Le Monde Diplomatique: Ukraine topples Lenin’s statues

Article co-written with Laurent Geslin, published in the December issue of Le Monde Diplomatique English

Click her for the original French version

screen-shot-2016-12-05-at-13-37-41

The Kiev city council announced in July that Moscow Avenue was to be renamed ‘Stepan Bandera Avenue’ after the nationalist ‘hero’ of the struggle against the Soviet Union. Bandera was briefly a prisoner of the Nazis, though also their ally in June 1941 and in 1944. The renaming, under ‘decommunisation’ laws adopted in Ukraine in 2015, aims to distance the Soviet heritage and the shadow of Russia.

In Poland, it brings back unpleasant memories. This July the Polish parliament voted overwhelmingly to adopt a law referring to massacres in Volhynia in 1943 as ‘ethnic cleansing’ and ‘genocide’. In that region, now part of Western Ukraine, 40-100,000 Poles were killed during the second world war, ‘brutally murdered by Ukrainian nationalists’ according to the Polish parliament. The Ukrainian Insurgent Army (UPA), founded by Stepan Bandera, did the killing. Today the UPA is celebrated in Ukraine for its fight for national independence. It also massacred Jews and Poles, and for a time collaborated with Nazi Germany.

Despite the convergence of Polish and Ukrainian strategic interests with those of Russia, these votes signal ‘the end of the Polish-Ukrainian honeymoon’ according to Vasyl Rasevych, a historian at the Ukrainian Catholic University in Lviv, western Ukraine. Disputes between the countries are not new, but recent legislative initiatives confirm the failure to establish a shared vision of the past. Volodymyr Vyatrovich of the Ukrainian Institute of National Memory (UINM) says: ‘History should be left to historians, and politicians should be prevented from imposing their own interpretations on it.’ Rasevych says developing an official version of history is just what UINM is trying to do.

Vyatrovich is a leading promoter of the four anticommunist laws adopted by the Ukrainian parliament in May 2015. They criminalise the promotion of ‘communist and Nazi totalitarian ideologies’; order the dismantling of statues and changing of place names linked to the Soviet (…)

Read the full article here

Mediapart: Le renouveau des Juifs d’Ukraine

Reportage publié sur le site de Mediapart, le 16/10/2016. Illustré par des photos de Rafael Yagobzadeh.

La guerre a donné l’occasion à certains Juifs d’Ukraine de s’affirmer, tandis que la diaspora contribue à raviver la communauté. Mais dans le pays qui a connu la « Shoah par balles », la société ukrainienne a encore du mal à leur faire de la place.

 

Ukraine : Memorah Dnipro
La facade du « Center Memorah », dans le centre ville de Dnipro, en Ukraine, le 7 septembre 2016. Le centre Memorah a ouvert en 2002, il comprend une luxueuse salle de rŽception, une synagogue dotŽe dÕun intŽrieur en marbre noir, un grand musŽe de lÕHolocauste, des restaurants casher et des boutiques.

Du 18e étage de la Menorah, la vue est imprenable sur Dnipro (anciennement Dnipropetrovsk), l’une des principales villes de l’est de l’Ukraine. Une position d’où Shmuel Kaminezki veille au renouveau de la communauté juive ukrainienne. « Le bâtiment a changé la psychologie des gens. Pendant longtemps, beaucoup de Juifs vivaient cachés, dans le placard, comme on dit. Aujourd’hui, ils s’affirment en tant que Juifs, ils portent la kippa dans la rue. Je pense que la Menorah a aidé à ce changement. » Les yeux vifs du rabbin se portent de temps en temps sur son interlocuteur. Mais ce qu’il préfère, c’est fixer l’horizon, à travers la fenêtre de son bureau.

Lire le reste du reportage ici (accès abonnés)

Libération: Kiev, prends-en de l’Ukraine

Reportage découverte, publié dans Libération, le 14/10/2016

Avec de superbes photos de Rafael Yagobzadeh.

