LLB: Kiev et Moscou se déclarent la guerre commerciale à outrance

Analyse publiée dans La Libre Belgique, le 18/12/2015

Moscou exclut l’Ukraine de la zone de libre échange de la CEI; Kiev va interdire le commerce avec la Crimée, annexée par la Russie.

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Les seules exceptions, ce seront des objets personnels, des produits alimentaires de première nécessité, et de l’aide humanitaire. » A en croire le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, tout le reste du commerce entre l’Ukraine et la Crimée sera interdit d’ici au 15 janvier 2016. Un blocus économique officieux de la péninsule, illégalement annexée par la Russie en mars 2014, est opéré par des groupes de militants ultranationalistes et des Tatars de Crimée depuis la mi-septembre. Arseni Iatseniouk en fait ainsi une politique d’Etat assumée, dans un contexte de fortes tensions économiques et commerciales ukraino-russes.

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RFI: La Crimée toujours sans électricité

Séquence dans l’émission « Bonjour l »Europe », le 06/12/2015

Déjà deux semaines, depuis le 21 novembre, que la péninsule de Crimée est privée d’électricité. Des saboteurs encore non-identifiés avaient fait exploser des pylônes de lignes à haute tension menant de l’Ukraine à la péninsule, pour protester contre son annexion illégale par la Russie en mars 2014. Ce sont plus d’un million de personnes qui se retrouvent dans le noir. Et la situation dégénère en une nouvelle crise entre l’Ukraine et la Russie

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People cross a road during a power outage in the Crimean city of Simferopol on November 24, 2015. Power cuts in Crimea affected nearly 940,000 people on November 24 as tensions raged between Kiev and Moscow over the annexed peninsula and Russia threatened to cut off gas supplies to Ukraine. AFP PHOTO / MAX VETROV / AFP / MAX VETROV

Deux semaines après, comment expliquer que la Crimée soit toujours sans électricité? 

C’est assez simple: les équipes de réparation des lignes à haute tension sont physiquement bloquées par des militants qui organisent un véritable blocus de la péninsule. Ces militants, ce sont des Tatars de Crimée, et des groupes para-militaires nationalistes, tels que le fameux groupe Praviy Sektor. Ils avaient entrepris un blocus alimentaire de la péninsule, en bloquant les camions de marchandise, depuis le mois de septembre. Tout simplement, ils avaient établi des barrages sur les trois seules routes d’accès à la Crimée.

Maintenant, ils opèrent un blocus énergétique. Selon les derniers rapports, les militants empêchent même les voyageurs en voiture de transporter des générateurs électriques de l’Ukraine vers la Crimée.

En fait, une des lignes à haute tension a déjà été réparée, mais il semble que le gouvernement ukrainien ne peut pas, ou ne veut pas, reprendre les approvisionnements. C’est une question très politique. Pour Kiev, la Crimée est partie prenante de l’Ukraine, donc le gouvernement ne semble pas disposé à faciliter la vie des populations de Crimée qui ont choisi de vivre avec les occupants russes.

Mais justement, ces populations, comment survivent-elles? 

Et bien, à la chandelle! Vous pouvez vous imaginer ce que ça veut dire de ne pas avoir d’électricité en plein hiver. Selon mes contacts sur place, toute la vie et l’économie de la péninsule s’arrêtent à la tombée du soleil. Les rues sont désertes la nuit, les magasins et les écoles fermés. Les gens ont encore du chauffage, qui est principalement au gaz. Mais malgré tout, un rare tigre de Bengale est mort dans un zoo local, à cause du froid. En soi, la population ne se retrouve pas dans des conditions dangereuses, et j’ai même lu dans des médias russes que l’on pouvait s’attendre, à cause du black-out, à une sorte de baby-boom en Crimée! Là-dessus, réponse dans neuf mois…

En tous les cas, ce black-out fait la une des journaux, et cela renforce le ressentiment des populations de Crimée contre les Ukrainiens; ce qui est un effet contre-productif de ce que les instigateurs du blocus pouvaient espérer.

