RFI: L’Ukraine célèbre les 26 ans de son indépendance comme pays d’émigration

Reportage diffusé sur RFI, le 24/08/2017

Il y a 26 ans, l’Ukraine quittait l’URSS. Parade militaire et célébrations populaires sont de rigueur. Mais c’est aussi l’heure de réfléchir à l’état du pays. D’une population de 52 millions d’habitants en 1991, l’Ukraine compte aujourd’hui moins de 46 millions. Entre faible natalité et forte mortalité, l’émigration y est pour beaucoup. Dans un contexte difficile, de guerre à l’Est et de crise économique, elle reste une réalité. Et la question de rester ou partir d’Ukraine se pose pour beaucoup d’habitants. Le débat se cristallise aujourd’hui autour d’un article intitulé « Не зрікаються в любові – Ne pas renoncer à l’amour ». 

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“Je veux partir”. Partir et oublier la corruption, la guerre, les mauvaises infrastructures, et tout ce qui fait de l’Ukraine un pays difficile à vivre. La journaliste Ioulia Mostova a créé la sensation en publiant ces lignes, et en relançant le débat sur l’émigration de masse à partir de l’Ukraine. Le phénomène est en augmentation constante depuis une décennie. Il s’est amplifié avec les crises des dernières années, comme l’indique l’OIM, l’Organisation Internationale pour les Migrations. Pour beaucoup, c’est un signe que l’Etat ukrainien ne peut offrir des opportunités de développement à ses citoyens. Anastasia Vynnychenko, experte à l’OIM, nuance un tel jugement.

Anastasia Vynnychenko: On peut toujours discuter des illusions et désillusions des Ukrainiens. Mais les principales raisons pour partir sont avant tout économiques. Partir est une décision difficile à prendre…

La journaliste Ioulia Mostova voulait avant tout provoquer ses lecteurs, car elle, elle a choisi de rester. Dans la seconde partie de son article, elle met en avant ses espoirs, ses ambitions, ses projets, qui la retiennent en Ukraine.

La jeune Maria Krioutchov est engagée dans des projets de lutte contre la corruption à Kiev. Elle veut aussi rester pour faire de son pays un endroit où il ferait bon vivre. Dans le même temps, Maria Krioutchov ne cache pas son cynisme.

Maria Krioutchov: La jeune génération ne croit plus à l’idée de frontière. Un billet d’avion Kiev-Budapest coûte moins cher que le bakchich que l’on doit payer au professeur d’université à Kiev pour avoir ses diplômes!

Autrement dit: si les jeunes veulent partir car rien ne change en Ukraine, alors ils partiront, et rien ne les en empêchera.

Depuis la chute de l’URSS, la controverse sur l’émigration de masse revient sans cesse, comme l’expression d’une sorte de malaise des Ukrainiens vis-à-vis de leur pays. Mais cela démontre aussi que l’Ukraine n’a pas su tirer parti de l’émigration, comme l’ont fait d’autres Etats, en gardant le lien avec les migrants, en faisant fructifier leurs expériences, et leurs compétences.

Lioubomir Foutorskiy est un assureur, à Lviv, dans l’ouest du pays.

Lioubomyr Foutorskiy: C’est un vaste monde. Si les Ukrainiens veulent aller à l’étranger, et y travailler, tant mieux pour eux. S’ils veulent revenir, c’est bien. S’ils veulent rester là-bas, pas de souci non plus. Ils gagnent en compétence, et peuvent aider l’Ukraine de là où ils sont. 

26 ans après l’indépendance, beaucoup appellent donc à accepter la situation telle qu’elle est: l’Ukraine est un pays d’émigration. Ils appellent aussi à ne plus vivre les départs comme une saignée démographique, mais plutôt comme une chance pour le développement de l’Ukraine, et des Ukrainiens, qu’ils vivent ici ou ailleurs.

Screen Shot 2017-08-25 at 14.32.37Sébastien Gobert – Kiev – RFI

Ecouter le reportage ici

Chanson de fin de reportage: https://www.youtube.com/watch?v=Aqt2ZZy59LE

Libération: Kiev, prends-en de l’Ukraine

Reportage découverte, publié dans Libération, le 14/10/2016

Avec de superbes photos de Rafael Yagobzadeh.

