RFI: Embellie économique en Ukraine

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », sur RFI, le 31/08/2017

L’agence américaine Moody’s vient de relever sa note de l’Ukraine. Une amélioration très modeste, mais qui envoie un signal positif aux Ukrainiens, et qui semblent signaler que des réformes structurelles portent leurs fruits. Après une grave crise économique en 2014-15, et une récession d’au moins 9%, le pays semble regarder de l’avant. 

Moody's sign on 7 World Trade Center tower in New York

Sébastien, pourquoi cette revue à la hausse de la note de l’Ukraine? 

Selon le communiqué de Moody’s, il s’agit justement de remarquer l’impact de quelques réformes structurelles mises en place ces dernières années. Notamment la stabilisation des finances publiques, la restructuration de la dette extérieure des secteurs bancaires et gazier. C’était il y a encore peu des trous noirs de la corruption dans le pays. Le ministère des finances travaille aussi à des réformes très techniques qui assainissent le cadre des finances publiques: discipline budgétaire, simplification du système fiscal, ou encore introduction d’un système en ligne et transparent pour les retours de TVA.

La décision de Moody’s, c’est une amélioration très modeste: de Caa3 à Caa2, c’est-à-dire d’une « appréciation stable » à une « appréciation positive ». On est encore très loin des sacro-saints Triple A, dont bénéficie par exemple la France. Mais le signal est fort: grâce à cette simple amélioration, l’Ukraine a accès à des taux plus avantageux sur les marchés internationaux, pour emprunter. Un avis positif peut aussi encourager les investisseurs à venir s’implanter en Ukraine.

Et-ce que cela correspond à un mouvement réel dans l’économie? 

Ca s’inscrit dans une croissance économique soutenue, c’est sûr. + 2,3% l’an dernier, 2% cette année. On s’attend à 3% en 2018. C’est le signe que l’Ukraine a sorti la tête de l’eau, après une récession historique, une dévaluation catastrophique, une désorganisation totale de l’Etat dans un contexte de révolution et de guerre. Les annonces de création d’entreprises, d’industries, de start-up, se multiplient. Le Président Petro Porochenko a accueilli l’annonce de Moody’s en assurant que l’Ukraine était sur le chemin d’une transformation radicale, et ne s’arrêterait pas.

Pour autant, il faut relativiser. D’abord parce que la conjoncture politique et militaire en Ukraine reste très instable, et donc tout peut être remis en cause rapidement. Mais aussi parce que l’annonce de Moody’s concerne avant tout le secteur financier, et la reprise économique n’a pas encore d’effet visible sur le pays, sur l’état des infrastructures, ou même sur l’emploi. Par exemple, un des principaux moteurs de l’économie, c’est le complexe agro-industriel. L’Ukraine est certes l’une des premières puissances agricoles mondiales, mais ce n’est pas ça qui justifie des embauches en masse. Les Ukrainiens restent parmi les plus pauvres en Europe, en terme de PIB par habitant.

Que faudrait-il pour assurer une croissance qui profite à la population? 

Des économistes très pointus se sont cassés les dents sur cette question, donc on ne peut pas répondre avec certitude. Mais un des éléments de réponse, c’est le temps. Des réformes structurelles, en plus que celles que j’ai évoqué, peuvent changer la donne. Par exemple, la décentralisation du pouvoir vers les collectivités locales, la réforme de la santé, ou encore l’abandon des standards de production soviétique, et la modernisation de l’économie. Tout ceci peut, sur la durée, changer la nature même de l’économie ukrainienne.

Autre élément: il faudrait que la lutte contre la corruption soit efficace, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent. Exemple: je mentionnais la restructuration du secteur énergétique. Elle a été profonde, et réelle. Mais il y a deux jours, un scandale a éclaté: Viktor Medvetchouk, un oligarque ukrainien proche de Vladimir Poutine, contrôlerait 40% des importations, et maintiendrait les prix à la hausse! Difficile d’imaginer qu’il a pu entretenir un tel système sans que l’exécutif se rende compte de rien. L’exécutif qui, pendant ce temps, prête une oreille sourde aux critiques, tandis que le Procureur Général multiplie les enquêtes sur les réformateurs et les militants anti-corruption. Cela renvoie une impression de malaise, et ne donne pas vraiment d’espoir quant à une lutte sérieuse contre la corruption. Mais c’est pourtant cela, la véritable gangrène de l’économie ukrainienne.

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RFI: L’Ukraine célèbre les 26 ans de son indépendance comme pays d’émigration

Reportage diffusé sur RFI, le 24/08/2017

Il y a 26 ans, l’Ukraine quittait l’URSS. Parade militaire et célébrations populaires sont de rigueur. Mais c’est aussi l’heure de réfléchir à l’état du pays. D’une population de 52 millions d’habitants en 1991, l’Ukraine compte aujourd’hui moins de 46 millions. Entre faible natalité et forte mortalité, l’émigration y est pour beaucoup. Dans un contexte difficile, de guerre à l’Est et de crise économique, elle reste une réalité. Et la question de rester ou partir d’Ukraine se pose pour beaucoup d’habitants. Le débat se cristallise aujourd’hui autour d’un article intitulé « Не зрікаються в любові – Ne pas renoncer à l’amour ». 

