RFI: Les dentistes du front

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 09/05/2017

La guerre dans l’est de l’Ukraine entre dans sa quatrième année – ce sont des dizaines de milliers de soldats qui y sont déployés en permanence. L’état des forces armées ukrainiennes n’est plus aussi désastreux que ce qu’il était en 2014. Mais les soldats vivent toujours dans des conditions précaires, avec des conditions d’hygiène peu enviables. Et l’hygiène dentaire est loin d’être une priorité. Une association de dentistes volontaires, “Trizub Dental”, tient un cabinet tout près de la ligne de front. 

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Ihor Iashchenko: Bienvenue dans le meilleur cabinet de dentistes d’Ukraine! En tout cas le plus joyeux… Bon, tout cela ne s’est pas fait en un jour…

Ihor Iashchenko est  heureux de faire  le tour du propriétaire. L’homme est loquace, et il aime raconter l’histoire de Trizub Dental. Trizub, qui veut dire trident, l’emblème national ukrainien.

Ihor Iashchenko: Vous avez ici du matériel de toute sorte: des masques respiratoires, un compresseur, une pompe… donc vous voyez beaucoup de bazar, mais c’est du bazar utile! (rires)

Ihor vient de Zaporizhia, une grande ville industrielle de l’est de l’Ukraine. Il habite depuis deux ans dans ce petit village de Karlivka, un endroit calme, idéal pour y établir son cabinet de dentistes. Même s’il reste à quelques kilomètres à peine de la ligne de front.

Bon, en fait, aujourd’hui, il n’y a pas d’eau dans le village. Ils sont en train de la réparer après un bombardement…

De fait, la petite maison, au bout d’une route défoncée, ne paie pas de mine. Mais dans le cabinet, on trouve de l’équipement dernier cri, pour la plupart de fabricants européens. Dans chacun des deux fauteuils, un soldat de l’armée ukrainienne, la bouche ouverte.

Ihor Iashchenko: Regardez, c’est notre registre. Tous les patients y sont inscrits. Alors, depuis le début de l’année… Ce patient qui est sur le fauteuil là, c’est notre 1127ème!

IMG_1880.pngAu moins 50.000 soldats sont stationnés en permanence dans le Donbass. Selon Ihor Iashchenko, 95% d’entre eux ont besoin de soins dentaires, que l’armée ne peut pas couvrir. Des organisations médicales organisent des consultations ponctuelles, et des cabinets mobiles montés sur camions circulent dans la région. Mais le cabinet de Trizub Dental, c’est le seul permanent  en zone de guerre.

Dans le couloir, Ihor Gregorovitch, 46 ans, attend son tour, un air inquiet sur son visage.

Ihor Gregorovitch: Euh… Pour être parfaitement honnête, j’ai très peur du dentiste. Alors je n’y vais que quand ça fait vraiment mal. Là, j’ai vraiment mal, alors je suis venu. Je sais que les dents, c’est très important. Si elles ne sont pas bien traitées, on ne peut pas fonctionner correctement.

Ihor Gregorovitch a fait plusieurs dizaines de kilomètres aujourd’hui pour se rendre au cabinet, qui jouit d’une très bonne réputation.

Ihor Gregorovitch: Ce n’est pas ma première consultation  chez le dentiste. Mais là d’où je viens, des équipements comme ça, on n’en a jamais vu.

Les dentistes soignent aussi des civils. Et pour tous, les soins sont entièrement gratuits. La collecte de fonds est un défi permanent. Mais Ihor Iashchenko a toujours confiance.

Ihor Iashchenko: Pour trouver des ressources? On va sur Facebook! On écrit un message: “chers citoyens, nous sommes à court de ça, de ça, de ça…” et les gens donnent. Les autres dentistes d’Ukraine nous aident beaucoup car eux comprennent très bien ce que ça veut dire, de tenir un cabinet de dentistes. 

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Les dentistes sont tous bénévoles, ils  viennent quand ils le peuvent. Alexandra Suhova vient tout juste d’arriver d’Odessa, pour travailler une semaine complète.

Alexandra Suhova: Venir ici, pour aider les soldats, ça m’aide à trouver une motivation pour mon travail avec les civils, à Odessa. Ici, cela me rappelle ce que je fais, et pourquoi je suis utile. 

