RSE: Ukraine, la fin du gaz de schiste?

Brève publiée sur le site de Regard sur l’Est, le 20/12/2014

La révolution ukrainienne n’aura pas lieu. En tout cas pas celle du gaz de schiste. Avec l’annonce du possible retrait de la compagnie pétrolière américaine Chevron d’un accord de partage de production du gisement géant d’Oleska, dans l’ouest de l’Ukraine, c’est un coup dur qui est porté aux ambitions énergétiques du pays. Le 19 décembre 2014, la rupture du contrat n’était pas encore officielle. Mais Chevron serait «en train de planifier cette décision», tel que l’a confirmé, le 15 décembre, Valeriy Chaliy, vice-chef de l’administration présidentielle de Petro Porochenko.

Le géant américain avait signé le contrat avec le gouvernement de Victor Ianoukovitch le 5 novembre 2013, quelques semaines à peine avant les premières protestations citoyennes à Kiev. La signature faisait suite à la conclusion, le 24 janvier 2013, d’un accord similaire entre l’exécutif ukrainien et la compagnie pétrolière anglo-hollandaise Royal Dutch Shell, concernant l’exploration et l’exploitation du gisement de gaz de schiste de Iouzivska, à l’est du pays.

UKRAINE ECOLOGY-GAS-PROTEST

À l’époque de la signature des accords, il s’agissait des plus importants investissements étrangers prévus en Ukraine. Les compagnies évoquaient des perspectives de développement considérables sur le long terme, avec le soutien du gouvernement. Les ministres, plus enthousiastes que de raison, estimaient les gains issus des implantations de Shell et Chevron à plus de 10 milliards de dollars. Dès 2025, la production de gaz de schiste devait parvenir à satisfaire environ un tiers des besoins nationaux en gaz, soit une production d’environ 20 milliards de m³, et réduire ainsi drastiquement la dépendance vis-à-vis des importations de gaz russe. Les plus optimistes, assurant que des efforts en matière d’efficacité énergétique réduiraient la consommation gazière de moitié, voyaient même l’Ukraine exportatrice de gaz d’ici une vingtaine d’années.

Plus d’un an après la signature de l’accord de production, Chevron n’a pas commencé les travaux d’exploration. Ce qui indiquerait que le retrait de la compagnie est plus une question de régulations que de géologie, comme l’estime Allen Good, analyste à Morningstar Inc. à Chicago, cité par Bloomberg. Le gouvernement d’Arseniy Iatseniouk, malgré ses plaidoiries répétées en faveur des réformes, est fortement critiqué pour les faibles améliorations apportées à l’environnement des affaires, notamment en termes de prévisibilité législative, de respect de l’État de droit et de lutte anti-corruption. En l’occurrence, le plan gouvernemental visant à augmenter l’imposition sur les compagnies énergétiques opérant en Ukraine serait un des éléments d’explication. Au 19 décembre, la compagnie Chevron n’avait pas émis de commentaires.

Quoi qu’il en soit, les perspectives de développement du gaz de schiste en Ukraine, déjà fortement controversées en raison d’inquiétudes écologiques, semblent compromises. Si Shell n’a pas rompu son accord de partage d’exploitation, elle a annoncé, en juin 2014, la suspension de ses activités dans l’est de l’Ukraine, officiellement en raison des opérations militaires qui s’intensifiaient dans le Donbass. Selon Igor Alexeev, expert pour le site spécialisé oilprice.com, il s’agissait là d’une échappée déguisée, qui dénote un potentiel de production moindre qu’espéré par les premières estimations. Pour un consortium formé d’Exxon Mobil Corp. et d’Eni SpA, le projet d’exploration du gisement offshore de Skifska, dans la mer Noire, a tourné court lorsque la Russie s’est emparée de la péninsule de Crimée, en mars 2014.

Reste à savoir quel impact la fin prématurée du gaz de schiste peut avoir sur la politique énergétique du gouvernement ukrainien. D’aucun murmurent que l’abandon de ces projets d’exploitation était au cœur des négociations gazières menées fin octobre 2014 entre l’Ukraine et la Russie, sous l’égide de l’Union européenne, et visant à éviter une nouvelle «guerre du gaz» pendant l’hiver 2014-15.

