RFI: Des vétérans ukrainiens aux Invictus Games

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 04/05/2017

Avec de superbes photos de Niels Ackermann / Lundi 13

Alors que la guerre dans l’est de l’Ukraine entre dans sa quatrième année, le bilan s’élève désormais à plus de 10.000 morts et des dizaines de milliers de blessés. Près de deux millions de personnes ont été déplacées. Au moins 300.000 Ukrainiens ont été mobilisés dans l’armée, par vagues successives. Pour ceux qui sont démobilisés, le retour à la vie civile n’est pas toujours évident. Des volontaires tentent de créer un programme de rééducation par le sport, à travers la participation de l’Ukraine à une compétition internationale, les Jeux Invictus.

 

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L’homme enlève calmement sa veste, et se hisse de son fauteuil roulant à la seule force de ses bras. Il se met en position sur une planche d’entraînement; tandis que des entraîneurs ajustent les haltères. 100 kilos. Et au signal, le sportif tente de les soulever, sous les encouragements de la foule.

Et il y parvient. Rapidement, le sportif se retire de la planche, pour laisser la place à d’autres compétiteurs. Ce 22 avril, il fait très froid à Kiev. Ils sont pourtant 144 à prendre part à une série d’épreuves sportives de plusieurs catégories. 144 hommes, loin d’être tous des sportifs accomplis, mais tous des vétérans de la guerre du Donbass, à l’est de l’Ukraine.

Pavlo Mamontov: C’était un tir de mortier, 120 mm, près du port de Marioupol. 

Pavlo Mamontov a 24 ans, il se remet à peine d’une grave blessure à la jambe, pour laquelle il a du aller se faire soigner pendant plusieurs semaines en France, près de Montpellier. Cela n’empêche: il s’entraîne désormais pour la course à pied, au vélo, et au rameur dans le cadre des qualifications aux Jeux Invictus.

Inspirée des Jeux Paralympiques, cette compétition multisport se tient chaque année, depuis 2014. Elle va réunir plus de 550 vétérans de guerre, de 17 pays, en septembre à Toronto, au Canada.C’est la première fois que l’Ukraine y participe. Pavlo Mamontov.

Pavlo Mamontov: C’est une idée très intéressante, ces Jeux Invictus. Le concept est fait pour redonner une motivation, et de l’espoir aux vétérans. Ca m’a donné envie de participer. 

Engluée dans une guerre sans issue contre les forces russes et séparatistes pro-russes, l’Ukraine peine à assurer la réinsertion de ses vétérans. Oksana Horbach a observé les problèmes d’alcoolisme, de détresse sociale et familiale, voire des cas de suicides qui hantent les soldats à leur retour de la guerre.

Oksana Horbach: Le sport est une bonne motivation pour prendre sur soi, et aller à la rencontre d’autres personnes. En faisant du sport, on n’a pas besoin de beaucoup parler. Mais on est présent, actif, et ça fait du bien. 

De fait, la plupart des candidats à la sélection d’Invictus n’ont pas de séquelles physiques. mais beaucoup souffrent de troubles psychologiques après leur passage au front.

Oksana Horbach est une bénévole. Avec une poignée d’autres volontaires, elle a pris l’initiative de constituer une équipe nationale pour les Jeux Invictus. Elle ne se place pas en opposition face à l’Etat, mais ne reçoit qu’un soutien limité de sa part.

Oksana Horbach: Le soutien psychologique, la réinsertion sociale, la rééducation par le sport, etc. ne sont pas des priorités pour notre gouvernement.

Grâce aux Jeux Invictus, Oksana Horbach tente de valoriser l’idée d’une rééducation par le sport, et de produire des résultats durables.

Oksana Horbach: Nous avons vraiment besoin de programmes de rééducation par le sport qui soient financés et soutenus par l’Etat. Je vois énormément d’initiatives ici et là, organisées par des volontaires de la société civile. C’est toujours très limité, en termes de ressources. Cela se tient de manière très ponctuelle, avec une dizaine, ou une vingtaine de vétérans… Ce n’est pas un programme qui peut avoir un impact au niveau national. 