Balade dans la capitale en mutation, qui brasse diversité et contradictions loin des révolutions qu’elle a connues. La jeunesse s’y invente un futur entre guerre et paix, clubs et plages.

 

Et si Kiev, c’était plus que Maidan ? La place de l’Indépendance, balayée par les caméras du monde entier pendant la révolution de 2014, se voulait le centre de la capitale ukrainienne. Elle n’est en fait qu’un espace de passage et, parfois, de rassemblement. Au-delà, c’est une ville millénaire, de plus de 3 millions d’habitants, qui s’agite et se transforme au jour le jour. La métropole brasse les énergies vives du pays, sa diversité et ses contradictions. Les idées fusent, les projets sont incessants. Beaucoup en deviennent d’ailleurs interminables, laissant dans le paysage des ponts inachevés et des immeubles décharnés. La jeunesse, elle, s’approprie ses espaces et s’y invente un futur ; entre guerre et paix, entre clubs et plages.

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Le Closer jusqu’au bout de la nuit

Avec les premières lueurs de l’aube, la pénombre se dissipe progressivement dans la cour du Closer. Toute la nuit, les danseurs ont évolué en transe au son des improvisations techno du DJ, dans une obscurité transpercée par les seuls faisceaux lasers. Plusieurs dizaines se déhanchent encore. Ils se sourient, en découvrant leurs visages à la lumière du petit jour. «Ici, c’est la liberté, lance Ihor, en tirant avidement sur une dernière cigarette. Le Closer, c’est un espace hors de tout, où l’on peut tous se retrouver, danser, et oublier la ville.» «Nous voulions un endroit à nous, pour notre famille alternative. Nous avons aménagé rapidement cette ancienne usine et lancé le Closer en 2013», se rappelle Timour Bacha, jeune manager du club. Depuis, d’autres plateformes d’electro et techno se sont certes développées, mais le pionnier est consacré comme une institution unique. Il fait déjà grand jour quand les fêtards s’esquivent par petits groupes. La plupart rentrent à pied. «Ici, il faut profiter au maximum des beaux jours,plaisante Ihor en marchant lourdement. Parce que l’hiver, c’est les températures glaciales et les trottoirs-patinoires…»

Les plages du Dnipro en toute saison

Pas étonnant donc qu’en été et au début de l’automne, les plages de Kiev soient bondées. Pas des substituts de plage comme à Paris. Des vraies plages de sable fin sur les berges des îles qui rythment le majestueux Dnipro. C’est ce fleuve qui a donné naissance à la ville, au IXe siècle. D’abord comme port de commerce, puis comme capitale de la Rous’ de Kiev, une principauté slave orientale qui fut un temps l’un des plus grands empires d’Europe. Il reste aujourd’hui peu de traces de cette époque. La ville actuelle est bien plus un produit du XXe siècle, entre les élégants bâtiments tsaristes, les projets soviétiques grandioses et l’urbanisme sauvage de la période d’indépendance de l’Ukraine.

Un des havres de paix, coupée de la circulation chaotique qui paralyse la ville chaque jour, est l’île Trukhaniv. Pour y accéder, un pont piétonnier enjambe le Dnipro – les amateurs de sueurs froides peuvent s’y essayer au saut à l’élastique avant d’aller se dorer la pilule sur la plage ou de rejoindre les dizaines de baigneurs dans l’eau du fleuve. La méfiance devrait pourtant être de mise : ni l’Ukraine ni la Biélorussie, où le Dnipro prend sa source, ne sont réputées pour leur respect de l’environnement, et la zone interdite de Tchernobyl n’est jamais qu’à 80 kilomètres en amont… «Aucun problème, s’amuse Ivan, le ventre rond fièrement exhibé au soleil alors qu’il se trempe les pieds. Je me baigne ici depuis quarante ans, je n’ai jamais eu aucune maladie. D’ailleurs, vous devriez revenir en hiver pour une baignade vraiment fortifiante !» Ivan est de toute évidence un «morse», un de ces autochtones qui plongent dans l’eau glacée chaque hiver. Pour les Slaves de l’Est, la «saison» commence le 19 janvier, à la fête orthodoxe du «baptême des eaux». «On s’immerge une fois au nom du Père, une seconde au nom du Fils, et une troisième au nom du Saint-Esprit, et hop ! Retour sur la plage pour un petit cognac.»