D’autant que les Russes de Russie ont mis en oeuvre un vaste plan d’aide, qui a consisté à importer des générateurs d’électricité, mais aussi à mettre en place quatre lignes à haute tension d’urgence, qui passent sous la mer. L’une d’entre elles est déjà en fonction, les autres ne vont pas tarder à l’être. On prévoit d’ailleurs que quelques écoles pourraient rouvrir dès demain lundi. En fait, si la population attend une solution, c’est bien de Moscou, et pas de Kiev. C’est encore un signe de plus que la Crimée coupe les liens avec l’Ukraine. Et ça renforce aussi les tensions.

Oui, la Russie a réagi par ses propres mesures de rétorsion contre l’Ukraine…? 

Tout à fait: ce sont des armes classiques: un arrêt des livraisons de gaz naturel, officiellement pour cause de non-paiement de facture, et un embargo sur les livraisons de charbon. Le Kremlin fait aussi pression sur Kiev pour obtenir le remboursement d’un prêt de 3 milliards de dollars que l’Ukraine doit rembourser d’ici le 20 décembre. Et pour couronner le tout, on assiste à un regain de violence sur le front du Donbass, avec une recrudescence d’échauffourées meurtrières.

Alors, ce regain de tensions, c’est un peu dans l’ordre des choses, puisque la Russie et l’Ukraine sont dans un état de guerre depuis presque deux ans maintenant. Mais il est très difficile de prévoir jusqu’où cela peut aller. Ni Moscou, ni Kiev, ne semblent prêts au dialogue, et les militants ukrainiens qui tiennent ce blocus de la Crimée affichent leur détermination, et ce jusqu’à ce que la Crimée revienne à l’Ukraine; ce qui ne semble pas du tout envisageable à l’heure actuelle.

RFI: Ukraine: Où sont les énergies renouvelables?

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 01/12/2015

 

L’Ukraine est aussi une participante de la COP21. Mais le pays a d’autres chats à fouetter: la Russie vient de stopper ses approvisionnements en gaz naturel, et menace d’interrompre les livraisons de charbon. Dans un contexte énergétique tendu, les énergies renouvelables devraient avoir le vent en poupe, afin de favoriser une indépendance énergétique du pays. Mais on en est loin. 

A Kiev, Sébastien Gobert est allé en parler avec les quelques militants écologistes – il y en a peu – qui sont actifs dans le pays. 

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Capture d’écran – photo Facebook (Viktoriia Bilash)

La contribution ukrainienne à la COP21 s’est résumée à  une marche pour le climat dans le centre de Kiev. Sous la pluie, le 29 novembre, une petite centaine de personnes ont appelé à une révolution verte, et au développement d’énergies renouvelables. Puis elles sont rentrées chez elles.

L’association organisatrice, le Centre National de l’Ecologie en Ukraine est l’une des rares à être engagées en faveur du respect de l’environnement, dans un pays qui a d’ores et déjà annoncé qu’il ne ferait à aucune promesse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le jeune expert Oleh Savitskiy dresse un portrait sombre du système énergétique ukrainien, directement hérité de l’Union Soviétique.

Oleh Savitskiy: Jusqu’à présent, plus de 40% de notre électricité était produite à partir du charbon. Avec le nucléaire, ce sont les piliers de notre mix énergétique. Il y a un peu d’énergie hydro-électrique. En ce qui concerne les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, ça représente à peine 1% de notre production d’électricité.

Dans le secteur des énergies renouvelables, l’Ukraine a aussi souffert de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie. Environ la moitié de son parc de panneaux solaires se trouvait sur la péninsule.

Aujourd’hui, le développement des renouvelables est très limité, cantonné à de petites initiatives, comme l’explique le jeune militant écologique Maksym Babaev

Maksym Babaev: Depuis 2014, il y a des aides publiques aux ménages pour le développement des énergies renouvelables. Aujourd’hui, cela concerne moins de 200 ménages. Mais cela devient populaire. Par exemple, les panneaux solaires sur les toits se développent rapidement. Nous avons aussi un fort potentiel à exploiter dans la biomasse. Jusqu’à présent, l’essentiel des déchets agricoles sont simplement jetés, alors qu’ils pourraient servir de biomasse.

