. En tout cas pas officiellement. En congé maladie, il n’aurait pas la possibilité de rédiger et signer sa lettre de démission… “Nous avons cherché à savoir qui était en charge de traiter cette lettre. Nous n’avons pas réussi…”, indique un fonctionnaire haut placé de l’administration présidentielle, sous couvert d’anonymat. La démission du Procureur Général, honni dans l’opinion publique autant que dans les cercles politiques et diplomatiques, reste ainsi une question ouverte. Rien n’indique qu’elle sera résolue dans un futur proche.

A travers le cas de Viktor Shokin, et à travers les manipulations parlementaires que l’on prête à l’administration présidentielle, c’est donc la personne de Petro Porochenko qui se retrouve au coeur des coups de théâtre du 16 février. La question sur toutes les lèvres étant: le Chef de l’Etat a-t-il été dépassé par des oligarques concurrents, qui ont exercé une plus forte influence sur les députés au moment du vote? Ou bien, est-ce que le Président a quelque chose à gagner en maintenant un Premier ministre honni au pouvoir? Et si oui, qu’a-t-il donc à gagner?

RFI: Destitution avortée du Premier ministre ukrainien

Papier diffusé dans les journaux du matin sur RFI, le 17/02/2016

Remous politiques en Ukraine. Le Procureur Général Viktor Shokine a démissionné à la demande du Président Petro Porochenko, après de longues semaines de critiques. Le Président avait aussi appelé le Premier ministre Arséni Iatseniouk à démissionner. Mais celui-ci a échappé un vote de défiance au Parlement. 

Sébastien Gobert dans le Parlement

Arséni Iatseniouk s’est présenté avec beaucoup d’assurance aux députés pour  leur présenter son bilan d’activité en 2015

Arséni Iatseniouk: Nous sommes sûr et certain que ce gouvernement a été sur le bon chemin tout ce temps. Nous nous sommes tenus à notre politique, à nos valeurs, et à nos convictions! 

Arséni Iatseniouk était malgré tout sur le point de faire face à un vote de défiance, proposé par Iouriy Loutsenko, le chef de la majorité présidentielle.

Iouriy Loutsenko: Je vais vous dire pourquoi 70% des Ukrainiens réclament votre démission: ils voient que vous vous êtes arrêtés en chemin. Rien n’a changé dans le pays, et les gens sont de plus en plus pauvres. 

Ces critiques, alliées à des accusations d’abus de pouvoir et de corruption, pesaient sur Arséni Iatseniouk depuis des mois. Après de longs débats parlementaires, il a néanmoins échappé à un vote de défiance qui semblait acquis. Les raisons de l’échec du vote demeurent obscures. Certains font valoir des arrangements secrets avec des oligarques. D’autres des pressions et manipulations de la part de Petro Porochenko lui-même. Quoiqu’il en soit, les critiques se font déjà entendre, et promettre de nouvelles actions. Ce n’est sans doute pas la dernière tentative de destituer Arséni Iatseniouk. Son gouvernement est maintenu, afin de poursuivre des réformes structurelles. Mais cela n’est pas forcément un gage de stabilité.

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Photo du résultat du vote de confiance. Motion rejetée. 

RFI: Ukraine: Où sont les énergies renouvelables?

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 01/12/2015

 

L’Ukraine est aussi une participante de la COP21. Mais le pays a d’autres chats à fouetter: la Russie vient de stopper ses approvisionnements en gaz naturel, et menace d’interrompre les livraisons de charbon. Dans un contexte énergétique tendu, les énergies renouvelables devraient avoir le vent en poupe, afin de favoriser une indépendance énergétique du pays. Mais on en est loin. 

A Kiev, Sébastien Gobert est allé en parler avec les quelques militants écologistes – il y en a peu – qui sont actifs dans le pays. 

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Capture d’écran – photo Facebook (Viktoriia Bilash)

La contribution ukrainienne à la COP21 s’est résumée à  une marche pour le climat dans le centre de Kiev. Sous la pluie, le 29 novembre, une petite centaine de personnes ont appelé à une révolution verte, et au développement d’énergies renouvelables. Puis elles sont rentrées chez elles.

