Libération: La voie sans issue de la décentralisation?

« Evènement Ukraine », avec un entretien de Petro Porochenko, publié dans Libération, le 12/08/2015

L’Ukraine est-elle à la veille d’une «nouvelle spirale des combats», comme l’affirme le chef séparatiste de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko ? Alors qu’au moins quatre personnes sont mortes depuis dimanche à la suite de tirs d’artillerie, Kiev semble d’accord pour dénoncer l’escalade des violences dans l’Est prorusse. Plus politique que militaire, ce regain d’affrontements intervient à un moment où Moscou voudrait que Kiev accepte de dialoguer directement avec les séparatistes.

«On se bat toujours… Et, au Parlement, ils parlent de décentralisation et d’élections», dit le journaliste Volodymyr Runets, qui vit au rythme …

Lire le reste du dossier ici (accès libre à partir du 14/08/2015)

Libération: Petro Porochenko: « Poutine ira aussi loin que l’on y autorisera »

« Evènement Ukraine », avec un entretien de Petro Porochenko, publié dans Libération, le 12/08/2015

Cet entretien a été conduit dans le bâtiment de l’administration présidentielle, à Kiev, le samedi 1er août. Il a été réalisé conjointement avec deux journalistes. STEFAN SCHOCHER (à droite sur la photo) pour le journal autrichien “Kurier”. JUSSI Niemeläinen (à gauche) pour “Helsingin Sanomat”, en Finlande. 

L’escalade des combats dans l’Est, où les rebelles séparatistes prorusses auraient tenté plusieurs offensives avec des chars, a incité le président ukrainien, Petro Porochenko, à demander lundi des consultations d’urgence avec Paris, Berlin et Moscou, les capitales qui ont parrainé les accords de Minsk en février. Les combats les plus violents ont eu lieu ce week-end autour de la ville de Starohnativka, à mi-chemin entre le bastion séparatiste de Donestk et le port de Marioupol, dernière grande ville de la zone restée sous le contrôle de Kiev. Les autorités ukrainiennes ont recensé 127 attaques, le chiffre le …

(Lire le reste de l’entretien ici (accès libre à partir du 14/08/2015)

RTS: Petro Porochenko reste extrêmement ferme face à la Russie

Entretien diffusé dans l’émission « Forum », sur la RTS, le 02/08/2015

Le président ukrainien dénonce l’agression contre son pays et défendra l’intégrité du territoire ukrainien, son territoire, jusqu’au bout. Lors d’une interview donnée samedi 02 août, notre correspondant lui a demandé au chef de l’Etat quel avenir il espérait offrir aux Ukrainiens, alors que la richesse nationale du pays est moins élevée aujourd’hui qu’en 1990 lors de l’éclatement de l’URSS.
LAZ_8820

PP: Dans un contexte de guerre et d’augmentation des dépenses de défense, il n’existe pas d’autres cas où un gouvernement ou un président a mener des réformes avec succès. Mais nous, pendant la guerre, nous avons réduit les déficits budgétaires, nous mettons en oeuvre la décentralisation du pays, nous établissons l’Etat de droit, nous conduisons une réforme très difficile du système judiciaire, nous luttons contre la bureaucratie et l’oligarchie. Ces réformes sont très douloureuses.

SG: Les hostilités qui se poursuivent dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, sont un véritable obstacle au développement économique et aux réformes. Pourquoi ne pas tout simplement le céder à ceux qui le veulent?

PP: C’est un territoire ukrainien! Auparavant, il y avait 4 millions d’Ukrainiens qui y habitaient. Ils subissent la pression de des troupes russes qui occupent mon pays. C’est une véritable agression contre mon pays. C’est une violation brutale du droit international et il est impossible d’abandonner la moindre parcelle de mon territoire.

SG: Vous répétez souvent que les Ukrainiens se battent pour la sécurité de tout le continent européen. Qu’attendez-vous de vos partenaires occidentaux dans ce combat?