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“Je veux partir”. Partir et oublier la corruption, la guerre, les mauvaises infrastructures, et tout ce qui fait de l’Ukraine un pays difficile à vivre. La journaliste Ioulia Mostova a créé la sensation en publiant ces lignes, et en relançant le débat sur l’émigration de masse à partir de l’Ukraine. Le phénomène est en augmentation constante depuis une décennie. Il s’est amplifié avec les crises des dernières années, comme l’indique l’OIM, l’Organisation Internationale pour les Migrations. Pour beaucoup, c’est un signe que l’Etat ukrainien ne peut offrir des opportunités de développement à ses citoyens. Anastasia Vynnychenko, experte à l’OIM, nuance un tel jugement.

Anastasia Vynnychenko: On peut toujours discuter des illusions et désillusions des Ukrainiens. Mais les principales raisons pour partir sont avant tout économiques. Partir est une décision difficile à prendre…

La journaliste Ioulia Mostova voulait avant tout provoquer ses lecteurs, car elle, elle a choisi de rester. Dans la seconde partie de son article, elle met en avant ses espoirs, ses ambitions, ses projets, qui la retiennent en Ukraine.

La jeune Maria Krioutchov est engagée dans des projets de lutte contre la corruption à Kiev. Elle veut aussi rester pour faire de son pays un endroit où il ferait bon vivre. Dans le même temps, Maria Krioutchov ne cache pas son cynisme.

Maria Krioutchov: La jeune génération ne croit plus à l’idée de frontière. Un billet d’avion Kiev-Budapest coûte moins cher que le bakchich que l’on doit payer au professeur d’université à Kiev pour avoir ses diplômes!

Autrement dit: si les jeunes veulent partir car rien ne change en Ukraine, alors ils partiront, et rien ne les en empêchera.

Depuis la chute de l’URSS, la controverse sur l’émigration de masse revient sans cesse, comme l’expression d’une sorte de malaise des Ukrainiens vis-à-vis de leur pays. Mais cela démontre aussi que l’Ukraine n’a pas su tirer parti de l’émigration, comme l’ont fait d’autres Etats, en gardant le lien avec les migrants, en faisant fructifier leurs expériences, et leurs compétences.

Lioubomir Foutorskiy est un assureur, à Lviv, dans l’ouest du pays.

Lioubomyr Foutorskiy: C’est un vaste monde. Si les Ukrainiens veulent aller à l’étranger, et y travailler, tant mieux pour eux. S’ils veulent revenir, c’est bien. S’ils veulent rester là-bas, pas de souci non plus. Ils gagnent en compétence, et peuvent aider l’Ukraine de là où ils sont. 

26 ans après l’indépendance, beaucoup appellent donc à accepter la situation telle qu’elle est: l’Ukraine est un pays d’émigration. Ils appellent aussi à ne plus vivre les départs comme une saignée démographique, mais plutôt comme une chance pour le développement de l’Ukraine, et des Ukrainiens, qu’ils vivent ici ou ailleurs.

Screen Shot 2017-08-25 at 14.32.37Sébastien Gobert – Kiev – RFI

Ecouter le reportage ici

Chanson de fin de reportage: https://www.youtube.com/watch?v=Aqt2ZZy59LE

Grand Reportage RFI: Le Donbass, entre guerre, réintégration et abandon

Grand Reportage diffusé sur RFI, le 20/02/2017

Lundi 20 février doit entrer en vigueur un nouveau cessez-le-feu dans le Donbass, cette région de l’est de l’Ukraine en guerre depuis 2014. L’annonce intervient après une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères français, allemand, russe et ukrainien, dans un contexte de fortes tensions sur le terrain. C’est une énième trêve, après une série d’échecs, mais elle pourrait marquer une étape dans la résolution du conflit. La guerre vit son troisième hiver. Depuis le printemps 2014, le conflit a fait plus de 10.000 morts selon l’ONU. Les affrontements persistent malgré les Accords de Paix de Minsk, signés en février 2015. Une explosion de violences a ainsi fait au moins une trentaine de morts début février côté ukrainien. Les pertes du côté des forces pro-russes et russes restent difficilement quantifiables en raison du flou qui persiste autour de la nature des forces en présence à Donetsk et à Louhansk. 

Pour l’Ukraine, l’effort de guerre est soutenu. Kiev l’estime à 5 millions d’euros par jour. Dans le contexte de ce qui est aujourd’hui une guerre d’attrition, les Ukrainiens cherchent un format pour traiter avec les territoires que le gouvernement ne contrôle pas, et les quelques 3 millions de personnes qui y résident. Conquête militaire? Isolation? Réintégration? Le débat fait rage dans le pays. 

Le Donbass, entre guerre, réintégration et abandon. Un Grand Reportage de Sébastien Gobert

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Le long du passage à niveau, le camp ne paie pas de mine. Deux tentes, des braséros, quelques drapeaux nationalistes, le tout posé sur un sol sali par la neige fondue. Cela suffit pour Vlad, de son nom de guerre, et une poignée d’hommes en uniformes militaires, pour bloquer les voies ferrées qui traversent le village de Sherbynyvka, au nord de la république auto-proclamée de Donetsk.

