COP21: Why no one cares that Ukraine is allowed to pollute more?

This is a personal comment on the « Statement by President of Ukraine Petro Poroshenko at the twenty first session of the Conference of the Parties (COP) to the UN Framework Convention on Climate Change »

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Have we all missed the point on Petro Poroshenko’s speech? How is it possible that all attention has been diverted to his “Paris/Donbass” bit, which is as tiring to discuss as are all of the critics that followed? Meanwhile, his main announcement was totally forgotten: “Ukraine set a target not to exceed 60% of 1990 Greenhouse gas emissions level in 2030”.

The written statement may be found here. 

The full-length video of the statement may be found here.  

What does it mean? Back in 1990, the Ukrainian Socialist Republic emitted about 920 million tons of Co2. Following the dismantling of the Soviet economic net and heavy industry, independent Ukraine emits about 400 million tons of Co2. When Petro Poroshenko announces Ukraine will not exceed 60% of the 1990 Co2 emission level, he actually allows his country to INCREASE his Green Gas House (GGH) emissions, up to 552 million tons!

Meanwhile, most of the speakers at the COP21 opening speech talked about some “last chance”, “unique opportunity”, « a time to take responsibility”… Yet these statements have been done before. And the fact the Petro Poroshenko, among other representatives, got away with his non-committment seems to indicate that this COP21 is yet another round of blabla.

And don’t forget the emphasis Petro Poroshenko places on “restoration of Donbass” seems really overstretched. No one needs Donbass to be restored to do something about polluting industries in Mariupol, Kremenchuk, Kryviy Rih… The energy sector produces 70% of GGH emissions. 14 coal power plants emit 23% of these GGH. Who needs peace in Donbass to fix them across the country?

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Arcelor Mittal giant metallurgical complex; Kriviy Rih

Ukraine is one of the least energy-efficient country in the world. Yet the only time that Petro Poroshenko mentions energy efficiency, it is to wish that “the new Ukrainian Donbas should be of a focus in energy efficiency”. There are about 40 million people living in Ukraine-controlled regions of Ukraine. I would be quite bewildered if they would really need peace in Donbass to isolate their windows, modernise their heating system, install gas metering, fix up their roofs… A clever national policy of tax incentive and micro bank loans and intense pedagogy might just do the trick.

War is a terrible thing, whichever name you want to give it. But what is happening in Ukraine is meant to last a long time. Let’s think about the next decades: will occupied Donbass remain the official reason-not-to-do-anything-else that is it now?

NB: the data used in this comment come from the National Ecological Center of Ukraine.

RFI: Ukraine: Où sont les énergies renouvelables?

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 01/12/2015

 

L’Ukraine est aussi une participante de la COP21. Mais le pays a d’autres chats à fouetter: la Russie vient de stopper ses approvisionnements en gaz naturel, et menace d’interrompre les livraisons de charbon. Dans un contexte énergétique tendu, les énergies renouvelables devraient avoir le vent en poupe, afin de favoriser une indépendance énergétique du pays. Mais on en est loin. 

A Kiev, Sébastien Gobert est allé en parler avec les quelques militants écologistes – il y en a peu – qui sont actifs dans le pays. 

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Capture d’écran – photo Facebook (Viktoriia Bilash)

La contribution ukrainienne à la COP21 s’est résumée à  une marche pour le climat dans le centre de Kiev. Sous la pluie, le 29 novembre, une petite centaine de personnes ont appelé à une révolution verte, et au développement d’énergies renouvelables. Puis elles sont rentrées chez elles.

L’association organisatrice, le Centre National de l’Ecologie en Ukraine est l’une des rares à être engagées en faveur du respect de l’environnement, dans un pays qui a d’ores et déjà annoncé qu’il ne ferait à aucune promesse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le jeune expert Oleh Savitskiy dresse un portrait sombre du système énergétique ukrainien, directement hérité de l’Union Soviétique.