PP: Premièrement, nous avons besoin de la solidarité européenne avec l’Ukraine. Nous l’avons déjà. Second: nous avons besoin d’une unité transatlantique. C’est une violation brutale du droit international, un danger global pour la sécurité mondiale. Troisièmement: nous avons besoin de soutien financier pour les réformes. Le problème principal des Ukrainiens est qu’ils abhorrent l’idée de vivre dans cet espèce d’empire soviétique, ils se considèrent eux-mêmes comme une nation européenne. Et ils veulent à tout prix mener ces réformes à bien. Quatrièmement: il faut un mécanisme pour motiver l’agresseur à remplir ses obligations. ce sont les sanctions! Ce n’est pas fait pour punir qui que ce soit. Mais c’est ici pour motiver l’agresseur à remplir ses obligations, à retirer ses troupes et ainsi de suite. Et cinquièmement: une coordination effective et efficace pour la mission de maintien de la paix.

SG: A votre avis, la mission d’observation de l’OSCE est-elle suffisante pour garantir l’application des accords de paix de Minsk ?

PP: Sur les questions de désescalade de la situation, un cessez-le-feu immédiat, le retrait des troupes, ni la Russie, ni les terroristes qu’elle soutient, ne mettent rien en oeuvre. A cause de tout cela, nous devons avoir une force de maintien de la paix. Parce que la mission de monitoring de l’OSCE est d’une importance vitale pour nous. Mais ce n’est pas suffisant.

Ecouter l’entretien ici (accès libre, remonter à l’émission du 02/08/2015)

La Tribune de Genève: Entretien avec Petro Porochenko: « Nous combattons pour tout le continent européen »

Entretien publié dans La Tribune de Genève, le 03/08/2015

Cet entretien a été conduit dans le bâtiment de l’administration présidentielle, à Kiev, le samedi 1er août. Il a été réalisé conjointement avec deux journalistes. STEFAN SCHOCHER (à droite sur la photo) pour le journal autrichien “Kurier”. JUSSI Niemeläinen (à gauche) pour “Helsingin Sanomat”, en Finlande. 

Screen Shot 2015-08-10 at 00.44.03

Elu président d’Ukraine à une large majorité, en mai 2014, à la suite de la Révolution de la Dignité de l’hiver 2013-14, Petro Porochenko, 49 ans, est à la tête d’un pays exsangue. Faisant face à une grave récession économique, à une corruption endémique, et à une guerre hybride avec la Russie, le chef de l’Etat est aussi sous pression de la société civile, qui demande des changements radicaux et rapides.

La richesse nationale de l’Ukraine est moins élevée aujourd’hui qu’en 1990, à la fin de l’URSS. Quel avenir pouvez-vous proposer aux Ukrainiens?

Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui éprouve une vraie nostalgie de l’URSS. Les résultats des dernières élections présidentielles et parlementaires l’ont démontré très clairement. Mais vous avez raison: notre richesse nationale a diminué, et il y a une explication très simple: 25% de la production industrielle est en territoire occupé.

Et dans le même temps, en parallèle de l’agression de l’est de mon pays – en plus de l’annexion de la Crimée – les Russes nous ferment leurs marchés. Ils ont lancé une guerre commerciale de grande ampleur contre l’Ukraine. Nous recherchons activement des marchés de substitution. Mais c’est peut-être la pire des épreuves que nous inflige l’agresseur.

Hormis l’agression russe, comment expliquez-vous que les réformes se fassent attendre?

Dans un contexte de guerre et d’augmentation des dépenses de défense, il n’existe pas d’autres cas où un gouvernement ou un président ont mené des réformes avec succès. Mais nous, pendant la guerre, nous avons réduit les déficits budgétaires, nous mettons en œuvre la décentralisation, nous établissons l’Etat de droit, nous conduisons une réforme très difficile du système judiciaire, nous luttons contre la bureaucratie et l’oligarchie. Ces réformes sont très douloureuses.

Les hostilités qui se poursuivent dans le Donbass, à l’est, sont un véritable obstacle au développement économique et aux réformes. Pourquoi ne pas simplement céder la région à ceux qui la veulent?