Vlad: Nous voulons en finir avec cette économie parallèle. Regardez notre slogan, c’est “stop au commerce du sang”. 

A quelques dizaines de mètres de là, un convoi de wagons de marchandises est immobilisé. A son bord, des centaines de tonnes d’anthracite. Extraits en territoires séparatistes, ils devaient approvisionner des usines en territoire ukrainien. Depuis 2014, les livraisons n’avaient pas été interrompues, malgré la guerre. Pour Vlad, il faut mettre un terme à ces échanges.

Vlad: Notre barrage, c’est une réaction au plan de réintégration des territoires occupés, qu’ils ont adopté à Kiev. Ce plan légalise le commerce avec l’occupant. Ils pourront s’enrichir en écoulant leur charbon sur le marché ukrainien. Nous ne pouvons plus rester sans rien faire, à regarder tous ces wagons qui passent et repassent, sans être contrôlés. 

Trois voies ferrées sont bloquées dans la région depuis début février.

Ici, les militants nationalistes ne sont qu’une quinzaine, mais ils sont liés à des bataillons de combattants volontaires, et à des partis politiques siégeant au Parlement à Kiev.

A ce titre, ces hommes fatigués et mal rasés sont en opposition frontale avec le Président, Petro Porochenko.

Petro Porochenko: Ce blocage est non seulement inutile, mais en plus, il créé des problèmes. Ces militants bloquent nos efforts pour retrouver notre souveraineté territoriale. Ma position, et celle de mon gouvernement, elle est claire. Ce n’est qu’à travers des efforts diplomatiques que nous pourrons ramener ces territoires au sein de l’Ukraine. Je condamne toutes les postures politiciennes qui consistent à isoler ces territoires, et de facto les donner en cadeau à la Russie. Je le répète: cette terre n’est ni à prendre, ni à donner. 

Cette réthorique n’impressionne pas Vlad, chef du camp à Sherbynyvka. Il a lui-même été chassé de sa maison par les combats. Il s’estime légitime pour reconquérir sa région natale. Vlad accuse le président de protéger les intérêts de quelques profiteurs de guerre, et de mener un jeu trouble dans son rôle de défenseur de la patrie.

Vlad: Cela ne répond pas aux questions essentielles. A Kiev, ils détournent l’attention en s’étonnant que les voies ferrées soient bloquées, en se demandant qui nous instrumentalise, et ainsi de suite. Mais il faut répondre aux vraies questions: Nous sommes en guerre, oui ou non? Nos camarades croupissent dans des prisons ennemies ou pas? Une partie de notre territoire est occupé, alors pourquoi continuons-nous à faire du commerce? Je ne connais aucun exemple de conflit dans le monde où le business a continué comme si de rien n’était. 

Ce faisant, Vlad accuse l’exécutif d’entretenir un double language depuis 2014. Kiev a beau dénoncer une agression militaire russe, les relations diplomatiques n’ont jamais été rompues. Et si à Kiev on parle de guerre dans le Donbass, le nom officiel de l’intervention militaire est celui “d’Opération Anti-Terroriste”. Face à ce qu’il considère comme des compromissions, Vlad conclut, l’air déterminé:

Vlad: Il n’y aura pas de paix tant que certaines personnes continueront à gagner de l’argent dans cette guerre. 

Ce blocage est la manifestation la plus concrète des tensions qui déchirent la société ukrainienne autour du nouveau plan de réintégration du Donbass.

Celui-ci a été adopté le 11 janvier, et proposé par le ministère des territoires temporairement occupés. Iouriy Grimtchak est le conseiller spécial  du ministre, lui aussi exilé de sa ville de Donetsk.

Iouriy Grimtchak: Ce plan ne vise pas à réintégrer les territoires occupés du Donbass. Pas encore. Nous visons à réintégrer les gens qui vivent là-bas. L’idée principale, c’est de leur offrir quelque chose d’autre, et les intégrer dans notre espace médiatique, économique, entrepreneurial. Dans ce plan, nous avons développé toute une série de mesures, qui vont du transport de marchandises à la politique de l’information. 

Les Ukrainiens des territoires séparatistes auront des facilités pour étudier, voyager, développer une entreprise ou encore accéder à l’assistance médicale. Un plan similaire est en cours de développement pour les populations de la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014.

Face à cette politique d’ouverture, l’opposition craint que le plan n’engendre un dangereux précédent. Oksana Syroid est la vice-présidente de la Verkhovna Rada, le Parlement, au sein du parti Samopomitch, un parti originaire de l’ouest de l’Ukraine.

Oksana Syroid: Dans cette éventail de mesures, il y a des bonnes choses. Par exemple, la possibilité pour les jeunes d’étudier à distance selon le programme ukrainien. Mais  d’une part, nous savons que ce plan profite aux oligarques qui continuent leurs activités des deux côtés de la ligne de front. D’autre part, dans les territoires occupés, il y a deux catégories de personnes. L’administration d’occupation russe, et leurs supplétifs. Et les civils qui vivent là-bas. Et ces civils que nous voulons aider, ils ne décident de rien! Donc toute relation avec l’autre côté ne sera qu’avec les occupants, pas avec les civils directement. Cela veut dire que nous ferons des concessions, que nous renforcerons la puissance occupante. Nous nous retrouverons à payer pour l’occupation. 