Oleh Savitskiy: Jusqu’à présent, plus de 40% de notre électricité était produite à partir du charbon. Avec le nucléaire, ce sont les piliers de notre mix énergétique. Il y a un peu d’énergie hydro-électrique. En ce qui concerne les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, ça représente à peine 1% de notre production d’électricité.

Dans le secteur des énergies renouvelables, l’Ukraine a aussi souffert de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie. Environ la moitié de son parc de panneaux solaires se trouvait sur la péninsule.

Aujourd’hui, le développement des renouvelables est très limité, cantonné à de petites initiatives, comme l’explique le jeune militant écologique Maksym Babaev

Maksym Babaev: Depuis 2014, il y a des aides publiques aux ménages pour le développement des énergies renouvelables. Aujourd’hui, cela concerne moins de 200 ménages. Mais cela devient populaire. Par exemple, les panneaux solaires sur les toits se développent rapidement. Nous avons aussi un fort potentiel à exploiter dans la biomasse. Jusqu’à présent, l’essentiel des déchets agricoles sont simplement jetés, alors qu’ils pourraient servir de biomasse.

Mais en dehors de ces initiatives individuelles, les perspectives de développement à grande échelle sont pour l’instant bouchées. L’expert Oleh Savitskiy.

Oleh Savitskiy: Personne ne veut investir dans de grands projets aujourd’hui en Ukraine. A cause de l’instabilité du pays, mais aussi de la corruption rampante. Il est difficile de garantir ses investissements si l’on n’est pas lié aux partis politiques.

Les militants dénoncent ici une absence totale de stratégie de développement de la part du gouvernement. Alors que pour Oleh Savitskiy, la perte du bassin minier du Donbass, et l’état de guerre avec la Russie représentent des opportunités uniques pour opérer un virage énergétique.

Oleh Savitskiy: La production industrielle a chuté depuis 2013, et la demande en électricité a diminué de 12% l’année dernière. Alors c’est le moment. Si l’on veut faire partie de l’Europe, il faut réformer le secteur, le moderniser, le rendre efficace et respectueux de l’environnement.

Avec le Centre national de l’Ecologie, cet expert tente de mobiliser les partenaires occidentaux de l’Ukraine, pour que le pays honore ses engagements.

Oleh Savitskiy: En vertu du Traité sur la communauté européenne de l’Energie, l’Ukraine doit accroître son taux d’efficacité énergétique de 9% d’ici à 2020 et faire passer la part des renouvelables à 11%. Si l’Ukraine remplit ces objectifs, alors le pays ne devrait pas connaître de hausse des émissions de gaz à effet de serre.

Oleh Savitskiy ne se fait néanmoins pas beaucoup d’illusions. En l’Ukraine, les énergies renouvelables et propres sont encore associés à un doux rêve de militants écologistes. Hormis le manque de moyen, la corruption ou autre, la clé des renouvelables réside avant tout dans la société. Et celle-ci n’est tout simplement pas sensibilisée à la question.

Ecouter le reportage ici

RFI: Compter les économies d’énergie

Reportage diffusé dans l’émission « Accents d’Europe », le 04/11/2015

En Ukraine, on dépense encore l’énergie sans compter. Le système de compteur est balbutiant. Faisant de nécessité vertu, le pays commence à s’engager sur la voie de l’efficacité énergétique, comme l’a constaté à Kiev, Sébastien Gobert. 

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Il est 23h00 passées à Kiev. L’heure pour Angelina, mère de famille, de lancer ses machines à laver la vaisselle et le linge pour la nuit. Le geste peut paraître anodin, mais c’est une habitude qu’Angelina a contracté très récemment.

Angelina: Je joue sur les différents tarifs de jour et de nuit. On lance la machine à laver le linge trois nuits par semaine. Et ça se ressent sur la facture: avant on payait 150 gryvnias pas mois pour l’électricité, maintenant quelque chose comme 80 hryvnias. Et ça, c’est seulement possible depuis que l’on a installé un compteur d’électricité. 