Alexandra est venue avec Anatoliy Stodola, un jeune professionnel qui est lui affublé  d’un chapeau en forme de  lion en peluche, pour détendre l’atmosphère

Anatoliy Stodola: Beaucoup d’entre eux préfèreraient être sous le feu à Donetsk que de s’asseoir dans le fauteuil du dentiste. Alors pour faire passer la peur, on travaille avec des chapeaux rigolos. Nous avons toute une collection de chapeaux en forme de peluches, que nous complétons avec le temps.

Trizub Dental, c’est plus qu’un simple cabinet de dentistes. C’est un lieu d’accueil, et le coeur d’une communauté qui dispose même de sa propre station de radio: Trizub FM. Ils s’en servent pour écouter la musique de leur choix, et faire passer des messages personnels.

Ihor Iashchenko: Et les volontaires se sont mis en tête de faire une radio! Jamais aucun d’entre eux n’avait touché à la radio avant, les débuts ont été très drôles. Mais on y est arrivé, comme des amateurs. 

Ni la radio, ni le cabinet de dentistes n’ont de licenses de l’Etat. Mais cela ne les empêche pas d’opérer en paix.

Ihor Iashchenko: Jusqu’à présent, le gouvernement ne s’occupe pas de nous, et c’est très bien comme ça. 

A l’inverse, Ihor Iashchenko voudrait bien que son expérience soit mise à profit par les autorités.

Ihor Iashchenko: Nous avons construit un modèle qui est opérationnel et efficace. Nous voulons maintenant le transmettre aux militaires. Leur système n’est pas adapté. Il était conçu comme de l’assistance d’urgence, en cas de blessure. Mais l’armée a changé. Les soldats sont mobilisés pendant des mois. Certains ont 50 ans, et un état de santé pas toujours glorieux. Personne ne les a entraîné, personne ne les soigne. Donc nous souhaitons mettre notre expérience au service de l’armée. 

En attendant que le système de Trizub Dental soit étendu à la médecine militaire, le cabinet dentaire apaise les soldats.

Après l’intervention du dentiste, nous retrouvons le militaire Ihor Gregorovitch, l’air rassuré sur son fauteuil.

Ihor Gregorovitch: Sous anesthésie, c’est difficile à dire, mais… Je me sens déjà mieux. Et c’est vraiment un plaisir de traiter avec ces docteurs. Déjà je peux vous dire que j’ai beaucoup moins peur du dentiste qu’il y a une heure! 

Des dents plus saines pour des soldats plus résistants. Le pari de Trizub Dental est tenu chaque jour. Avec la possibilité qu’au-delà de la zone de guerre, la logique de l’hygiène dentaire s’étende au reste de l’Ukraine

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La France Agricole: Le Brûlis perdure en Ukraine

Article publié dans le numéro 3666 de La France Agricole, en octobre 2016

Illustré par une superbe photo d’Olga Ivashchenko.

Malgré son interdiction, la pratique se perpétue. Mais, petit à petit, des voix s’élèvent contre ces feux, dont les habitants des zones rurales craignent les effets dévastateurs sur leur santé et la biodiversité.

 

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La vision est certes romantique. Le long de la route, la fumée s’élève des champs en feu. À certains endroits, les flammes viennent lécher les bords de la chaussée. La culture sur brûlis, censée assurer une fertilisation des sols par le feu, a disparu des zones rurales de l’Union européenne. Mais en Ukraine, elle reste une tradition bien ancrée. Pourtant, la pratique est interdite par la loi, en raison de son impact…
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RFI: Tchernobyl, enfin confiné

Reportage diffusé sur RFI, le 30/11/2016

L’ambiance était festive hier 29 novembre… à Tchernobyl. Plusieurs centaines de hauts dignitaires s’étaient rassemblés au pied du réacteur numéro 4 de la centrale. Celui qui avait explosé, le 26 avril 1986, et provoqué la pire catastrophe nucléaire de l’histoire. Elle est maintenant recouverte d’un nouveau dôme de confinement géant. 

