La Libre Belgique: A travers la ligne de front, l’école en ligne

Article publié dans La Libre Belgique, le 11/02/2015

Centre d'accueil de personnes déplacées, Kramatorsk, février 2015.
Centre d’accueil de personnes déplacées, Kramatorsk, février 2015.

Avec timidité, Katya prend place dans le bureau. La jeune fille découvre le petit réduit dans lequel sa mère Olena Malioutina, porte-parole de l’administration régionale de Donetsk, travaille depuis quelques mois, dans les locaux de la mairie de Kramatorsk. A 15 ans, Katya aussi est en exil, depuis ce matin du 10 février. Sa mère a fait le voyage pour venir la chercher à Donetsk, où elle habitait depuis quatre mois avec son père. « Katya est une optimiste incorrigible, elle a tenu à aller à l’école jusqu’au dernier moment possible », taquine sa mère. « Mais ils ont annoncé que l’école allait fermer à la fin février, donc je n’avais plus de raisons de rester. »

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La Libre Belgique: L’Ukraine privée de cinéma russe?

Article publié dans La Libre Belgique, le 09/02/2015

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Arnold Schwarzenegger l’a échappée belle. Dans le film « Double Détente » de 1988, il incarnait un policier soviétique d’élite, incorruptible, droit et vertueux, envoyé en mission spéciale à Chicago. A ce titre, lui et son film ont failli être interdits de diffusion en Ukraine. La loi 1317, adoptée le 5 février par la Verkhovna Rada (Parlement ukrainien) interdit « la distribution et la diffusion de films [au cinéma et à la télévision] visant à populariser les autorités occupantes (russes, NdlR) et les valeurs d’une culture criminelle ».

Sont visés l’ensemble des films et séries télévisées russes réalisés après le 1er janvier 2014, les films russes produits à partir de 1991 s’ils sont considérés comme promouvant les forces de sécurité de la Fédération de Russie, et un ensemble de productions étrangères susceptibles d’être accusées des mêmes travers.

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RTS: L’évacuation de Debaltseve continue lentement

Reportage diffusé dans le journal de 12h30, sur la Radio & Télévision Suisse, le 07/02/2015

La bataille fait rage pour le contrôle de la ville de Debaltseve, une gare de triage importante et un carrefour stratégique dans l’est de l’Ukraine. Hier vendredi, une trêve a brièvement permis l’évacuation de centaines de personnes. Cela fait dix jours que l’évacuation se poursuit au compte-goutte, dans de petits autobus, dans le vacarme de l’artillerie. 

Sébastien Gobert a accompagné un de ces bus, et a suivi le périple de ces exilés. 

Vue d'un bus de réfugiés, le 04/02/2015
Vue d’un bus de réfugiés, le 04/02/2015

Quand les autobus d’évacuation se garent devant la mairie de Debaltseve, une file de personnes s’élance du bâtiment en ruines. Munis de sacs en plastique et de petites sacoches pour seuls bagages, les candidats au départ forment un cortège de misère.

Dans le vacarme de l’artillerie, assistés tant bien que mal par des volontaires et des soldats ukrainiens, l’arme en bandoulière, ils prennent place dans les véhicules.

La famille d’Iliana Igorivna est partie depuis longtemps. Elle est restée en espérant que la situation se calme. Mais aujourd’hui, elle n’y tenait plus.

Iliana Igorivna: Comment on a survécu? Sous terre, c’est tout. Les connections téléphones sont coupées, plus rien ne passe, il n’y a plus d’électricité, plus d’eau. Juste des lanternes… C’est trop. l’obscurité, les bombardements, je n’ai plus la force. 

Sa ville natale, Debaltseve, n’est plus qu’une ville fantôme. Position stratégique très contestée par les belligérants de la guerre du Donbass, elle subit depuis des semaines un déluge de feu quotidien, et meurtrier.

Plusieurs centaines de personnes sont parties. Mais malgré les dangers, plusieurs milliers de personnes préfèrent rester sur place, et vivre terrés sous terre, dans un dénuement extrême. Hennadiy Vassilievitch regarde au loin les autobus se remplir. Pour lui, il est hors de question d’aller nulle part. Et pourtant, il a sous le bras un paquet de couches.