Autoroute et pigeons post-révolutionnaires

A la sortie du pont piétonnier, on trouve de la bière bon marché, du poisson séché et les fameux semechki, ces graines de tournesol que les Ukrainiens peuvent picorer sans fin. Il y a aussi cette myriade de petits bars à l’atmosphère détendue et décomplexée qui pullulent depuis peu dans toute la ville, empruntant beaucoup à la mode berlinoise. Toutefois, les raisons de traîner ses guêtres dans le centre sont devenues limitées et l’avenue principale, Khreschatyk, est surtout une autoroute urbaine, bruyante, bordée de magasins de luxe. Maïdan Nezalejnosti, la place de l’Indépendance, a certes été le haut lieu des révolutions de 2004 et 2014, mais les émotions qu’elles avaient engendrées ne sont qu’un souvenir, et les espoirs de réformes et de lutte anticorruption, des sources de frustration. Aujourd’hui, les chalands étalent leur camelote sur des échoppes de fortune et des hommes au visage brûlé par le soleil essaient de convaincre les passants de prendre une photo avec leur pigeon ou leurs peluches géantes.

Peintures murales et bar je-m’en-foutiste

En contrebas de la colline de la «ville haute», le quartier du Podil offre des visages plus attrayants de la nouvelle Kiev, comme quelques-unes de ces peintures murales géantes qui tapissent de nombreux murs de la capitale. Ici, un cosaque géant qui combat un serpent dans le cosmos ; là, un homme perdu dans un labyrinthe tant et si bien qu’il en devient un labyrinthe lui-même. Une tendance récente qui inclut de nombreux artistes internationaux et qui recouvre les mornes façades post-soviétiques de nouvelles couleurs, au diapason d’une population en pleine mutation. Les initiatives de quartier se multiplient et opposent des résistances farouches aux promoteurs immobiliers qui ont toujours leurs oreilles à la municipalité.

Corruption et conflits d’intérêts sont des sujets qui reviennent souvent, entre deux gorgées de bière et une bouffée de cigarette, au Barbakan. Ce bar est l’un des derniers endroits à Kiev où il est encore possible de fumer à l’intérieur, dans une atmosphère de je-m’en-foutisme absolu. Seul le barman veille attentivement à ses bouteilles. Pas de règles ? Et pourtant, le Barbakan est dédié aux nationalistes ukrainiens et à la lutte contre ses ennemis. Mais ici, pas d’ambiance de cellule de complot. Combattants du front de l’Est, hipsters, artistes, étrangers, écrivains libéraux et nationalistes conservateurs, tous s’immergent dans une ivresse sans fond. Avant de repartir dans les rues d’une ville qui se cherche sans cesse.

RFI: Un bateau cosaque échoué en Bretagne

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 27/04/2016

Les Ukrainiens veulent peut-être rejoindre l’Europe, mais en tout cas, leurs bateaux y sont déjà! Dans le port de Pont-Aven, en Bretagne, est échoué une réplique de bateau cosaque, une TCHAÏKA, avec lequel des Ukrainiens pour le moins originaux ont fait le tour de l’Europe depuis le début des années 1990. Ils cherchent à la réparer. Depuis l’Ukraine, Sébastien Gobert nous explique pourquoi c’est important pour les Ukrainiens. 

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Page Facebook de la Presviata Pokrova

C’est un bateau en bois, de 20 mètres de long, sur 3 mètres 45 de large. A priori, la Presviata Pokrova n’a rien de spécial. Mais pour l’artiste ukrainien Taras Beniakh et ses amis, elle est au coeur d’une incroyable aventure.

Taras: Parce que pour nous, ce bateau, c’est un symbole de notre indépendance. C’était la première réplique d’un bateau cosaque. On l’a construit en 1991, à l’indépendance. En 1992, on a quitté l’Ukraine.