Mais en dehors de ces initiatives individuelles, les perspectives de développement à grande échelle sont pour l’instant bouchées. L’expert Oleh Savitskiy.

Oleh Savitskiy: Personne ne veut investir dans de grands projets aujourd’hui en Ukraine. A cause de l’instabilité du pays, mais aussi de la corruption rampante. Il est difficile de garantir ses investissements si l’on n’est pas lié aux partis politiques.

Les militants dénoncent ici une absence totale de stratégie de développement de la part du gouvernement. Alors que pour Oleh Savitskiy, la perte du bassin minier du Donbass, et l’état de guerre avec la Russie représentent des opportunités uniques pour opérer un virage énergétique.

Oleh Savitskiy: La production industrielle a chuté depuis 2013, et la demande en électricité a diminué de 12% l’année dernière. Alors c’est le moment. Si l’on veut faire partie de l’Europe, il faut réformer le secteur, le moderniser, le rendre efficace et respectueux de l’environnement.

Avec le Centre national de l’Ecologie, cet expert tente de mobiliser les partenaires occidentaux de l’Ukraine, pour que le pays honore ses engagements.

Oleh Savitskiy: En vertu du Traité sur la communauté européenne de l’Energie, l’Ukraine doit accroître son taux d’efficacité énergétique de 9% d’ici à 2020 et faire passer la part des renouvelables à 11%. Si l’Ukraine remplit ces objectifs, alors le pays ne devrait pas connaître de hausse des émissions de gaz à effet de serre.

Oleh Savitskiy ne se fait néanmoins pas beaucoup d’illusions. En l’Ukraine, les énergies renouvelables et propres sont encore associés à un doux rêve de militants écologistes. Hormis le manque de moyen, la corruption ou autre, la clé des renouvelables réside avant tout dans la société. Et celle-ci n’est tout simplement pas sensibilisée à la question.

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Le Monde Diplomatique: Sur le front de l’uranium

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié dans Le Monde Diplomatique, édition de mars 2015

Maquette des six réacteurs de la "Zaporiska AES", Enerhodar.
Maquette des six réacteurs de la « Zaporiska AES », Enerhodar.

Certains matins d’hiver, l’humidité monte du Dniepr et noie dans la brume les cubes de béton de la centrale nucléaire de la ville d’Enerhodar, située dans l’oblast de Zaporijia (sud-est de l’Ukraine). Les bus poissés d’une neige sale descendent des avenues taillées au cordeau pour transporter onze mille employés vers le cœur du complexe nucléaire. « Enerhodar, c’est une cité de progrès, la capitale énergétique de l’Ukraine, explique avec fierté M. Oleg Ocheka. Les cinquante-quatre mille habitants de la ville ont conscience qu’ils fournissent de l’électricité à des millions de foyers. » Le directeur adjoint du centre d’information de la centrale a emménagé ici au début des années 1980, quand la ville était jeune et que l’Union soviétique semblait éternelle. Les premiers immeubles ont été édifiés en 1970 pour héberger les employés d’une usine thermique bâtie le long du fleuve. La construction de la centrale électrique atomique Zaporiska AES a débuté en 1972. Le nucléaire entraînait le développement de villes modèles dont l’aménagement urbain devait offrir des conditions de vie idéales aux employés. Prypiat, la plus célèbre d’entre elles, achève aujourd’hui de disparaître sous la végétation, au cœur de la zone interdite de trente kilomètres de rayon qui entoure Tchernobyl, dans le nord du pays.