Oksana Syroid va jusqu’à assimiler ce plan de réintégration à une haute trahison.

Oksana Syroid: Le concept de ce plan est mauvais. Il faut l’annuler. Il n’a été ni écrit en Ukraine, ni pour les Ukrainiens. Il n’est pas dans les intérêts du pays. 

Pour le conseiller Iouriy Grimtchak, il n’est plus l’heure de jouer sur les mots. Il y a plus important.

Iouriy Grimtchak: Il y a environ 700.000 personnes qui franchissent la ligne de front chaque mois. Par jour, jusqu’à 25.000 personnes. 

Il est important de faciliter la vie des populations civiles du Donbass, afin de s’en assurer le soutien.

Iouriy Grimtchak: Aux postes de contrôle le long de la ligne de front, nous prévoyons d’installer des centres administratifs. Afin que les gens n’aient pas à aller loin pour déclarer un mariage, ou une naissance, ou renouveler leur passeport. 

A 800 kilomètres de là, le poste de contrôle de Stanitsa Louhanska, au nord du bastion séparatiste de Louhansk, est l’un des principaux points de passage d’un camp à l’autre. Ici, la traversée est compliquée depuis que l’unique pont enjambant la rivière Donets a été détruit par un bombardement. Les civils se massent néanmoins par centaines pour passer, d’un côté comme de l’autre.

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Andriy checkpoint: Ca fait 4h30 que j’attends. Je suis venu toucher ma retraite, et je rentre à Louhansk.

Svitlana checkpoint: Je vais voir mon fils à Louhansk. Il étudie là-bas. C’est un athlète. Aller vivre en territoire ukrainien, c’est hors de question, car son pensionnat est à Louhansk. On faisait comme ça avant la guerre, on continue comme ça maintenant. On préférerait que tout redevienne comme avant, mais… ils nous ont séparé. On ne peut plus revenir en arrière. 

Pour ces deux personnes, et les centaines d’autres dans la file d’attente, on devine qu’une simplification des formalités administratives et des conditions de passage serait la bienvenue. Le premier obstacle à l’application du plan de réintégration, ce n’est pourtant pas la politique.

Les combats n’ont jamais cessé, le long des 400 kilomètres de la ligne de front. Ils rendent les passages parfois dangereux. Ils n’épargnent pas non plus des quartiers résidentiels de ville. Les Accords de paix de Minsk, signés en février 2015, n’y ont rien changé.

Marianna Ivanivna: Des Accords de paix? Quels Accords? Ils annoncent des accords à tout va, et voilà où on en est. Qu’ils se mettent d’accord, une bonne fois pour toute! 

La ville d’Avdiivka se remet à peine des bombardements meurtriers de début février. A l’initiative des séparatistes, les tirs avaient coûté la vie à au moins une trentaine de personnes, civils et militaires. Malgré l’écho de l’artillerie au loin, la ville est calme. Mais pour Marianna Ivanivna, cela ne change pas sa situation.

Marianna Ivanivna: Je vis d’aide humanitaire. Mon mari a été tué il y a deux ans. J’ai reçu un statut d’invalide après des bombardements. Comment survivre? Tout le monde veut la paix, tout le monde veut retrouver une vie normale. Qui a besoin de cette guerre, dites moi? Ici, nous mourrons à petit feu. Ils ont bombardé ma maison. Et ma pension est si modeste que je ne peux pas en vivre.

Dans son bureau à la mairie, le colonel Pavlo Malykhyn est le chef de l’administration militaro-civile d’Avdiivka. Il est occupé à panser les plaies de sa ville après les derniers bombardements. Lui aussi a constaté que le processus de paix de Minsk n’a pas amélioré la situation de sa ville.

Les garants des Accords de Minsk, comme il le rappelle, ce sont Angela Merkel et François Hollande, deux chefs d’Etat distants du conflit. La mission d’observation de l’OSCE, elle, n’est pas efficace pour assurer le respect du cessez-le-feu.

Pavlo Malykhyn: L’OSCE, ils ne voient rien. Quand ils sont sur place, ça ne tire pas. Dès qu’ils repartent, les tirs d’artillerie recommencent. Je pense que la mission d’observation est très importante. Mais il faut qu’il se donnent les moyens. Ils restent dans les zones sécurisées, mais ne vont jamais dans les endroits où des gens se font tuer. Qu’est-ce qui est le plus efficace? Constater de visu une fois, ou écouter les bombardements 100 fois? Le risque existe, évidemment. Mais dans les quartiers bombardés, il y a des petits enfants qui vont à l’école… Eux, ils prennent le risque.

Les violences ne sont pas prêtes de s’arrêter de si tôt. Et les responsabilités sont partagées. A proximité d’Avdiivka, un ancien centre de contrôle aérien sert de base au bataillon “Donbass Ukraine”.

Les Accords de paix de Minsk, ici, ne sont pas pris au sérieux.

Pavlo Kulyk: La paix ne se fera pas à travers les Accords de Minsk. Tout simplement parce que cela ne convient ni à l’Ukraine, ni à la Russie. Cet accord leur a été imposé.

Au lieu de processus de paix, le soldat Pavlo Kulyk et ses camarades parlent avec confiance de leur nouvelle stratégie militaire.