Le bateau, c’est une réplique de Tchaïka, une frégate cosaque. Les cosaques, ce sont ces guerriers libres qui ont longtemps régné en maître dans ce qui est aujourd’hui le centre de l’Ukraine. Ils sont très importants dans l’imaginaire collectif ukrainien. Une histoire que portent Taras Beniakh et ses amis; Même si la construction de la Tchaïka, c’était  d’abord et avant tout une simple lubie entre amis.

Lien vers la page Facebook de la Presviata Pokrova

Taras: Les gens qui ont commencé de construire le bateau, ce sont des artistes, des gens un peu fous, des aventuriers

Des gens un peu fous, qui ont entrepris la construction du bateau à Lviv, à plus de 600 kilomètres de la mer la plus proche. Une fois lancée sur les flots, la Tchaïka navigue pendant plus de 20 ans sur 16000 milles nautiques, en faisant plusieurs fois le tour de l’Europe. Elle participe à plusieurs festivals, en général dans un grand enthousiasme.

Pour Taras Beniakh, ce périple relevait presque d’une mission diplomatique pour l’Ukraine nouvellement indépendante. Une mission qui s’est achevée en 2011 dans le port de Pont-Aven, en Bretagne. La Tchaïka y git depuis, en attendant des réparations de grande envergure. La coque, le pont, les mats, le moteur, tout est à changer. Taras Beniakh et ses amis entreprennent donc une levée de fond sur Internet. De la même manière que l’Ukraine peine à retrouver un dynamisme pour ses réformes, ils considèrent cet arrêt comme temporaire, et espèrent reprendre l’aventure sous peu.

Ecouter le reportage ici

Into the void: some thoughts on the Ukrainian healthcare system

This is a personal account of some experiences with Ukrainian healthcare system

“You are really French? Oh, my. I cannot believe I have a Frenchman for Christmas Eve. For me and me only. Take off your coat. Such a nice present. Are you a real one, a real Frenchman I mean? Where do you come from? Please lay down on this table. How is it, there, in France? I dream about it since I am a little girl. Open the mouth”. The nurse is ecstatic as she prepares me for the X-Ray. In her fifties, she sounds joyful and romantic – she probably is. Her machine seems antiquated and rusty – it definitely is. I look sick and tired – I really am. Yet it mostly feels like I am bewildered and passably annoyed.

Earlier that day, I had come to this hospital to check with a specialist on a kind of sinusitis-bronchitis I had not managed to cure back in France. It all developed in a nasty way on the flight back because of the cabin pressure in high altitude. My friend insisted on me going to check by her friend specialist in a Ukrainian public hospital. That kept me from calling to a private clinic to ask for them to come over and give me a home consultation. Fair enough. Anyway, as this was obviously a sinusitis with early signs of a bronchitis, I was just expecting to go and see the doctor, get checked, receive a diagnosis, buy a few medications at a nearby pharmacy and run back home to cure myself.

I should have known better: Ukrainians see it differently. After the initial check-ups, I was directed to two different heads of departments. One woman was about to go on a lunch break when she saw me coming in. Hence she hurriedly butchered my finger in order to get some blood samples. Another nurse proved more tender. She resolved to give the Frenchman the X-Ray of his life. For a sinusitis. Nothing was done about my bronchitis as we were not in the proper hospital department.

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It was not the first time I witnessed the Ukrainian healthcare system turned into such a festival of tests and check-ups. I do consider myself a very obedient patient and I have been taken care of in quite different countries. I try not to criticise the Ukrainian system from a French point of view, as a lesson-giver and « I know better » person would do. People survive here as they do in France. Who am I to judge a healthcare system that seems to suit the majority of the population…? Yet on this specific occasion, being sick and dizzy, I couldn’t help myself thinking that, where I come from, a sinusitis is usually diagnosed after a 10-minute consultation. Every other Westerner I would later tell the story would be very surprised with such impressive measures. But ok. Better being checked and not say anything. Anyway, all it had to come down to was a set of pills and pain-killers. I would be home soon. That’s what I thought.

