L’Ukraine, entre vieilles idoles et nouveaux héros

 

Version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 25/04/2016. Article co-rédigé avec Laurent Geslin, avec le concours de Niels Ackermann.

 

“Ils auraient du le laisser là-bas…” Oleksandr Oleksiyevitch remet les mains dans les poches de son uniforme dépareillé, et soupire longuement. Devant lui, dans la cour d’entrepôt poussiéreuse dont il assure la surveillance, Lénine a encore le doigt pointé vers le ciel. L’énorme monument de 40 tonnes gît à même le sol, loin de la place principale de Zaporijia, où il a trôné pendant des décennies, dominant les berges du fleuve Dnipro.

“Ca fait partie de notre histoire, c’est malsain de le retirer, et de faire semblant que rien ne s’est passé…” Le vigile, ancien policier à la retraite, crache par terre. En cette fin de journée, seuls les croassements de corbeaux et l’écho de quelques voitures au loin viennent perturber le silence de ce cimetière improvisé. “Maintenant, ils vont le vendre: c’est du bronze massif, il y a beaucoup d’argent à en tirer. Voilà, c’est comme ça. Notre histoire pour quelques dollars…”

Qu’est-ce qui vient après? 

Le Lénine de Zaporijia, c’était le dernier “grand” Lénine qui restait debout en Ukraine. Il a été déboulonné par la municipalité le 17 mars, en vertu des lois mémorielles dites “de décommunisation”, qui ordonnent, entre autres, la disparition de tout monument ou symbole promouvant “l’idéologie totalitaire soviétique”. Avec plus de 5000 statues dédiées au leader bolchévique en 1991, l’Ukraine était, au moment de son indépendance, la république comptant le plus grand nombre de Lénines en URSS. Il en resterait aujourd’hui un peu moins d’un millier.

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Le Lénine de Zaporijia après son déboulonnage. Photo: Laurent Geslin.

“Au moins, ici, ils ont fait cela de manière civilisée, avec une grue et une équipe technique”, poursuit Oleksandr Oleksiyevitch. Le “Léninopad”, la chute des Lénine, est souvent orchestrée de manière spontanée, par des groupes citoyens ou des casseurs nationalistes. “Mais cela a donné l’occasion à des gens de lui dire au revoir, de déposer des fleurs…”, regrette Natacha Lobach, une militante civique très active dans l’aménagement urbain de Zaporijia. “Après toutes les atrocités qu’il a commis? Cela n’a montré qu’une chose: le lavage de cerveau que nous avons subi pendant tout ce temps est encore très efficace”.

Pour cette jeune architecte, le problème est néanmoins ailleurs. “La décommunisation, c’est très bien. Mais qu’est-ce qui vient après? Par exemple, personne ne sait que faire de cette place maintenant. Un monument aux Cosaques? Aux cosmonautes? Aux Indiens?” De fait, deux ans après la Révolution de la Dignité, qui a accéléré le Leninopad, les villes d’Ukraine sont pleines de piédestaux portant encore l’inscription “Lénine”. Sans qu’aucun changement n’y soit apporté. “Le plus important, c’est d’abord de faire disparaître les traces de l’occupation soviétique”, assène Volodymyr Viatrovitch, directeur de l’Institut National de la Mémoire, et grand maître à penser des lois de décommunisation. “Peu à peu, les citoyens se saisiront de la question et trouveront des solutions pour réaménager leurs espaces urbains”.

En avril 2015, ce sont 4 lois qui ont marqué un virage de l’historiographie nationale. En criminalisant la propagande des régimes totalitaires communistes et nazis, elles prévoient d’ouvrir les archives du KGB au public, et de glorifier la mémoire des combattants en faveur de l’indépendance nationale au 20ème siècle. Soit une tentative de “reproduire le choc mémoriel connu dans les anciennes républiques populaires d’Europe centrale”, comme l’explique Volodymyr Viatrovitch, alerte, redressé sur un canapé de son bureau. “Nous devons en tirer les mêmes gains en termes de démocratisation”.

La gue-guerre des noms

En parallèle du Leninopad, la décommunisation des noms bouleverse la représentation mentale de la géographie de l’Ukraine. Ici, une avenue Lénine est devenue l’avenue (John) Lennon. Là, c’est Andy Warhol a pris la place du leader bolchevique sur les plaques de nom de rue. Dans la partie de l’oblast (région) de Donetsk, les cartes officielles utilisent désormais le nom de Bakhmout pour indiquer une petite agglomération. De 1924 à septembre 2015, celle-ci était pourtant connue comme Artemivsk, dédiée à Fiodor Sergueïev (1891-1938), dit Camarade Artiom, un révolutionnaire soviétique.

Pour les habitants de la région, de même que pour les militaires ukrainiens déployés sur le front du Donbass, à une vingtaine de kilomètres au sud, le changement est encore difficile à ancrer dans les esprits. Dans une région en guerre, où de nombreuses personnes comptent encore en roubles soviétiques, où les panneaux de signalisation sont rénovés au compte-goutte, Artemivsk restera Artemivsk pour de nombreuses années à venir.

Une spécificité locale qui est aisément exploitée par les critiques de la décommunisation, et la machine de propagande russe. Celle-ci assimile le processus à une trahison ukrainienne de son passé, et à une vaste chasse aux sorcières russophobe, orchestrée par une supposée junte nationaliste arrivée au pouvoir en février 2014.

Un des sites de propagande du Kremlin, Sputnik, dénonce ainsi une “obsession” d’ukrainiser les noms de famille à consonance russophone. On en est malgré tout très loin, puisque la source principale de Sputnik n’est autre qu’une simple pétition citoyenne. Lancée le , qui a reçu 6 signatures sur les 25000, qui seraient nécessaires à un examen par le chef de l’Etat Petro Porochenko. La manipulation dénote toutefois l’enjeu de la décommunisation en Ukraine, à la fois en termes de géopolitique, mais aussi de politique intérieure.

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Statuette de Stepan Bandera, Musée de Roman Shoukhevitch à Lviv.

Car, loin des affres de la guerre d’information qui fait rage entre l’Ukraine et la Russie, force est de reconnaître que la décommunisation ne fait pas consensus. “Dnipropetrovsk reste Dnipropetrovsk”, martèle Boris Filatov. Elu de la troisième ville d’Ukraine en octobre 2015, l’homme refuse catégoriquement de la rebaptiser. “C’est le nom historique de la ville, qui a accompagné son développement, et c’est comme cela que nous sommes connus, en Ukraine et à l’étranger”.

Et si changement de nom il y avait, quel serait-il? Fondée en 1776, sous l’impulsion de Catherine II, pour accueillir le gouvernement de la Nouvelle Russie, Ekaterinoslav prit en 1924 le nom de Petrovsk, pour célébrer le révolutionnaire ukrainien Grigori Petrovski, Commissaire du peuple aux Affaires intérieures entre 1917 et 1919, puis celui de Dnipropetrovsk, durant la déstalinisation, en 1957.

Dnipropetrovsk a beau être aujourd’hui le fer de lance de la défense nationale ukrainienne, en tant que base arrière de nombreux bataillons déployés dans le Donbass, cet héritage soviétique est insupportable pour Volodymyr Viatrovitch. “La loi est la loi. La question de Dnipropetrovsk doit être réglée, d’une manière ou d’une autre”, tranche-t-il.

Là-bas, où la décommunisation est acquise

L’homme est bien connu pour son anti-communisme primaire. D’ailleurs, son bureau de Kiev, il l’a installé dans les anciens quartiers-généraux de la Tcheka, ancêtre du KGB. La chute de l’autoritaire et très russophile Viktor Ianoukovitch en 2014 lui a donné l’occasion d’exporter à Kiev une historiographie développée depuis de longues années dans sa ville natale: Lviv, capitale de l’ouest de l’Ukraine, un des bastions historiques de l’idée nationale ukrainienne.

La décommunisation, là-bas, elle y est acquise. “Il y a déjà des jeunes générations qui ne connaissent rien de ce bagage, ce fardeau du post-soviétisme. C’est une sorte d’héritage criminel, qui leur est étranger”, explique, placide, Ruslan Zabyliy, directeur de l’ancienne prison de Lontsky, aujourd’hui musée des occupations. L’ignorance de l’histoire soviétique? “C’est une bonne chose, parce que les jeunes générations ne veulent pas construire leur avenir à partir de cet héritage”. Un argument censé, dans un pays engagé dans un processus de réformes modernisatrices, qui se rêve toujours un avenir européen.

Et quid de la partie de la population faisant preuve d’une certaine nostalgie pour l’époque soviétique? “Ce sont des gens qui ont donné les meilleures années de leurs vies pour construire l’URSS. Ils vivent dans le passé. A part quelques marginaux surexcités, la plupart ne sont plus actifs, ils sont retraités.”, commente Ruslan Zabyliy. Autrement dit, de la quantité négligeable.