Balade dans la capitale en mutation, qui brasse diversité et contradictions loin des révolutions qu’elle a connues. La jeunesse s’y invente un futur entre guerre et paix, clubs et plages.

 

Et si Kiev, c’était plus que Maidan ? La place de l’Indépendance, balayée par les caméras du monde entier pendant la révolution de 2014, se voulait le centre de la capitale ukrainienne. Elle n’est en fait qu’un espace de passage et, parfois, de rassemblement. Au-delà, c’est une ville millénaire, de plus de 3 millions d’habitants, qui s’agite et se transforme au jour le jour. La métropole brasse les énergies vives du pays, sa diversité et ses contradictions. Les idées fusent, les projets sont incessants. Beaucoup en deviennent d’ailleurs interminables, laissant dans le paysage des ponts inachevés et des immeubles décharnés. La jeunesse, elle, s’approprie ses espaces et s’y invente un futur ; entre guerre et paix, entre clubs et plages.

14715444_10154706998104824_4175186753452362688_o-2

Le Closer jusqu’au bout de la nuit

Avec les premières lueurs de l’aube, la pénombre se dissipe progressivement dans la cour du Closer. Toute la nuit, les danseurs ont évolué en transe au son des improvisations techno du DJ, dans une obscurité transpercée par les seuls faisceaux lasers. Plusieurs dizaines se déhanchent encore. Ils se sourient, en découvrant leurs visages à la lumière du petit jour. «Ici, c’est la liberté, lance Ihor, en tirant avidement sur une dernière cigarette. Le Closer, c’est un espace hors de tout, où l’on peut tous se retrouver, danser, et oublier la ville.» «Nous voulions un endroit à nous, pour notre famille alternative. Nous avons aménagé rapidement cette ancienne usine et lancé le Closer en 2013», se rappelle Timour Bacha, jeune manager du club. Depuis, d’autres plateformes d’electro et techno se sont certes développées, mais le pionnier est consacré comme une institution unique. Il fait déjà grand jour quand les fêtards s’esquivent par petits groupes. La plupart rentrent à pied. «Ici, il faut profiter au maximum des beaux jours,plaisante Ihor en marchant lourdement. Parce que l’hiver, c’est les températures glaciales et les trottoirs-patinoires…»

Les plages du Dnipro en toute saison

Pas étonnant donc qu’en été et au début de l’automne, les plages de Kiev soient bondées. Pas des substituts de plage comme à Paris. Des vraies plages de sable fin sur les berges des îles qui rythment le majestueux Dnipro. C’est ce fleuve qui a donné naissance à la ville, au IXe siècle. D’abord comme port de commerce, puis comme capitale de la Rous’ de Kiev, une principauté slave orientale qui fut un temps l’un des plus grands empires d’Europe. Il reste aujourd’hui peu de traces de cette époque. La ville actuelle est bien plus un produit du XXe siècle, entre les élégants bâtiments tsaristes, les projets soviétiques grandioses et l’urbanisme sauvage de la période d’indépendance de l’Ukraine.

Un des havres de paix, coupée de la circulation chaotique qui paralyse la ville chaque jour, est l’île Trukhaniv. Pour y accéder, un pont piétonnier enjambe le Dnipro – les amateurs de sueurs froides peuvent s’y essayer au saut à l’élastique avant d’aller se dorer la pilule sur la plage ou de rejoindre les dizaines de baigneurs dans l’eau du fleuve. La méfiance devrait pourtant être de mise : ni l’Ukraine ni la Biélorussie, où le Dnipro prend sa source, ne sont réputées pour leur respect de l’environnement, et la zone interdite de Tchernobyl n’est jamais qu’à 80 kilomètres en amont… «Aucun problème, s’amuse Ivan, le ventre rond fièrement exhibé au soleil alors qu’il se trempe les pieds. Je me baigne ici depuis quarante ans, je n’ai jamais eu aucune maladie. D’ailleurs, vous devriez revenir en hiver pour une baignade vraiment fortifiante !» Ivan est de toute évidence un «morse», un de ces autochtones qui plongent dans l’eau glacée chaque hiver. Pour les Slaves de l’Est, la «saison» commence le 19 janvier, à la fête orthodoxe du «baptême des eaux». «On s’immerge une fois au nom du Père, une seconde au nom du Fils, et une troisième au nom du Saint-Esprit, et hop ! Retour sur la plage pour un petit cognac.»