Des sessions de pré-qualification se sont déroulées dans plusieurs régions d’Ukraine. A Kiev, les volontaires ont organisé des sessions d’entraînement régulières au cours des derniers mois. Vient qui veut, qui peut, dans des endroits tout aussi improvisés que des jardins de la ville ou des salles de sport publiques.

Nataliya Lebedeva: Nous les accompagnons autant que nous pouvons, pour les familiariser avec les règles de la compétition.

Nataliya Lebedeva est entraîneuse sportive. Avec son mari, coach également, elle aussi donne de son temps, quelques soirs par semaine, pour accompagner les vétérans.

Nataliya Lebedeva: Pour la course de 100 mètres, par exemple, il y a des règles spécifiques, sur le positionnement, les mouvements, le départ, l’arrivée. Ceux qui vont aller au Canada vont être confrontés à des athlètes américains ou français qui seront mieux entraînés. Quand ils ont commencé à s’entraîner, nos gars ne connaissaient rien de ces règles. Donc on s’entraîne. 

D’un entraînement à un autre, les résultats se sont fait sentir. Et pas seulement les performances sportives, mais aussi la bonne humeur et l’esprit d’équipe.

Nataliya Lebedeva: Le plus important, ce n’est pas de gagner, mais c’est leur optimisme, leur joie de vivre. Ils s’entendent bien, se bâtissent un nouveau groupe d’amis, et luttent contre leurs traumatismes. Les héros ne sont pas que là-bas sur le front, mais aussi ici. En fait, ici, ce sont même de plus grands héros. 

Après la série de qualifications du 22 avril, ce sont 30 athlètes qui ont été sélectionnés pour partir à Toronto. Cette sélection, le jeune vétéran Pavlo Mamontov en fait partie. Une belle occasion de prolonger l’aventure. Même si pour lui, les médailles, ce n’est pas le plus important.

Pavlo Mamontov: C’est bien plus que du sport. La victoire, oui… ce serait bien. Mais ce que l’on vit, ce sont des émotions, du soutien moral, vraiment quelque chose d’autre. 

Confrontée à un conflit qu’elle n’avait pas anticipée, l’Ukraine cherche à en pallier les conséquences. Pour des dizaines de milliers de vétérans, meurtris dans leur chair et leur esprit, il s’agit de repenser la vie après la guerre.

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RFI: Jean Beleniuk, Olympien noir de l’Ukraine

Portrait diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 08/09/2016

Aux Jeux Olympiques de Rio de 2016, l’Ukraine s’est classée 31ème, avec 11 médailles. Et il y a un athlète qui fait sensation: Jean Beleniuk, lutteur gréco-romain, a ramené une médaille d’argent. Un beau parcours, pour cet Ukrainien d’origine rwandaise.

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Jean Beleniuk. Source: Wikipedia Commons

 

Il se rappelle des moqueries et de quelques bagarres dans la cour d’école, victime des autres enfants à cause de la couleur de sa peau. Mais si ces souvenirs ont peut-être poussé Jean Beleniuk à développer sa vocation de lutteur gréco-romain, ils sont bien loin derrière. Le champion olympique aujourd’hui un héros national, qui a reçu un accueil chaleureux à son retour des Jeux Olympiques de Rio. Jean Beleniuk est né en 1991, l’année de l’indépendance de l’Ukraine, d’une mère couturière ukrainienne et d’un père rwandais. Celui-ci étudiait l’aviation dans une université locale. Il perdra la vie dans la guerre civile rwandaise du début des années 1990. Jean Beleniuk grandit en s’affirmant comme sportif et comme athlète professionnel. A la fois dans la Bundesliga allemande, et comme athlète national ukrainien. Il décroche sa qualification aux Jeux Olympiques en 2015, en devenant champion du monde de lutte, dans la catégorie 85 kilos. A son retour en Ukraine, il était alors sacré “Athlète de l’année”. Autant dire qu’il sait relativiser les questions de racisme et discriminations en Ukraine. Les tensions raciales y sont largement exagérées, explique-t-il régulièrement, et les mentalités changent peu à peu. Ce qui pourrait remettre en cause son attachement à l’Ukraine, c’est l’argent. Avant les jeux Olympiques, Jean Beleniuk s’était ouvertement plaint de ne pas avoir reçu tout son salaire promis par le ministère des sports. Il avait aussi évoqué la possibilité de changer de nationalité, si un autre pays lui offrait un meilleur traitement, et une nouvelle chance de concourir aux Jeux Olympiques. Et, cette fois, de revenir avec une médaille d’or.