En écho à la diatribe de Ruslan Zabyliy, on n’entend pratiquement que le silence. Depuis des années, les représentants politiques communistes en Ukraine n’avaient de communiste que le nom. Ils se caractérisaient avant tout par des pratiques populistes et corrompues, sans profondeur idéologique. Ils sont désormais invisibles depuis l’interdiction du Parti communiste en décembre 2015. Dans le contexte actuel de guerre hybride contre une Russie qui se revendique l’héritière de l’URSS, aucune voix politique ne s’élève pour défendre la moindre bribe d’héritage soviétique.

La lutte pour l’indépendance glorifiée

Ceux que l’on entend beaucoup, dans l’Ukraine post-révolutionnaire, ce sont les défenseurs de la mémoire de l’armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), et de leurs chefs idéologues Stepan Bandera et Roman Shoukhevitch. Combattants pour l’indépendance nationale dans les années 1940 contre les Soviétiques, leur action fut néanmoins fort controversée. Notamment à cause de leur coopération d’un temps avec les Nazis, et de leur participation dans des exactions contre des Juifs et des Polonais. Discréditée par le régime soviétique, leur mémoire a été valorisée pour la première fois sous la présidence de Viktor Iouchtchenko (2005-10). Dans l’ouest de l’Ukraine, elle fait aujourd’hui partie du folklore.

“Vous voyez, ils étaient trois, quatre de nos héros à vivre cachés dans ces souterrains pendant des années, à organiser des coups contre les Rouges”, raconte un vieux guide, éclairé à la lampe torche, dans une “Kryivka” (cache) reconstituée, dans une forêt voisine de l’agglomération de Lviv. Maillon d’un réseau de centaines de terriers plus ou moins aménagés, repères de résistants nationalistes jusqu’au milieu des années 1950, cette Kryivka fut creusée tout près d’un autre marqueur historique. “Vous voyez ce fossé recouvert par la mousse?”, indique le vieux guide. “C’était la tranchée marquant la ligne de front pendant la guerre polono-ukrainienne de 1920-21”. Tout un symbole de la lutte pour l’indépendance, glorifiée par les lois mémorielles de 2015.

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Entrée d’une Kryivka rénovée, près de Lviv.

“Il faut se rappeler de ce qu’a fait mon père, qui est une action fondamentale pour l’Ukraine”, explique Iouriy Shoukhevitch, adossé à une cane en forme de hachette cosaque. A 83 ans, le fils de Roman Shoukhevitch est aujourd’hui député du Parti Radical d’Ukraine, salué bien bas par les passants dans la rue. Une reconnaissance qui le change de l’opprobre subie pendant sa jeunesse. Le régime soviétique l’avait gardé plus de 30 ans entre des prisons et des camps de concentration, pour “agitation anti-soviétique”, notamment à cause des actions de son père. C’est donc tout naturellement qu’en tant que député, il a activement aidé à la rédaction des lois mémorielles.

“C’est une histoire terrible, dont il faut nous délivrer”, explique-t-il. Imaginez un homme qui viendrait chez vous. Il casse tout, il vous bat, il épouse votre femme et vous prend vos enfants. Ensuite, il accroche son portrait au mur, et il s’installe. Et quand vous voulez le retirer, quelques années plus tard, ce sont vos enfants qui vous en empêchent, au prétexte que cela fait partie de l’histoire!” Ce processus de délivrance passe par la promotion de nouveaux héros nationaux.

Des héros, oui. Mais lesquels? 

Alors que les statues de Lénine tombent un peu partout en Ukraine, c’est Stepan Bandera qui se dresse fièrement à Lviv. “Je me souviens de Bandera quand j’étais petit”, raconte Iouriy Shoukhevitch. “C’était un homme droit, intègre”. Un souvenir mis en valeur par l’historiographie officielle, même si, dans d’autres régions d’Ukraine, en particulier l’est en guerre, le nom de Bandera en fait frémir plus d’un. Le personnage, grand idéologue de l’indépendance nationale, est aussi associé aux théories fascistes et antisémites des années 1940. Roman Shoukhevitch lui-même fut nommé commandant du bataillon Nachtigall en mai 1941. Cette unité supplétive de la Wehrmacht composée de soldats ukrainiens entra le 29 juin 1941 dans Lviv, abandonnée par les soldats soviétiques, avant de se livrer à au moins deux pogroms le 30 juin et le 25 juillet 1941.

Les historiens s’affrontent néanmoins avec persistance sur la véracité des faits qui sont reprochés à Stepan Bandera, Roman Shoukhevitch, l’UPA, et leur idéologie. D’autant que l’histoire du nationalisme ukrainien est loin d’être linéaire. Après avoir été éconduits et trahis par les Nazis, Roman Shoukhevitch et l’UPA ont effectivement combattu contre l’occupant allemand, jusqu’à leur fuite en 1944. Stepan Bandera lui-même fut emprisonné par les Nazis entre juillet 1941 et septembre 1944, coupable d’avoir déclaré un Etat ukrainien indépendant sur le territoire du Reichskommisariat.

“Ici, on compare souvent l’UPA avec l’IRA, en Irlande”, suggère Irena X., une jeune auto-entrepreneuse de Lviv. “L’UPA, ils avaient leurs objectifs, et ils ont utilisé tous les moyens disponibles. Dans le cas de l’IRA, ces moyens, c’était des attaques terroristes. Pour l’UPA, ce sont des alliances controversées et des exactions contre des groupes qui menaçaient l’indépendance. Rien de très blanc, sans être complètement noir…”

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Iouriy Shoukhevitch, à Lviv. Photo: Laurent Geslin.

Chez Iouriy Shoukhevitch, en tout cas, on ne trouvera pas une critique de l’action de son père et de ses alliés. A fortiori, la fin semble justifier les moyens. Et l’agression russe contre l’Ukraine, à partir de 2014, donnerait raison aux actions de l’UPA. “Un homme venu des régions de l’est m’a interpellé sur un plateau de télévision, il y a quelques temps”, détaille-t-il en jouant avec son briquet. A 83 ans, l’homme ne sort jamais dans la rue sans un paquet de “Stolitchniy”, de fortes cigarettes qu’il fume avec avidité. “Cet homme  a raconté qu’avant, il croyait que les Ukrainiens de l’ouest étaient des fascistes sanguinaires. Mais depuis, il a réalisé que nous avions raison dans notre combat contre les Russes!”

“La guerre du Donbass nous fournit beaucoup de nouveaux héros”, reprend Ruslan Zabyliy. “Vladimir Poutine a unifié l’Ukraine plus rapidement que des générations d’historiens et hommes politiques”. Depuis l’annexion de la Crimée en mars 2014, l’agression russe constitue nouvel épisode dramatique de l’histoire ukrainienne, qui pourrait atténuer le besoin d’aller fouiller dans l’Histoire avec un grand “H”. “Mais ce besoin de héros est réel”, justifie Ruslan Zabyliy. “Il s’explique par la persistance de complexes d’infériorité des Ukrainiens face à l’historiographie russe”.

Ainsi est ravivé l’héritage des Cosaques, ces guerriers libres auxquels se sont référés nombre des révolutionnaires du Maïdan ou encore les soldats actuellement déployés dans le Donbass. La Sitch, capitale légendaire des Cosaques, se trouve d’ailleurs sur l’île de Khortytsya, à Zaporijia. Et depuis mars 2016, elle n’est plus dominée par la statue de Lénine. Le symbole, encore une fois, est fort, de l’affranchissement des héros de l’Ukraine.

Tout dans le même sac? 

Le concept même de “héros”, décerné à des combattants aussi controversés que ceux de l’UPA, ne fait pas l’unanimité. Assise à une terrasse de Kiev, à quelques pas de l’Institut National de la Mémoire, Ioulia Shoukan, une chercheuse franco-biélorusse, insiste sur le besoin “d’assurer une exploitation impartiale des archives nationales”.

La jeune chercheuse a en tête les massacres d’entre 40000 et 100000 Polonais dans la région de Volhynie en 1943. “Si des documents historiques mettent directement en cause l’UPA dans ces massacres, il faut avoir la garantie qu’ils seront aussi rendus publics”. Un risque qui serait d’autant plus réel que Volodymyr Viatrovitch, dans une polémique avec le journal Krytyka, a déjà rabaissé l’analyse des exactions de Volhynie à “une question d’opinions”.

“De la même manière, les archives ne doivent pas être utilisées uniquement à des fins de discréditer l’époque soviétique”, ajoute Ioulia Shoukan. De sa propre expérience, elle sait que “tout n’est pas bon à jeter dans l’héritage soviétique”. L’URSS s’est étalé sur une période de 70 ans pour plus de la moitié de l’Ukraine contemporaine, et a imprégné sa marque sur plusieurs générations. “L’ère soviétique se divise en différentes périodes, alternant répression et apaisement, progrès économique et social et stagnation économique et pénuries. On ne peut pas tout mettre dans le même sac. Ne serait-ce que les frontières nationales, que le gouvernement entend défendre aujourd’hui, sont directement héritées de l’URSS…”

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Il en va de même pour Ievguenia Moliar, meneuse de projet à la Fondation artistique Izolyatsia. Autrefois basée à Donetsk, celle-ci est aujourd’hui en exil à Kiev, et s’est lancée, entre autres, dans un projet de sauvegarde des fresques et mosaïques soviétiques. Certaines, majestueuses, décorent des façades entières de blocs d’habitation. “On a l’impression que le pouvoir actuel veut juste faire table rase du passé, en ignorant qu’il y avait une logique biologique dans les développements passés. On ne peut retirer une mosaïque, qui n’a d’ailleurs rien d’un instrument de propagande, d’une façade de bâtiment, et prétendre que ce bâtiment n’a pas été construit selon des normes soviétiques!”