Hennadiy Vassilievitch: Je viens juste d’acheter des Pampers, nous avons un bébé d’un mois… On vit en sous-sol. On cuisine, on s’éclaire à la lanterne, on s’assoit et on attend; Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre? Et où est-ce qu’on pourrait aller? Sans argent, sans rien…

Dans l’autobus qui emmène les nouveaux exilés vers le nord, en territoire ukrainien l’ambiance est tendue. Tous ont peur pour leur avenir. mais au moins, ils dormiront ce soir dans des espaces chauffés, et loin du vacarme de l’artillerie. Comme ils le disent, le retour du silence vaut bien un exil vers l’inconnu.

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Libération: Ukraine, Négociations dans l’urgence

L’initiative de paix franco-allemande advient après plusieurs semaines de combats d’une intensité renouvelée dans le Donbass et au moment où les Etats-Unis s’interrogent sérieusement sur la nécessité de livrer des armes à l’armée ukrainienne. «Pour les Européens, cette aide militaire ne résoudra pas la crise, mais risque au contraire de transformer un conflit local en guerre européenne globale, ce qu’il faut éviter à tout prix», explique Petrov. De fait, la médiation de la France et de l’Allemagne est perçue par certains experts comme la dernière chance de trouver une issue diplomatique et politique à la crise ukrainienne, et surtout la dernière tentative de discuter avec Vladimir Poutine. «Un voyage conjoint à Kiev, puis à Moscou, de deux leaders européens, témoigne du fait que la crise ukrainienne a atteint un point culminant,commente le politologue Arkady Moches dans le quotidien Kommersant. L’Europe veut faire comprendre à Moscou toute la gravité des nouveaux risques.»

«Bain de sang». François Hollande et Angela Merkel devaient proposer à Poutine un «Minsk-2» – en référence aux accords de paix négociés en septembre dans la capitale de la Biélorussie dont ils seraient les garants, en tant que parties extérieures au conflit. Si les détails du plan franco-allemand sont encore inconnus, les deux leaders se sont prononcés en faveur d’un cessez-le-feu imminent. «Nous nous engageons pour mettre fin au bain de sang et pour faire vivre l’accord de Minsk»,le seul accord de paix signé à ce jour aussi bien par les Ukrainiens que par les rebelles prorusses, a déclaré Angela Merkel, avant de s’envoler pour Moscou, vendredi, tout en prévenant qu’il faudra peut-être «d’autres discussions» avant d’atteindre cet objectif. Prudence partagée par François Hollande qui a déclaré, de son côté, qu’«on ne peut pas préjuger du résultat» des discussions à Moscou. D’autant que ledit accord de Minsk, considéré lors de sa signature, en septembre, comme une percée majeure dans la résolution de la crise (cessez-le-feu, retrait des groupes armés illégaux et du matériel militaire entre autres points), n’a jamais été respecté. Ni par les séparatistes, épaulés par Moscou, clament Kiev et les Occidentaux. Ni par les revanchards de Kiev et leur sponsor américain, rétorquent les leaders rebelles et le Kremlin.

Jeudi soir, la chancelière allemande et le président français se sont longuement entretenus avec Petro Porochenko, à Kiev, pour lui exposer leur plan. Aucune déclaration commune des trois dirigeants n’a suivi la rencontre, créant un malaise côté ukrainien. Ce qui pouvait apparaître de prime abord comme un voyage de soutien à l’Ukraine a été perçu comme une simple étape sur la route de Moscou, où auront lieu les «véritables négociations», dont Merkel et Hollande ne souhaitent rien révéler avant de s’être entretenu avec Poutine. D’autant plus que l’initiative de paix a fait l’objet de consultations discrètes préalables entre la Russie et l’Allemagne, laissant l’Ukraine sur le banc de touche. «L’Occident veut l’Ukraine pieds et poings liés. Le plus important, c’est que les combats s’arrêtent. Si le prix à payer, c’est la liquidation de l’Ukraine, ce n’est pas grave. L’Occident s’en contrefiche… La conclusion est simple : notre destin est entre nos seules mains», commente amèrement l’analyste politique ukrainien Oleksandr Mykhelson.

Garanties. En amont de ces négociations, la France et l’Allemagne avaient donné des gages de confiance à la Russie : pas de livraisons d’armes à l’Ukraine, opposition à son entrée dans l’Otan. Pas assez de garanties, selon Alexeï Moukhine, un politologue proche du Kremlin : «La Russie a pris l’habitude que la France comme l’Allemagne mènent une politique assez flexible. Les dirigeants russes n’accordent d’importance qu’à des actes réels, des décisions techniques, pas des intentions, même si elles sont bonnes.» Or, pour Moscou, l’Europe n’est pas autonome, elle agit sous la houlette de Washington. Il assure, péremptoire : «Tant que les Etats-Unis soutiennent ouvertement le régime criminel de Kiev, de quel processus de paix peut-on parler ?»

