France Culture: Des Casques Bleus dans le Donbass?

Papier radio diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 07/09/2017

Ballet diplomatique autour de la guerre du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Après 3,5 ans de conflit, et plus de 10.000 morts, les affrontements continuent. Néanmoins, les négociations de paix, gelées pendant longtemps, semblent repartir. L’idée d’une force de maintien de la paix de l’ONU fait son chemin – elle vient d’être soutenue par Vladimir Poutine. Les réactions sont mitigées. 

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Les Ukrainiens appellent depuis des années au déploiement d’une force de maintien de la paix dans l’est du pays; qu’elle relève de l’ONU, ou de l’Union européenne. Séparatistes russes et Russes s’y étaient opposés. Aussi le revirement de Vladimir Poutine a été accueilli avec optimisme, en particulier des Allemands. Le Président russe veut dépêcher une force légère de casques bleus le long de la ligne de front, afin de protéger les observateurs de l’OSCE et permettre un meilleur contrôle de la démilitarisation de la zone de guerre.

A Kiev, cependant, on tique. Les Ukrainiens insistent pour que les casques bleus soient déployés dans tout le sud-est du pays, jusqu’à la frontière avec la Russie. Ils entendent ainsi mettre fin à la circulation d’armes et de troupes entre territoires séparatistes et Russie. Ils craignent que la proposition de Vladimir Poutine sanctuarise les républiques auto-proclamées de Donetsk et Louhansk, et gèle le conflit.

Cette annonce est aussi accueillie avec circonspection: dans la même intervention, le chef du Kremlin a menacé à mots couverts d’une généralisation du conflit au cas où les Etats-Unis livreraient des armes létales à l’Ukraine. Une manière de souffler le chaud et le froid sur les réelles intentions de la diplomatie russe. Loin de ces atermoiements politiques, la situation sur le terrain reste tendue. Un énième cessez-le-feu, décidé pour la rentrée scolaire du 1er septembre, est déjà rompu. L’écho des canons résonne encore et toujours dans le Donbass.

RFI: Kiev soulagée après la rencontre de Versailles

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 30/05/2017

Soulagement en Ukraine, après la conférence de presse conjointe d’Emmanuel Macron et de Vladimir Poutine. La France est très importante dans le règlement du conflit à l’est de l’Ukraine, et beaucoup se réjouissent à Kiev d’avoir vu le nouveau président tenir tête au maître du Kremlin. Peu croient cependant que cela puisse régler le conflit dans le Donbass. 

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Au moins, il a compris à qui il avait affaire. Médias et réseaux sociaux ukrainiens avaient longuement accusé les Occidentaux d’indécisions et d’actes manqués dans leur politique vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine. Ils se félicitent aujourd’hui de la prestation d’Emmanuel Macron. Son commentaire sur les agences de press Russia Today et Sputnik étant des organes d’influence et non de journalisme a été particulièrement apprécié. Kiev dénonce depuis 2014 les effets désastreux de la propagande d’Etat russe, qui a joué un rôle important dans le déclenchement de la guerre.

Emmanuel Macron tient tête à Vladimir Poutine, et l’avertit même d’une poursuite des sanctions en cas d’escalade en Ukraine. Pour autant, les commentateurs remarquent qu’il n’apporte pas de proposition nouvelle pour relancer les efforts de paix. La question de l’annexion illégale de la péninsule de Crimée n’a pas été développée. Et, en se référant aux Accords de Minsk, le président français s’engage à prolonger un format de négociations qui n’a produit que peu de résultats tangibles depuis 2015. Nombre d’analystes estiment qu’à la fois Kiev et Moscou ont un intérêt politique à conserver ce cadre de Minsk; afin de préserver un status quo. Même le premier point de l’accord, l’application d’un cessez-le-feu, n’a jamais été totalement respecté. La veille de cette rencontre à Versailles, des bombardements avaient fait quatre blessés et détruit une école dans la zone de guerre. Les trois dernières années ont prouvé que des sommets entre chefs d’Etat n’ont qu’un impact limité sur la réalité du terrain, et sur les perspectives d‘un retour à normale dans la région.