Un problème conceptuel, auquel ni l’anti-communisme des lois mémorielles, ni la promotion de nouveaux héros controversés, ne propose de solution. Pour Volodymyr Vorobey, jeune entrepreneur social de Lviv, c’est typique d’une classe politique ukrainienne irresponsable, qui “sort les amulettes vaudou quand elle n’a rien à proposer”. Les questions linguistiques, historiques, culturelles, seraient ainsi agitées à des fins politiciennes, afin de masquer le blocage du processus de réformes, de lutte anti-corruption, et de modernisation du pays.

A travers son think-tank et son réseau de petites entreprises, Volodymyr Vorobey essaie lui d’approcher la décommunisation comme un moyen de mettre un terme au paternalisme soviétique. “Un diction communiste bien connu dit que l’initiative est punissable. Sous-entendu, que tout doit venir de la hiérarchie, que les gens ne doivent rien faire par eux-mêmes”. Une mentalité que le jeune homme constate encore dans de nombreuses localités du pays, notamment à l’est, où il organise des séminaires et conférences. Les temps ont changé! L’Etat ne peut plus être pensé comme quelque chose d’inaccessible et de miraculeux, mais comme quelque chose issu de notre volonté commune”.

Dans une Ukraine paralysée par une guerre hybride, une grave crise économique et une corruption endémique, c’est bien un nouveau projet du vivre ensemble qui manque. Il en faudra plus que quelques statues de Lénine jetées à terre.

RFI: Libéralisation du régime de visas Schengen pour les Ukrainiens

Papier radio diffusé dans les journaux de la soirée sur RFI, le 18/12/2015

Lancement: Victoire politique pour l’Ukraine, la Géorgie et le Kosovo aujourd’hui. La Commission européenne s’est prononcée pour l’abolition du régime de visas Schengen pour ces trois pays. La recommandation n’a pas d’effet pratique immédiat, elle doit d’abord être avalisée par le Parlement avant qu’elle ne devienne réalité, au plus tôt à la mi-2016. Mais la portée symbolique est importante. 

Des voyages sans visas pour l’Europe, nous y voilà! Avec ce message enthousiaste sur Twitter, le président ukrainien Petro Porochenko accomplit l’une de ses promesses de campagne: les Ukrainiens ont enfin la perspective de se déplacer librement dans l’espace Schengen sans avoir à faire la queue devant les consulats européens pour demander des visas. Avec 1 million 300.000 visas délivrés en 2014, l’Ukraine est le troisième pays à demander le plus de visas Schengen, après la Russie, et la Chine. La procédure est vécue ici comme humiliante, et onéreuse – aussi la recommandation de la Commission est-elle accueillie comme une très bonne nouvelle. Attention cependant: Une libéralisation du régime de visas ne permettra aux Ukrainiens que de voyager sans visas pendant 3 mois, mais pas de s’installer dans un pays membre, encore moins d’y travailler. Quoiqu’il en soit, la nouvelle accompagne l’entrée en vigueur au 1er janvier 2016 de l’Accord d’Association et de l’établissement d’une zone de libre-échange entre l’Union européenne et l’Ukraine. L’Ukraine reste très loin de son rêve européen. Mais l’on voit clairement dans quelle direction le pays se dirige.

Libération: La voie sans issue de la décentralisation?

« Evènement Ukraine », avec un entretien de Petro Porochenko, publié dans Libération, le 12/08/2015

L’Ukraine est-elle à la veille d’une «nouvelle spirale des combats», comme l’affirme le chef séparatiste de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko ? Alors qu’au moins quatre personnes sont mortes depuis dimanche à la suite de tirs d’artillerie, Kiev semble d’accord pour dénoncer l’escalade des violences dans l’Est prorusse. Plus politique que militaire, ce regain d’affrontements intervient à un moment où Moscou voudrait que Kiev accepte de dialoguer directement avec les séparatistes.

«On se bat toujours… Et, au Parlement, ils parlent de décentralisation et d’élections», dit le journaliste Volodymyr Runets, qui vit au rythme …

Lire le reste du dossier ici (accès libre à partir du 14/08/2015)

L’Ukraine : Quinze années de progrès et de démocratie. 

Ce texte a été écrit par Bernard Wilem, un consultant belge pour les questions agricoles, établi dans l’ouest de l’Ukraine. Travaillant dans le pays depuis 15, il en est venu à écrire et publier ce texte sur ses expériences passées. 

En lire plus sur l’histoire et la ferme de Bernard Wilem ici. 

Une version ukrainienne du texte ci-dessous est disponible ici

Ce texte a été publié en ukrainien et remis en mains propres à plusieurs fonctionnaires et personnalités politiques de l’ouest de l’Ukraine. Aucune réaction n’est à noter à ce jour. 

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Illusions et désillusions d’un Européen dans un pays dont l’émergence était annoncée fin du siècle passé.

Je suis arrivé en Ukraine en 1999 en tant que consultant pour un projet d’investissement. Je n’avais aucune connaissance de ce pays mais un des collaborateurs belges nous parlait d’un pays au vaste potentiel dont la population fière d’un enseignement soviétique de haut niveau désirait un développement social et économique.

Lorsque des investisseurs occidentaux s’aventurent dans des régions du monde  annoncées comme prochainement  émergentes, le manque d’éducation et de formation des peuples, l’absence d’infrastructures, d’industrialisation, de système bancaire et la précarité politique et administrative ne les effraient pas plus que les chiffres économiques et les graphiques de balances commerciales.

Leur certitude est en effet que leur apport de compétences ajoutées à ceux de leurs concurrents va à plus ou moins long terme mener ce pays à ce que l’on comprend être la civilisation ou en tout cas dans un confort commercial  nécessaire à leurs profits.

Lorsque ces investisseurs s’aventurent dans des pays développés ou qui l’ont été à plusieurs niveaux  dont les principaux problèmes annoncés étaient uniquement politiques et qu’après le retournement politique et leur arrivée, ne peuvent que constater impuissants la dégringolade sur tous les fronts, ils doivent alors admettre leurs erreurs d’appréciations et d’étude de marché. La réalité ne devrait-elle pas être d’admettre une sous-estimation des conséquences de la corruption dont ils ont été des spectateurs ou acteurs à plus ou moins grande échelle.

L’Ukraine doit-être sur le plan économico-socio politique une des plus grandes déceptions de cette dernière décennie et assurément un cas d’école dans l’étude de ce virus indolore voire agréable à ses débuts qui mène irrévocablement à la mort lente du patriotisme dans des bains de sang : la corruption.

Il n’est pas calomnie d’affirmer qu’à quelques rares exceptions près l’Ukraine a régressé dans tous les domaines nécessaires à la construction d’un état prospère et démocratique.

Industrie ; la colossale infrastructure industrielle laissée par le soviétisme attendait dès le début des années 90 des investisseurs et techniciens pour une modernisation. La base était là, le marché existait et les matières premières et la main d’œuvre étaient sur place. Des hommes influents par leur manque de scrupule et de morale avaient compris qu’avec quelques menues monnaies, quelques menaces et des jeux d’écriture, il était facile de s’approprier des usines voire des complexes entiers. Les démonter, les démanteler, ensuite les piller rapportaient suffisamment pour pouvoir acquérir le reste de l’Ukraine et le pouvoir.

A l’exception de quelques multinationales qui se doivent d’être présentes aux quatre coins du globe même à perte à court ou moyen termes, peu d’industries autochtones ou étrangères propres peuvent annoncer à ce jour des bilans intéressants.

Agriculture ; les analystes ukrainiens et autres impliqués dans des projets d’agro-holding vont prouver par des chiffres et graphiques une croissance de l’utilisation des terres, des productions et des exportations. Si ces chiffres sont indéniables, les moyens pour y arriver nous amènent à la constatation d’un pillage de la terre ukrainienne et des ressources agricoles par quelques personnes, dont nous venons de parler.

La puissance financière et le pouvoir politique ont permis aux oligarques de s’approprier des droits de fermage à des prix réels défiant toute concurrence internationale. Le pouvoir qui est le leur, a concédé des crédits, leasing voire des dotations qui leur permettent grâce aux fonds du budget de l’état  de pomper les ressources agricoles à l’encontre de toute étique sociale, écologique et fiscale.

La plupart des programmes d’aides agricoles ont été partagés par entre les agro-holdings et autres oligarques bien avant que les petits exploitants n’aient été informés de l’existence de ces programmes.

Une agro-holding dont l’émergence a été facilitée par les magouilles d’état n’emploie que très peu de personnes locales, n’apporte aucun avantage social à la région, aucun revenu dans le budget, mais détruit les petits fermiers, l’écosystème, toute perspective d’agriculture durable ou biologique et de reprise d’exploitations agricoles moyennes indispensables pour l’équilibre du secteur agroalimentaire, du développement du tourisme et pour la survie des villages.