Veronika Dorman (à Moscou) et Sébastien Gobert (à Kiev)

La Libre Belgique: A Debaltseve, une ville-fantôme et ses spectres

Reportage publié dans la Libre Belgique, le 06/02/2015, accompagné d’une photo de Serhiy Polejaka

« Je suis bien conscient que c’est un billet aller, sans retour. Il n’y a plus rien ici. » La toque en fourrure vissée sur sa tête, Anatoliy Leonidovitch a pris sa décision. Ce matin, il s’est rendu dans le hall du bâtiment administratif de la gare de triage de Debaltseve, avec, pour seuls bagages, deux sacs en plastique et une sacoche. « Cela fait deux semaines que nous n’avons plus ni électricité, ni chauffage. L’eau a été coupée depuis bien longtemps. Il n’y a rien dans les magasins, et quand on s’y déplace, on se fait bombarder… J’étais resté pour garder un œil sur notre appartement. Mais il n’y a plus rien à garder »,lâche-t-il, en sursautant à la déflagration d’un tir d’artillerie, tout proche.

Capture d'Ecran LLB
Capture d’Ecran LLB

« C’en est trop », lance avec émotion Iliana Igorivna, engoncée dans une fourrure synthétique. Sa famille a quitté la ville assiégée il y a des semaines. Elle a survécu depuis, avec des dizaines d’autres, recluse dans un refuge souterrain, « comme des animaux… » Dans un sursaut d’énergie, elle entreprend de compter les candidats au départ. « 30 personnes », soupire-t-elle. Et elle se rassoit, en attendant les autobus du ministère ukrainien des Situations d’urgence.

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La Libre Belgique: A l’est de l’Ukraine, Artemivsk se prépare au pire

Article publié dans La Libre Belgique, le 03/02/2015. Photos de Filip Warwick

Capture d'écran du site de La Libre Belgique
Capture d’écran du site de La Libre Belgique

Étalé sur un brancard, le regard perdu dans le vide, l’homme mord mollement dans une compresse médicale. Avec énergie, une poignée d’hommes en uniformes le hisse à travers les escaliers du petit hôpital de Zelejnodorojna, en s’efforçant de ménager la jambe ensanglantée de leur camarade. Dans un couloir encombré, on lui attribue des premiers soins, sous les regards apitoyés d’une femme en pleurs. Un soldat, affalé dans un fauteuil roulant, ne prête même pas attention à la scène. Sa jambe gauche est déjà paralysée, recouverte d’un long plâtre rudimentaire.

Après qu’on lui a administré un antidouleur et appliqué un pansement neuf, on assoit l’homme à la compresse sur un matelas poussiéreux. Les yeux fermés, il ne contrôle plus sa main droite, qui tapote nerveusement sur sa veste d’uniforme. Aucune réponse aux questions : l’homme n’entend plus rien. « Vous croyez quoi ? Il était sur le front et il a été touché par un bombardement. Son histoire est simple, pas besoin de l’embêter avec des questions ! » , s’emporte le jeune volontaire Iouriy Sabera.

Lui est arrivé la veille de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. La ville d’Artemivsk, au nord de la zone de combats, il la connaît bien, surtout l’hôpital. Avec plusieurs autres, il fait régulièrement le trajet pour livrer des colis médicaux collectés ici ou là. « Sans les volontaires, nous ne pourrions pas tenir ici , confie Iouriy Mateya, un médecin réserviste de la garde nationale, originaire de Kiev. En termes de soutien matériel et d’aide au personnel soignant, ce qu’ils font n’a pas de prix. L’hôpital est particulièrement démuni pour faire face à cette situation. »

La recrudescence des attaques séparatistes pour l’encerclement, et le contrôle, de cette position stratégique, se fait particulièrement aveugle et meurtrière.

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Analyse: Le Donbass entre guerre des chefs et guerre

Analyse, publiée le 29/01/2015. Les idées et positions présentées dans ce texte n’engagent que son auteur.