Il y a encore quelques mois, la facture d’énergie d’Angelina, mais aussi de gaz et d’eau, étaient basées sur les prévisions des sociétés de distribution, et ne prenaient pas en compte la consommation. Autrement dit, que les fenêtres restent ouvertes tout l’hiver malgré un chauffage forcé, ou que le robinet d’eau fuie toute la journée, Angelina payait la même facture.

Andriy Jelezniy: Seuls 35% à 40% des ménages qui ont le chauffage central sont équipés de compteurs de gaz. 

Andriy Jelezniy est un jeune expert du Centre Nationale de l’Ecologie en Ukraine, à Kiev.

Andriy Jelezniy: Et on sait que les mesures d’efficacité énergétique n’ont pratiquement aucun impact s’il n’y a pas de compteurs.

Héritage de l’Union soviétique, le système de distribution d’énergie – l’électricité, l’eau et le gaz – n’a pas ou très peu été modernisé en 24 années d’indépendance. Les déperditions d’énergie seraient colossales, mais très difficiles à quantifier, à cause de l’absence de compteurs.

Andriy Jelezniy: En premier lieu, l’efficacité énergétique n’a jamais été au coeur des politiques énergétiques du gouvernement. Toutes les stratégies énergétiques précédentes visaient à accroître la production d’énergie pour satisfaire les besoins. Mais la situation a changé: le conflit entre l’Ukraine et son grand voisin russe a aussi un volet énergétique. A cause de cette situation géopolitique, il est très important de s’attaquer à une réduction de la demande d’énergie. La société civile l’a dit et répété depuis 15 ans, et maintenant, les hommes politiques n’ont plus le choix: ils doivent promouvoir l’efficacité énergétique pour sauver le pays.

Cela fait des années que le Centre national de l’Ecologie travaille en partenariat  avec d’autres groupes issus de la société civile et le gouvernement. Leur objectif : développer un projet de loi qui rendrait obligatoire la pose de compteurs de gaz, d’électricité et d’eau. Aujourd’hui, le projet existe. Il y a même quelques dizaines de millions d’euros qui ont été bloqués en vue d’aider les ménages à payer le coût des modernisations.

Mais alors que l’hiver s’installe sur l’Ukraine, la loi n’est toujours pas adoptée.

Andriy Jelezniy: Il existe de nombreuses forces à l’oeuvre contre la généralisation des compteurs. Tout simplement parce que sans compteur, il est plus facile d’avoir de la corruption! De nombreux ménages consomment moins de gaz que ce que les distributeurs prévoient. Sans compteur, les compagnies énergétiques peuvent en profiter pour leur faire payer plus que leur consommation réelle. 

Selon les estimations, les ménages ukrainiens paieraient l’équivalent de 3% du PIB aux compagnies énergétiques. Une facture qui risque de s’alourdir cet hiver, car le gouvernement, en besoin d’argent, a décrété une augmentation d’au moins 300% des prix de l’énergie pour les ménages.

Les compagnies énergétiques ne seraient donc pas pressées de se moderniser. En tout cas, c’est ce que pense Nadiya Artemieva. Dans sa ville d’Ivano Frankivsk, dans l’ouest du pays, elle s’est confronté de plein fouet à l’archaïsme du système énergétique ukrainien.

Nadiya Artemieva: Quand j’ai voulu installer un compteur, des techniciens de ma société de distribution de gaz sont venus chez moi. Mais ils n’avaient aucune idée de ce qu’ils devaient faire, ils ont même commencé à se moquer de moi! A la fin, ils ont percé un gros trou dans la conduite de gaz, et ils sont partis! Ils m’ont dit qu’une autre équipe allait venir, mais personne n’est venu. J’ai du m’énerver beaucoup au téléphone. Et en conclusion, il a fallu deux semaines et trois équipes différentes de techniciens pour installer un compteur. Cela montre bien que même la société de gaz n’est pas très au fait de la technologie… 

Pourtant, cette technologie des compteurs est simple, efficace, et bien développée en Europe. Mais en Ukraine, des milliers de ménages continueront cet hiver à consommer de manière irrationnelle. Et probablement, à utiliser le chauffage central à fond tout en gardant les fenêtres ouvertes.

Ecouter le reportage ici