Autoroute et pigeons post-révolutionnaires

A la sortie du pont piétonnier, on trouve de la bière bon marché, du poisson séché et les fameux semechki, ces graines de tournesol que les Ukrainiens peuvent picorer sans fin. Il y a aussi cette myriade de petits bars à l’atmosphère détendue et décomplexée qui pullulent depuis peu dans toute la ville, empruntant beaucoup à la mode berlinoise. Toutefois, les raisons de traîner ses guêtres dans le centre sont devenues limitées et l’avenue principale, Khreschatyk, est surtout une autoroute urbaine, bruyante, bordée de magasins de luxe. Maïdan Nezalejnosti, la place de l’Indépendance, a certes été le haut lieu des révolutions de 2004 et 2014, mais les émotions qu’elles avaient engendrées ne sont qu’un souvenir, et les espoirs de réformes et de lutte anticorruption, des sources de frustration. Aujourd’hui, les chalands étalent leur camelote sur des échoppes de fortune et des hommes au visage brûlé par le soleil essaient de convaincre les passants de prendre une photo avec leur pigeon ou leurs peluches géantes.

Peintures murales et bar je-m’en-foutiste

En contrebas de la colline de la «ville haute», le quartier du Podil offre des visages plus attrayants de la nouvelle Kiev, comme quelques-unes de ces peintures murales géantes qui tapissent de nombreux murs de la capitale. Ici, un cosaque géant qui combat un serpent dans le cosmos ; là, un homme perdu dans un labyrinthe tant et si bien qu’il en devient un labyrinthe lui-même. Une tendance récente qui inclut de nombreux artistes internationaux et qui recouvre les mornes façades post-soviétiques de nouvelles couleurs, au diapason d’une population en pleine mutation. Les initiatives de quartier se multiplient et opposent des résistances farouches aux promoteurs immobiliers qui ont toujours leurs oreilles à la municipalité.

Corruption et conflits d’intérêts sont des sujets qui reviennent souvent, entre deux gorgées de bière et une bouffée de cigarette, au Barbakan. Ce bar est l’un des derniers endroits à Kiev où il est encore possible de fumer à l’intérieur, dans une atmosphère de je-m’en-foutisme absolu. Seul le barman veille attentivement à ses bouteilles. Pas de règles ? Et pourtant, le Barbakan est dédié aux nationalistes ukrainiens et à la lutte contre ses ennemis. Mais ici, pas d’ambiance de cellule de complot. Combattants du front de l’Est, hipsters, artistes, étrangers, écrivains libéraux et nationalistes conservateurs, tous s’immergent dans une ivresse sans fond. Avant de repartir dans les rues d’une ville qui se cherche sans cesse.

RFI: Kiev veut gommer son passé soviétique

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 10/10/2016

Comment enlever les signes du passé communiste, et de la sujétion à l’ex URSS alors que les relations avec le voisin russe n’ont jamais été aussi distantes. C’est à ce dilemme qu’est confronté l’Ukraine. Au cœur de ce débat, une statue, haute d’une centaine de mètre, la mère patrie qui trône au cœur de la capitale Kiev. Difficile à déboulonner, quasi impossible à décommuniser aussi, selon la terminologie employée sur place.

war_museum_kyiv_6

On ne peut pas la manquer. Sur une colline dominant le fleuve Dnipro, la Mère Patrie veille sur la capitale ukrainienne, du haut de ses 62 mètres de métal argenté, qui reluisent au soleil. Elle est montée sur un énorme piédestal, et l’ensemble du complexe fait 102 mètres de haut.