Pourquoi maintenant? Dans l’est de l’Ukraine, la reprise des violences est spectaculaire mais elle ne peut surprendre personne: elle était annoncée depuis longtemps. Ni les Ukrainiens, ni les Russes, et encore moins les séparatistes pro-russes, ne pouvaient se contenter d’une démarcation aussi floue. Réclamée par les différents chefs de guerre séparatistes, une nouvelle phase active de combats doit avoir pour objectif de pousser les Ukrainiens hors des oblasts (régions) de Donetsk et de Louhansk, “terres souveraines des républiques populaires autoproclamées. Avec, en ligne de mire, la création d’une grande “NovoRossiya – Nouvelle Russie”, qui s’étalerait sur le tiers sud-est de l’Ukraine contemporaine. 

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De nouvelles offensives ne peuvent surprendre. Ce qui interpelle, c’est leur lancement au plus fort de l’hiver. Un minutage qui est expliqué, en partie, par les soubresauts de féroces luttes intestines en territoires séparatistes. 

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“Pour une raison ou pour une autre, toutes les têtes qui dépassent disparaissent”. S’exprimant sous protection de l’anonymat, au téléphone, l’homme évoque un “véritable nettoyage d’hiver” qui serait opéré dans les rangs des séparatistes. Lui est un des lieutenants de Pavel Dremov, chef d’une sorte de “république populaire des Cosaques du Don”, dont le siège se trouve à Stakhanov, à environ 60 kilomètres de Louhansk. “Mon commandant se sent de plus en plus seul…,” confie-t-il.

Pavel Dremov, Stakhanov, 12/10/2014
Pavel Dremov, Stakhanov, 12/10/2014

Il y a quelques semaines encore, ces chefs de guerre, “Batman”, “Le Démon” ou encore “Le Fantôme” semblaient pourtant invincibles. A la faveur du chaos de la guerre, ils s’étaient taillés des fiefs sur des portions de territoires plus ou moins larges. Ils critiquaient au grand jour les politiques des chefs de guerre contrôlant les capitales régionales, Alexander Zakharchenko à Donetsk et Igor Plotniski à Louhansk. S’étant hissés au pouvoir plus ou moins par eux-mêmes, ces derniers se sont fait voter une légitimité lors des scrutins du 2 novembre 2014. Mais la loyauté de nombreux groupes concurrents n’allait pas de soi.

Le 1er janvier, l’annonce de la mort de “Batman”, de son vrai nom Alexander Biednov, a révélé l’ampleur des luttes intestines. Le corps du chef du bataillon du même nom, ainsi qu’au moins 5 de ses hommes, avaient été retrouvés calcinés dans leur camionnette, dans les alentours de Krasniy Louch, bien au sud de la ligne de front. La thèse d’une embuscade ukrainienne, voire des services secrets occidentaux, initialement présentées par le gouvernement de Louhansk, n’a convaincu personne. Aussi des “révélations” sur l’implication de “Batman” dans des trafics de drogue ou encore des actes de tortures avaient filtré, justifiant après-coup des poursuites judiciaires contre le chef de bataillon.

Batman dans son bureau de Louhansk.
Batman dans son bureau de Louhansk.

“Batman” avait pris en charge la défense du nord de Louhansk. Critique du gouvernement central, il avait tenté de se porter candidat aux élections du 2 novembre 2014. Bilan: une fusillade devant les bureaux de la commission électorale de la RPL, plusieurs blessés parmi ses soldats, et une interdiction d’enregistrer sa candidature. “C’est de l’histoire ancienne, nous sommes tous amis”, expliquait-il lors d’un entretien à Louhansk, début novembre. “Je suis un soldat, je ne veux pas faire de politique.”

Il n’empêche. “Batman” dérangeait. Selon ses hommes, sa popularité faisait ombrage à Igor Plotniski. Ce dernier en aurait été contrarié dans le contrôle de trafics lucratifs, allant du charbon à de l’aide humanitaire. Selon le politologue Iouli Fedorovski, basé à Louhansk, ““Batman” se serait aussi rapproché un peu trop près de l’irréconciliable Pavel Dremov”, à Stakhanov. Cela faisait beaucoup de raisons pour justifier son élimination et assurer la consolidation de la république de Louhansk, par ailleurs très fragile.