In Lviv, this time, doctors hardly prescribed any pills. Instead, they ordered daily injection of antibiotics by way of dripping and a whole set of shots. Which basically forced me to come back to the hospital every day for five days, lay down for over an hour and spend the rest of the day weakened and dizzy, that is to say physically unable to perform any job or social activity. It was extremely annoying and demeaning. But ok. If that’s what it takes to get better, let’s do it. Plus, the staff was extremely polite and patient and competent. As I had to come in during the Christmas period, the hospital was generally empty and some nurses took time to act charming and cute. And professional. So if that’s what it takes…

5 days passed. I showed up to the doctor for a check-up after a long Ukrainian Christmas weekend, she went on to check one of my ears – only one – and ordered three days more of drips and shots.  With no further explanation, a nurse took me to a “palat” (common hospital room, in Ukrainian) and I was shot, again. No one ever checked my lungs. I grew seriously depressed because of the very perspective of further inaction. My friend undertook to discuss my case with her friend doctor. She came back a few minutes later all smily and shiny. « We toasted to Christmas with 50 grams (millilitres) of cognac. We haven’t seen each other for a long time, you know. What about you? Just stand still, there is nothing to do but to wait ».

And then it all came back to me. All these anecdotes I had heard of over the past few years I spent in Ukraine. All this data I collected in the course of my interviews and researches. “I have a lot of friends who simply ‘disappear’ and stay in their local hospitals for a week or so, just because the doctor ordered it”, one foreign friend told me once. “Ukrainian patients don’t really ask why. It’s just like that”. His Ukrainian girlfriend actually refuses to go to hospitals unless she really has to. “If I check in to the hospital, I will come out in after looooonnnng time, and maybe even in a worse condition…”

The story echoes with what Health minister Kvitashvili told me once during an interview. Namely that Ukraine’s healthcare system has oversized nominal capacities, which are inherited from the Soviet tradition of “let’s have as much as we can in terms of quantity even if it does not translate into quality”. “Ukraine has 9 beds per 1000 population. Sweden has a much more developed welfare state is a much more socially oriented state, has 2,7 beds per 1000 inhabitants. The average length of stay is 13 days in hospitals in Ukraine, 5 in Sweden”, the minister told me. I myself was almost taken in because of the sinusitis. I assume now that no one wanted to bother with a Frenchman in the midst of the Christmas break.

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It may be fun to think of it in the way that I am just a spoiled foreigner who criticises everything that he does not fully understands. Yet my forced inaction for most of the first two weeks of the year got me thinking. I would be fine. But what about other cases, other diseases, other treatments? The Ukrainian tendency to over-hospitalise may have dramatic consequences in the sense that it totally disrupts lives. A friend at the WHO was very eloquent on this one. “The patient has to adapt to the system, not the other way around. It is extremely rigid and not adequate. In most of the countries in the world, the system aims at keeping you active and socially responsible. In Ukraine, the patient is supposed to stop everything he does to comply with the treatment doctors ordered ».

My WHO friend continues: « I remember the case of this businessman, very active and employer to some 30 people. He was diagnosed with a benign form of tuberculosis. Doctors ordered him to stay in the hospital for three months. After a few weeks in, he decides to leave and go back to work. His situation worsens. Then he comes back. Doctors first refuse to treat him because they accuse him of non-compliance with the treatment. His situation worsens. Eventually they admit him and keep him in. He develops an intra-mural infection. Now he has a multi-resistant form of tuberculosis, his business is down and his employees are jobless. It’s absurd to follow such a rigid approach. It is all the more so frustrating that the technology does exist to produce a proper diagnosis and to treat the patient in a way that he would not be contagious or weak after a few weeks! If this businessman was correctly diagnosed, he would have received a proper treatment while being still active”.

But then it turns out that the system is both extra-rigid and very much not understandable. In normal time one would get barked at for not leaving one’s coat in the « garderobe » (coat room) or for not wearing « bacils » (medical blue plastic shoes) in specified areas. When I came in over the Christmas weekend, I was waived away and blessed to do pretty much anything I wanted. Coats on me, dirty shoes on the floor, melted snow in the « palats ». Hygiene? We will deal with it after Christmas.