L’association organisatrice, le Centre National de l’Ecologie en Ukraine est l’une des rares à être engagées en faveur du respect de l’environnement, dans un pays qui a d’ores et déjà annoncé qu’il ne ferait à aucune promesse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le jeune expert Oleh Savitskiy dresse un portrait sombre du système énergétique ukrainien, directement hérité de l’Union Soviétique.

Oleh Savitskiy: Jusqu’à présent, plus de 40% de notre électricité était produite à partir du charbon. Avec le nucléaire, ce sont les piliers de notre mix énergétique. Il y a un peu d’énergie hydro-électrique. En ce qui concerne les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, ça représente à peine 1% de notre production d’électricité.

Dans le secteur des énergies renouvelables, l’Ukraine a aussi souffert de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie. Environ la moitié de son parc de panneaux solaires se trouvait sur la péninsule.

Aujourd’hui, le développement des renouvelables est très limité, cantonné à de petites initiatives, comme l’explique le jeune militant écologique Maksym Babaev

Maksym Babaev: Depuis 2014, il y a des aides publiques aux ménages pour le développement des énergies renouvelables. Aujourd’hui, cela concerne moins de 200 ménages. Mais cela devient populaire. Par exemple, les panneaux solaires sur les toits se développent rapidement. Nous avons aussi un fort potentiel à exploiter dans la biomasse. Jusqu’à présent, l’essentiel des déchets agricoles sont simplement jetés, alors qu’ils pourraient servir de biomasse.

Mais en dehors de ces initiatives individuelles, les perspectives de développement à grande échelle sont pour l’instant bouchées. L’expert Oleh Savitskiy.

Oleh Savitskiy: Personne ne veut investir dans de grands projets aujourd’hui en Ukraine. A cause de l’instabilité du pays, mais aussi de la corruption rampante. Il est difficile de garantir ses investissements si l’on n’est pas lié aux partis politiques.

Les militants dénoncent ici une absence totale de stratégie de développement de la part du gouvernement. Alors que pour Oleh Savitskiy, la perte du bassin minier du Donbass, et l’état de guerre avec la Russie représentent des opportunités uniques pour opérer un virage énergétique.

Oleh Savitskiy: La production industrielle a chuté depuis 2013, et la demande en électricité a diminué de 12% l’année dernière. Alors c’est le moment. Si l’on veut faire partie de l’Europe, il faut réformer le secteur, le moderniser, le rendre efficace et respectueux de l’environnement.

Avec le Centre national de l’Ecologie, cet expert tente de mobiliser les partenaires occidentaux de l’Ukraine, pour que le pays honore ses engagements.

Oleh Savitskiy: En vertu du Traité sur la communauté européenne de l’Energie, l’Ukraine doit accroître son taux d’efficacité énergétique de 9% d’ici à 2020 et faire passer la part des renouvelables à 11%. Si l’Ukraine remplit ces objectifs, alors le pays ne devrait pas connaître de hausse des émissions de gaz à effet de serre.

Oleh Savitskiy ne se fait néanmoins pas beaucoup d’illusions. En l’Ukraine, les énergies renouvelables et propres sont encore associés à un doux rêve de militants écologistes. Hormis le manque de moyen, la corruption ou autre, la clé des renouvelables réside avant tout dans la société. Et celle-ci n’est tout simplement pas sensibilisée à la question.

Ecouter le reportage ici

In Chisinau, The Preacher of the Tent City

This is a testimony from a meeting on the site of the « Tent City » in the center of Chisinau. 

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Ioan Corniescu, retired policeman, in the middle of the “Tent City” in Chisinau, 09/11/2015 

« I don’t see any perspective here. I don’t know what we can expect from this movement, because people just don’t do anything to make things change. As of today, we have exactly 94 persons who maintain the camp. In the House of Parliament, they don’t even pay attention to us through the windows… They arrested the former Prime minister Vlad Filat, that’s true. But it’s just because of politics, it has nothing to do with our movement: he has been punished by political enemies, that’s it.