C’est un territoire ukrainien! il y a 4 millions d’Ukrainiens qui y habitent. Ils subissent la pression des troupes russes qui occupent mon pays. Nous autres Ukrainiens, nous n’avons aucun problème pour trouver des compromis entre nous. C’est la propagande russe qui tente de présenter cela comme un conflit interne aux Ukrainiens. Non! c’est une véritable agression contre mon pays. C’est une violation brutale du droit international et il est impossible d’abandonner la moindre parcelle de mon territoire.

LAZ_8870

Jusqu’où pensez-vous que Vladimir Poutine veut aller?

Poutine veut aller aussi loin qu’on l’y autorisera. Il veut toute l’Europe. Avec l’annexion de la Crimée et l’agression de l’est de l’Ukraine, Poutine a fracassé le système de sécurité internationale. Une agression contre la Finlande est-elle possible? Oui. Et la Finlande en est bien consciente. Une agression contre les Etats baltes est-elle possible? Bien sûr. Une agression dans l’espace de la mer Noire est-elle possible? Oui. Et c’est pourquoi, quand nous parlons des Ukrainiens qui se battent dans l’est de mon pays, nous ne parlons pas seulement d’une lutte pour l’intégrité et l’indépendance de l’Ukraine: nous combattons pour la démocratie, pour la liberté, pour la sécurité de tout le continent européen.

Qu’attendez-vous de vos partenaires occidentaux?

Premièrement, nous avons besoin de la solidarité européenne. Nous l’avons déjà. Deuxièmement nous avons besoin d’une unité transatlantique. Troisièmement: nous avons besoin de soutien financier pour les réformes. Le problème principal des Ukrainiens est qu’ils abhorrent l’idée de vivre dans cette espèce d’empire soviétique, ils se considèrent eux-mêmes comme une nation européenne. Et ils veulent à tout prix mener ces réformes à bien. Quatrièmement: il faut un mécanisme pour motiver l’agresseur à remplir ses obligations. Ce sont les sanctions! Ce n’est pas fait pour punir qui que ce soit. Mais c’est pour motiver l’agresseur à remplir ses obligations, à retirer ses troupes et ainsi de suite. Et cinquièmement: il faut une coordination effective et efficace pour l’application du plan de paix de Minsk.

Pouvez-vous compter sur la participation de la Russie et sur la mission d’observation de l’OSCE pour assurer l’application du plan de paix?

Sur les questions de désescalade, d’un cessez-le-feu immédiat, ou du retrait des troupes, ni la Russie ni les terroristes qu’elle soutient ne mettent rien en œuvre. A cause de tout cela, nous devons avoir une force de maintien de la paix. Parce que la mission de monitoring de l’OSCE est d’une importance vitale pour nous. Mais ce n’est pas suffisant. Aujourd’hui, 1er août, c’est le 40e anniversaire des accords d’Helsinki, la création de l’OSCE. C’était un mécanisme créé pour assurer une méthode européenne civilisée de maintien de la sécurité et de la stabilité du continent. Le même jour, à Moscou, le Ministère des affaires étrangères a publié un communiqué sur les 40?ans de l’OSCE en disant que l’annexion de la Crimée était légale. C’est comme cela qu’ils voient la situation. Nous, le monde entier, nous avons voté au Conseil de sécurité de l’ONU pour demander la création d’un tribunal sur le crash du MH17. Et la Russie, complètement isolée, a utilisé son droit de veto pour l’empêcher. Ce veto, c’est la reconnaissance de la responsabilité russe dans cette attaque terroriste.

Vous parlez beaucoup de l’agression russe. Mais à l’intérieur de l’Ukraine, les bataillons de volontaires sont devenus un véritable contre-pouvoir à l’autorité de l’Etat. Le groupe ultranationaliste Praviy Sektor, notamment, a été au cœur d’une véritable guerre de gangs dans l’ouest du pays au début de juillet. Comment empêcher que ces groupes ne deviennent un Etat dans l’Etat?