Pavlo Kulyk: Nos troupes avancent petit à petit. Nous prenons des villages, des positions. Nous avons repris le village de NovoLouganske il y a peu. Nous pouvons y arriver, par petits pas. Et d’après les estimations que l’on a depuis l’autre côté, il y a de moins en moins de combattants chez les séparatistes… 

Ces estimations sont très floues, et l’histoire a montré que les troupes régulières russes pouvaient intervenir directement pour aider les séparatistes. Ces derniers mènent aussi leur propre stratégie de petits pas et de duels d’artillerie incessants.

Cela dit, une intensification des violences ne devrait pas être synonyme d’un retour à un conflit généralisé.

Pavlo Kulyk: Nous pourrions aller plus loin. Mais cela voudrait dire des combats généralisés, et la ruine pour le Donbass. On peut estimer qu’au moins 500.000 civils y perdraient la vie. Je pense que personne ne prendra la décision de lancer une telle attaque…

Si l’option militaire n’est pas envisageable, et que le plan de réintégration est difficilement applicable, certains sont tentés par l’idée d’une séparation claire et nette. Dans son bureau à Avdiivka, Pavlo Malykhyn a un exemple historique tout trouvé.

Pavlo Malykhyn: A Berlin, il y a eu un mur pendant longtemps, les gens ne se sont pas parlé. Mais tout s’est bien terminé. Ici, il faut que la Russie se retire et que l’on reprenne le contrôle de la frontière. Ensuite, on négociera entre nous. Entre temps, on peut isoler le problème.

Le colonel s’inscrit ici dans la lignée des militants du blocage de voies ferrées, en préconisant une rupture avec les territoires séparatistes.

Pour le conseiller Iouriy Grimtchak, cela trahit une vision à très court-terme. Les infrastructures vitales de la région sont trop intriquées pour être dissociées. Par exemple, pour l’eau potable.

Iouriy Grimtchak: Le canal de distribution part du nord de la région. Slaviansk, Kramatorsk, ce sont des villes sous notre contrôle. Le canal part ensuite dans les territoires occupés et la grande ville de Donetsk. Et ensuite il ressort pour arriver au port de Marioupol, une ville aussi sous notre contrôle. En théorie, nous pourrions couper l’eau, et même l’électricité, à Donetsk. Mais cela voudrait dire la mort de notre ville de Marioupol. Tous ceux qui assurent pouvoir tout couper demain sont des menteurs. 

Lors d’un débat animé à Kiev, Iouriy Grimtchak fait face au journaliste Serhiy Harmash lui-même exilé de Donetsk.

Serhiy Harmash: Les entreprises qui produisent dans les territoires occupés et envoient leurs productions en territoire ukrainien paient des taxes aux séparatistes. Les Ukrainiens ont besoin de leur charbon, bien sûr. Mais il faut nous poser la question: sommes-nous prêts à contribuer au financement de leur guerre contre nous? Les blocages actuels de voies ferrées peuvent être une chance pour la réintégration. 

Iouriy Grimtchak se défend. Bloquer ces routes commerciales ne voudrait en aucune manière dire que les séparatistes se retrouveraient sans financement ni armement, étant donné qu’ils sont soutenus par la Russie. Au contraire, cela représenterait un manque à gagner pour Kiev.

Iouriy Grimtchak: Il y a beaucoup d’entreprises qui possèdent des usines dans les territoires occupés mais qui sont enregistrées en territoire ukrainien. Ces entreprises ont contribué à l’équivalent d’un milliard d’euros d’impôts au budget national l’an dernier! Dans le même temps, notre effort de guerre a représenté l’an dernier 2,2 milliards d’euros. Ces entreprises ont donc couvert la moitié de nos dépenses de défense! 

Serhiy Harmash n’y tient plus.

Serhiy Harmash: Si on suit cet argument des impôts, alors autant inviter ici Alexander Zakharchenko le chef de Donetsk, et l’autoriser à monter une entreprise pour qu’il puisse payer des impôts, faire semblant d’être un bon citoyen avant de rentrer à Donetsk et de lever les armes contre nous!

Dans ce débat, la sociologue Iryna Bekeshkina présente les résultats d’un sondage sur l’attitude des Ukrainiens face à la question des territoires occupés. Aucune des solutions, que ce soit la rupture ou la réintégration, ne récolte plus de 17% de soutien. Aucun consensus n’existe sur la manière de ramener la paix dans le Donbass. Iryna Bekeshkina.

Iryna Bekeshkina: Le débat est tellement politisé, entre des positions extrêmes, qu’il est difficile d’y voir clair. Je me rappelle le slogan des étudiants de mai 1968, en France: “Soyons Réalistes, demandons l’Impossible!” Je reformulerai dans notre contexte: “Demandons l’impossible, mais restons réalistes!” 

Le réalisme, Yevhen Vilinsky le voit à travers des projets concrets de reconstruction économique du Donbass. Lui est le vice-gouverneur de la région de Donetsk, en charge d’attirer des investisseurs.

Yevhen Vilinsky: Nous voulons construire ici une sorte de “Berlin Ouest”, qui montrerait aux habitants du bloc de l’est que nous pouvons bâtir une vie meilleure.  Avec la nuance que le mur de Berlin, c’était l’est, et pas l’ouest qui l’avait construit. Il faut que nous fassions preuve d’ouverture. Nous menons tout une série de projets pilotes, même des projets jamais expérimentés en Ukraine. Pour montrer que l’on peut y arriver ensemble. 