Libération: « La nation ukrainienne est née »

Article publié dans Libération, le 23/10/2014

L’engagement citoyen dans la lutte contre la Russie a conforté le sentiment national. Les habitants espèrent un vrai changement lors des législatives, dimanche.

«Si on avait attendu que le gouvernement agisse, nos soldats seraient tous en guenilles sur le front. D’ailleurs, il n’y aurait plus de front, les Russes seraient déjà à Odessa !» Inapte à servir en tant que soldat, Edouard Andriouchenko, jeune historien et militant civique à Zaporijia, a cherché une autre manière de se rendre utile, alors que le pays va voter dimanche pour les législatives. «En juin, j’ai mis en vente un de mes livres de famille, vieux de plus de cent ans. J’ai bien précisé que l’argent de la vente irait à l’armée …

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RFI: Ukraine, un hiver sans chauffage?

Reportage diffusé dans Accents d’Europe, le 30/09/2014

Y aura-t-il du chauffage en hiver ? La question est sur toutes les lèvres en Ukraine. Et ce, alors que les tractations entre Kiev et Moscou n’ont toujours pas abouti. Les livraisons de gaz ont, en provenance de Russie, cessé depuis le 16 juin 2014. Et seul, un préaccord a été conclu, en fin de semaine dernière, pour reprendre les livraisons. Dans l’incertitude, les Ukrainiens ont donc pris de nombreuses dispositions pour faire face à des températures qui peuvent tomber au-dessous de – 20 degrés. C’est le règne de la débrouille, le Système D.

C’est avec beaucoup de fierté que Nikolai Gorokhov nous accueille dans son appartement d’un quartier périphérique de Kiev, pour nous montrer le résultat de son travail de l’été : il a refait l’isolation de son balcon, acheté un radiateur moderne et un chauffe-eau d’une capacité de 30 litres.

Nikolai gorokhov a suivi les tribulations de la nouvelle guerre du gaz qui a commencé avec le fournisseur russe. Alors il a investi de sa poche pour se protéger du froid à venir, et il n’a pas été le seul.

 Nikolai: Quand j’ai choisi un modèle de chauffe-eau, je n’ai pas pu le trouver à Kiev. J’ai du le commander en ligne et me le faire livrer depuis une autre ville. Cette année, nos autorités nous ont dit bien clairement d’être préparés, l’hiver sera rude. Alors… on se prépare. Le seul problème que je crains, c’est l’électricité. Si beaucoup de ces appareils sont branchés, il n’y aura pas suffisamment d’électricité. Peut-être que nous aurons des problèmes avec l’électricité cet hiver.

Nikolai Gorokhov a installé un chauffe-eau d'une capacité de 30 litres. 28/092014
Nikolai Gorokhov a installé un chauffe-eau d’une capacité de 30 litres. 28/092014
Nikolai Gorokhov a passé l'été à colmater son balcon. Les murs extérieurs de son appartement ont été isolés auparavant.
Nikolai Gorokhov a passé l’été à colmater son balcon. Les murs extérieurs de son appartement ont été isolés auparavant.

Le calcul est facile : l’Ukraine consomme environ 36 milliards de mètres cube de gaz par hiver. Elle peut compter sur quelques réserves propres, mais il manquerait au moins 8 milliards de mètres cube d’ici au printemps. Le gouvernement évoque toutes les pistes possibles : approvisionnements alternatifs ou encore consommation de biomasse ou de mazout. Mais le mot d’ordre, c’est l’économie.

A Kiev, cela veut dire pas d’eau chaude pour de nombreux quartiers pendant des semaines. Dans les régions occidentales de Lviv et d’Ivano-Frankivsk, on annonce des vacances scolaires de début décembre à fin janvier, pour ne pas avoir à chauffer les écoles. Dans un contexte de conflit généralisé avec la Russie, chaque initiative et chaque sacrifice pour réduire la consommation est valorisée comme un acte de patriotisme, une étape vers une indépendance énergétique de l’Ukraine.