Au cours de cette année, nous avons construit une des meilleures et plus puissantes armées d’Europe, pas de doute là-dessus. La plupart des volontaires a été intégrée dans l’armée ou la garde nationale et ils ont renforcé notre sécurité et notre défense. Malheureusement, quelques criminels se servent du nom de ces groupes patriotes pour perpétrer leurs crimes. La réponse de l’Etat doit être la suivante: ils doivent être considérés comme des criminels.

Dmytro Iarosh, le chef de Praviy Sektor, a pris la défense de ces hommes que vous appelez criminels. Est-il lui aussi un criminel?

Non. Nous avons des positions radicalement opposées. On peut avoir un parti politique, qui peut être radical. Heureusement ou malheureusement, c’est un élément de la démocratie. Mais si ces partis politiques font semblant d’avoir des unités armées, avec des armes, c’est illégal. Et ces gens sont traités comme des groupes armés illégaux.

RFI: Entretien avec Petro Porochenko: « Poutine veut toute l’Europe »

Entretien conduit avec Petro Porochenko, Président de l’Ukraine, diffusé sur RFI, le 03/08.2015

Cet entretien a été conduit dans le bâtiment de l’administration présidentielle, à Kiev, le samedi 1er août. Il a été réalisé conjointement avec deux journalistes. STEFAN SCHOCHER (à droite sur la photo) pour le journal autrichien “Kurier”. JUSSI Niemeläinen (à gauche) pour “Helsingin Sanomat”, en Finlande. 

LAZ_8820

Poutine veut aller aussi loin que l’on y autorisera. Il veut toute l’Europe. Si l’on m’avait posé la question il y a deux ans, je vous aurai répondu que cela était  impossible! Le système de sécurité internationale instauré après la seconde guerre mondiale ne pouvait pas le permettre. Mais si on me pose la question aujourd’hui, je vous assure que tout est possible! Et plusieurs dirigeants européens partagent cette opinion. Avec l’annexion de la Crimée et l’agression de l’est de l’Ukraine, Poutine a fracassé le système de sécurité internationale. Une agression contre la Finlande est-elle possible? Oui. Et la Finlande en est bien consciente. Une agression contre les Etats baltes est-elle possible? Bien sûr. Une agression dans l’espace de la mer noire est-elle possible ? Oui. Et c’est pour cela que Poutine a augmenté sa capacité d’attaque sur la péninsule de Crimée. Et c’est pourquoi, quand nous parlons des Ukrainiens qui se battent dans l’est de mon pays, nous ne parlons pas seulement d’une lutte pour l’intégrité et l’indépendance de l’Ukraine: nous combattons pour la démocratie, pour la liberté, pour la sécurité de tout le continent européen.

Il se veut le « président de la paix » dans un pays en guerre. Petro Porochenko est à la tête de l’Ukraine depuis mai 2014. En plus d’avoir à gérer l’annexion de la Crimée par la Russie et une guerre hybride dans l’est du pays, opposant les Ukrainiens aux forces pro-russes et russes, Petro Porochenko s’est engagé à profondément réformer son pays, de l’économie à la justice, en passant par la lutte contre la corruption. Notre correspondant en Ukraine, Sébastien Gobert, l’a rencontré dans ses bureaux, samedi 1er août, pour discuter de son action, et de son message aux Européens. L’entretien a été conduit dans le bâtiment de l’administration présidentielle, à Kiev, le samedi 1er août. Il a été réalisé conjointement avec deux journalistes, un représentant le journal autrichien Kurier, et l’autre le journal Helsingin Sanomat en Finlande.

RFI : Monsieur le Président, vous êtes arrivé au pouvoir dans la vague de la Révolution de la Dignité, pendant l’hiver 2013-2014. Mais presqu’un an et demi après, les Ukrainiens semblent encore attendre les réformes pour lesquelles ils se sont battus.

Petro Porochenko : Dans un contexte de guerre et d’augmentation des dépenses de défense, il n’existe pas d’autres cas où un gouvernement ou un président a mené des réformes avec succès. Mais nous, pendant la guerre, nous avons réduit les déficits budgétaires, nous mettons en œuvre la décentralisation du pays, nous établissons l’Etat de droit, nous conduisons une réforme très difficile du système judiciaire, nous luttons contre la bureaucratie et l’oligarchie. Ces réformes sont très douloureuses. Et nous mettons notre réputation en jeu pour changer le pays.