Comment la population rurale a-t-elle accepté les implantations des ces agro-holdings ? La réponse est malheureusement simple : la population rurale s’est habituée à la passivité face au pouvoir et à une vie précaire, leur annihilant toute ambition. La pression du pouvoir central et le graissage des élus et fonctionnaires locaux par les cadres des agro-holdings ont fait le reste. Alors qu’un petit fermier doit littéralement ramer pour finaliser des contrats de location, quelques sacs de sucres offerts aux bourgmestres et quelques arrangement en dollars avec des fonctionnaires suffisaient aux représentants des agro-holding pour obtenir en quelques semaines des milliers d’hectares d’un seul tenant (même si certains propriétaires étaient résistants ou non informés)

Si le pouvoir ukrainien a été suffisamment adroit  pour laisser l’implantation de quelques agriculteurs occidentaux, prouvant ainsi leur ouverture mais qui s’est frotté en Ukraine sait qu’après les premiers moments de charme, la pression négative et les incertitudes sont constantes. Je parle entre-autres des contrôles abusifs et partiaux des organes de l’administration qui vous poussent à mettre le doigt dans l’engrenage de la corruption.

Les lois sur la propriété de la terre et la politique agricole sont orientées uniquement sur le cirque des propriétaires des agro-holgings, et ce malgré les discours mielleux du pouvoir face aux politiques européens plus ou moins dupes et qui surtout n’ont rien à faire de l’Ukraine sinon de recevoir des graines à presser ou à distiller quels que soient les moyens de leur production.

Eaux et forêts ; le bilan n’est pas meilleur, après le pillage et l’exportation des culées de bois nobles sans se soucier de la nécessité de créer des menuiseries et autres ateliers, c’est maintenant le bois de chauffage qui est exporté vers l’Europe alors qu’aucune politique de distribution au peuple n’est prévue. Pourquoi le pouvoir aiderait-il les populations rurales à avoir droit à leur part de bois alors que des canalisations de gaz ont été installées dans la plupart des villages et que les habitants sont tributaires de cette énergie et impuissants face au prix dictés par les oligarques qui dans les faits contrôlent l’extraction et le transit. La faune a été détruite par la pollution due à l’agriculture, par les chasses sauvages et les pêches illégales en toute saison, ce qui ferme encore une des portes du tourisme.

Enseignement ; les facilités de la corruption et la paresse naturelle humaine ont gangrené tout le système éducatif, en commençant par l’école maternelle où sans pot-de-vin ou pression, les places sont refusées.

Dans les universités les étudiants passionnés et assoiffés de connaissances qui se refusent à céder (souvent par manque de moyens) à cette facilité d’obtention de diplôme par la corruption font pâles figures face à la meute de ces jeunes filles maquillées et vêtues comme dans les films de séries b et de ces jeunes hommes précieux qui se rendent aux cours au volant de 4X4, signes avant coureur de leurs prochaines fonctions.

Les jeunes qui obtiennent de vrais diplômes comprennent pour la plupart que leur avenir n’est pas en Ukraine d’où cette émigration des cerveaux, quant aux surdiplômés par le système de corruption, ils se chargeront de l’avenir de l’enseignement et du système administratif.

Il faut reconnaître un point positif par rapport à la formations des jeunes. Leurs talents pour les hautes technologies apportent en Ukraine un terreau de ressources humaines en informatique et télécommunications. Malheureusement ces ressources sont utilisées principalement par des compagnies occidentales qui avec de faibles investissements (locaux en location et matériel en leasing) exportent le produit par Internet, ce qui n’apporte pas grand chose à l’économie du pays.

Administration, Justice ; la situation des services publics, du système juridique et de la police, est ouvertement et incontestablement catastrophique.

Au début des années 2000, la corruption était bel et bien présente et connue, mais discrète. Aujourd’hui, un douanier, un juge, un procureur qui a travaillé deux ou trois ans avec un salaire de quelques milliers de Grivnas s’affiche avec une limousine, construit une villa (ou plusieurs) aux proportions faramineuses, passe des vacances plusieurs fois l’année et se monte un business improbable; tout cela sans le moindre scrupule et plus grave sans être inquiété.  Quel juge, procureur ou autre policier du fisc a intérêt à mettre fin au système?  « Puisque l’autre le fait, il n’y a pas de raison que je ne le fasse pas et rapidement et surtout à grande échelle car j’ai acheté ma place et qu’un autre peut me la prendre en payant plus ». C’est cette logique qui a développé exponentiellement une corruption sensible à tous les niveaux du pouvoir ces dernières années.

La plupart des procès se négocient entre les juges et les avocats en privés avant les audiences, la victoire est au plus offrant mais le perdant peut rejouer un second tour en appel, etc.…

Infrastructures ; depuis la chute de URSS, L’état des routes a toujours été un problème. Heureusement, dans le cadre du rapprochement avec l’Europe et de l’organisation de La Coupe d’Europe de football en 2012, des fonctionnaires et autres banquiers occidentaux ont littéralement balancé des crédits pour la rénovation des grands axes concernés par cette coupe d’Europe, à noter au passage que le coût de ces routes a été quelques fois plus élevé que leur construction en Europe pour un résultat de qualité moindre.

Cependant, l’entretien des autres routes n’est plus assuré depuis des années et si les touristes et nouveaux venus étrangers se laissent berner par des routes à peu près convenables entre les grandes villes la situation des routes secondaires peut être comparée à celle d’après guerre.

Le réseau d’électricité n’a guère à envier au réseau routier. Au début des années 2000, EDF pensait pouvoir obtenir une partie du marché de la distribution d’électricité en Ukraine et avait déjà investi dans une structure à Kiev, mais bien entendu les gens de pouvoir ont gardé le privilège de la distribution d’électricité, préférant utiliser les anciens réseaux sans aucune rénovation. La conséquence est que malgré l’augmentation de factures pour l’électricité dans les foyers, la qualité de l’électricité est inacceptable, sujette  aux coupures, à des irrégularités de tension, voire même des inversions de phases.

Quant au réseau de distribution d’eau, à l’exception des grandes villes ou une eau chargée en métaux lourds et  à la couleur souvent douteuse est distribuée et facturée, les villages ne disposent pas d’eau courante.

Tourisme ; Si l’Ukraine pouvait changer  radicalement et se débarrasser de la corruption et de la pieuvre des corrompus,  un nouvel afflux de touristes pourraient renaître, mais le tourisme des curieux du début des années 2000 fait partie du passé. La médiocre qualité des infrastructures, les prix des billets d’avion, la disparition du folklore et des traditions et la rareté de produits agroalimentaires spécifiques n’attirent pas les touristes.

Ne parlons pas de ce tourisme malsain nocturne, ni des hôtels hollywoodiens appartenant à ces chers oligarques à l’ambiance glaciale et sans âme.

Santé ; la ténacité et le professionnalisme soviétiques de chirurgiens et autres médecins et remarquable mais le problème de la corruption de l’enseignement et la fuite des cerveaux ne laisse rien présager de bon par rapport à la relève. A noter la présence d’équipement de pointe dans certains hôpitaux qui ont bénéficié de dons occidentaux, mais les opérateurs manquent.

A côté de cela, un malheureux atteint d’une crise d’appendicite peut s’attendre à des complications parfois fatales, s’il n’a pas de quoi se procurer les produits pharmaceutiques voire le matériel chirurgical nécessaire à l’intervention (sans parler de la disponibilité du personnel hospitalier).

Quoiqu’il en soit les fortunés se font soigner à l’étranger…

Les solutions ; pour entraver la corruption et pour former un budget suffisant pour le développement du pays, les solutions sont à ce point simples ou plutôt évidentes mais à l’encontre des intérêts des gens qui tiennent les rennes que personne n’ose en parler. Ne parlons que des solutions élémentaires telles que l’application des taxes douanières, taxes foncières, taxes sur les véhicules et de circulation, taxes sur les revenus, contrôles des situations indiciaires, etc.

Le premier ministre et le président ne cessent pas de parler de la lustration, comprenez en ce terme non pas une purification rituelle mais bien un contrôle des avoirs des élus et des fonctionnaires par rapport a leurs revenus. Si telle action semble naturelle et évidente pour un citoyen occidental, cette”lustration” serait une révolution des mœurs en Ukraine.

Des grandes questions se posent : Qui va “lustrer” ? Qui va être “lustré” ? Quelles seront les sanctions?

On peut difficilement imaginer les députés voter les lois qui vont les mettre eux et leurs copains fonctionnaires en prison ou provoquer la confiscation de leurs biens.

On parle maintenant d’une commission de lustration, mais les bruits courent que les places seront très chères pour être choisi comme membre de cette commission…mais que cet investissement serait amorti en quelques mois. Personne n’est dupe et ne croira en une lustration sélective réalisée par un comité sélectionné.