Mais si on estime qu’un tiers des Kiéviens se sont dotés de chauffe-eaux privés, la majorité de la population n’a pas les moyens d’investir. Pour Ioulia Lagoutiva, sa famille, et des milliers d’autres, le système s’impose de lui-même :

Ioulia:  Je dois faire bouillir beaucoup d’eau. Ca consomme ! De l’énergie et du temps. Ca me rend folle.

Au-delà de l’urgence, ce genre de système D ne devrait régler aucun problème, mais au contraire en créer d’autres. Volodymyr Bondarenko est conseiller municipal à Kiev. Entre autres, il regrette  le manque de vision sur le long terme

Bondarenko: les privations d’eau chaude dans la ville de Kiev, cela se traduit par des économies de gaz ridicules. Et le branchement de tous ces appareils électriques dans les appartements, c’est un gros danger pour les réseaux électriques, qui ne supportent pas cette hausse de la demande. Un gros problème qui doit être résolu ,  concerne les bâtiments, notamment ici à Kiev, qui  sont 4 fois moins isolés qu’en Suède, au Pays-Bas ou ailleurs. Et puis il y a  la corruption. A cause du système centralisé, planifié, monopolisé de la compagnie Kievgas qui gère la distribution à travers la ville, on en arrive à des situations inextricables où les habitants paient deux factures pour le même approvisionnement de gaz !

A Kiev, l’eau chaude est en effet facturée systématiquement à l’année , quand bien même les consommateurs se voient obligés de faire bouillir la marmite pour ne pas se laver à l’eau froide … Une surcharge d’autant plus dure à supporter que le gouvernement a déjà augmenté de 50% les prix du gaz naturel pour les ménages, en ligne avec les exigences du Fonds Monétaire International, et qu’il prévoit d’autres augmentations.

Dans son petit village de Shyptky, à une vingtaine de kilomètres de Kiev, Oleksandr Gerasymenko a lui choisi l’autarcie complète, une manière de régler le problème une fois pour toutes.

Oleksandr Gerasymenko devant le système de chauffage qu'il a lui-même construit.  Shpytki, 28/09/2014
Oleksandr Gerasymenko devant le système de chauffage qu’il a lui-même construit.
Shpytki, 28/09/2014

Oleksandr: J’ai installé moi-même cette petite construction dans le garage : c’est une sorte de poêle, et j’ai construit des tuyaux qui diffusent la chaleur dans les pièces de la chambre. En règle générale, tout le bâtiment est chaud à 80%, j’ai aussi posé des briques isolantes sur les murs. Et récemment, nous avons acheté un groupe électrogène, pour parer aux coupures de courant. En cas de force majeure, nous pouvons être autonomes pendant au moins deux mois.

La commission européenne annonce qu’un compromis entre Ukraine et Russie serait en passe d’être trouvé sur le prix des approvisionnements en gaz. Mais que les vannes de gaz s’ouvrent de nouveau ou pas, beaucoup d’Ukrainiens ont déjà entamé leur révolution énergétique.

Ecouter le reportage ici

RSE: Ukraine, l’hiver à l’eau froide.

Brève publiée sur le site de Regard sur l’Est, le 13/09/2014

A l’approche de l’hiver, l’Ukraine connaîtrait-elle une sorte de «retour vers le futur»? Dans les différentes régions du pays, les annonces se multiplient de coupures d’eau chaude et d’électricité. Ces dernières pourraient devenir systématiques, matins et soirs, dans certaines grandes villes telles que Lviv. Des restrictions qui rappellent les dernières années de l’Union soviétique et les premières années de l’indépendance ukrainienne, quand les pénuries étaient généralisées. Cette année, les privations relèvent moins de la dislocation d’un système énergétique vieillissant et centralisé que d’une logique de survie. Il s’agit de passer l’hiver sans approvisionnements de gaz russe, taris depuis le 16 juin 2014. Officiellement, pour cause de dette impayée.

Les achats de chauffe-eau individuels se sont multipliés en Ukraine.
Les achats de chauffe-eau individuels se sont multipliés en Ukraine.