LAZ_8870

La richesse nationale de l’Ukraine est moins élevée aujourd’hui qu’en 1990, à la fin de l’URSS. Quel avenir pouvez-vous proposer aux Ukrainiens ? 

Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui éprouve une vraie nostalgie de l’URSS. Les résultats des dernières élections présidentielles et parlementaires ont démontré cela très clairement. Mais vous avez raison, notre richesse nationale a diminué, et il y a une explication très simple : 25% de la production industrielle est en territoire occupé. 10% du revenu industriel a physiquement été détruit par la guerre ou bien démonté et transporté vers le pays agresseur, la Fédération de Russie.

Et dans le même temps, en parallèle de l’agression de l’est de mon pays, en plus de l’annexion de la Crimée, les Russes nous ferment leurs marchés. Ils ont lancé une guerre commerciale de grande ampleur contre l’Ukraine. Nous recherchons activement des marchés de substitution. Mais c’est peut-être la pire des épreuves que nous inflige l’agresseur.

Les hostilités qui se poursuivent dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, sont un véritable obstacle au développement économique et aux réformes. Pourquoi ne pas tout simplement céder la région à ceux qui la veulent ? 

C’est un territoire ukrainien ! Il y a 4 millions d’Ukrainiens qui y habitent. Ils subissent la pression des troupes russes qui occupent mon pays. Nous autres Ukrainiens, nous n’avons aucun problème pour trouver des compromis entre nous. C’est la propagande russe qui tente de présenter cela comme un conflit interne aux Ukrainiens. Non ! C’est une véritable agression contre mon pays. Et à l’heure où nous parlons, il y a 9 000 soldats russes, équipés d’armes russes les plus modernes, qui occupent mon territoire. Et plus des 60 000 soldats russes qui occupent la Crimée ! C’est une violation brutale du droit international et il est impossible d’abandonner la moindre parcelle de mon territoire.
La nouvelle loi sur la décentralisation donne plus de pouvoir aux collectivités territoriales, notamment dans les territoires séparatistes. Malgré cela, vous continuez d’appeler les représentants pro-russes des « terroristes ». Pouvez-vous dialoguer, voire travailler avec eux ?

Si ces personnes ne tuent pas d’Ukrainiens, alors elles bénéficieront d’une amnistie après la tenue d’élections. Ceux-là, je ne les appelle pas « terroristes », mais « criminels ». S’ils ont tué, ils doivent être tenus responsables. Sinon, c’est très simple : nous organiserons des élections et il y aura une loi d’amnistie.

Vous dites que les Ukrainiens se battent pour la sécurité de tout le continent européen. Qu’attendez-vous de vos partenaires occidentaux dans ce combat ? 

Premièrement, nous avons besoin de la solidarité européenne avec l’Ukraine. Nous l’avons déjà. Deuxièmement, nous avons besoin d’une unité transatlantique. C’est une violation brutale du droit international, un danger global pour la sécurité mondiale. Troisièmement, nous avons besoin de soutien financier pour les réformes. Le problème principal des Ukrainiens est qu’ils abhorrent l’idée de vivre dans cette espèce d’empire soviétique, ils se considèrent eux-mêmes comme une nation européenne. Et ils veulent à tout prix mener ces réformes à bien. Quatrièmement, il faut un mécanisme pour motiver l’agresseur à remplir ses obligations. Ce sont les sanctions ! Ce n’est pas fait pour punir qui que ce soit. Mais c’est ici pour motiver l’agresseur à remplir ses obligations, à retirer ses troupes et ainsi de suite. Et cinquièmement, une coordination effective et efficace pour l’application du plan de paix de Minsk.

Pouvez-vous compter sur la participation de la Russie et sur la mission d’observation de l’OSCE comme outils suffisants pour assurer l’application du plan de paix ? 