We started with a good dynamics, though. People were really motivated, because everyone knew that the country is ruined, that bandits sit in each and every administration, that our young people don’t have any future here. But now, people got discouraged, passive. I told the organisers of the movement at the beginning: we should fight and storm this House of Government. I am a former policeman, I know what I am talking about. Now it’s too late.

Ukrainians did it very nice, their Revolution… Although we don’t know who financed the Maïdan. Here, we don’t get any financing, no one is behind our movement… Where do tents and toilets and food come from? From people…

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In Moldova they stole one billion dollars and nothing happened. In Romania, they had one club burnt down and the whole government collapsed! Of course, their Prime minister Ponta was already dead politically, even Angela Merkel did not want to talk to him. But it also shows the differences in the mentalities between Moldova and Romania. Here, there is no sense of unity and the burden of Soviet heritage… See, we are speaking in Russian now, between a Frenchman and a Moldovan. I don’t like Russian! But our country makes it so that… In Romania, you would not have this problem, people are united in a national spirit, they don’t ask themselves that kind of questions of going towards either Europe or towards Russia… And I know what I mean, I myself hold the Romanian citizenship!

But you know, all of this does not really matter. I am not really here because of the camp and the politics… You know what is the most important? To believe in Jesus Christ. Because He is the one who is going to save everything and everyone. I had two guns, a French and a German Luger. Once I took it out and I got arrested. I went to jail for that. And in jail, I read a lot, I did not waste my time, and I discovered Jesus Christ. And it saved me. If you believe in Jesus Christ, then you are the richest man in the world, richer than all these bandits and oligarchs. Do you understand me? I know you understand. Maybe not now, but later you will see that I am right. As for me, this is already a very good day because I got to spread the Gospel to an atheistic Frenchman! »

Where Maïdan lives on

The following post is a personal account of series of trips to Odessa

Odessa Odessa. Someone pointed out recently that I might spend too much time in the city. A lot of things happen in Odessa, I replied. Yet it is true that a lot of things happen in Ukraine in general; The difference is that what happens in Odessa highlights what does not happen in the country. Whether one likes it or not, the wind of radical change that the Saakachvili team blows over the region is exactly what many Ukrainians were waiting for right after the Revolution of Dignity. Radical, in-depth and fast changes rather than committee-seatings, round-tables, discussions and endless procedures. As a result: a dramatic lack of changes. Yes, of course, the war… But. How long can it be used as a pretext not to reform the judiciary system, to say the least?

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For a few months already, Odessa captures this revolutionary energy that used to be felt in Kyiv. Kyiv now is all about back-door deals and incomplete reforms. One of the signs that such an energy is the influx of volunteers into officials’ cabinets and public Soviet-era buildings.  Out if a sudden, it feels as if these buildings opened up and dusted themselves off. It is actually possible to get in without submitting a written request a week in advance. It is relatively easy to meet the ones who are now in charge. Not all of them come from Georgia. They come from different regions of Ukraine, they come from the private sector, they come from international institutions. They have decided to initiate serious changes. While Kyiv disappoints; Odessa seems to be the best place to start.

Such an energy brings its share of frustration and disappointments, too. Some of these volunteers already feel tired and used or – even worse – useless. A growing sentiment is that different reformist groups have different and competing agendas. Many also understand that Odessa is too small to push for effective changes on a national scale. Kyiv’s meddling is both seen as a way to entertain the dynamics of change (in allowing Saakachvili to be loud beyond Odessa) and to contain it (in playing with old elites and bureaucrats).

No one knows for how long it shall last. Late dirty local elections stroke quite a blow to the hopes for reforms in the city. But for now there is something at play here that one cannot feel anymore in the rest of Ukraine. It was actually never felt in many parts of the country, to tell the truth. Lviv follows a pre-ordered path of economic development that has not been disturbed by the war. Kharkiv was, is, and will be Kharkiv. Dnipropetrovsk is a battlefield. And Kyiv is the competing playground where all of these diverse regional dynamics meet and fight each other. And that makes for an ugly game. In Odessa, there are some simpler and cleaner logics of change, which are ongoing. For the worse and the better, Odessa is the place where Maidan lives on.