Un «régime d’économies de gaz», décidé par le gouvernement, est entré en vigueur le 1er août. Il fixe comme objectif des réductions de 30% de consommation de gaz pour les entreprises et les municipalités. Les utilisateurs bénéficiant de financements d’Etat, tels qu’hôpitaux et écoles, se doivent de réduire leur consommation de 10%. Dans les oblasts (régions) de Lviv et Ivano-Frankivsk, les pouvoirs publics ont d’ores et déjà annoncé la fermeture des écoles régionales pendant les mois de décembre et janvier, afin de ne pas avoir à chauffer les bâtiments.

Chaque année, la saison de chauffage dure du 15 octobre au 15 avril, à quelques semaines près, en fonction des températures. Pendant la saison 2013-14, l’Ukraine avait consommé 36 milliards de mètres cubes de gaz (pour une consommation annuelle d’environ 50,5 milliards de mètres cubes). Alors que la saison froide approche, ce sont 16-17 milliards de mètres cubes de gaz qui sont stockés dans des réservoirs souterrains du pays. S’y ajouteront environ 12 milliards de mètres cubes, qui sont généralement extraits des gisements nationaux pendant cette période. Le pays accuserait ainsi un déficit d’environ 7-8 milliards de mètres cubes de gaz. Les besoins ne pourront pas être comblés par la production de charbon. A cause de la guerre qui fait rage dans le bassin minier du Donbass, l’Ukraine a dû négocier des importations de charbon, par exemple d’Afrique du sud. «C’est la première fois en deux décennies» que l’Ukraine doit importer du charbon en grande quantité, a déploré le Premier ministre Arseniy Iatseniouk, le 13 septembre.

De nombreuses mesures de diversification des approvisionnements ont été concoctées en urgence, telles que des livraisons de gaz en provenance de Hongrie, de Slovaquie et d’Allemagne, à travers la Pologne. Du gaz initialement acheté à la Russie, qui voit d’un très mauvais œil le contournement de ses sanctions. Le 11 septembre, la Pologne s’est plainte d’une réduction d’environ 45% des approvisionnements russes. Aussi la viabilité de ces sources alternatives demeure incertaine.

En Ukraine, la consommation de bois ou de biomasse est aussi envisagée à des fins de chauffage. Selon la ministre du Développement régional, Natalyia Khotsianovska, 27 millions de tonnes de biomasse sont prêts à l’emploi, et pourraient réduire la demande de gaz naturel d’environ 18%.

Face à la déliquescence majeure de la plupart des infrastructures de cet Etat post-soviétique, de multiples projets sont avancés pour augmenter l’efficacité énergétique, en particulier des bâtiments. Par exemple, le Japon a proposé son soutien technologique pour renforcer l’isolation et la productivité énergétique des centrales au gaz. Des projets qui s’étaleraient sur plusieurs années avant de produire des résultats tangibles. Face à l’urgence de l’hiver qui approche, c’est avant tout la nécessité de réduire la consommation d’énergie qui s’est imposée dans le programme du gouvernement.

«Nous devons réduire la consommation d’au moins 6 milliards de mètres cubes», explique Adrniy Kobolev, président de la compagnie d’Etat Naftogaz Ukrainy. «Dans le seul domaine des services publics, le potentiel d’économies est d’au moins 4 milliards de mètres cubes par an».

Source: http://energy-evolution.wix.com
Source: http://energy-evolution.wix.com

L’hiver qui approche s’annonce ainsi comme une nouvelle révolution, alors que la générosité du système de chauffage central, hérité de l’ère soviétique, avait rendu banal le fait de passer l’hiver dans des logements surchauffés, en tee-shirt et les fenêtres ouvertes. Dans les supermarchés du pays se livrent désormais des courses effrénées pour se procurer des chauffe-eau ou des petits radiateurs électriques. Les autorités nationales, régionales et municipales mènent diverses campagnes de sensibilisation aux économies d’énergie. Isoler portes et fenêtres, acheter des vêtements en textiles naturels, utiliser les balcons comme réfrigérateurs ou repeindre les radiateurs individuels, traditionnellement blancs, en couleur foncée, marron ou rouge, deviennent ainsi des comportements exemplaires.