Dans la cour de l’école numéro 11 d’Avdiivka, on est très loin de ces controverses politiques et de ces grands projets. Au loin, on entend quelques déflagrations d’artillerie. Mais ici tout semble simple, comme le remarque Olga, la surveillante de la cour.

Olga: Les enfants, vous les voyez. Ils sont heureux, ils ne réagissent plus aux bruits des bombardements. Ils jouent, comme des enfants. Ils nous montrent l’exemple, pour continuer à vivre. 

La région industrielle, ancien fleuron de l’économie soviétique, dans laquelle ces enfants sont nés, était depuis des années en déclin. Avec la guerre, elle se retrouve meurtrie et défigurée. Après trois ans de conflit, rien ne permet de deviner à quoi le Donbass ressemblera quand ces enfants deviendront grands.

Ecouter le Grand Reportage ici

L’est de l’Ukraine: entre la guerre, la réintégration et l’abandon

Un Grand Reportage de Sébastien Gobert

A la réalisation, Anouck Bernet

Chanson de fin: Rosy/Donbass, de Dakh Daughters

Libération:, Dans le Donbass, « nous mourrons à petit feu »

Article publié dans Libération, le 14/02/2017

A Avdiika, ville industrielle près de Donetsk, les civils perdent peu à peu l’espoir de voir la guerre entre les forces ukrainiennes et les séparatistes prorusses prendre fin. Deux ans après les accords de Minsk, l’intensité des violences est remontée d’un cran en février.

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Dans la cour de l’école numéro 11 d’Avdiivka, les bruits s’entrechoquent. Les rires et les cris des enfants, les rappels à l’ordre des enseignantes. Et au loin, les échos de l’artillerie. «Les enfants ont une capacité d’adaptation extraordinaire, se réjouit la directrice, Nina Sheremko. C’est le troisième hiver de la guerre, et ils ne réagissent déjà plus au son des explosions. Ils jouent tranquillement, comme… comme des enfants. Ils nous montrent l’exemple, pour tenter de retrouver une vie normale.»

Retrouver une vie normale. C’était en substance la promesse des accords de paix de Minsk, le 11 février 2015. Dans la capitale biélorusse, les présidents russe Vladimir Poutine et ukrainien Petro Porochenko, poussés par Angela Merkel et Francois Hollande, avaient alors décidé d’une feuille de route censée mettre fin au conflit meurtrier du Donbass, cette région industrielle dans l’est de l’Ukraine. Deux ans plus tard, les affrontements entre forces ukrainiennes d’un côté, séparatistes et russes de l’autre, n’ont jamais cessé. La guerre a fait plus de 10 000 morts selon l’ONU.

«Nous avons tout ce qu’il nous faut», poursuit Nina Sheremko avec détermination. Depuis 2014, la moitié de ses élèves et de ses enseignants ont quitté la ville. Les coupures d’électricité et de chauffage sont fréquentes, et l’école a développé des systèmes d’urgence. «Il y a 150 enfants ici. Il faut bien faire tourner l’école pendant que les parents sont au travail.» Beaucoup d’entre eux sont employés à l’usine de coke (charbon) de la ville, une des plus grandes d’Europe. A toutes fins utiles, Nina Sheremko précise que l’école dispose de deux abris souterrains.

Armes lourdes

Début février, Avdiivka s’est retrouvée au cœur de violences inégalées depuis 2015. Une trentaine de personnes, civiles et militaires, y sont mortes côté ukrainien. Les pertes restent difficilement quantifiables côté séparatiste. Une escalade des tensions que les experts s’ingénient à expliquer soit par des causes locales, soit en faisant l’hypothèse que les combattants «testent» les orientations diplomatiques de Donald Trump envers la Russie de Vladimir Poutine. Sur le terrain, les bombardements à l’artillerie lourde n’ont rien changé au rapport de force. Ils n’ont fait qu’accroître le climat d’incertitude.

«S’ils voulaient vraiment chercher la paix, ils l’auraient déjà trouvée», tempête Marianna Ivanivna. Retraitée, elle tire une petite luge chargée de produits humanitaires, sur le trottoir verglacé. «Mon mari a été tué en 2014. Ma maison est encore à moitié détruite… Nous mourons à petit feu.» Sa marche est rythmée par les échos de l’artillerie lourde. Elle passe devant un bâtiment emblématique d’Avdiivka : une barre d’immeubles criblée d’éclats d’obus, arborant le portrait mural géant d’une habitante. Réalisée par le collectif «Art United Us» en octobre, l’œuvre est accompagnée d’un graffiti : «Mon dieu, protège Avdiivka.» Le bâtiment, faisant face à la ligne de front, est encore occasionnellement la cible de tirs. A l’intérieur, la plupart des appartements sont vides ou occupés par des soldats ukrainiens. Quelques familles s’acharnent malgré tout à y vivre. Sur leurs portes, des petits papiers indiquent : «Ici vivent des gens.»