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Tchernobyl a disparu. Le réacteur numéro 4 de l’ancienne centrale Lénine, qui a fait trembler le monde depuis son explosion, le 26 avril 1986, n’est plus visible. Il est aujourd’hui recouvert par une nouvelle enceinte de confinement géante. Cette arche, de son nom officiel, est une prouesse technique. Tristan Loiseau est un jeune ingénieur français du consortium Novarka, qui rassemble les sociétés Vinci et Bouygues, chargé du projet.

Tristan Loiseau: Pour nous tous ici, c’est un accomplissement. Ca a été des heures de travail, de sueur. Mais… l’arche de Tchernobyl est sur son réacteur, ça fait déjà plaisir. Il y a une dimension historique, forcément. On vient mettre un pansement sur le sujet Tchernobyl.

L’arche de Tchernobyl est un projet hors norme: la structure de 36.000 tonnes, pourrait recouvrir Notre Dame de Paris. Le budget de cette arche est aussi remarquable: il était estimé à l’origine à 432 millions d’euros mais le cout réel s’élève aujourd’hui à un milliard et demie. Ils sont financés par plus de 40 pays et organisations internationales.

Pierre Duprat est le directeur de communication de Vinci. Il explique l’explosion des coûts par des difficultés techniques considérables. Selon lui, le budget est tout à fait justifié.

Pierre Duprat: La sécurité dans le domaine du nucléaire n’a pas de prix. Cette arche était nécessaire, elle n’est pas trop onéreuse, elle est absolument parfaite, elle est prévue pour confiner le problème pendant 100 ans. Elle est aussi prévue pour héberger du matériel qui servira à démanteler. Donc c’est une arche qui est très sophistiquée mais qui était totalement indispensable pour qu’un jour, on espère en avoir fini avec le problème de Tchernobyl. 

L’arche vient recouvrir le premier sarcophage, bâti à la hâte en 1986. Il menaçait de s’effondrer depuis des années. Mais sous le nouveau confinement, Tchernobyl ne dort toujours pas. Iryna Golovko est une militante écologiste ukrainienne. Jointe par téléphone, elle explique que le démantèlement du réacteur et le traitement des déchets nucléaires ne doivent pas attendre. Elle doute néanmoins de la volonté politique.

Iryna Golovko: Le démantèlement, ça veut dire des infrastructures complémentaires à ce qui existe aujourd’hui. Il n’y a pas eu beaucoup de préparations pour permettre le début de ce démantèlement. Il y a beaucoup de points d’ombres sur le budget, sur les plans, sur les délais, sur le maître d’oeuvre… 

Novarka a jusqu’à novembre 2017 pour préparer l’arche aux travaux de démantèlement. Reste à savoir ce que la communauté internationale voudra faire de Tchernobyl, maintenant que le réacteur n’est plus visible.

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Libération: Tchernobyl; un triomphe pour l’arche de confinement ?

Reportage publié sur le site de Libération, le 29/11/2016

La structure a été inaugurée en grande pompe ce mardi par le président ukrainien. Construite par Bouygues et Vinci, elle a coûté 1,5 milliard d’euros, financés par plus de 40 pays et institutions internationales. Mais l’aboutissement de ce projet n’est qu’une étape dans la lutte contre les conséquences de la catastrophe de 1986.

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C’est l’un des projets d’ingénierie les plus ambitieux de l’histoire. Ce mardi, la communauté internationale inaugure la nouvelle arche d’isolation de Tchernobyl. En construction depuis 2012, la structure est de fait remarquable : 36 000 tonnes de matériaux répartis sur 257 mètres de largeur, 162 mètres de longueur et 108 mètres de hauteur. Un projet qui n’a pas son pareil dans le monde.

Pire catastrophe de l’histoire

Le tout a été assemblé à 327 mètres de l’ancienne centrale «Lénine», afin de limiter l’exposition à la radiation. Une fois l’arche achevée, il a donc fallu la glisser, grâce à 224 vérins hydrauliques, vers le bâtiment. A raison de 60 centimètres par secousse, il a fallu plusieurs jours pour qu’elle atteigne son but, et recouvre entièrement le réacteur numéro 4. Le 26 avril 1986, c’est ici qu’une explosion a engendré la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Et dont les impacts – coûts de nettoyage, traitements, conséquences sur l’agriculture, santé, etc. – ont été évalués à 700 milliards de dollars par l’ONG Green Cross à l’occasion des 30 ans de la catastrophe.