Exemplaires et patriotiques. «Chaque mètre cube de gaz brûlé de manière économique, chaque litre d’eau chaude non-utilisé sont un pas de plus vers l’indépendance énergétique de l’Ukraine», a ainsi expliqué le vice-Premier ministre Volodymyr Hroïsman. Une campagne baptisée «Indépendance énergétique» a été lancée sur Internet (http://energy-evolution.wix.com), relayée dans les médias. Des affiches et dépliants y expliquent, grâce à dessins et schémas, que toute réduction de la consommation d’énergie renforce l’indépendance du pays. A l’inverse, toute consommation, excessive ou non, vient engraisser la Russie, symbolisée par des chars d’assaut, une bombe à retardement ou encore une « matriochka », poupée russe montrant des dents menaçantes.

Source: http://energy-evolution.wix.com
Source: http://energy-evolution.wix.com

Un des enjeux de l’hiver sera aussi de prévenir les surcharges du réseau électrique, qui sera d’autant plus sollicité par l’utilisation accrue de chauffages et chauffe-eau électriques. Des mesures d’économie sont aussi proposées dans ce domaine: débrancher téléviseurs et ordinateurs au lieu de les laisser en veille, ne cuisiner que des plats simples et rapides à préparer ou encore éteindre la lumière dans les pièces que l’on quitte… Des mesures révolutionnaires dans un pays en ébullition depuis près d’un an. «Nous avons des problèmes colossaux, mais aussi des opportunités considérables», conclut le Premier ministre Arseniy Iatseniouk.

RSE: Coup de froid sur la grande vitesse en Ukraine

Brève publiée sur le site de Regard sur l’Est, le 24/12/2012

Des retards à répétition, des trains modernes remplacés par de vieilles locomotives ou encore des pannes de chauffage par des températures glaciales: la voie de la modernisation en Ukraine a pris un visage hivernal bien particulier. Selon le site Internet d’information Focus.ua, les huit trains à grande vitesse de la firme Hyundai-Rotem ont souffert de pas moins de 20 pannes entre le 6 et le 20 décembre. Alors que l’Ukraine connaît des températures descendant jusqu’à -15°, il s’avère que les trains résistent moins bien que prévu à l’hiver.

Hyundai
Photomontage tiré du site de The Kyiv Post, montrant des hommes repris du tableau du Russe Illya Repin « Les bateliers de la Volga » (1873).  Le titre: « Ukraine-Europe Express ». Sur le train, un drapeau du Parti des Régions au pouvoir.

Le ministère des infrastructures d’Ukraine et les représentants de Hyundai-Rotem n’en finissent plus de présenter leurs excuses et de promettre l’application d’un plan d’adaptation des trains au climat. Un plan dont les mesures demeurent vagues. La compagnie nationale, Ukrzaliznytsya, reste, elle, étonnement silencieuse. Mais les commentaires acerbes de passagers, postés sur la page Facebook de la compagnie parlent d’eux-mêmes. «Combien de temps encore peuvent-ils se moquer des gens avec ces trains?» «Aujourd’hui, pour le voyage entre Kiev et Kharkiv, nous avons eu droit à un train en très mauvais état [à la place du Hyundai]», fulminait l’usager Andriy Zarudniy le 14 décembre. «Il n’y avait même pas de quoi manger ou de quoi se faire un thé! C’est à se demander ce pourquoi les passagers ont payé?». Et un autre de conclure: «Cessez de vous tourner en ridicule, supprimez ces trains jusqu’au printemps!»

Les arrêts en rase campagne peuvent s’éterniser pendant plusieurs heures. Ils s’accompagnent souvent de coupures de chauffage, laissant les usagers impuissants face à un froid glacial. Une passagère, bloquée dans un train arrêté entre Kiev et Donetsk, se félicitait ainsi sur sa page Facebook, avec ironie, d’avoir acheté un billet de seconde classe: «Il ne fait que -5° ici. Dans les wagons de première classe, il y a moins de gens, et il fait -10°».