Pourtant cela devait être très simple : comparer les revenus des années précédentes des fonctionnaires avec leur niveau de vie et leur capital. Même si une très grosse partie de ces biens détournés se trouvent  à l’étranger ou dans des montages de sociétés obscures, les biens immobiliers et autres qui se trouvent en Ukraine représentent des richesses  faramineuses non déclarées et non taxées.

En toute logique un fonctionnaire ou un homme politique qui possède plus de biens que possible selon la somme de ses salaires devrait être taxé sur la différence outre les amendes et sanctions, sous peine de confiscation de ses biens s’il ne s’exécute pas.

En ce qui concerne le budget il y a plusieurs lacunes incompréhensibles:

-La contrebande ; Certains pays voisins encouragent le commerce avec les Ukrainiens en remboursant la TVA par un système TAX FREE sur toutes les marchandises, sachant pertinemment que la taxe d’importation et la TVA ne sont pas payées de côté ukrainien. Ainsi donc les consommateurs échappent à la TVA en achetant même leurs produits de premières nécessité dans les pays voisins, pis encore un commerçant peut ajouter à son bénéfice la TVA qu’il ne paye pas en achetant à l’étranger et en revendant en Ukraine au grand dam des fabricants et producteurs locaux et du budget. Il existe donc une contrebande de produits de première nécessité qui pourraient être produits dans le pays et dont les seuls bénéficiaires sont les douaniers et leur système de corruption qui profitent de leurs fonctions entraver l’industrie ukrainienne et le commerce intérieur.

-La quasi-absence de taxes sur les biens immobiliers et leur revenus. C’est-à-dire qu’un propriétaire de bâtiments ou d’appartements achetés à des sommes dérisoires par les systèmes de privatisations des années précédentes vivent grassement sans payer de taxe. Un système de revenu cadastral avec des taux de taxation au prorata des qualités des immeubles et selon leur destination ( habitation principale ou immeuble de rapport)  qui servirait également à fixer les tarifs minimaux locatifs afin d’instaurer des taxes sur les revenus locatifs apporterait au budget des sommes considérable et réinstallerait une logique dans le marché immobilier.

-La taxe sur les bénéfices des entreprises et le statut des entreprises privées doivent être révisés. Il est grand temps de mettre de l’ordre et de faire la différence entre le réel entrepreneur privé qui est soit artisan soit petit commerçant et les amalgames d’entrepreneurs privés, organisés par des structures commerciales importants en parfaite subordination pour éviter les taxes d’entreprises importantes.

Est-il normal que la facturation d’un séjour hôtelier soit divisée en une série de notes d’entreprises privées? En Europe tout lien de subordination entre un sous-traitant et son client est considéré comme fraude à l’encontre des lois sociales.

Le système et la catégorie d’entreprises « entrepreneur privé » qui aurait  du favoriser le développement artisanal est utiliser pour des montages dont le but est d’éviter les taxes et les charges sociales et de blanchir du matériel et des produits de contrebande.

Sans tournant radical, la destruction de la corruption et la volonté civile et politique de faire de l’Ukraine un pays démocratique prospère, des petits et moyens entrepreneurs occidentaux industriels ou agriculteurs, créateurs d’emplois et surtout de formations, ne reviendront pas et il sera très difficile de renouer avec la sérénité.

Depuis quinze ans que je suis en Ukraine, j’entends inlassablement de la bouche des citoyens ukrainiens, la même rengaine par rapport à la situation socio-économique: « l’état est tenu par des oligarques corrompus, l’administration est corrompue, la police et les tribunaux sont corrompus, les députés sont incompétents, etc. »

Lorsqu’on parle du sujet aux gens de l’administration, voire aux dirigeants, ceux-ci, avec un air sûr d’eux-mêmes déclarent sans scrupule: « Vous avez raison mais ce n’est pas moi qui peux changer le système ».

Sans crainte de dire naïvement une évidence, que les choses soit claires : « Il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs ».

Dans ce cas Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs  les Ukrainiens de tous les niveaux, si vous êtes d’accord avec ce qui préсède, la balle a été quotidiennement dans votre camp. Qu’en avez-vous fait ?

Que personne n’oublie que les raisons des deux dernières révolutions, de l’annexion de la Crimée et de  la guerre à l’Est de l’Ukraine ont toutes la même origine : la corruption.

Bernard Wilem.

Україна: П’ятнадцять років прогресу та демократії

Цей текст написав Бернар Вілем. Він, бельгійський консультант які живе у Західній Україні. Він працює в Україні вже 15 років. Він вирішив написати цей текст про  своєму досвіді в Україні.

Французька версія тут.

Цей текст був відправлений у кількох осіби і політиків у Західній Україні.

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Ілюзії та розчарування європейця у країні, швидкий розвиток якої прогнозували у кінці минулого століття.

Я приїхав в Україну в 1999 р. у якості консультанта одного інвестиційного проекту. Я нічого не знав про цю країну, але один з моїх бельгійських колег розповідав, що це країна з великим потенціалом та  народом, який пишається  високим рівнем ще радянської освіти і прагне до соціального та економічного розвитку.

Коли західні інвестори наважуються податись до тих куточків світу, яким пророкують інтенсивний розвиток, то недостатній рівень освіти та професійної підготовки населення, відсутність інфраструктури, індустріалізації, банківської системи, політична та адміністративна ненадійність не лякають їх більше, ніж економічні показники та графіки торгового балансу.

Вони впевнені, що їх професійний вклад та вклад конкурентів рано чи пізно приведе цю країну до того, що розуміють під словом цивілізація, принаймні, до комерційного комфорту, необхідного для їх прибутків.

Коли ж західні інвестори приїжджають у розвинуті країни чи країни з високим рівнем розвитку окремих галузей, які мають, в основному, політичні проблеми,  вони змушені змиритись з їх помилками в оцінках та вивченні ринку. Чи не повинна реальність сприйматись як недооцінка наслідків корупції, спостерігачами чи учасниками якої вони були впродовж тривалого періоду?

З економічної, соціальної та політичної точок зору Україна є одним з найбільших розчарувань останнього десятиліття. Вона впевнено може слугувати зразком для вивчення цього безболісного і навіть приємного на початку вірусу, який безповоротно призводить до повільної та болісної смерті патріотизму –  корупції.

Можна з впевненістю стверджувати, що, за винятком деяких рідкісних випадків,спад української економіки спостерігається в усіх галузях, необхідних для побудови розвинутої та демократичної держави.

Промисловість. З кінця дев’яностих років розвинена промислова інфраструктура, залишена СРСР, чекала на інвесторів та професіоналів для модернізації. Основи були закладені, ринок існував, сировина та робоча сила були на місці. Завдяки відсутності совісті та моралі, люди, що мали вплив на ситуацію, зрозуміли, що за невеликі кошти, за допомогою погроз та махінацій з підписами, можна легко привласнити собі заводи і навіть цілі комплекси. Їх руйнування та розкрадання  приносило достатньо, щоб підкорити собі решту України та отримати владу.

За винятком декількох корпорацій, які присутні у всіх куточках світу навіть в умовах нерентабельності у короткостроковій і середньостроковій перспективі, дуже незначна кількість національних чи міжнародних компаній можуть похвалитися сьогодні позитивними показниками.

Сільське господарство. Українські аналітики та інші особи, компетентні у проектах агрохолдингів, цифрами та графіками  доводять зростання у використанні земель, у виробництві та в експорті. Якщо ці цифри є беззаперечними, то методи, які використовувались для їх досягнення, змушують нас констатувати розкрадання української землі та сільськогосподарських ресурсів невеликою кількістю людей, про яких вище велась мова.

Фінансова потужність та політична влада дали олігархам  можливість привласнювати собі право на оренду землі за цінами, які кидають виклик міжнародній конкуренції. Влада, що їм належить, надала кредити, лізинги і навіть дотації, які  завдяки резервам державного бюджету дозволяють поглинати всі сільськогосподарські ресурси всупереч соціальній, екологічній та податковій етиці.

Більшість програм з розвитку сільського господарства були розділені між агрохолдингами та олігархами задовго до того, як малі фермерські господарства дізнавались про їх існування.

Агрохолдинги, поява яких була спрощена державними махінаціями, забезпечують робочі місця лише для незначної частини місцевого населення, не надають жодної соціальної вигоди регіону, жодного прибутку до бюджету. Вони розоряють фермерів, знищують екосистему, всі тривалі та біологічні перспективи у сільському господарстві та відновлення середніх сільськогосподарських господарств, необхідних для рівноваги агро-харчового сектора, розвитку туризму та виживання сіл.

Як сільське населення сприйняло укоріненню цих агрохолдингів? На жаль, відповідь дуже проста: сільське населення звикло бути пасивним до дій влади, а також способу життя, який пригнічує всі їх амбіції. Тиск центральної влади, хабарі депутатам місцевих рад та чиновникам з боку агрохолдингів зробили решту. У той час як  фермерові потрібно буквально гризти землю, щоб отримати договір оренди, декілька мішків цукру, подарованих сільським управителям, і декілька доларових купюр для чиновників достатньо для представників агрохолдингів, щоб отримати всього за кілька тижнів тисячі гектарів землі за один раз (не зважаючи на небажання і непроінформованість деяких власників).

