RSE: Ukraine: La fin des «Marshoutkas» ?

Brève publiée sur le site de Regard sur l’Est, 07/09/2011

Elles règnent en maîtresses incontestées de la circulation dans la plupart des villes de l’espace post-soviétique. Comblant les déficiences des systèmes de transport public, les marshoutkas, minibus privés, se rendent partout et à toute heure. A condition de savoir lesquelles prendre, et d’où. Les indications sont en effet quasi-inexistantes et le visiteur étranger peut en retenir une impression perturbante de chaos indescriptible.

Ce phénomène, caractéristique de la vie quotidienne dans de nombreux pays, serait sur le point de disparaître en Ukraine. Lors d’une conférence de presse lundi 5 septembre, le vice-premier ministre en charge des infrastructures, Boris Kolesnikov, a ainsi annoncé son intention de voir les marshoutkas disparaître des principales villes du pays d’ici 3-4 ans. Une déclaration en signe d’avertissement aux propriétaires de minibus, afin de les décourager à en acheter à l’étranger. La plupart de ces véhicules provient en effet d’Europe de l’ouest, où ils sont achetés d’occasion. Il n’est d’ailleurs pas rare de monter dans une marshoutka portant encore des publicités ou des directions en allemand ou en néerlandais.

Pour compenser, le gouvernement devrait s’engager à soutenir les entrepreneurs privés à investir dans des autocars et bus de ville fabriqués en Ukraine, à travers des subventions et des prêts à taux préférentiels. Le ministre a aussi affirmé que la ville de Kiev devrait recevoir pas moins de 350 bus d’ici au 1er juin 2012.

MyEurop: Les timides débuts de l’agriculture bio en Ukraine

Article publié sur le site de MyEurop, 06/09/2011

A Kiev, des Français ont créé la première AMAP pour acheter directement aux paysans des produits bio. Une révolution en Ukraine, ancien grenier à blé de l’Europe où l’agriculture biologique reste très marginale. Les débuts sont timides mais prometteurs au pays de Tchernobyl.

Dans l’Ukraine d’aujourd’hui, ancien « grenier à blé » de l’Europe, la quantité prime souvent sur la qualité. Handicapés par de faibles niveaux de vie et de graves lacunes dans les structures de production et distribution, la plupart des Ukrainiens n’ont guère les moyens de s’approprier des notions de traçabilité ou d’agriculture biologique. Petit à petit, la situation évolue néanmoins.

Récemment créée par un petit groupe de Français expatriés, l’Ukramap, une « Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne » en Ukraine, instaure un modèle inédit de production et de distribution directe des produits agricoles.

Un « moyen sympa et convivial »

Il est 7 heures, ce vendredi matin, à Kiev. Dans le centre ville de la capitale qui s’éveille à peine, une poignée d’individus s’affairent à décharger des caisses d’un fourgon jaune. Le contenu ? Une large variété de légumes, frais et « bio », une exception en Ukraine.

On les transporte dans un local proche, où se tient une permanence de l’Ukramap. A l’intérieur du local, un bar-restaurant en cours de rénovation, deux « ukramapiennes » réceptionnent les paniers et les répartissent dans la salle. Liste des adhérents en main, elles assurent ce vendredi matin la permanence tournante et se préparent à accueillir les autres membres.

En tout, ce sont 33 familles, principalement françaises, qui reçoivent un panier toutes les semaines. En ce début de septembre, on y trouve des aubergines, des tomates, de la laitue, des fleurs de courgettes et autres denrées.

Pas question d’y voir des légumes hors-saison : toute la production est garantie « bio ». L’un après l’autre, les membres de l’association se présentent au local pour y récupérer leurs légumes. Et échanger les nouvelles de la semaine. Pour « l’ukramapienne » Anna, c’est là « un moyen sympa et convivial d’avoir des légumes de qualité, ce qui n’est pas forcément le cas en Ukraine. »

Une initiative importée et unique

Outre le caractère associatif de l’Ukramap, la traçabilité des produits est, en effet, un critère d’engagement fondamental. Dans un pays marqué par les cultures intensives de l’ère soviétique, la catastrophe de Tchernobyl et une dérégulation quasi-totale du secteur agricole pendant les deux dernières décennies, de nombreuses craintes existent quant à une contamination à la source des aliments consommés.

L’initiative est née à la fin 2010 d’un groupe de Français expatriés en Ukraine, à la suite d’un débat sur la projection du documentaire de Coline Serreau, « Solutions Locales pour un Désordre Global ». Que faire pour changer, à une échelle modeste, les modes de production et de consommation en Ukraine ? Pour beaucoup des premiers « ukramapiens », l’importation de l’AMAP, un concept déjà largement répandu dans les pays occidentaux, s’est imposée de fait.

Des moines intéressés

Comme le dit Henri, un des fondateurs, « l’important est de lier directement la production à la consommation ». Et de renforcer la traçabilité en évitant les intermédiaires. Après plusieurs mois de recherches, une relation directe a été établie avec Vitaly, un jeune agriculteur-exploitant situé à environ 160 kilomètres de Kiev.

Depuis son lancement le 1er avril 2011, la réputation de l’association s’accroît et un éleveur d’œufs a rejoint l’aventure. Un monastère est sur le point de commencer des livraisons de fruits. La liste d’attente de personnes souhaitant adhérer s’allonge, elle aussi. Parmi eux, de plus en plus d’Ukrainiens. Un succès qui pourrait dépasser les capacités, tant de l’association que de Vitaly, et une possible duplication de l’amap serait à l’étude.