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Libération: League Europa; La finale du Dnipro Ultra-importante pour l’Ukraine

Article publié dans Libération, le 27/05/2015

C’est la Bataille pour l’Europe. Comme le titre un documentaire réalisé par les ultras du FC Dnipro Dnipropetrovsk, l’enjeu du match de ce mercredi contre le FC Séville à Varsovie (Pologne) est plus qu’une victoire en finale de la Ligue Europa, la seconde division continentale. Portée par les espoirs d’un pays meurtri par la guerre et une grave récession économique, l’équipe mène un combat acharné pour inscrire l’Ukraine sur la scène footballistique continentale.

Réputation. Le défi est de taille. Le club, fondé en 1918, a gagné ses lettres de noblesse tardivement, dans les …

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Libération: Klitschko, cogneur efficace mais alternative discutable

Article / Portrait publié dans Libération, le 03/12/2013.

Le boxeur poids lourd devenu député jouit d’une immense popularité et a été désigné candidat de l’opposition unie pour 2015.

Vitali Klitschko, Verkhovna Rada, Kiev, 03/12/2013.
Vitali Klitschko, Verkhovna Rada, Kiev, 03/12/2013.

En cette nuit de samedi, plusieurs centaines de protestataires continuaient de braver le froid sur Mykhailivska Ploscha (place Saint-Michel) à Kiev. Dans le brouhaha des klaxons et des slogans populaires, une silhouette imposante bondit sur l’estrade, encouragée par les applaudissements de la foule. «Aujourd’hui, nous avons une opportunité unique de réaliser des changements de fond pour notre pays, et de les réaliser ensemble !» A 42 ans, 2,02 mètres, 112 kilos, Vitali Klitschko, champion de boxe poids lourd WBC en titre, en impose.

Porté par la mobilisation populaire contre le régime autoritaire du président Ianoukovitch (lire ci-contre), le …

RFI: L’Euphorie prudente du football ukrainien

Intervention dans l’émission « Mondial Sports », diffusée le 17/11/2013

Le Brésil, c’est encore loin pour les Bleus, après tout. Après avoir perdu 2-0 face à l’Ukraine, le 15 novembre, le match retour du 19 novembre, à Paris, s’annonce corsé. En Ukraine par contre, on est plus serein, voire même plus enthousiaste…

World Cup: ‘There is still one more game left’, says France’s manager after Ukraine defeat - video

Alors, on imagine que c’est l’euphorie depuis le match de vendredi… ?

Oui, c’est l’euphorie, vous pouvez vous imaginer. Vous savez que c’est la première fois, après 7 confrontations infructueuses, que l’équipe d’Ukraine bat la France, et la fête se prolonge tout le weekend, à Kiev. Malgré le froid qui commence à s’installer en Ukraine, les rues se couvrent d’écharpes et banderoles bleues et jaunes, les couleurs nationales. En fait, ce qui ressort de la presse aujourd’hui, à part l’enthousiasme, c’est la surprise ! Le magazine Korrespondent se souvient que le pays était résigné et anxieux en accueillant les Bleus, que tous les pronostics donnaient bons gagnants. Et finalement, comme le titre un article, c’était le « match des certitudes françaises contre le pragmatisme ukrainien ». et le pragmatisme l’a emporté.

Pour le grand quotidien Sevodnya, le ton est plus enjoué, puisqu’il parle du « coq plumé », qui s’est incliné face à un collectif ukrainien bien huilé.