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«Nous sommes très fiers de ce que nous avons réussi à accomplir avec nos partenaires», s’est fendu Nicolas Caille, au moment de l’amorce du glissage. Lui est directeur de projet pour Novarka, le consortium chargé de la construction, réunissant les français Vinci et Bouygues. «Mais il nous faut espérer, compte tenu des circonstances, que jamais une telle structure ne sera à construire de nouveau.» La durée de vie de l’arche est estimée à une centaine d’années.

Sarcophage de confinement

Il était temps de recouvrir le réacteur. Un premier sarcophage de confinement, bâti à la hâte en 1986, se craquelle depuis des années. Novarka avait remporté un appel d’offres en 2007, pour un projet alors estimé à 432 millions d’euros et environ quatre ans de travaux. 900 personnes devaient être employées sur le site, au plus fort de la construction. Fin 2016, l’arche a coûté 1,5 milliard d’euros, financés par plus de 40 pays et institutions internationales, en premier lieu la Berd. Plus de 2 500 ingénieurs et techniciens internationaux travaillent sur le site, sans compter des centaines de travailleurs locaux.

Les défis techniques se sont accumulés au fil du temps, depuis la réévaluation des dimensions de l’arche jusqu’aux découvertes de débris radioactifs en tout genre sur le site de construction. Sans oublier que les conditions de sécurité ont été prises très au sérieux : il s’agissait pour Novarka de ne pas ajouter au bilan humain de Tchernobyl. Aucun accident  radioactif sur le chantier de l’arche n’est à déplorer. En 1986, une trentaine de personnes avaient péri des conséquences directes de l’explosion. Dans les mois qui ont suivi, plus de 600 000 liquidateurs ont œuvré à l’isolation du site, en recevant des doses de radiation moyennes de 100 millisieverts.

Système métabolique

Pour ces milliers de personnes et les populations de la région, les problèmes de santé restent conséquents. «Le système métabolique des enfants n’est pas normal, expliquait Iouriy Bandajevskiy, docteur dans le canton d’Ivankiv, à 60 kilomètres à vol d’oiseau du réacteur numéro 4. A partir de là, nous pouvons prévoir des pathologies qu’ils développeront à l’âge adulte : des problèmes oncologiques, cardiaques, des grossesses compliquées pour les femmes…» Reste à savoir si ces pathologies affecteront les travailleurs de Novarka dans les années à venir.

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Certains observateurs mettent aussi en avant une composante incontournable de l’Ukraine contemporaine : la corruption. Aucune enquête ne vise directement le projet d’arche. En juillet néanmoins, la police nationale a mis sous scellées certains biens de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds. «La direction de la centrale a détourné une partie de l’aide financière de plusieurs pays, et l’a sortie du pays en utilisant plusieurs sociétés internationales», détaille un compte rendu d’un tribunal de Kiev.

Selon le média d’investigation Nashi Groshi («Notre argent»), plus de 600 000 euros se seraient évaporés. Un cas qui a pu, directement ou non, affecter l’environnement de travail de Novarka, et contribuer au retard du projet. Ce ne serait qu’un cas parmi d’autres. «C’est sûr que, sans la corruption, le projet aurait pu être moins onéreux de quelques centaines de milliers d’euros…» confie, sous couvert d’anonymat, un employé de Novarka en marge de la cérémonie d’inauguration de l’arche, mardi.

Zones interdites

Avec l’arche, se pose aussi la question du devenir des zones interdites et dites d’évacuation obligatoire (2 600 km2 contaminés, où chasse, pêche et agriculture sont interdites). Connue comme une réserve naturelle à la faune luxuriante, la région est traditionnellement agricole. Les champignons mais aussi le gibier et le poisson en sont exportés illégalement, ajoutant aux nombreux trafics qui caractérisent la zone depuis des décennies. Les impressionnants stocks de métal, issus d’usines, de camions ou d’hélicoptères, auraient quasiment été épuisés par les contrebandiers.