Sur les questions de désescalade de la situation, d’un cessez-le-feu immédiat et du retrait des troupes, ni la Russie, ni les terroristes qu’elle soutient ne mettent rien en œuvre. C’est pourquoi nous devons avoir une force de maintien de la paix, car la mission de monitoring de l’OSCE est d’une importance vitale pour nous. Mais ce n’est pas suffisant. Aujourd’hui, 1er août, c’est le 40e anniversaire des accords d’Helsinki, la création de l’OSCE. C’était un mécanisme créé pour assurer une méthode européenne civilisée afin de garder la sécurité et la stabilité sur le continent. Le même jour, à Moscou, le ministère des Affaires étrangères russes a publié un communiqué sur les 40 ans de l’OSCE en disant que l’annexion de la Crimée était légale. C’est comme cela qu’ils voient la situation. Nous — le monde entier — nous avons voté au conseil de sécurité de l’ONU pour demander la création d’un tribunal sur le MH17, et la Russie, complètement isolée, a utilisé son droit de veto pour l’empêcher. Ce veto, c’est la reconnaissance de la responsabilité russe dans cette attaque terroriste.

Vous parlez beaucoup de l’agression russe. Mais à l’intérieur de l’Ukraine, les bataillons de volontaires sont devenus un véritable contre-pouvoir à l’autorité de l’Etat. Le groupe ultra-nationaliste Praviy Sektor, notamment, a été au cœur d’une véritable guerre de gangs dans l’ouest du pays début juillet. Comment empêcher que ces groupes ne deviennent un Etat dans l’Etat ? 

Au cours de cette année, nous avons construit une des meilleures et plus puissantes armées d’Europe, pas de doute là-dessus. La plupart des volontaires a été intégré dans l’armée, la garde nationale et ils ont renforcé notre sécurité et notre défense. Malheureusement, quelques criminels se servent du nom de ces groupes patriotes pour conduire leurs crimes. Mais ce sont des criminels ! Ils n’ont aucun fondement politique. Et la réponse de l’Etat doit être la suivante : ils doivent être considérés comme des criminels.

Dmytro Iarosh, le chef de Praviy Sektor, a pris la défense de ces hommes que vous appelez criminels. Est-il lui aussi un criminel ? 

Non. Nous avons des positions radicalement opposées. On peut avoir un parti politique, qui peut être radical. Heureusement ou malheureusement, c’est un élément de la démocratie. Mais si ces partis politiques font semblant d’avoir des unités armées, c’est illégal. Et ces gens sont traités comme des groupes armés illégaux.

Cette affaire a montré que vous ne contrôlez pas vos frontières. Croyez-vous qu’il est encore possible d’obtenir une abolition du régime de visas Schengen pour les Ukrainiens, afin qu’ils puissent voyager librement en Europe ? 

Nous avons la confirmation que l’incident est terminé. Nous avons assuré la paix et la stabilité. La réaction des autorités ukrainiennes a été rapide et efficace. Le problème n’est pas quand la contrebande existe, c’est quand l’Etat ne lutte pas contre le phénomène. Ce n’est pas la particularité de l’Ukraine. C’est un problème pour de nombreux pays! Et c’est seulement à travers la collaboration que l’on peut produire des résultats rapides. Cet incident qui a duré un ou deux jours n’affecte pas la perspective de l’Ukraine d’abolition du régime de visas.

Ecouter l’entretien ici

RFI: Praviy Sektor, instrument d’une banale guerre de gangs?

Article publié sur le site de RFI, le 17/07/2015

En Ukraine, le bras de fer entre l’Etat et le groupe ultranationaliste Praviy Sektor ne fait que commencer. Samedi 11 juillet, une fusillade meurtrière a éclaté dans l’ouest de la Transcarpathie, une région proche de la frontière avec la Hongrie. Depuis, toute l’Ukraine vit sous la menace d’affrontements généralisés entre bataillons de volontaires et forces régulières.

Screen Shot 2015-07-18 at 11.42.18

A l’origine, une histoire de familles entre un député originaire de la Transcarpathie et réputé pour avoir le contrôle de la très fructueuse contrebande de cigarettes, et un autre qui veut se l’approprier et en retirer les bénéfices. Dans l’hiver 2013-2014, le deuxième est parvenu à mobiliser la section locale de Praviy Sektor (secteur droit) – le fameux groupe paramilitaire d’extrême droite né pendant la Révolution.