L’Ukraine avait pourtant bien mal entamé les éliminatoires. Que s’est-il passé depuis pour arriver à cette bonne production ?

Et bien c’est l’effet Mihaiylo Fomenko. Le nouvel entraineur a pris ses fonctions en décembre dernier seulement, mais vous savez qu’il a complètement changé la manière de jouer de l’équipe, en renforçant l’unité et la discipline d’un collectif jeune. Et sur les 10 matchs qu’il a encadré, n’avait subi aucune défaite : il en était à 8 victoires et 2 matchs nuls.Enfin, 9 victoires maintenant. On disait toujours que l’avantage de l’équipe d’Ukraine c’était le bloc défensif : Mihaiylo Fomenko a bien poussé là-dessus. Et en même temps, il sait encourager la polyvalence des joueurs. Vous avez pu voir que les ailiers, Andriy Iarmolenko et Yevhen Konoplyanka, ou l’attaquant Roman Zozulia, ont l’air d’y trouver leur compte.

D’autre éléments : Les joueurs évoluent presque tous dans le championnat ukrainien, ils se connaissent bien. Et puis il ne faut pas oublier l’effet de l’anxieté. Personne en Ukraine ne voulait affronter la France en match de barrage, et même les joueurs les plus talentueux de l’équipe, comme Anatoliy Timochuk, avaient bien dit qu’ils avaient peur de jouer contre les Bleus. Mais Ca a apparemment joué pour une concentration maximum.

Et à deux jours du match retour, l’équipe est sûre de sa force?

Oui et non. Tous les commentateurs sont enthousiastes, mais l’équipe se veut prudente. Alors que tout le monde s’extasiait ici vendredi soir, Mihaiylo Fomenko a refusé de se laisser aller, en déclarant sobrement que : gagner par 3-0, ça aurait été mieux.

En fait, ici, la victoire de vendredi paraît déjà assez inimaginable. Comme on le disait, c’est la première fois que l’Ukraine bat la France, et personne ne s’imagine, les supporters, les analystes, que la grande France n’aille pas au Brésil, et que la petite Ukraine prenne son envol. Les observateurs insistent bien sur le fait que le match au stade de France est très risqué. Vous le savez bien, la France doit gagner par un 3-0. Et bien ici, on s’attend à ce que les Bleus le fassent.

Ah, oui ? Et alors comment le pays se prépare au match retour ?

Avec sérénité en fait. Bien sûr, on espère. Mais les joueurs eux-même admettent que le match sera difficile, en particulier sans le soutien des supporters ukrainiens, très très fervents, comme vous avez pu le constater. Mais la victoire de l’Ukraine, dans son stade national à Kyiv, avec ses supporters, est déjà quelque chose d’inespéré. Vous savez, le football joue un rôle très politique dans beaucoup de pays. Mais l’Ukraine c’est un pays très jeune, avec des divisions géographiques, linguistiques et politiques très profondes. Le football, c’est littéralement un des seuls moments d’unité du pays. Alors ce qui s’est passé ici, j’ai l’impression que c’est déjà une victoire pour beaucoup de personnes. Et pour ce qui est de la suite, et bien oui, pas d’arrogance, pas de plan sur la comète, ici, on espère, et on attend.

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Libération: Ukraine, des Hooligans hors du commun?

Article publié dans Libération, le 15/11/2013

«Je pense que le match se passera sans incident. Les autorités et les supporteurs ont bien retenu les leçons des dernières semaines.» Pavel Klimenko, directeur du bureau est-européen de Football contre le racisme en Europe (Fare) se veut confiant : le match de barrage de ce soir opposant à Kiev l’équipe de France à celle d’Ukraine tiendra du sport avant tout. Difficile cependant de ne pas s’inquiéter.

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Croix gammées. Un récent rapport de son organisation a conduit la Fédération internationale de football association (Fifa) à interdire la tenue de matchs internationaux dans le stade de Lviv, dans l …

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