En écho de ces commentaires, des vidéos et photos postées sur Internet viennent renforcer les critiques. Une vidéo montrant un Hyundai argenté, poussé par une ancienne locomotive délavée, fait le tour des réseaux sociaux (voir la vidéo ici). Dans une autre vidéo, un groupe de jeunes passagers danse au son de la chanson « Gangnam Style », précisément d’origine coréenne. Les paroles ont été adaptées en russe pour mettre en lumière les conditions de voyage: « Nous venons de démarrer et allons nous arrêter bientôt », « il y a un problème avec l’électronique ici » ou encore « il fait vraiment très froid ici! » (voir la vidéo ici).

Aux côtés de stades rutilants et de terminaux d’aéroports étincelants, les trains Hyundai comptaient parmi les symboles des bénéfices que l’Ukraine devait retirer de l’Euro de football en juin 2012. Dix trains avaient été achetés pour le championnat, afin d’entamer une modernisation du réseau ferroviaire ukrainien. Huit avaient été importés au printemps. Conçus pour des vitesses allant jusqu’à 160 km/h, ils ont sensiblement réduit le temps de transport entre les principales villes du pays, à savoir la capitale Kiev, Kharkiv, Donetsk et Lviv. A l’automne, la ville de Dnipropetrovsk a été rajoutée à la liste des villes desservies. Deux trains sont encore en attente d’importation et devraient assurer la liaison entre Kiev et Odessa. Coût de l’opération: environ 23 millions d’euros par train. Pour le ministre des infrastructures de l’époque, Boris Kolesnikof, qui avait poussé personnellement pour cet achat prestigieux, l’histoire était en marche. Un progrès déjà remis en question, quelques mois à peine après la fin du championnat.

Les Hyundai n’en sont pas à leurs premières critiques. Beaucoup ont dénoncé la mauvaise adaptation du réseau ferroviaire à ces trains grande vitesse, que ce soit au niveau de la qualité des rails ou de la signalisation. Par les fenêtres, les voyageurs peuvent parfois apercevoir des agents assurant la signalisation, habillés d’un gilet fluo et brandissant des panneaux. Retards et pannes s’étaient produits dès leur entrée en service. Les prix des billets ont aussi surpris des usagers habitués à des places généralement très abordables. Un trajet de nuit Kiev-Lviv, dans un ancien train hérité de l’époque soviétique, dure environ 8 heures. Il coûte entre 9 et 30 euros, en fonction de la catégorie de confort sélectionnée. La place se compose d’un lit, de draps propres, d’une serviette de toilette, d’un accès à de l’eau chaude et à du thé et café pour environ 20 centimes d’euros. En Hyundai, le voyage se fait de jour et dure 4h55. Le billet est une place assise. Un wagon restaurant offre des rafraîchissements et petits en-cas. Le thé est vendu à environ 1,5 euros. Le prix minimum d’un billet est de 28 euros. Dans un pays où le salaire mensuel moyen s’élève à 250 euros, la différence est frappante.

«La première fois que j’ai pris un Hyundai, c’était pour aller à Donetsk», raconte Nataliya, une jeune journaliste. «Franchement, c’est agréable de voyager aussi rapidement. Mais je ne pense pas que ça le vaille. C’est quand même relativement long, être assis pendant 6 heures devient un peu inconfortable à la longue. Et en plus, qu’on le veuille ou non, des écrans de télévision nous montre des films stupides, entrecoupées de publicités et films de propagande du gouvernement, comme des discours du ministre Kolesnikof!».

Début 2012, le gouvernement avait annoncé son intention d’acheter de nouveaux trains à la firme Hyundai-Rotem afin de commencer le renouvellement de la flotte de quelques 600 trains en service en Ukraine. Mais il semble aujourd’hui que, hormis les deux trains supplémentaires qui doivent encore être acheminés vers le pays, l’expérience s’arrêtera là. On parle d’une compagnie ukrainienne, «Kryukiv Rail Car», qui pourrait livrer sous peu des trains capables d’opérer à 220 km/h, pour seulement deux tiers du prix d’un Hyundai. Eux seraient peut-être plus résistants aux conditions hivernales du pays. A condition que le réseau s’adapte, lui aussi.