I remember one of my former flatmates in Kyiv suffering from an infection in a sensitive spot: she had to stay in quarantaine in one of the hospitals in downtown Kyiv for a few days – that means one of the best hospitals in the city. That meant laying down on a Soviet-looking bed with overused sheets. That meant having hot water just a few minutes per day. That meant buying her own toilet paper and soap. I am still not sure it was the best environment to cure such a sensitive infection.

Long story short: I am not sure my treatment was all necessary. I believe it could have been more precise and more efficient, without it keeping me from active life for so long. But again, what do I know…? I have no medical qualification, I cannot understand the doctor’s logics. Am I being over-critical in writing these lines? Impatient? Ungrateful? Childish? Dunno. I would go over all these thoughts everyday – I had nothing better to do. During one of the dripping sessions, a nurse approaches me. It’s time for my shut in the butt. This nurse is new, I have not seen her before. It turns out that she also really enjoys me being French. « Say something in French », she kindly asks as I take my pants down. « Merci Mademoiselle, d’être aussi gentil avec moi », I answer. « Oh, it sounds so nice. But I did not understand anything but ‘Mademoiselle’. Anyway. Stand still ». Shot. « Please put it back on. Take your time and you can go home whenever you want. Ah, it’s so good. For just a couple minutes, I was a ‘Mademoiselle’ again. It’s been a long time. Look, what can I tell you? I know ». « O Revouare, Mossieur! » I am so dizzy from the shot I don’t even realise she is gone.

RFI: Libéralisation du régime de visas Schengen pour les Ukrainiens

Papier radio diffusé dans les journaux de la soirée sur RFI, le 18/12/2015

Lancement: Victoire politique pour l’Ukraine, la Géorgie et le Kosovo aujourd’hui. La Commission européenne s’est prononcée pour l’abolition du régime de visas Schengen pour ces trois pays. La recommandation n’a pas d’effet pratique immédiat, elle doit d’abord être avalisée par le Parlement avant qu’elle ne devienne réalité, au plus tôt à la mi-2016. Mais la portée symbolique est importante. 

Des voyages sans visas pour l’Europe, nous y voilà! Avec ce message enthousiaste sur Twitter, le président ukrainien Petro Porochenko accomplit l’une de ses promesses de campagne: les Ukrainiens ont enfin la perspective de se déplacer librement dans l’espace Schengen sans avoir à faire la queue devant les consulats européens pour demander des visas. Avec 1 million 300.000 visas délivrés en 2014, l’Ukraine est le troisième pays à demander le plus de visas Schengen, après la Russie, et la Chine. La procédure est vécue ici comme humiliante, et onéreuse – aussi la recommandation de la Commission est-elle accueillie comme une très bonne nouvelle. Attention cependant: Une libéralisation du régime de visas ne permettra aux Ukrainiens que de voyager sans visas pendant 3 mois, mais pas de s’installer dans un pays membre, encore moins d’y travailler. Quoiqu’il en soit, la nouvelle accompagne l’entrée en vigueur au 1er janvier 2016 de l’Accord d’Association et de l’établissement d’une zone de libre-échange entre l’Union européenne et l’Ukraine. L’Ukraine reste très loin de son rêve européen. Mais l’on voit clairement dans quelle direction le pays se dirige.

RFI: Une visite au Musée de l’Histoire des Toilettes à Kiev

Séquence « Sortir » diffusée dans l’émission Accents d’Europe, le 28/10/2015 (à partir de 17’45)

C’est un musée inédit dans un pays frappé par la guerre et par une grave crise économique et dans lequel le tourisme est en berne. Un musée de l’histoire des toilettes.

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Il y en a pour toutes les petites envies, et les gros besoins. Du pot de chambre au trône royal moyenâgeux, du siège en faïence finement décorée datant de l’empire d’Autriche au high-tech japonais, le musée de l’histoire des toilettes exhibe fièrement les pièces qui ont permis aux être humains de soulager leurs besoins naturels au fil des temps. Aujourd’hui, c’est Diana qui fait la visite.