La centrale de Zaporijia compte six réacteurs, d’une capacité de 1 000 mégawatts (MW) chacun. Plus puissante que Gravelines, la première centrale française (5 400MW), elle n’est surpassée en capacité que par les huit réacteurs de Bruce, au Canada (6 232 MW). La production d’électricité assure une relative prospérité à cette ville où l’on pénètre avec l’étrange impression de faire un voyage dans le temps. « L’URSS s’est effondrée, mais les conditions de vie n’ont pas beaucoup évolué à Enerhodar », continue M. Ocheka. Même si les façades des blocs d’habitations sont décrépies, la ville demeure suffisamment attractive pour que ses écoles soient pleines. « Il y a toujours de l’eau chaude, l’électricité coûte moins cher qu’ailleurs, les (…)

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RFI: La Métallurgie, victime collatérale de la guerre du Donbass

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 23/02/2015

Tous les regards sont désormais tournés vers le port stratégique de Marioupol. Dernière grande ville de l’Est de l’Ukraine, encore entre les mains de l’armée de Kiev. Le cessez-le-feu officiel, qui n’a pas été respecté la semaine dernière tient désormais à un fil ; et aux côtés des civils, c’est bien sur l’économie et l’industrie qui font les frais des combats. L’industrie métallurgique, qui emploie et fait vivre la région a bien du mal à tenir. Sur les bords de la mer d’Azov, Sébastien Gobert est allé visiter le complexe Illitch, très fragilisé.

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Ce matin de février, la pâleur terne des nuages qui planent au-dessus de la ville portuaire de Marioupol se confond avec les épaisses fumées du complexe métallurgique géant “Illitch”, baptisé ainsi en l’honneur du révolutionnaire bolchevique Lénine.

Passé  l’imposant portail d’entrée, il faut plusieurs kilomètres à travers un dédale de tuyauteries et de hauts-fourneaux, pour atteindre l’énorme bâtiment du convertisseur sidérurgique.

A l’intérieur, l’ingénieur Vitali Vorojo explique son travail avec fierté.

Vitali Vorojo: Regardez, on verse la fonte en fusion dans une cuve qui contient des ferrailles. On brûle les éléments indésirables, et on obtient un premier alliage de métal, que l’on appelle de l’acier liquide sauvage. 

80% de la production est destinée à l’exportation, vers 60 pays du monde.

Dans une région en grande difficulté économique, l’activité du complexe est vitale, comme l’assure le directeur du convertisseur, Oleksandr Laryonov.

0leksandr Laryonov: Le complexe, c’est la seule entreprise qui reste en ville pour donner du travail et subvenir aux besoins de centaines de milliers de personnes. Mais ce n’est pas facile. A 5 kilomètres d’ici, il y a la guerre.

Depuis le début de la guerre du Donbass, le complexe Illitch a été relativement épargné par les bombardements, contrairement à  l’autre complexe métallurgique géant, Azovstal, qui s’étend le long de la côte. Mais l’activité de l’entreprise est extrêmement précaire à cause du conflit, comme l’indique Oleksandr Laryonov.

Oleksandr Laryonov: Nous travaillons pour l’exportation. Mais d’un moment à l’autre, nous pouvons nous retrouver sans moyens de transport. A quelques kilomètres d’ici, ils ont déjà bombardé le pont qui reliait notre complexe et celui d’Azovstal au port. 

Les combats ne sont pas le seul problème. Les complexes Illitch et Azovstal font partie de la société Metinvest de l’oligarque Rinat Akhmetov. L’approvisionnement en coke, ce type de charbon indispensable aux hauts fourneaux, était auparavant bien assuré par des sociétés sœurs. Mais elles sont aujourd’hui en territoire séparatiste. Confronté à des pénuries énergétiques, le complexe fonctionne à 60% de ses capacités, comme le déplore le directeur de l’ingénierie, Constantin Pismarev.

Constantin Pismarev: Notre façon de travailler n’est pas normale. Nous ne pouvons plus recevoir suffisamment de coke depuis notre filiale d’Adievka, qui est littéralement sur la ligne de front. D’ordinaire, nous jouissons d’une intégration verticale je ne comprends pas (Metinvest assurait toute la chaîne de production, extraction de charbon – raffinage en coke – transport-  distribution – aciérie – exportation. Quel est le terme français consacré?) et d’approvisionnements réguliers. Mais les combats compliquent tout. On doit donc  commander de la coke à la Chine, l’Italie et la Pologne. C’est un cauchemar logistique. Nous naviguons à vue. Par exemple, nous avons de réserves de coke pour deux jours seulement, alors qu’il  nous en faudrait pour au moins 5 à 7 jours. 