Un succès à pondérer malgré tout. L’Ukramap demeure la seule initiative de ce type en Ukraine. A titre de comparaison, on compte en France entre 1 000 et 1 200 amaps, qui approvisionneraient environ 30 000 familles. Et même en acceptant plus de membres, la taille critique de l’association sera vite atteinte, en raison d’un manque de structures et d’approvisionnement en produits « bio ».

Les balbutiements du « bio »

Car les « ukramapiens » ont fait le choix de ne se fournir qu’en produits issus de l’agriculture biologique, c’est-à-dire débarrassée de pesticides et d’engrais chimiques. Jérôme, un autre fondateur, affirme avoir mené de véritables « audits » de candidats fournisseurs et d’avoir refusé nombre d’exploitants avant de sélectionner Vitaly. Ce dernier explique que « la majorité des Ukrainiens ne sait pas ce qu’est la production organique ». D’où des problèmes de formation, de maîtrise technique, d’investissements et de débouchés.

Lui a commencé à cultiver « bio » par réflexe de « mieux-vivre », en dédiant d’abord sa production à ses proches. S’apercevant d’une montée de la demande de produits « bio », il s’est lancé à plus grande échelle et peut maintenant vivre de son exploitation. Sa chance a été de rencontrer les « ukramapiens », qui absorbent la moitié de sa production. Le reste part dans les rares magasins d’alimentation « bio » et de diététique de Kiev, ou encore dans le commerce sur Internet. Il travaille maintenant à la construction d’une nouvelle serre, financée par quelques uns de ses clients.

Les clients restent rares

Il reste néanmoins un cas isolé : seuls quelques 200 producteurs « bio » sont accrédités en Ukraine, par le biais de l’institut suisse FIBL. Ils couvrent moins de 1% de la production agricole totale du pays (contre 3% environ en France). Nombre d’entre eux éprouvent de grandes difficultés à écouler leur production et il n’est pas rare de voir certains vendre leurs légumes sur des marchés locaux, au même titre (et au même prix) que des produits plus conventionnels.

Pour l’heure, la permanence de l’Ukramap s’achève à Kiev. Les paniers qui n’ont pas été récoltés ce matin partent à Ohmadyt, un hôpital pour enfants. La « saison 2 » de l’aventure est censée débuter à la mi-octobre, avec le renouvellement du contrat avec les fournisseurs et l’éventuelle modification des structures de l’association. L’occasion de voir si l’initiative fait école malgré le « désordre » économique, politique et social actuel en Ukraine, ou si elle reste une « solution locale ».

Ukraine: Ianoukovitch l’ukrainophobique ?

Brève publiée le 07/08/2011 sur le site de Regard sur l’Est

Le conseil municipal d’Ivano-Frankivsk, grande ville de l’ouest du pays, a rendu public, vendredi 5 août, une résolution au ton accablant. Les autorités locales y condamnent un arrêt de la Haute Cour Administrative rendu le 2 août, qui confirme une fois pour toutes que Stepan Bandera et Roman Shukevitch sont dépossédés de leur titre de héros nationaux. Une reconnaissance à titre posthume, que le président Victor Iouchtchenko avait accordé en janvier 2010 à ces deux figures controversées de l’histoire ukrainienne. De fait, s’ils ont significativement œuvré pour l’indépendance nationale (S.Bandera proclama une république indépendante d’Ukraine en 1941 à Lviv), leurs méthodes se sont avérées peu recommandables (notamment une étroite collaboration avec les Nazis et des massacres de Polonais et de Juifs).

A travers cette déclaration, le conseil municipal exprime sans détour son dédain pour l’autorité de la Cour: «En prenant cette décision politique honteuse et contestable du point de vue du droit, les juges étaient clairement guidés non pas par un raisonnement légal, mais par les instructions des dirigeants du pays, ce qui est une autre preuve de l’usurpation de toutes les branches du pouvoir que le régime met en œuvre». Selon les autorités d’Ivano-Frankivsk, l’arrêt de la cour est un «événement planifié sciemment en vue du 20ème anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine; une fête qui est ouvertement ignorée par les autorités dirigées par Ianoukovitch». Le pays marquera les 20 ans de son indépendance le 24 août prochain.

Allant encore plus loin, la résolution accuse l’équipe au pouvoir de n’être que «l’administration d’occupation de Moscou, puisque seuls des envahisseurs combattent ainsi les héros nationaux et méprisent l’indépendance [du pays occupé]». Appelant à une réaction des citoyens ukrainiens contre la «politique ukrainophobique» du gouvernement, le conseil municipal estime que «les héros nationaux resteront des héros, et ce malgré toute décision des autorités ou tout arrêt de cour de justice».

Bien que son lyrisme mérite d’être souligné, la résolution ne porte pas à conséquence. Elle illustre, une fois de plus, le gouffre béant qui sépare les régions est et ouest du pays sur ces questions politiques et historiques. Les oblast de l’ouest sont en effet représentés par des partis plus «ukraino-ukrainiens», tels que Notre Ukraine (parti de V.Iouchtchenko), Patrie (Ioulia Timochenko), le Parti du Peuple Ukrainien (UPP-conservateur nationaliste) ou encore Svoboda (extrême-droite). La vie politique dans les oblast de l’est est quasi-exclusivement rythmée par le Parti des Régions du Président Ianoukovitch. Le maire d’Ivano-Frankivsk, Victor Anushkevychus, membre de l’UPP, dirige ainsi un conseil municipal dominé par son parti, ainsi que Notre Ukraine et Patrie.

Dans le même esprit, le président du conseil régional de l’oblast de Lviv, Oleg Pankevitch (Svoboda), a appelé les habitants de Lviv à défier la décision de justice et à célébrer, le 24 août, Bandera et Shukevitch en tant que héros d’Ukraine.