Diana: Ce musée est le résultat de la passion du directeur et fondateur, Mykola Bogdanenko. Au début, ce sont des amis qui lui ont donné des toilettes quand il a ouvert un magasin de plomberie. Et puis il a passé les 20 dernières années à amasser cette collection.

De grands tableaux, des maquettes, des figurines, des briquets et des téléphones en forme de toilettes, et même la statue de cire d’un prisonnier se soulageant dans sa cellule, retracent les développements des toilettes à travers le monde.

Diana: Regardez, notre directeur a écrit une encyclopédie sur le sujet: l’histoire mondiale des toilettes! Et ce n’est que le premier tome: il travaille déjà au deuxième. 

On apprend notamment que les toilettes étaient un lieu de discussion publique à l’époque romaine. Des esclaves étaient chargés de chauffer les pierres avant que ne s’y posent des postérieurs de patriciens. Le Moyen-Age a été une parenthèse sombre de l’histoire des toilettes. On apprend ici que Paris, qui fait tant rêver les Ukrainiens, était alors couvert d’excréments, jusqu’à la Renaissance et la réapparition d’un semblant d’hygiène. On apprend encore que Leonard de Vinci avait pensé tout un système intégré de toilettes, arrosage et canalisations. 500 ans plus tard, c’est ce système qui est aujourd’hui la norme.

La visite ne coûte que l’équivalent d’un euros. Mais le musée reste un trésor que peu de gens connaissent à Kiev. Pas de quoi se décourager pour autant: la collection s’agrandit chaque année grâce à des dons venus du monde entier. Et le musée a une mission bien particulière.  L’Ukraine n’étant pas membre de l’Organisation mondiale des toilettes, c’est donc à ce musée de défendre en Ukraine le droit de chacun à disposer de toilettes civilisés. Le sujet peut paraître grivois. Mais dans ce pays, c’est loin d’être une évidence.

Ecouter la séquence ici

RFI: Contrebande florissante à l’ouest de l’Ukraine

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 02/10/2015

A l’heure où l’abolition d’un régime de visas Schengen pour les citoyens ukrainiens se précise, le gouvernement a fait une priorité de la lutte contre la contrebande et les trafics en tout genre. La région de Transcarpatie, dans l’ouest de l’Ukraine, est particulièrement pointée du doigt. La contrebande y est généralisée, et elle donne parfois lieu à des combats violents.

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Le 11 juillet dernier , l’Ukraine se réveille avec l’annonce de nouvelles violences. Au-delà des montagnes des Carpates, dans la paisible ville de Moukachevo, une fusillade fait trois morts et une dizaine de blessés. L’affrontement crée un esclandre national car il implique le mouvement ultranationaliste Praviy Sektor.

Moustafa Naiiem est député, ancien journaliste d’investigation. Il est arrivé tout de suite après la fusillade pour initier des réformes. L’engagement de Praviy Sektor n’avait rien de politique. L’échauffourée était plutôt un symptôme d’un phénomène propre à la région de Transcarpatie.

Moustafa Naiiem: Ce qui est sûr, c’est que Praviy Sektor était impliqué dans la contrebande en Transcarpatie. Mais ils n’étaient pas seuls. Il est impossible de faire passer quoi que ce soit par delà la frontière sans la complicité de services secrets, des gardes-frontière, de la police, et donc avec la participation de Praviy Sektor. Je pense que ce conflit était interne: ils se battaient pour le contrôle de parties de la frontière. 

Pavlo Homonaj est un homme d’affaires et fin observateur de la région depuis des années. Lui affirme que c’est une guerre de gangs qui a éclaté le 11 juillet , entre Mikhaylo Lanjo et Viktor Baloha, deux oligarques locaux, et tous les deux députés au Parlement.

Pavlo Homonaj: Nous savons que Mikhaylo Lanjo contrôle 5 laboratoires pharmaceutiques. Il gère le trafic de drogues. Viktor Baloha est plus dans la contrebande de cigarettes. Les deux groupes sont différents. Celui de Lanjo, c’est une vraie mafia, violente. Il dispose de beaucoup d’hommes armés. Baloha est plus une personnalité publique, en quête de légitimité. 