Так, українська влада була достатньо хитрою, щоб дозволити декільком західним агрокомпаніям розпочати свою діяльність в Україні, показуючи таким чином свою готовність до співпраці. Проте ті фермери, які таки наважилися заснувати бізнес в Україні, чудово знають, що після короткого періоду відкритості, наступають напружені часи із постійним тиском та невпевненістю. Я маю на увазі також і надмірні та дуже «пристрасні» перевірки різних адміністративних органів, які змушують вплутуватись у тенета корупції.

Закони про власність на землю і аграрна політика орієнтовані лише на „комедію” власників агрохолдингів, і все це всупереч «солодким» словам влади до обманутих європейських політиків, яким нічого робити в Україні, окрім як купувати зерно для переробки чи для дистилювання, незалежно від господарств, в яких воно вирощене.

Водні ресурси та ліси. Ситуація не краща. Відбулося розкрадання та вивіз з України високоякісної деревини, та ніхто не переймався необхідністю створення столярних майстерень та цехів з переробки благородного дерева. Зараз основу експорту в Європу складають дрова,  тим часом, схема продажу дров для населення не передбачена. Напевно, логіка тих, хто приймає рішення, наступна: чому влада повинна допомагати сільському населенню отримати права на їх частку деревини, тоді як у більшості сіл були прокладені газопроводи. І нічого, що жителі стали залежними від газу і безсилими проти цін, встановлених олігархами, які, між іншим, контролюють видобуток і транзит. Фауна була знищена забрудненням, спричиненим методами ведення сільського господарства, безконтрольним полюванням та незаконною риболовлею. Все це закриває ще одні двері для розвитку туризму.

Освіта. Сприятливі умови для корупції і природна людська лінь призвели до деградації всієї системи освіти, починаючи вже від дитячих садків, де без хабаря чи зв’язків не можна отримати місце.

В університетах спраглі до знань студенти, які відмовляються піддатись спокусі отримання диплому шляхом корупції (часто через нестачу коштів), губляться серед своїх однолітків – дівчат, одягнених та намальованих, як у серілах «b», та багатих молодиків, які сідають після занять за кермо своїх позашляховиків, наперед демонструючи престижність їх майбутньої посади.

Молодь, яка все-таки своїми знаннями отримує справжні дипломи, розуміє, що їх майбутнє – не в Україні. Звідси і відтік кваліфікованих спеціалістів та мізків, а ті, що отримали свої дипломи завдяки корупції, у майбутньому керуватимуть освітою чи обійматимуть посади у владі.

Потрібно таки визнати, що існує і позитивна сторона освіти. Здібності українських студентів до високих технологій дають Україні підґрунтя для зростання цінності людських ресурсів у галузях інформатики та телекомунікацій. На жаль, ці ресурси використовуються, в основному, західними компаніями, які при невеликих інвестиціях (приміщення в оренді та обладнання в лізингу) експортують продукцію через Інтернет, що не приносить великої користі економіці країни.

Адміністрація, Правосуддя. Ситуація з наданням населенню адміністративних послуг, із судовою правоохоронною системою є повністю і беззаперечно катастрофічною.

На початку 2000-х років корупція, без сумніву, існувала,  про неї всі знали, але вона була «тихою». Сьогодні ж митник, суддя, прокурор, який пропрацював два-три роки на своїй посаді з зарплатнею у декілька тисяч гривень, їздить на дорогому автомобілі, будує віллу (чи навіть декілька вілл) приголомшливих розмірів, відпочиває по декілька разів на рік і відкриває власний непевний бізнес. І все це без найменших докорів сумління і навіть гірше, без жодних перевірок з боку держави.  Який суддя, прокурор чи працівник податкової поліції зацікавлений у тому, щоб покласти край цій системі? « Всі так роблять, тому немає причин мені не робити так само, причому швидко і у великих обсягах, бо я купив своє місце, і хтось може в мене його відібрати, заплативши більше». Саме така логіка і сприяла в останні роки неймовірному розвиткові корупції на всіх рівнях влади.

Більшість судових справ вирішуються між суддями та адвокатами під час приватних бесід, ще перед відкритим слуханням. Перемогу отримує найщедріший, але переможена сторона зможе відігратись у другому турі на апеляції…

Інфраструктура. Ще з періоду розпаду СРСР стан доріг завжди був проблемою. На щастя, у рамках зближення з Європою та організації Чемпіонату Європи з футболу у 2012 р., західні чиновники та банкіри в прямому значенні слова «викинули» кредити на оновлення основних доріг, які були задіяні у Чемпінаті Європи. Слід зауважити, що вартість цих доріг у декілька разів перевищувала вартість аналогічних доріг у Європі, і це при гіршій якості самих дорогих українських доріг.

Тим часом інші дороги належним чином не обслуговуються впродовж багатьох років. І якщо туристи та приїжджі іноземці змушені випробовувати на міцність свої автомобілі, які час від часу «підстрибують» та потрапляють у ями на дорогах сумнівної якості, що з’єднують великі міста, то ситуацію з другорядними дорогами між селами можна порівняти хіба що із післявоєнною.

Система електропостачання нічим не краща, ніж дорожня мережа. На початку 2000-х років французька компанія EDF (Électricité de France) хотіла отримати частину ринку постачання електроенергії в Україні і навіть інвестувала у створення представництва у Києві. Проте, звичайно ж, корумповані представники влади зберегли старі схеми постачання електроенергії, надаючи перевагу використанню старих мереж без жодної модернізації, проте з вигодою для себе. Як наслідок, незважаючи на збільшені тарифи для домогосподарств, якість електроенергії залишається неприпустимою, із частими відключеннями, стрибками напруги і навіть переключанням фаз.

Водопостачання збереглося у великих містах, де існують централізовані мережі подачі води, часто насиченої важкими металами та сумнівного кольору, за яку споживачам доводиться платити немало. У селах такі мережі відсутні.

Туризм. Якби Україна радикально змінилась, викорінила корупцію та позбулася корупціонерів, це  дало б поштовх новій хвилі туризму. Адже феномен туристів, що радше з цікавості приїжджали для знайомства з новою країною, який існував на початку 2000-х років, відійшов у минуле. Посередня якість інфраструктури, високі ціни на авіаквитки, поступове зникнення фольклору та традицій, а також практична відсутність специфічних для певного регіону гастрономічних особливостей не приваблюють туристів.

Тут ми не говоримо про туристів, метою яких є знайомство із нічним життям українських міст, ні про «голлівудські» готелі олігархів, в яких панує холодна та позбавлена «душі» атмосфера.

Охорона здоров’я. Наполегливість та професіоналізм хірургів та інших лікарів, які здобули свою освіту ще за часів СРСР, заслуговують найвищих похвал, та проблема з корупцією в освіті, а також відтік кваліфікованих кадрів не дозволяють з оптимізмом дивитися на майбутнє покоління українських лікарів. Так, деякі українські лікарні володіють найсучаснішим обладнанням, яке вони отримали  як подарунок від колег з Заходу, проте їм не вистачає спеціалістів, які б вміли на цьому обладнанні працювати.

Разом з тим хворий, якого схопив апендицит, може тривалий час не отримувати належного лікування з ризиком ускладнень, інколи навіть фатальних, якщо у нього немає за що купити медикаменти, чи навіть хірургічні матеріали, необхідні для операції (не говорячи вже про проблеми з персоналом у лікарнях).

Тому багаті українці лікуються за кордоном…

Рішення. Щоб зупинити корупцію і підготувати бюджет, сприятливий для розвитку держави, рішення прості і навіть очевидні. Але оскільки вони суперечать інтересам осіб, які керують державою, то про них ніхто не наважується говорити. Поговорімо лише про елементарні рішення, такі як застосування на практиці митних зборів, податків на нерухомість, податків на транспортні засоби, дорожніх податків,  податків на прибуток, контроль за ситуаціями з індексами та ін.

Прем’єр міністр та Президент не втомлюються говорити про люстрацію. Під цим терміном потрібно розуміти не ритуальне очищення, а контроль над видатками та майном депутатів та чиновників відповідно до їх прибутків. Якщо ця процедура є цілком природною та очевидною для громадян західних країн, то в Україні така «люстрація» була б переворотом.

Постають наступні запитання: Хто буде „люструвати”? Кого будуть „люструвати”? Якими будуть санкції?

Важко уявити депутатів, що голосують за закони, які запроторять їх та їхніх колег чиновників до в’язниці чи призведуть до конфіскації їх майна.

Зараз багато говорять про люстраційний комітет, але ходять чутки, що треба дорого заплатити, щоб стати членом цього комітету… але ж ця «інвестиція» окупиться за декілька місяців. Люди не настільки дурні і не повірять у вибіркову люстрацію, проведену вибраним комітетом.

Проте, рішення мало б були дуже простим: поставити на шальки терезів офіційні доходи чиновників за попередні роки з одного боку та рівень їхнього життя та статків – з іншого. Навіть якщо основна частина вкрадених коштів знаходиться за кордоном та прихована за складними схемами власності підозрілих підприємств, нерухомість та інше майно, що знаходиться в Україні, становить надзвичайні багатства, не задекларовані і не оподатковані.