MyEurop: Morses et Poissons sur le Dnipro

Article publié sur le site de MyEurop le 06/02/2012

Titre officiel (choix de la rédaction)  J’ai plongé dans l’eau glacée du Dniepr!

 

En Ukraine, la vague de froid extrême a déjà fait plus de 130 morts. Face à cette hécatombe, le ministre responsable des situations d’urgence, préconise de plonger dans l’eau glacée du Dniepr! Une expérience de givré.

La neige craque sous les pas, le sol semble parfois vibrer, comme s’il était en mouvement. La prudence est de mise alors que l’on progresse sur une vaste étendue blanche, plate, silencieuse, pratiquement déserte. Sous les pieds, c’est le « Dnipro » (« Dniepr » en russe), qui s’écoule lentement sous une épaisse couche de glace.

La vision du Dnipro gelé est un bon indicateur de la rigueur de l’hiver 2011-2012 en Ukraine. Pour arriver à contenir le fort courant du fleuve, il faut en général des températures inférieures à -20° pendant au moins dix jours consécutifs. Après un mois de décembre 2011 remarquablement doux, le thermomètre a brusquement chuté aux alentours du 27 janvier, et oscille depuis entre -25° et -33° à la nuit tombée.

C’est sur ce fleuve, long de près de 2 300 kilomètres, que s’est construite la prospérité de Kiev, comme étape incontournable d’échanges intenses entre l’espace Baltique et la Mer Noire. Aujourd’hui, le fort débit du cours d’eau est dissimulé sous une nouvelle promenade piétonne, pour le plus grand plaisir de pêcheurs, promeneurs et même baigneurs. Au cœur de ce qui est l’hiver le plus rude depuis six ans, dans un pays qui tourne au ralenti depuis quelques semaines, le Dnipro s’est improvisé nouveau centre de la vie locale.

Poissons et Morses

Assis en cercle au milieu du fleuve, un groupe de trois hommes fait mine de pécher. Malgré une forte pollution des eaux et la disparition de nombreuses espèces de poissons à la suite de la construction de barrages et réservoirs, on peut encore avoir la chance d’attraper brèmes, perches, carpes ou encore gardons. Mais pour Vitali et ses amis, ça n’est pas le plus important.

Emmitouflés dans plusieurs couches de vêtements, armés d’un thermos de grog et d’une guitare, ils sont ici pour passer un bon moment entre amis.

C’est une tradition pour nous, nous venons ici chaque dimanche, quand notre Dnipro est gelé. On se tient chaud mutuellement, et l’air frais est revigorant,

confie-t-il.

Et quid du poisson ? « S’il y a en, c’est bien, sinon, nous n’allons pas lui courir après… De toutes les manières je ne conseillerais pas de manger de poisson du fleuve, le fond est un peu sale », explique-t-il avec ironie.

Respiration bloquée

On se rapproche de la rive, où un groupe d’une quinzaine de personnes s’attroupe autour d’un trou creusé dans la glace, qui laisse apparaître une eau verdâtre. On rejoint ainsi des « Morse » (« Morzh » en ukrainien et russe), des baigneurs du froid. Après quelques échauffements, on se dévêtit prestement.

L’un après l’autre, hommes et femmes se jettent dans l’eau. Le froid pénètre instantanément la peau, bloque la respiration pendant un dixième de seconde. On marche dans l’eau pour s’éloigner de la rive et s’enfoncer plus en profondeur.

Une fois immergé à la moitié du corps, une grande bouffée d’air, et on plonge la tête. Il faut, après, sortir rapidement de l’eau, se sécher, et s’étirer un peu plus, avant de replonger une seconde fois.

Étonnamment, on s’habitue vite au froid intense, à l’eau et à la glace, qui rendent la température de l’air, pourtant de -10° ce dimanche matin, bien plus acceptable, presque agréable. Aux abords du trou, les passants, curieux et sidérés, semblent, eux, transis de froid à la simple vue de la scène.