La mère patrie, c’est une figure féminine aux traits très masculins; un emblème du monumentalisme soviétique. Les bras levés au ciel, elle porte un glaive dans une main, et dans l’autre, un bouclier. Et sur celui-ci, le blason de l’Union Soviétique, avec marteau et faucille.

La décommunisation bat son plein en Ukraine depuis 2014, mais les symboles restent. C’est plutôt gênant. De nombreuses voix se sont élevées pour que les symboles soviétiques ne dominent plus la capitale.

Volodymyr Vyatrovitch est le directeur de l’Institut national de la mémoire, le principal instigateur de la décommunisation.

Volodymyr Vyatrovich: Le monument est un exemple de l’architecture soviétique: il doit rester en place, on ne parle plus de le démonter. Mais selon la loi sur la décommunisation, les emblèmes soviétiques, le marteau et la faucille, qui se trouvent sur le bouclier, doivent être démontés. 

 

C’est plus facile à dire qu’à faire. Le glaive pèse 9 tonnes, et le bouclier 13 tonnes. Volodymyr Symperovitch est l’un des historiens du musée de la seconde guerre mondiale, qui se trouve  sous le monument.

Volodymyr Symperovitch: Certains voulaient démonter le bouclier. Mais cela déséquilibrerait tout l’édifice, donc ce n’est pas possible. Le recouvrir par autre chose, comme un texte ou une image multimédia, ça serait une autre option. Décommuniser la Mère Patrie, ce sera fait, mais ce n’est pas facile. 

Mais au-delà de l’aspect technique, se pose la question de la pertinence d’une décommunisation d’un tel monument.

Myroslava Hartmond: C’est l’une des statues les plus hautes du monde. Son monumentalisme est pensé pour honorer la victoire soviétique durant la seconde guerre mondiale, mais aussi pour renforcer la place de Kiev comme ville soviétique. 

Myroslava Hartmond est une chercheuse et critique d’art, à Kiev. Pour elle, il est impossible d’effacer l’héritage soviétique de cette statue.

Myroslava Hartmond: Décommuniser la statue, cela relève presque de l’absurde. La ville y perdrait un élément de son esthétique et de son héritage culturel. Je pense qu’il faut protéger le monument d’initiatives aventureuses. 

Il faut dire que, malgré sa physionomie toute soviétique, la statue fait le ravissement des touristes depuis des années. Et elle ne dérange guère les Kiéviens.

Pour une raison inconnue, elle regarde vers l’est. Elle n’observe donc pas l’horizon d’où les Nazis étaient venus en 1941. Mais c’est le front est qu’elle scrute, vers la Russie, aujourd’hui considéré comme un Etat agresseur. Un nouveau symbole qui parle aux Ukrainiens.

En fait, ce qui semble le plus pressant, c’est de décommuniser et moderniser le musée de la seconde guerre mondiale, en-dessous du monument.

Dans une atmosphère assez datée, le cheminement à travers les galeries est toujours calqué sur le narratif soviétique, de l’oppression nazie à la résistance du peuple, des souffrances imposées aux Soviétiques à la victorieuse prise du Reichstag à Berlin.

Volodymyr Viatrovitch, directeur de l’institut de la mémoire.

Volodymyr Vyatrovitch: Ce musée s’appelait auparavant le musée de la Grande Guerre Patriotique, selon l’appellation soviétique. Il y avait des musées similaires dans beaucoup de villes, car les mythes de la Grande Guerre Patriotique constituaient l’un des principaux instruments de pouvoir des autorités soviétiques. La mission de ces musées, c’était d’affirmer que le bien, c’était l’URSS, et le mal, c’étaient les Nazis, sans faire de nuances. Et ce sont des fabulations qui ont survécu à la chute de l’URSS, en particulier en Russie aujourd’hui. L’Ukraine commence à se différencier de ce narratif.