“Batman” n’a pas été le seul à tomber depuis le début de l’aventure sanglante des “NovoRussiens” dans le Donbass. Le Russe Igor Girkine, alias “Strelkov – Le Tireur”, a été évincé depuis longtemps de Donetsk. A Horlivka, on est sans nouvelle d’Igor Bezler, alias “Le Démon”, qui avait régné en maître sur la ville depuis le printemps. A Alchevsk, Alexeï Mozgovoy, chef de la brigade “Fantôme”, serait parti en Russie, “pour raisons indéterminées”.

Evgueny Ishchenko, alias “Le Mioche”, maire de la ville voisine de Pervomaïsk et bras droit de Pavel Dremov, menaçait encore au début décembre de “retourner ses armes contre Louhansk”, en raison d’une crise sécuritaire et humanitaire dans sa ville ignorée par les autorités centrales. Il a été retrouvé, le 23 janvier, assassiné. Igor Plotniski y voit une opération spéciale ukrainienne. “Ishchenko était en zone neutre. Même Plotniski ne peut pas avoir été aussi stupide pour aller le tuer là-bas,” commente le lieutenant de Pavel Dremov. Quoiqu’il en soit, c’est bien un étau qui se resserre autour de Pavel Dremov.

Evgueny Ishchenko, alias "Le Mioche".
Evgueny Ishchenko, alias « Le Mioche ».

De nombreux chefs de guerre, plus ou moins autonomes, continuent à faire parler d’eux. par exemple, le charismatique “Givi”, très actif autour de l’aéroport de Donetsk, est d’ores et déjà soupçonné d’exécutions sommaires de soldats ukrainiens, depuis qu’Alexander Zakharchenko a annoncé ne plus vouloir faire de prisonniers. Mais force est de constater que les marges de manoeuvre des divers groupes séparatistes se réduisent comme peau de chagrin.

Givi menaçant des prisonniers ukrainiens. Capture d'écran.
Givi menaçant des prisonniers ukrainiens. Capture d’écran.

Et pourtant, ils affichent sensiblement les mêmes objectifs de conquête que les gouvernements centraux. Les rivalités personnelles, voire politiques, par exemple entre les républiques de Cosaques et celle de Louhansk, sont évidentes, et peuvent expliquer des luttes intestines. Mais à un autre niveau, la centralisation des pouvoirs présenterait de nombreux avantages, notamment en termes de stratégie, ou encore de contrôle des approvisionnements en armes et équipements venus de Russie. Si ceux-ci ont été prouvés par de multitudes de rapports au cours des derniers mois, les modalités de leur acheminement et de leur distribution demeurent indéterminées.

Dans ce contexte, la nouvelle explosion de violences, en plein coeur de l’hiver, serait expliquée, en partie, par la reprise en main des forces séparatistes après un “ménage d’hiver”. Elle serait aussi une manière de faire taire d’éventuelles contestations, notamment émanant de Pavel Dremov, après une vague d’éliminations sanglantes.

Bien sûr, l’architecture régionale est complexe, et d’autres facteurs viennent expliquer un redémarrage des hostilités. La logique de l’expansion territoriale est tentante. Prendre Marioupol permettrait de débloquer un verrou stratégique sur le chemin entre la Russie continentale et la Crimée. Certains voient dans les combats une volonté russe de faire pression sur de futures négociations de paix, voire une tentative séparatiste d’empêcher ces négociations de paix. L’idée d’utiliser le Donbass comme une cocotte minute qui sifflerait régulièrement sans jamais exploser, pour distraire l’Ukraine de son agenda de réformes post-révolutionnaires, a elle aussi du sens. Sans oublier l’inexplicable. Ainsi un proche collaborateur d’Andriy Paroubiy, ancien Secrétaire du Conseil National de Défense et de Sécurité, parlant sous condition d’anonymat, estime que les attaques actuelles sont “un geste désespéré” des séparatistes, qui montre que “le Kremlin ne sait plus quoi faire de ses éléments les plus radicaux…”

Quoiqu’il en soit, les forces séparatistes, vraisemblablement aidées par les troupes russes, sont en mouvement. Selon Alexander Zakharchenko, la priorité est de “reconquérir Slaviansk, vitale pour les approvisionnements d’eau de la région.” S’il parvient à ses fins, ce sera cette fois une RPD unifiée qui avancera en territoire ukrainien. Une situation radicalement différente du printemps 2014, où le “groupe de Slaviansk, de Strelkov, avait phagocyté la république de Donetsk de Denis Pouchiline. Une telle cohérence des forces séparatistes pourrait bien renforcer leur capacité d’endurance, dans cette guerre dont personne ne voit d’issue prochaine.