Les accords de Minsk avaient soulevé des espoirs de résolution graduelle du conflit. Tout semble aujourd’hui bloqué. Les échanges de prisonniers, qui devaient s’effectuer «tous pour tous», se font au compte-gouttes. Les négociations politiques portant sur l’organisation d’élections locales ou le contrôle de la frontière ukraino-russe sont au point mort. La démilitarisation de «la ligne de contact», selon le jargon en vigueur, ne semble plus qu’un lointain souvenir. Ces derniers mois, les armes lourdes ont refait leur apparition. Alexander Hug, chef de la mission d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dénonce régulièrement le «risque de reprise des offensives à grande ampleur». Hormis les duels d’artillerie, les Ukrainiens ont développé une stratégie de «petits pas», en reprenant le contrôle de localités situées dans la zone tampon, réduisant de fait la distance entre positions ennemies. Les forces prorusses et russes, de leur côté, sont mobilisées après l’assassinat non revendiqué de «Givi» (Mikhail Tolstykh), l’un des chefs de guerre les plus iconiques de la république de Donetsk. Le président autoproclamé, Alexander Zakharchenko, a appelé à une vengeance et dénoncé «l’échec» des accords de Minsk.

«Le processus de Minsk, pourquoi pas ? demande Pavlo Malykhin, chef de l’administration militaro-civile d’Avdiivka. Mais encore faut-il qu’il soit appliqué, et respecté. Ce que je vois, c’est que les garants de ces accords, ce sont les Occidentaux qui cherchent à faire du business avec la Russie. Sur le terrain, les observateurs de l’OSCE refusent de prendre le moindre risque pour aller constater la guerre par eux-mêmes, et aller régler des problèmes concrets ! Ils restent à l’écart de la zone de combat, écoutent sans voir, repartent et écrivent leurs rapports. Ça ne va pas résoudre le conflit.»

«Sans aide humanitaire, nous ne pourrions pas survivre», se lamente Svitlana Klimenko. Avec des compagnons retraités, elle attend dans une cage d’escalier froide pour collecter un colis auprès de la Croix-Rouge ukrainienne, à Avdiivka. Aujourd’hui, ce sont des rations alimentaires et des produits hygiéniques qu’elle attend. «J’ai passé des années à m’occuper de vétérans de la guerre d’Afghanistan, ou de Tchernobyl. Et voilà qu’aujourd’hui, c’est moi qui ai besoin d’aide…»

«A cause de la situation sécuritaire qui reste très incertaine, il nous est impossible de lancer des projets de reconstruction là où les besoins sont les plus importants, c’est-à-dire sur la ligne de front, constate Marie-Servane Desjonqueres, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en Ukraine. Dans la zone, des villages sont très isolés. Ils restent coupés de tout, les ambulances ne peuvent pas venir, il n’y a pas de bus. Ça reste des situations extrêmement difficiles.» Le CICR étant l’une des rares organisations humanitaires acceptées des deux côtés de la ligne de front, Marie-Servane Desjonqueres constate des problèmes identiques du côté des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Des drames que le gouvernement de Kiev aurait entrepris de résoudre. Un plan de réintégration du Donbass a récemment été adopté, qui offre des facilités aux habitants des territoires séparatistes pour étudier en Ukraine, y voyager, et y travailler. Le défi étant de gagner le soutien des populations de cette région. L’initiative a provoqué une levée de boucliers en Ukraine même.

Rations alimentaires

Des mouvements nationalistes ont organisé le blocage de trois voies ferrées reliant les territoires ukrainiens et séparatistes. Dans le petit village de Sherbynivka, au nord d’Avdiivka, des dizaines de wagons chargés de charbon sont stationnés en gare depuis samedi. Une quinzaine de combattants volontaires, installés sur un campement de fortune, dénoncent une «trahison» de l’exécutif à Kiev. Une bannière installée au milieu de drapeaux appelle à «stopper le commerce du sang». «Ce plan légalise le commerce avec l’occupant, explique « Vlad », le responsable du camp. Ils pourront s’enrichir en écoulant leur charbon sur le marché ukrainien et alimenter leur effort de guerre.»Parmi ses volontaires, l’idée est très répandue d’édifier «un mur» isolant les territoires séparatistes pour de bon.

Alors que l’Ukraine vit son troisième hiver de guerre, aucun consensus n’a émergé sur la manière de ramener la paix dans le Donbass. Les populations civiles ne sont pas prêtes de retrouver une vie normale. «Qu’ils se mettent d’accord une fois pour toutes, au lieu de nous tirer dessus sans but, s’insurge Olha Iourievna, une mère de famille à Avdiivka. Pour moi, c’est égal. L’Ukraine, la république de Donetsk… je m’en fiche. Ce que je veux, c’est la paix. Tout le monde ici ne veut que la paix.»

France Culture: L’adieu de l’ami américain

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 15/01/2017

A 5 jours de la passation de pouvoir entre l’administration de Barack Obama et celle de Donald Trump, le vice-président américain Joe Biden consacre une partie de son dernier déplacement à l’étranger à Kiev, en Ukraine. Une manière de rassurer un pays anxieux de la politique américaine à venir. 