Логічно, що урядовець чи політик, якому належить більше майна, ніж мало б належати, згідно з рівнем його зарплатні, повинен сплатити податок з різниці (крім штрафів та санкцій) під страхом конфіскації його майна у випадку ухиляння від сплати такого податку.

У бюджеті також багато незрозумілих прогалин :

– Контрабанда. Деякі сусідні країни заохочують торгівлю з українцями, відшкодовуючи ПДВ на всі товари за допомогою системи TAX FREE, чудово знаючи та усвідомлюючи, що податок на імпорт та ПДВ не оплачуються на українській стороні. Таким чином споживачі уникають сплати ПДВ, купуючи навіть товари першої необхідності за кордоном. І навіть гірше, підприємець може додати до свого прибутку ПДВ, який він не сплачує, купуючи товари за кордоном і перепродуючи їх в Україні. Така схема, без сумніву, завдає збитків бюджетові України, а також шкодить місцевим виробникам. Отже, можна констатувати існування схеми контрабандного завезення товарів першої необхідності, які могли б вироблятись у країні. Єдині, хто отримує вигоду від цієї схеми – це митники, що користуючись своїм службовим становищем та відпрацьованими корупційними схемами, отримують вигоду, та докладають свою руку до знищення української промисловості та внутрішньої торгівлі.

– Практична відсутність податків на нерухомість та прибуток. Тобто власник будинку чи квартири, отриманої чи привласненої за незначну суму завдяки приватизації, живе в достатку, не сплачуючи жодних податків. Слід запровадити систему кадастрового обліку з відсотком оподаткування, який би залежав від якості об’єктів нерухомості та їх призначення (основне місце проживання чи нерухомість для здавання в оренду). Така система слугувала б також базою для затвердження мінімальних тарифів на оренду, щоб встановити податок на прибуток від здачі в оренду житла. Така система, без сумніву, приносила б значні кошти в бюджет та дозволила б запровадити логічні та справедливі правила на ринку нерухомості.

– Податок на прибуток підприємств і перевірка статусу приватних підприємств. Настав час навести лад та чітко розмежувати реальних приватних підприємців, ремісників чи маленьких продавців – з одної сторони, і групи фіктивних приватних підприємців, організовані і керовані великими комерційними структурами з чіткою підпорядкованістю, створені для того, щоб уникнути оподаткування великих підприємств.

Чи можна вважати нормальним те, що чек за проживання в готелі розділений на декілька квитанцій від приватних підприємців ? У Європі будь-які зв’язки підпорядкування між підрядником та клієнтом розглядаються як шахрайство та порушення соціального законодавства.

Система і категорія підприємств „приватний підприємець”, які  мали б сприяти розвиткові ремісництва та дрібного виробництва, використовуються для схем, метою яких є уникнення сплати податків та соціальних виплат та відмивання контрабандних товарів.

Без радикальних змін, знищення корупції, громадянської і політичної волі зробити з України розвинуту демократичну державу неможливо. Дуже потрібні малі та середні  підприємства західного типу (в галузі промисловості чи сільського господарства), які могли б створити величезну кількість робочих місць. І що найважливіше: треба навчити українців працювати за західними стандартами. Без переліченого буде дуже складно відновити довіру інвесторів.

Впродовж 15 років мого перебування в Україні я постійно чую з вуст українських громадян  одні і ті ж слова: державою керують олігархи, влада, правоохоронна система та суди корумповані, депутати некомпетентні та ін.

Під час розмов на цю тему з чиновниками та керівниками, вони впевнено заявляють: „ Ваша правда, та я не можу змінити систему”.

Не боячись наївно висловити очевидне, необхідно прийняти істину: «Корупції не існує без того, хто дає».

Тому, Пані та Панове українці всіх рівнів, якщо Ви погоджуєтесь з усім вище написаним, м’яч постійно перебуває на вашій частині поля. І що Ви робите?

Не забуваймо, що причини двох останніх революцій, анексії Криму та війни на Сході України мають спільне походження: корупцію.

Бернар Вілем.

Libération: League Europa; La finale du Dnipro Ultra-importante pour l’Ukraine

Article publié dans Libération, le 27/05/2015

C’est la Bataille pour l’Europe. Comme le titre un documentaire réalisé par les ultras du FC Dnipro Dnipropetrovsk, l’enjeu du match de ce mercredi contre le FC Séville à Varsovie (Pologne) est plus qu’une victoire en finale de la Ligue Europa, la seconde division continentale. Portée par les espoirs d’un pays meurtri par la guerre et une grave récession économique, l’équipe mène un combat acharné pour inscrire l’Ukraine sur la scène footballistique continentale.

Réputation. Le défi est de taille. Le club, fondé en 1918, a gagné ses lettres de noblesse tardivement, dans les …

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Libération: Porochenko pèche par gourmandise

Article publié dans Libération, le 26/05/2015

«En tant que chef de l’Etat, je souhaite instaurer de nouvelles traditions politiques : j’initie dès aujourd’hui la vente de tous mes actifs économiques.» Le soir de son élection, le 25 mai 2014, Petro Porochenko se voulait le président d’une Ukraine où l’on «vivrait autrement», d’après son slogan de campagne. Après la victoire de la «révolution de la dignité» – payée de la mort d’une centaine de manifestants du Maidan -, il fallait pour le milliardaire se démarquer des abus de la «famille» de Viktor Ianoukovitch. Devant un parterre de journalistes du monde entier, il …

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RFI: 8-9 mai; Kiev revoit son Histoire

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 11/05/2015

On célébrait, le week-end du 8 mai dernier, les 70 ans de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie. En Europe de l’Ouest, les célébrations se tiennent le 8 mai, en Russie c’est le 9 mai. Et en Ukraine, on peut dire que c’est désormais le 8 et le 9. Le divorce avec le grand frère russe, et le conflit dans l’est du pays sont passés par là. Kiev veut désormais arrimer sa grande Histoire à l’Ouest, au risque de faire quelques raccourcis, et d’avoir une lecture très politique de son passé. 

Photo: Reuters
Photo: Reuters

C’est sous le soleil du 9 mai que les Ukrainiens déambulent sur l’avenue Khreshatyk, l’artère principale de Kiev, transformée en une sorte d’allée du souvenir. La seconde guerre mondiale a fait plus de 20 millions de morts en URSS et a ravagé les terres qui forment aujourd’hui l’Ukraine. Il semble que chaque famille a une histoire à raconter.

Témoin1: Mon père s’est battu pendant la guerre. Il a été fait prisonnier. Ma mère l’avait cru mort pendant sa captivité. Elle avait déjà creusé sa tombe…!

Témoin2: Mon grand-père a fait toute la guerre. Il me raconte que dès le premier jour, et jusqu’à la fin, il a cru à la victoire! 

Sur Khreshatyk ce 9 mai, pas de parade militaire au contraire des années précédentes. Etalé le long de l’avenue, c’est un projet artistique géant.

Denys Semyrog: Nous avons écrit les mots suivants: “Nous nous souvenons. 1939-1945. Nous sommes victorieux”

Le manager Denys Semyrog-Orlyk et ses volontaires ont assemblé 20.000 cartons blancs pour former ce slogan visible du ciel.

Denys Semyrog: Pourquoi avons-nous fait cela? En ce moment, à Moscou, se déroule une énorme parade militaire. La Russie est un Etat agresseur, qui a des ambitions sur notre pays et oppresse notre population. Nous avons voulu montrer notre différence. Ensemble, nous savons nous organiser. Et pour cela, nous n’avons pas besoin d’armes ou de tanks. 

L’enjeu de mémoire est considérable. Alors que la Russie de Vladimir Poutine sacralise la mémoire de la Grande Guerre Patriotique soviétique, le Parlement ukrainien a récemment adopté 4 lois mémorielles, qui dénoncent notamment les régimes criminels totalitaires soviétiques et nazis, sans établir de différence entre les deux.

Dans son discours du 9 mai, le Président ukrainien Petro Porochenko a donc saisi l’opportunité pour se démarquer encore un peu plus du grand frère ennemi russe.

Petro Porochenko: Nous ne célébrerons jamais plus cette journée selon le scénario russe. Ce scénario détourne la rhétorique de la victoire d’une manière honteuse pour justifier la politique expansionniste aux dépends des voisins de la Russie, pour les garder dans son orbite, et pour reconstituer l’empire. Dans notre calendrier, le 9 mai, le jour de la victoire, sera toujours teinté de rouge, comme ces coquelicots, symboles de la mémoire de toutes ces victimes. 

Symbole de ces commémorations, le coquelicot rouge et son coeur noir, tels du sang s’écoulant d’une blessure par balle, remplace désormais les symboles soviétiques et russes. L’objectif étant de nationaliser la mémoire de la seconde guerre mondiale, mais aussi de l’européaniser.

Ioulia Shoukan est maître de conférence à Paris Ouest Nanterre.  Née dans la Biélorussie soviétique, elle est spécialisée dans l’analyse des rhétoriques politiques dans l’ex-URSS. A l’unisson des capitales occidentales, le 8 mai est devenu un jour national de mémoire et de réconciliation. Mais comme l’explique Ioulia Shoukan, cela ne va pas de soi.