En contrepoint à ces stéréotypes, le gouvernement de Kiev affirme vouloir amorcer une renaissance de la région de Tchernobyl. «C’est le début de la fin de notre long combat contre les conséquences de l’accident de 1986», a lancé le ministre ukrainien de l’Ecologie, Ostap Semerak. Cet été, il a dévoilé des plans de développement d’un parc photovoltaïque géant, qui serait assuré dès 2017 par des sociétés chinoises. Le président Petro Porochenko a aussi évoqué l’idée d’établir un centre de recherches près du site de la centrale.

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Des annonces qui posent de nombreuses questions quant aux possibilités de réalisation de telles ambitions. Dans l’immédiat, la pose de la nouvelle arche marque le début d’un lent processus, inévitable, de démantèlement du réacteur numéro 4 et de traitement des déchets nucléaires. «C’est là que le véritable défi commence, analyse Iryna Golovko, militante écologiste au sein du Centre national Ecologique de l’Ukraine. Mais force est de constater que, pour l’instant, il n’y a pas de plan précis, et encore moins de financement… Les pays donateurs ne semblent pas pressés de contribuer à ce programme, après avoir renchéri plusieurs fois pour construire l’arche. Et on peut toujours douter de la détermination politique des Ukrainiens à mener à bien le démantèlement du réacteur. Cette nouvelle arche n’est qu’un début.»

RFI: Négociations de la dernière chance pour l’eau du Donbass

Papier radio diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 23/11/2016

Négociations de la dernière chance ce mercredi à Minsk. Un groupe de travail sur la guerre dans l’est de l’Ukraine s’y réunit pour tenter de trouver un moyen d’assurer l’acheminement d’eau à 600.000 personnes. Ils ont jusqu’à la fin novembre pour éviter une crise humanitaire. 

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A première vue, c’est un simple problème technique. La compagnie d’eau qui alimente un bassin de 600.000 personnes est située côté ukrainien. La plupart des consommateurs vivent côté séparatiste. Ils n’ont pas accès à un système bancaire fiable et ils ne pas peuvent payer leurs factures. Mais dans le contexte de guerre, difficile de trouver une solution. Nicolas Fleury est le directeur adjoint de la Croix Rouge Internationale en Ukraine. Le CIRC a déboursé 700.000 dollars pour payer les factures d’octobre et de novembre.

Nicolas Fleury: Malheureusement ce n’est qu’une situation temporaire, qui ne fait qu’acheter un peu de temps pour que les négociations politiques aboutissent. 

Les négociations politiques, elles trainent, malgré l’urgence. Sanela Bajrambasic, porte-parole du CICR, appelle à une prise de conscience des parties.

Sanela Bajrambasic: En plus des difficultés actuelles, s’il n’y a plus d’eau, cela veut dire des problèmes pour les enfants, pas d’eau pour le chauffage, et toutes sortes de complications qui pourraient créer un désastre humanitaire. On a du mal à imaginer. 

Alors que des négociations cruciales se tiennent aujourd’hui, cette situation aberrante vient rappeler, une fois encore, à quel point la guerre a déchiré la région du Donbass, et ses habitants.

RFI: Les hôpitaux en ruines dans l’est de l’Ukraine

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 03/10/2016

Depuis la guerre dans le Donbass, il y a deux ans, les hôpitaux de l’est de l’Ukraine souffrent de pénurie. Ils manquent de tout : de médicaments, de médecins et de matériel. C’est le cas à Rubijné, dans la région de Louhansk sous contrôle ukrainien. 

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L’hôpital de Rubijné

Dans la cage d’escalier, le plafond s’effrite depuis des années. A l”étage, des patients attendent sur des bancs en plastique défoncés. L’appareil de RADIOLOGIE  date des années 1970. Le laboratoire d’analyses est rempli d’ustensiles rouillés. Les résultats sont rédigés sur des carnets de papier. Ne cherchez pas d’ordinateur ici. C’est le docteur Konstantyn Zogan qui fait la visite de l’hôpital de région de Rubijné.

Konstantyn Zogan: Nous avons déjà eu des visiteurs étrangers, qui nous ont demandé où ils étaient tombés: dans un hôpital, ou dans un musée?

C’est bien un hôpital, L’un des principaux dans l’est de l’Ukraine. Rubijné est à 100 kilomètres au nord de Louhansk, l’ancienne capitale de région, aujourd’hui place forte des séparatistes pro-russes.