Or, samedi dernier, une fusillade meurtrière a éclaté dans l’ouest de cette région proche de la frontière avec la Hongrie. Des militants armés ont rendu visite au premier député. La rencontre a dégénéré en bataille rangée avec armes automatiques, véhicules blindés et grenades. Bilan : au moins trois morts, plusieurs blessés et, côté Praviy Sektor, une dizaine de « fuyards » qui ont pris le maquis et qui étaient encore, ce jeudi, recherchés par les forces spéciales ukrainiennes.

Depuis, toute l’Ukraine vit sous la menace d’affrontements généralisés entre bataillons de volontaires et forces régulières. Et la situation est très tendue. Les manifestations se sont multipliées dans plusieurs grandes villes d’Ukraine. Le 14 juillet, deux bombes ont explosé devant des commissariats à Lviv, la capitale de l’Ouest, blessant deux policiers. Et des annonces contradictoires ont fait état du retrait de quelques unités de Praviy Sektor du front de l’Est dans le Donbass.

Comment désarmer les groupes illégaux ? 

Pour autant, y a-t-il un réel risque d’escalade ? Si l’affaire a pris tant d’ampleur, c’est que Praviy Sektor est impliqué, c’est-à-dire un parti politique très controversé et doté d’une branche armée. La question de Praviy Sektor, et des bataillons de volontaires plus ou moins nationalistes, est épineuse depuis longtemps. Les militants mobilisés pendant la révolution et ensuite dans la guerre contre les forces russes et pro-russes accusent l’exécutif politique et militaire ukrainien d’incompétence et de corruption.

A Kiev, le gouvernement s’efforce depuis un an de les mettre au pas et de réduire le risque de voir émerger un véritable contre-pouvoir. Le défi est bien sûr conséquent. Le président Porochenko a beau jeu de promettre le désarmement des groupes illégaux, mais s’il passe effectivement à l’acte, les risques d’affrontement généralisés sont réels, et d’autant plus dangereux pour l’Ukraine que les rumeurs vont bon train d’une offensive russe pendant l’été. Pour l’heure, l’exécutif est impuissant. Et l’opinion publique est divisée entre ceux qui traitent les hommes de Praviy Sektor de bandits et ceux qui les considèrent comme des héros.

Enfin, le groupe Praviy Sektor passerait pour bénéficier des trafics en Transcarpathie, auquel cas il ne servirait que d’instrument dans une banale guerre de gangs. Et c’est sans doute cela qui est le plus grave. On voit que les autorités d’Etat sont encore très faibles, corrompues et peu préparées à faire face à ce genre de situation. Et non seulement Petro Porochenko ne semble pas décidé à dissoudre les bataillons de volontaires, mais il se contente de renvoyer quelques dignitaires en Transcarpathie. Aucune réforme structurelle n’est sur la table.

C’est ce qui désespère la plupart des observateurs, qui considèrent que cette affaire peut se répéter n’importe où, n’importe quand. En attendant, la population subit l’impact de la contrebande, de la corruption et du crime organisé.

Libération: La Transcarpatie cède à la guerre des clans

Certains, dans la capitale ukrainienne, l’appellent déjà «le deuxième front». Les frontières slovaque et hongroise ne sont qu’à une quarantaine de kilomètres de la petite ville de Moukachevo, d’où le Hongrois Ferenc Rákóczi II avait jadis mené sa révolte anti-Habsbourg. Cette petite ville de Transcarpatie a été, pendant plusieurs jours, à partir du 11 juillet, le théâtre d’affrontements armés entre des militants du groupe ultranationaliste Praviy Sektor et les gardes de sécurité d’un député, Mikhaylo Lanyo, puis la police.

Les combats ont dégénéré en bataille rangée, à grands renforts de véhicules blindés, grenades et fumigènes …

Lire le reste de l’article ici (accès abonnés jusqu’au 20/07/2015)