La tradition de la résistance

La baignade dans l’eau glacée est une tradition séculaire en Europe centrale et orientale, traditionnellement marqués par des hivers rigoureux. Le 19 janvier, lors de l’épiphanie orthodoxe, popes et moines bénissent les cours d’eau et lacs, en général gelés, en présence d’hommes politiques et de dignitaires de l’Etat. Il est populaire de se baigner ce jour-ci afin de bénéficier de la bénédiction religieuse. La pratique perdure tout l’hiver.

Dans les régions orientales de l’Europe, les techniques diffèrent. Certains y vont entièrement nus, d’autres en maillot de bain. Soit on privilégie une trempette rapide, soit l’on préfère rester dans l’eau quelques minutes, pour s’exercer à une résistance prolongée au froid. Les choix divergent encore sur le choix du « remontant » après la baignade : thé, chocolat chaud, vodka ou grog.

Mais partout, les motivations des « morses » sont les mêmes.

« C’est l’idéal pour commencer de bon pied ma journée », affirme, enthousiaste, Iryna.

Ca fluidifie la circulation du sang, renforce l’acceptation du froid et le système immunitaire en général, et me donne une énergie sans pareil pour le reste de la journée! Cette tradition est l’une des raisons pour lesquels les Ukrainiens et les Slaves en général ont survécu à tant d’hivers extrêmes ».

Pour elle, le froid n’est pas une excuse pour s’enfermer chez soi, mais au contraire une opportunité de profiter d’une nature changée, éphémère, unique.

Un avis partagé par le Ministre des situations d’urgence ukrainien, Victor Baloga. Dans un récent communiqué de presse, il explique que

le meilleur moyen de se prémunir du froid est de faire du sport et de se baigner dans l’eau glacée ».

Et d’exhiber, sur le site du Ministère, des photos de lui-même, hilare, accomplissant son rituel hebdomadaire de baignade.

131 morts

Mais alors que la vague de froid polaire devrait se prolonger jusqu’à la mi-février, les Ukrainiens qui n’ont pas la chance de pouvoir se calfeutrer dans des logements bien isolés, n’ont, eux, vraiment pas le sourire.

131 personnes ont succombé à la suite d’hypothermies et graves engelures au cours des dix derniers jours. Si la majorité des victimes sont des sans-abris, on a retrouvé une trentaine de personnes mortes gelées à leur domicile. Plus de 1.200 personnes ont été hospitalisées pour engelures et hypothermies.

Les autorités n’ont pas déclaré l’Etat d’urgence, mais ont mobilisé des centaines de policiers, militaires et assistants sociaux. Plus de 3200 points de secours, ce qu’on appelle ici des « points de chaleur », ont été déployés dans tout le pays, offrant assistance, repas chaud, couvertures et premiers soins. 75.000 personnes en auraient bénéficié depuis le 27 janvier.

Impréparation gouvernementale

Dans tout le pays, la vie quotidienne s’est ralentie. Nombre d’usines se retrouvent paralysées. La circulation routière et ferroviaire est perturbée dans plusieurs régions. Près de 400 000 écoliers sont confinés à la maison, à la suite de la fermeture de quelques 3000 établissements scolaires jusqu’à nouvel ordre.

Dans un pays qui est rarement épargné par la rigueur hivernale, l’impréparation du gouvernement est sévèrement critiquée. Les premiers points de chaleur n’ont été ouverts qu’après le début de la vague de froid. Dans les rues des grandes villes, le déneigement est mal assuré et les services sociaux et médicaux peinent parfois à circuler.

On pointe aussi du doigt depuis des années le manque d’aides pour accroître l’efficacité énergétique et l’isolation des habitations, ce qui explique les décès à domicile.

Heating Season starts in Kyiv

Interfax-Ukraine

Head of Kyiv City State Administration Oleksandr Popov has signed an order to start the heating season in the capital city. Heating of maternity wards, hospitals, preschool and educational institutions will start on October 5, that of residential houses will start on October 10, the Kyiv City State Administration’s press service said.