La zone est industrielle et très densément peuplée. Les nombreux départements de la clinique couvrent plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Edouard Kravchenko en est le médecin en chef.

Edouard Kravchenko: Nous avons des soucis d’approvisionnement de médicaments et de matériel médical. A cela s’ajoute un équipement dépassé. Et les médecins docteurs ne veulent pas travailler ici. Il nous manque 30% de docteurs. C’est dans ces conditions qu’il nous faut assurer des conditions de soins décents pour la population locale.

Et depuis 2014, tout s’est compliqué pour l’hôpital.

Edouard Kravchenko: A cause de la guerre, nous nous sommes retrouvés dans des situations que nous n’avions jamais imaginé. Avant, nous avions l’hôpital de région de Louhansk, et nous transférions tous les cas sérieux là-bas. Maintenant, c’est bien plus difficile. Soit il nous les traitons ici, soit les patients sont  envoyés à plusieurs centaines de kilomètres, vers Kharkiv ou autre… Il faut comprendre que nous avons moins de moyens pour soigner plus de gens, car les personnes déplacées par la guerre viennent chez nous.

L’une de ces personnes déplacées, c’est Lena Sennaya, originaire de Pervomaisk, un des centres des troupes cosaques pro-russes. Elle s’est réfugiée à Rubijné avec ses enfants.

Olena Sennaya: J’étais infirmière avant. Les conditions d’hygiène qu’il y a ici en pédiatrie, je n’ai jamais vu cela auparavant.

Olena Sennaya bénéficie de l’aide du Fonds d’Alexander Romanovskiy, une association humanitaire locale.

Là où les organisations internationales se concentrent sur l’urgence de la guerre, le Fonds s’attaque aussi à des problèmes profondément enracinés dans la région.

Dmytro Butko, l’un des représentants de l’association

Dmytro Butko: La région de Louhansk a toujours été au bord de la catastrophe humanitaire. Aujourd’hui, à cause de la guerre, ça s’est empiré, évidemment. Mais il faut comprendre que la région est défavorisée depuis longtemps. Nous avons toujours eu d’énormes problèmes d’écologie, de santé…

Des problèmes qui, avec la guerre, deviennent de véritables risques pour la santé publique, dans une région où vivent entre 3 et 6 millions de personnes.

Pourtant, le gouvernement central n’alloue aucune ressource supplémentaire à l’hôpital de Rubijné. Les financements sont toujours attribués sur la même base qu’avant la guerre.

Edouard Kravchenko, médecin en chef, se sent oublié de la capitale.

Edouard Kravchenko: Le coeur du problème réside dans ce que veut vraiment le gouvernement central… Quel prix donne -t-il à la vie humaine,  qu’est-il  prêt à faire pour le système de santé dans le pays ?

Une de ses stratégies est de développer des partenariats avec des donateurs internationaux. Mais quand on lui demande quels sont ses besoins prioritaires, la réponse est lapidaire:

Edouard Kravchenko: Ca irait plus vite de vous dire ce dont on n’a pas besoin…

L’humanitaire Dmytro Butko ne désespère pas, et s’efforce de trouver des partenaires pour l’hôpital.

Dmytro Butko: Et c’est pour cela qu’il nous faut développer un système rationnel de distribution de l’aide humanitaire et de l’assistance aux hôpitaux. Afin que l’on puisse atteindre ceux qui en ont besoin.

Dans une région bouleversée par un conflit qui perdure, il est difficile de définir des priorités. Il semble que tout le monde a besoin de quelque chose. Mais la déliquescence du système hospitalier pose des problèmes qui, petit à petit, peuvent avoir des conséquences désastreuses.

Ecouter le reportage ici

« Yiddishe Mama »

In order to reflect on Ukrainian Jews and Jews of Ukraine, 75 years after Babi Yar, I wanted to show the revival of Jewish life in the country. I traveled to Dnipro(petrovsk) and met with a vibrant local community. I met with the young and the old – and with the oldest.

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Ida Samolovna Tzypkina is 94 years-old. She talks – she has many things to say – and to sing. It takes only a minute to listen to her humbling voice, singing “Yiddishe Mama”.