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C’est l’ultime voyage adieu de l’ami américain. Joe Biden a soutenu l’Ukraine avec constance pendant l’annexion de la Crimée par la Russie et dans la guerre hybride qui fait rage dans l’est du pays. En dehors de ses visites officielles, les échanges téléphoniques avec le Président Petro Porochenko ont aussi été très fréquents, parfois jusqu’à plusieurs par semaine. Alors que Barack Obama vient de prolonger pour un an les sanctions américaines à l’encontre de la Russie, le vice-président sur le départ vient rassurer ses partenaires, mais aussi dresser le bilan du partenariat entre les Etats-Unis et l’Ukraine. Depuis la Révolution en 2014, les réformes et la lutte contre la corruption n’ont pas été suffisamment rapides au goût des Américains. A Washington et dans d’autres capitales occidentales, une certaine lassitude est palpable sur le dossier ukrainien. D’un autre côté, l’administration de Barack Obama est critiquée pour ses réactions trop timorées face aux manoeuvres russes. Washington s’est longtemps refusé à livrer de l’équipement militaire et des armes aux Ukrainiens. Et si Joe Biden s’est rendu à Kiev 5 fois depuis début 2014, Barack Obama est le premier président américain à ne jamais avoir fait le déplacement en Ukraine indépendante. Joe Biden vient aussi probablement donner des conseils à Petro Porochenko sur la manière de traiter avec la future administration de Donald Trump. Les dirigeants de Kiev sont mal à l’aise, car ils avaient plus ou moins soutenu la candidature d’Hillary Clinton, contre un Donald Trump jugé trop proche de la Russie. Peut-être Petro Porochenko parviendra-t-il à établir une relation de travail stable avec le prochain locataire de la maison blanche. Mais pour l’heure, à Kiev, le départ de l’administration Obama ouvre une dangereuse période d’incertitude.

France Culture: Crise des missiles en Crimée?

Papier radio diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 02/11/2016

Regain de tensions le long de la démarcation entre l’Ukraine et la Crimée annexée par la Russie. L’armée ukrainienne mène, le 1 et 2 décembre, des essais de tirs de missiles. Moscou crie à la provocation. 

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Source: Unian

En Ukraine, certains l’appellent déjà la crise des missiles. L’armée russe a placé ses troupes En Crimée en état d’alerte, et a déployé des navires de guerre au large de la péninsule. Moscou a aussi menacé les Ukrainiens d’abattre tout missile qui serait volerait trop près de la ligne de démarcation. Pour les Ukrainiens, aucun problème, étant donné que les tests ne sont pas conduits à moins de 30 kilomètres de la frontière, et que Kiev revendique toujours sa souveraineté sur la péninsule annexée.

Le 1er décembre, ce sont 16 missiles qui ont été tirés sur des cibles factices. Dans le même temps, deux nouveaux navires de guerre ont été testés en mer, et devraient être intégrés à la flotte sous peu. Pour le haut commandement ukrainien, c’est un succès total, et un signe clair de la consolidation des forces armées ukrainiennes. Celles-ci étaient quasiment inexistantes au début du conflit ukraino-russe il y a presque trois ans. Selon un récent « index de militarisation du monde », l’Ukraine est passée de la 23ème à la 15ème place en ce qui concerne l’état de ses forces armées.

Des forces qui seraient développées dans une logique de défense, et non d’attaque, comme le répètent ses dirigeants. L’escalade verbale entre Kiev et Moscou, et le déploiement de force autour de la péninsule, démontrent néanmoins que la logique guerrière est bien réelle, d’un côté comme de l’autre. Et l’histoire récente a prouvé que, dans la région, les accidents ne sont pas à exclure.

LLB: Dans le Donbass, « le monde nous a oubliés »

Série de reportages publiés dans La Libre Belgique, le  03/10/2016

« Nous remercions l’armée ukrainienne pour deux ans de paix à Slaviansk ! » Au centre du panneau publicitaire, une colombe bleue vole vers un soleil jaune. Bleu et jaune, les couleurs de l’Ukraine. Comme pour ancrer l’ancien bastion séparatiste dans la lutte d’un pays toujours meurtri par un conflit hybride contre les forces prorusses et russes. A 100 mètres du panneau, des centaines de personnes se massent à l’entrée d’une maison de la culture. Depuis la reprise de la ville en juillet 2014, la situation des populations civiles ne s’est guère arrangée. Cette fraîche journée de septembre est un jour de distribution d’aide humanitaire.

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Slaviansk

« Comment se projeter dans l’avenir ? Il nous est impossible de revenir chez nous. Je suis de Makiivka, près de Donetsk. J’ai trois enfants. Je ne les ramène pas là-bas », explique Iryna Sebakhatova. Cette femme d’une quarantaine d’années est coordinatrice d’un foyer d’accueil de personnes déplacées depuis deux ans. « Ici, nous n’avons pas assez de ressources pour nous reconstruire une vie. Mes enfants ont été inscrits à l’école sans problème. Mais nous ne recevons qu’une aide sommaire. Nous devons payer le loyer, le chauffage, les vêtements… »

En mai 2016, plus de 1,7 million de personnes étaient enregistrées comme déplacées du Donbass, et réfugiées dans d’autres régions d’Ukraine. Selon l’Onu, le chiffre réel serait plus proche de 800 000 personnes, en tenant compte de celles qui sont retournées à leur domicile et des inscriptions non justifiées.

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