Pour comprendre la contrebande en Transcarpatie, il ne faut néanmoins pas s’en tenir aux affaires de gangs. La région est isolée du reste du pays par les montagnes des Carpates. En revanche, elle est bien reliée à quatre pays voisins: la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne, tous membres de l’Union européenne.

Pour l’économiste Mikhaylo Katchour, la contrebande, c’est avant tout une activité économique locale. Le paquet de cigarettes coûte moins d’un euro en Ukraine, contre 3,40 euros en Slovaquie.

Mikhaylo Katchour: En Ukraine, les droits d’accises, les taxes, sont très faibles sur l’alcool, les cigarettes, et l’essence. Alors les gens les achètent ici et vont les revendre en Europe pour se faire un peu d’argent. Il faut comprendre que c’est un phénomène normal, et qu’exercer un contrôle total sur la frontière, ce n’est juste pas faisable.

Les petits trafics à l’échelle individuelle peuvent rapporter quelques centaines d’euros en un voyage. Si un groupe bien organisé affrète un camion de cigarettes jusqu’en Europe de l’ouest, alors la marge de profit peut monter jusqu’à 450.000 euros le camion.

Le système est bien connu. Mais après la fusillade du 11 juillet, il fallait une réaction de la part de Kiev. Le député Moustafa Naiiem a lui entrepris d’encadrer une réforme de la police locale.

Moustafa Naiiem: Pendant les 20 dernières années, le gouvernement à Kiev n’avait aucun intérêt pour cette région. C’est une région à l’ouest du pays, qui ne posait aucun problème. Après la fusillade de juillet, on voit qu’il est temps de s’occuper de cette région et d’y mettre en oeuvre des réformes.

De nombreux hauts fonctionnaires ont été remplacés, certains ont été arrêtés. L’énergique Hennadiy Moskal, qui s’était démarqué dans la région en guerre de Louhansk, à l’est de l’Ukraine, est devenu le nouveau gouverneur de région. Il est néanmoins très sceptique sur la possibilité de réels changements

Hennadiy Moskal: Si on attrape la grippe, cela ne sert à rien de soigner séparément la main droite, ou la main gauche ou les jambes… Il faut s’attaquer au virus qui contamine tout l’organisme. L’Ukraine a le virus de la corruption: il faut guérir tout le pays! 

Selon lui, la nouvelle police de Moustafa Naiiem ne servira à rien, car il n’y a eu aucune réforme du ministère de l’intérieur en amont. Et pour ce qui est de la contrebande, ce n’est pas forcément une attitude répressive qu’il faut adopter.

Hennadiy Moskal: La contrebande, c’est un phénomène qui peut s’effondrer comme un jeu de dominos, très simplement. Dans la région, il y a des milliers de gens qui sont au chômage, alors ils font de la contrebande. Et à l’autre bout de la chaîne, il y a la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre… Ce sont ces pays qui sont en demande de notre contrebande et qui créent le marché. La mafia, elle est chez vous, en Europe! 

Que ce soit l’Europe ou les mafias locales qui soient mise en cause, la Transcarpatie est bel et bien dépendante de la contrebande. Mais selon l’expert Pavlo Homonaj, ces trafics et l’argent facile qui en découlent sont en fait un piège pour l’économie.

Pavlo Homonaj: Il y a quelques usines ici. Mais leur problème principal, c’est qu’elles manquent d’ouvriers! Parce que les gens sont impliqués dans la contrebande. C’est un véritable parasite. Une économie basée sur ce parasite de la contrebande, ce n’est pas une vraie économie! Les gens ne veulent pas faire de réels investissements productifs. Ils veulent légaliser leurs revenus de la propagande, en ouvrant des cafés, ou en établissant des petits commerces sans ambitions.

Aux portes de l’Europe, la Transcarpatie est véritablement un avant-poste d’une contrebande qui touche tout le système, où tout le monde est complice. L’élan réformateur issu de la révolution de la Dignité en 2013 se heurte donc ici à un obstacle très humain: pour Kiev, il faut avant tout convaincre les populations locales qu’elles ont un intérêt au changement.

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