Le changement de narratif, c’est le principal enjeu de la décommunisation en Ukraine, afin de d’adhérer, comme le souhaite le Président Petro Porochenko, à un “discours historique commun aux Européens”. L’objectif semble à la fois ambitieux. Mais en même temps, il est plus simple que décommuniser une ville qui, de la statue de la mère patrie au réseau de métro, des facades des bâtiments aux couloirs des administrations, aura bien du mal à cacher son héritage soviétique.

Ecouter le reportage ici

RFI: En Ukraine, la Menorah du renouveau juif

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 29/09/2016

Ce 29 septembre, l’Ukraine commémore les 75 ans du massacre de Babi Yar, une des pires tragédies de ce que l’on appelle la “Shoah par balles”, l’extermination des Juifs par les Nazis, par des moyens sommaires. Aujourd’hui, la communauté juive d’Ukraine est en plein renouveau, c’est l’une des plus dynamiques de l’espace post-soviétique. Dans la ville de Dnipro, dans le centre-est du pays, un bâtiment symbolise ce réveil: la Menorah. C’est le centre culturel juif le plus grand du monde. 

Ukraine : Memorah Dnipro
La facade du « Center Memorah », dans le centre ville de Dnipro, en Ukraine, le 7 septembre 2016. Le centre Memorah a ouvert en 2002, il comprend une luxueuse salle de rŽception, une synagogue dotŽe d’un intŽrieur en marbre noir, un grand musŽe de l’Holocauste, des restaurants casher et des boutiques. Photo: Rafael Yaghobzadeh

Ce sont 7 tours qui se dressent dans le ciel. 7 tours, qui représentent les 7 branches de la Menorah, le chandelier traditionnel juif. Avec, en son centre, la synagogue de la Rose d’Or. Le symbole est fort, en plein milieu du centre-ville de la grande ville de Dnipro: la communauté juive est en plein développement.

A l’intérieur, c’est une vraie petite ville autonome. Iliya Savenko est en charge de l’accueil des visiteurs.

Iliya Savenko: Ici, il y a de tout. On peut visiter le musée, voir les galeries d’art, manger au restaurant, assister à une conférence. La Menorah est ouverte à tous, à toutes les nationalités, à toutes les religions. 

D’ailleurs aujourd’hui, les couloirs sont encombrés par des centaines de participants à conférence sur les nouvelles technologies de la médecine.

Le centre, ouvert en 2012 a bénéficié du financement d’importants oligarques juifs de Dnipro. A ce titre, la Menorah est une vitrine pour de puissants intérêts économiques. Mais le bâtiment est bien plus que cela, c’est un lieu d’affirmation de la communauté juive, où tout a été pensé dans le détail.

Iliya Savenko: Nous avons prévu un mode Shabbat pour les ascenseurs. Du vendredi soir au samedi, ils sont en mode automatique, et s’arrêtent à chaque étage. Ainsi il n’y a pas besoin d’appuyer sur les boutons. Pareil, la nourriture de tous nos restaurants est certifiée kasher.

 

Au 18ème étage, dans le calme de son bureau, le directeur de la Menorah, le rabbin Shmuel Kaminezki se pose comme le chef d’une communauté qui se redécouvre.

 

Rabbin: Le bâtiment a changé la psychologie des gens. Beaucoup de Juifs vivaient cachés, dans le placard, comme on dit. Ils souffraient d’un complexe de ne pas s’affirmer en tant que Juif. Dans des temps difficiles, les gens payaient pour changer leurs noms et cacher leur identité juive. Par exemple, de Rubinstein à Shevchenko. C’est en train de changer. Les gens s’assument, s’affirment Juifs. Ils portent la kippa dans la rue… Je pense que ce bâtiment aide à ce changement. Vous savez, la nuit, on voit les lumières de la Menorah depuis toutes les fenêtres de la ville…

Au sein du centre, on trouve le musée de la mémoire juive et de l’holocauste, le 3ème plus grand du monde. Différentes expositions présentent les traditions de la communauté juive dans le contexte local, comme partie prenante de l’histoire de l’Ukraine. Dans ses moments heureux, comme tragiques.