Sébastien Gobert – Kramatorsk – RFI

RFI: Attaques informatiques contre Emmanuel Macron depuis l’Ukraine: pas si simple que ça

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 16/02/2017

Hier, 15 février, dans une Tribune dans Le Monde, Richard Ferrand, le secrétaire général d’En marche, le mouvement d’Emmanuel Macron a accusé la Russie de vouloir saboter la campagne du candidat à la présidentielle. Moscou serait à l’origine de milliers d’attaques informatiques contre le site d’En marche. La moitié viendrait d’Ukraine. La prudence est néanmoins de mise: le lien entre l’origine des attaques et leur commanditaire n’est pas simple à déterminer

Pourquoi l’Ukraine se retrouve-t-elle au coeur de ce scandale cybernétique français? Le pays a connu un développement fulgurant et atypique de son réseau Internet depuis une dizaine d’année. Grâce à une très bonne qualité de connexion, et à cause d’un manque de régulation, le pays est devenu une plateforme du piratage international. Mais des attaques informatiques lancées depuis des ordinateurs ukrainiens, cela ne veut pas dire des attaques informatiques décidées depuis l’Ukraine. Et cela ne présage en rien de l’identité des commanditaires de ces attaques. Serguei Smitienko est un expert ukrainien en défense cybernétique.

Serguei Smitienko: On peut trouver l’ordinateur à l’origine de l’attaque. Mais c’est dur de trouver le Centre de Commande et Contrôle, le C&C, de cet ordinateur. Typiquement, l’ordinateur est en Ukraine. Le C&C est au Kenya. Et ceux qui contrôlent le C&C sont en Thaïlande. 

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Autrement dit, il est très difficile de mettre un nom sur les attaques qui ont touché le site d’Emmanuel Macron. Difficile, mais pas impossible, comme l’explique Anton, un spécialiste en défense cybernétique au sein des services secrets ukrainiens. Il a préféré garder l’anonymat.

Anton: Il est possible de remonter la chaîne de l’attaque. Mais la partie victime doit solliciter les organes ukrainiens compétents afin de nous donner un le mandat juridique. Sans cela, nous ne pouvons rien faire. pastedGraphic.png

Selon l’équipe d’Emmanuel Macron, les attaques se sont multipliées depuis novembre. Les services secrets ukrainiens n’ont reçu aucune demande d’enquête du côté français. Les auteurs des attaques restent donc inconnus à ce jour.

Sébastien Gobert – Kiev – RFI

France Culture: L’adieu de l’ami américain

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 15/01/2017

A 5 jours de la passation de pouvoir entre l’administration de Barack Obama et celle de Donald Trump, le vice-président américain Joe Biden consacre une partie de son dernier déplacement à l’étranger à Kiev, en Ukraine. Une manière de rassurer un pays anxieux de la politique américaine à venir. 

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C’est l’ultime voyage adieu de l’ami américain. Joe Biden a soutenu l’Ukraine avec constance pendant l’annexion de la Crimée par la Russie et dans la guerre hybride qui fait rage dans l’est du pays. En dehors de ses visites officielles, les échanges téléphoniques avec le Président Petro Porochenko ont aussi été très fréquents, parfois jusqu’à plusieurs par semaine. Alors que Barack Obama vient de prolonger pour un an les sanctions américaines à l’encontre de la Russie, le vice-président sur le départ vient rassurer ses partenaires, mais aussi dresser le bilan du partenariat entre les Etats-Unis et l’Ukraine. Depuis la Révolution en 2014, les réformes et la lutte contre la corruption n’ont pas été suffisamment rapides au goût des Américains. A Washington et dans d’autres capitales occidentales, une certaine lassitude est palpable sur le dossier ukrainien. D’un autre côté, l’administration de Barack Obama est critiquée pour ses réactions trop timorées face aux manoeuvres russes. Washington s’est longtemps refusé à livrer de l’équipement militaire et des armes aux Ukrainiens. Et si Joe Biden s’est rendu à Kiev 5 fois depuis début 2014, Barack Obama est le premier président américain à ne jamais avoir fait le déplacement en Ukraine indépendante. Joe Biden vient aussi probablement donner des conseils à Petro Porochenko sur la manière de traiter avec la future administration de Donald Trump. Les dirigeants de Kiev sont mal à l’aise, car ils avaient plus ou moins soutenu la candidature d’Hillary Clinton, contre un Donald Trump jugé trop proche de la Russie. Peut-être Petro Porochenko parviendra-t-il à établir une relation de travail stable avec le prochain locataire de la maison blanche. Mais pour l’heure, à Kiev, le départ de l’administration Obama ouvre une dangereuse période d’incertitude.