RFI: La réforme de la justice tant souhaitée fait du sur place

Séquence « Bonjour l’Europe », sur RFI, diffusée le 05/11/2015

Direction l’Ukraine, où un an et demi après le changement de régime, la réforme de la justice n’a pratiquement pas avancé. C’était pourtant l’une des principales revendications de la révolution. Le procureur général, nommé par le président Porochenko est très critiqué. Dans la société civile et au parlement, on va jusqu’à réclamer la démission de ce dernier. Que lui reproche-t-on?

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Sébastien, beaucoup de monde dans la société civile mais aussi des parlementaires réclament la démission du Procureur Général, qu’est-ce qu’on lui reproche? 

Et bien pour résumer, Viktor Shokin ne ferait pas son travail: aucune procédure judiciaire n’est ouverte ni contre les représentants de l’ancien régime autoritaire et corrompu de Viktor Ianoukovitch, ni contre les responsables présumés des affrontements meurtriers de la fin de la Révolution.

En plus de cela, Viktor Shokin est accusé d’entraver la réforme de la justice et la lutte contre la corruption.

Le Bureau du Procureur Général a aussi failli à ses promesses de changement, et met par là en danger l’abolition du régime de visas Schengen, pour que les citoyens ukrainiens puissent se rendre en voyage en Union européenne sans visa.

Enfin, Viktor Shokin et son équipe très controversée sont accusés de protéger certains proches collaborateurs du Président Petro Porochenko et du Premier Ministre Arséni Iatseniouk, impliqués dans des scandales de corruption et de blanchiment d’argent, en Ukraine et à l’étranger.

Est-ce que cela veut dire que la justice reste sélective en Ukraine? 

Evidemment, Viktor Shokin s’en défend. Mais il n’empêche que ses décisions ont une dimension très politique, et qu’il a toujours une bonne excuse pour ne rien faire contre les représentants de l’ancien régime, voir les laisser fuir le pays.

A l’inverse, il a récemment arrêté deux hommes politiques, opposants à Petro Porochenko, à grand renfort de police. L’un des deux est d’ailleurs un proche collaborateur de l’oligarque Ihor Kolomoïski, qui est le nouvel ennemi juré de Petro Porochenko. Ihor Kolomoïski a fortement renforcé son assise politique lors des élections locales de la semaine dernière. Est-ce une coïncidence, ou une vendetta politique…? Le doute est permis, et en Ukraine, tout le monde semble se poser la question.

Ce serait donc Petro Porochenko qui se servirait de la justice à des fins politiques…? 

Rien n’est prouvé bien sûr. Mais non seulement Petro Porochenko n’arrive pas à réaliser les réformes promises, mais en plus, il est un Président oligarque. En tant que tel, il est le seul oligarque à s’être enrichi pendant l’année 2015. Une manifestation demandant la démission du Procureur Général samedi dernier s’est déroulée devant la résidence somptueuse du Président en banlieue de Kiev. Une propriété tellement somptueuse qu’elle rappelle les jours sombres du régime de Viktor Ianoukovitch.

Autant vous dire que l’ambiance est très électrique en Ukraine. Une pétition au Parlement est sur le point de récolter suffisamment de signatures de députés pour obtenir la démission de Viktor Shokin. Des ambassadeurs occidentaux et des ONG internationales l’accusent de saboter les réformes. Les manifestations se multiplient contre lui. Mais ce qui est inquiétant, c’est le risque de radicalisation de ces protestations. Il y a trois jours, le bureau du Procureur Général a été touché par des balles de fusil. Personne n’a été touché, le tireur n’a pas été identifié. Mais cela montre bien que la situation peut dégénérer rapidement.

Ecouter la séquence ici