La compagnie souffre aussi d’une réduction de ses approvisionnements en gaz naturel, en raison d’un contentieux sur une dette impayée.

La direction dénonce un vice de procédure administrative, aux conséquences dramatiques. Oleksandr Laryonov.

Oleksandr Laryonov: Le pire, c’est que nous avons de l’argent, la compagnie a des ressources suffisantes. Mais l’Etat nous doit plus de 4 milliards de hryvnias (plus de 130.000 euros) d’abattement fiscal et donc nous attendons que l’argent nous revienne. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus payer pour le gaz ou l’électricité. C’est très grave.

Certains y voient aussi une affaire politique, une sorte de représailles du nouveau gouvernement ukrainien contre l’oligarque Rinat Akhmetov. Très proche de l’ancien président autoritaire Victor Ianoukovitch, il est aussi accusé d’avoir encouragé les premiers mouvements séparatistes dans l’est de l’Ukraine.

Aujourd’hui, ses activités industrielles sont néanmoins essentielles pour la stabilité de la ville de Marioupol. Constantin Pismarev, le directeur de l’ingénierie.

Constantin Pismarev: L’an dernier, notre complexe a transféré un demi-milliard de hryvnias (environ 18 millions de francs CH) aux budgets de la ville et de l’Etat. J’espère que tous les gens normaux comprennent que bombarder l’usine, ou entraver ses activités, cela veut dire la mort de la ville.

Le nouveau cessez-le-feu a été accueilli comme une bonne nouvelle pour le complexe Illitch. Mais il pourrait bien ne pas suffire pour en garantir la survie. De manière directe ou indirecte, la guerre du Donbass a d’ores et déjà ruiné l’essentiel de l’économie de la région.

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La Libre Belgique: En Ukraine, la mobilisation (se) passe mal

Article publié dans La Libre Belgique, le 17/02/2015

A Lviv, le 18 juillet, les obsèques d'un soldat ukrainien mort en opération contre les prorusses. (Photo Yurko Dyachysyn. AFP)
A Lviv, le 18 juillet, les obsèques d’un soldat ukrainien mort en opération contre les prorusses. (Photo Yurko Dyachysyn. AFP)

Nous étions au travail quand on a remarqué un manège inhabituel dans la rue : une patrouille de police stoppait systématiquement les voitures qui passaient. Mes collègues sont allés s’enquérir auprès des officiers, des fois qu’il y ait un criminel en fuite. En fait, ils contrôlaient les chauffeurs, pour s’assurer que ceux qui avaient reçu leur ordre de conscription ne soient pas en train d’y échapper… La journée au bureau s’est terminée dans un malaise. Tout le monde était choqué. » Des histoires comme celle d’Oksana Vornenko, jeune employée de bureau à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, sont de moins en moins anecdotiques.

« C’est un massacre »

La quatrième vague de mobilisation militaire, lancée le 14 janvier par le président Petro Porochenko, concerne plus de 100 000 hommes et femmes entre 25 et 60 ans. Plus de 75 000 personnes ont déjà été appelées sous les drapeaux. Les trois précédentes vagues avaient rencontré une « résistance de plus en plus marquée dans la population, qui comprend de moins en moins pourquoi aller se battre à l’Est… », commente Ostap Drozdov, chroniqueur à Lviv. « Le Donbass est une région à problèmes, et ses habitants n’ont pas voulu se défendre contre l’agression russe. Ceux qui voulaient quitter les territoires séparatistes l’ont fait. Ceux qui restent… De moins en moins de gens veulent se battre pour eux. »

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Libération: « Tout dépend des ordres de Poutine »

Article publié dans Libération, le 12/02/2015

En ce jeudi matin, un membre de la délégation ukrainienne à Minsk a repris une célèbre citation de Winston Churchill pour décrire l’état d’esprit des négociateurs de son pays : «Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais peut-être est-ce la fin du commencement.» De nombreux points de l’accord de paix restent sujets à discussion et seule a été véritablement décidée l’instauration d’un nouveau cessez-le-feu, à partir de minuit dans la nuit de samedi à dimanche. Une trêve conclue «sans conditions préalables», s’est félicité le président …

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