Rabbin: Les Juifs et les Ukrainiens ont une relation ambigüe. D’un côté, beaucoup de choses ont été développées ici: le hassidisme, le sionisme, la culture yiddish… D’un autre côté, il y a les pogroms, l’holocauste… Il faut dire qu’aujourd’hui, le nationalisme ukrainien qui nous faisait peur avant a changé. Les Juifs sont devenus des grands patriotes de l’Ukraine. J’en ai été le premier surpris… C’est donc le moment de discuter de toutes ces questions, et de nous bâtir un bel avenir. Parce que les Juifs n’iront nulle part. Ils veulent vivre ici! 

Et par “vivre ici”, le rabbin Shmuel Kaminezki entend vivre mieux.

Rabbin: Le principal problème de la communauté juive ici, c’est que la majorité des gens sont pauvres. Donc nous devons nous en occuper. Nous faisons ici ce que le gouvernement fait en France, en termes d’aide médicale par exemple. 

A partir de la Menorah, c’est un réseau de solidarité et d’assistance qui se tisse, dans la ville de Dnipro et en Ukraine.

 

La maison de retraite “Beit Barukh”, financée par la communauté, en est un bon exemple . Dans des conditions exceptionnelles pour l’Ukraine, elle abrite des survivants de l’Holocauste, et des réfugiés de la guerre du Donbass.

Yelena Iltchenko ne le cache pas: elle n’imaginait pas vivre aussi longtemps, aussi bien.

Yelena Alexandrivna: J’ai 85 ans, bientôt 86. Grâce aux personnes qui travaillent ici, je suis vivante,  comme beaucoup d’entre nous!

Comme la Menorah, cette maison de retraite est un lieu d’épanouissement et d’affirmation de la communauté juive.

Yelena Alexandrivna: Je suis enchantée car ici, on peut apprendre les traditions, l’histoire, la culture juives; les prières, les enseignements de la Torah. 

Yelena Iltchenko est une ancienne professeure d’anglais, toujours attirée par d’autres langues et pays. Et ici, à Beit Barukh, elle apprend à redécouvrir sa propre culture.

Yelena Alexandrivna: J’étais athéiste, comme tout le monde, sous le régime communiste. Après, j’ai commencé à me souvenir de mes parents, qui parlaient yiddish. Je me rappelle qu’ils m’avaient appris des chansons juives. Celle-ci est pleine d’humour, écoutez: 

CHANSON

 

Vous comprenez?

 

Avec humour et légèreté, les Juifs de Dnipro, et d’Ukraine en général, se redécouvrent une identité oubliée. Les lumières de la Menorah brillent avant tout pour dissiper les noirceurs de l’Histoire.

Ecouter le reportage ici

Libération: Urbanisme, Klitschko monte au créneau

Article publié dans Libération, le 20/03/2014

Maidan Nezalezhnosti, Kyiv, 20th February 2014
Maidan Nezalezhnosti, Kyiv, 20th February 2014

«A Kiev, la rue est une aventure en soi…» L’architecte Victor Zotov se veut ironique, mais il ne cache pas sa frustration. Marcher dans le centre de la capitale ukrainienne signifie slalomer entre d’énormes voitures stationnées sur les trottoirs, des kiosques plantés de manière anarchique et des trous dans le bitume. Si on ajoute à cela, en hiver, des trottoirs verglacés, peu ou pas déneigés, l’aventure est effectivement au coin de la rue. «C’est une ville de 3 millions d’habitants qui a été pensée selon une idée de grandeur soviétique, pour l’automobile. Pas pour …

Lire le reste de l’article ici (accès abonnés)