Ioulia Shoukan: C’est quand même quelque chose d’assez artificiel. Hier il y avait énormément de gens qui allaient en direction du parc, qui venaient déposer des fleurs autour de la flamme éternelle. C’était aussi très touchant de voir, il y avait pas mal de vétérans de la Grande Guerre Patriotique donc de l’Armée Rouge. Et les gens s’arrêtaient, s’approchaient d’eux, leur donnaient des fleurs et les remerciaient de la victoire. Puisque l’on est un peu dans l’invention de la tradition, d’une nouvelle tradition ukrainienne, et d’un nouveau rapport à cette guerre, le 9 mai reste pour les gens le jour de la mémoire, en lien avec la guerre, beaucoup plus que le 8 mai. 

En dehors de l’enjeu géopolitique, les initiatives mémorielles du gouvernement posent un défi certain à la société ukrainienne, partagée depuis des décennies par l’affrontement de deux narrations historiques concurrentes.

L’historiographie soviétique, très ancrée à l’est du pays, s’oppose à une narration principalement développée à l’ouest, qui considère la fin de la seconde guerre mondiale comme la continuation de l’occupation soviétique. C’est cette dernière vision qui est aujourd’hui imposée par les récentes lois mémorielles dites de décommunisation, et qui transparaît dans le discours de Petro Porochenko.

Petro Porochenko: Et il doit être noté que pendant la Seconde Guerre Mondiale, en plus du rôle de l’Armée Rouge et de la guérilla menée par les partisans Soviétiques ukrainiens contre les Nazis, il s’est créé en Ukraine un autre front contre les occupants fascistes. C’est un front qui a été créé par l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne.

Dans le discours présidentiel, aucun mot sur la collaboration de cette même Armée Insurrectionnelle Ukrainienne avec les Nazis dans la première partie de la guerre, ni même de leur participation dans des massacres, notamment de Juifs et de Polonais.

Pour la chercheuse ioulia Shoukan, quand  l histoire joue avec la politique on peut  craindre le pire. Surtout dans un pays déjà divisé par le conflit actuel

Ioulia Shoukan: Et à mon sens, les deux mémoires sont présentes en Ukraine. Et donc baser le nouveau projet de construction nationale sur cette histoire conflictuelle; en situation de guerre; de guerre qui peut consolider la nation mais aussi qui aliène un certain nombre de populations également; c’est très dangereux

Le 8 mai au soir, la cérémonie de Mémoire et de Réconciliation à Kiev s’est achevée par le chant de l’hymne national, entamé vraisemblablement de manière spontanée par la foule. Une belle image d’union nationale. Mais à l’écart des caméras de télévision, il reste à voir si ce nouveau narratif historique peut remporter l’adhésion des Ukrainiens en tant que nation politique; et si critiques il y a: quels moyens ils choisiront pour s’exprimer.

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L’Express: A Kiev, la « décommunisation » commence par le métro

Article publié sur le site de l’Express, le 08/05/2015

Après le vote de lois mémorielles, la municipalité de Kiev fait la chasse aux symboles du communisme dans la ville. Jusqu’à décrocher marteau et faucille des portails du Parlement et du Ministère des Affaires étrangères.

Les héros du Dniepr ne seront bientôt plus les mêmes. Les fresques qui ornent la station éponyme du métro de Kiev, seront bientôt détruites. Les centaines de milliers de soldats engagés, en 1943, dans la reconquête meurtrière de la rive droite du fleuve contre les occupants nazis, se verront ainsi retirer leur « Ordre de la Gloire », ou tout du moins le médaillon exhibé sur le mur de la station.

Les lois mémorielles de « décommunisation » de l’Ukraine, adoptées le 9 avril, n’ont pas encore été promulguées par le Président Petro Porochenko. Mais à travers le pays, les initiatives se multiplient pour imposer des changements radicaux. Ces lois visent notamment à la criminalisation des régimes totalitaires nazi et soviétique, sans établir une quelconque distinction. Pour leur initiateur Volodymyr Vyatrovitch, il s’agit de « reproduire le choc mémoriel connu dans les anciennes républiques populaires d’Europe centrale; et d’en tirer les mêmes gains en termes de démocratisation et d’affranchissement de l’historiographie soviétique ».

« Je ne vois pas le mal que cela faisait »

Au Conseil municipal de la capitale, c’est la commission de la culture et du tourisme qui est assurée de faire adopter, le 14 mai prochain, un ordre de nettoyage de neuf stations de métro, afin de « protéger les usagers de l’influence de la propagande totalitaire » soviétique. Il en sera donc bientôt fini des médaillons de la station « Vokzalna » (gare) glorifiant les traditions familiales ukrainiennes, ou encore la « réunion des terres ukrainiennes en 1939 », par ailleurs conséquence directe du Pacte Molotov-Ribbentrop. A la station « Palats Oukraina », ce sont les mosaïques sur les sections paysannes et ouvrières de l’Armée rouge qui vont être escamotées. « Ces décorations, j’ai grandi avec, personne n’y prêtait plus attention, » commente Dmytro Zagrebelniy, jeune Kievien. « Je ne vois pas le mal que cela faisait… »

Marteau et faucille décrochés

A l’inverse, de nombreux observateurs redoutent un regain de tensions à la suite de ces lois « adoptées sans aucun débat académique, citoyen ou même juridique », comme le dénonce le chercheur Anton Shekhovtsov. « Ces lois ne peuvent contribuer à la consolidation d’une nation ukrainienne civique républicaine ». Selon le chercheur, le risque est réel d’engendrer de nouvelles frustrations déstabilisatrices parmi les populations de l’est.

Pour l’heure, la municipalité de Kiev a fort à faire. L’idéologie soviétique s’est encastrée dans les plus petits détails de l’architecture d’une ville largement reconstruite après 1945: façades, passages souterrains, ou encore éclairage public. Marteau et faucille ont été récemment décrochés des portails du Parlement et du Ministère des Affaires étrangères, où ils ont jeté pendant longtemps une ombre sur la politique de l’Ukraine indépendante. Les défis logistiques sont néanmoins de taille: le buste majestueux de Lénine qui dominait les quais de la station de métro « Tetralna » pesant six tonnes, il a juste été recouvert par un décor de salle d’opéra en trompe l’oeil. De même, nul ne sait que faire de la statue « Oukraina Mat' ». Sur son bouclier, les insignes soviétiques dominent le Dniepr, du haut des 62 mètres du monument.

La Tribune de Genève: Des soldats américains atterrissent en Ukraine

Article publié dans La Tribune de Genève, le 18 avril 2015

Quelque 300  parachutistes de l’armée des Etats-Unis sont déployés dans l’ouest du pays pour fournir des entraînements militaires. 

Capture d'écran d'une photo de l'ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine, Goeffrey Pyatt.
Capture d’écran d’une photo de l’ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine, Goeffrey Pyatt.

«J’imagine déjà le genre de sujets que cette image va provoquer dans la propagande russe…» En diffusant la photo de soldats de la 173e brigade aéroportée de l’armée des Etats-Unis défilant devant l’aéroport international de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, le journaliste ukrainien Anatoliy Bondarenko savait semble-t-il à quoi s’attendre.

La photo avait été prise ce vendredi matin par l’ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine, Goeffrey Pyatt. Il accueillait à Lviv les quelque 300 soldats américains déployés dans le cadre de l’opération «Gardien sans peur», une série de «cours sur des méthodes de combat de guerre, ainsi que sur l’amélioration du professionnalisme des militaires», selon le major José Mendez. Les entraînements sont prévus pour se tenir sur la base de Yavoriv, dans l’extrême-ouest de l’Ukraine, pendant six mois.

La réaction russe ne s’est pas fait attendre. «La participation d’instructeurs et d’experts de pays tiers n’aide pas à résoudre le conflit», s’est inquiété Dmitry Peskov, le porte-parole du président Vladimir Poutine. «Au contraire, cela peut sérieusement déstabiliser la situation.» Une mise en garde qui ne tient pas compte des multiples accusations selon lesquelles des troupes régulières de l’armée russe seraient déployées de longue date dans le Donbass.

Cela dit, la réaction du Kremlin fait écho aux inquiétudes de certains pays européens, notamment l’Allemagne. Les formateurs américains ne sont néanmoins qu’une partie d’un engagement occidental de plus en plus marqué. Ainsi, 75 Britanniques encadrent des entraînements militaires depuis mars. Le Canada prévoit l’envoi de 200 instructeurs en été. Malgré les appels répétés des autorités ukrainiennes, aucun armement offensif n’a pour l’instant été livré à l’Ukraine. Mais les livraisons d’uniformes, d’équipements divers ou de véhicules de transport blindés Humvee à une armée ukrainienne démunie et désorganisée font régulièrement les gros titres des médias ukrainiens.

«Tout cela, c’est de la politique. Mais il notre armée a cruellement besoin d’un entraînement sérieux», explique Iourko D. Engagé volontaire dans le bataillon Donbass, il s’est trouvé confronté aux troupes russes, «qui se sont présentées comme telles» lors de la sanglante bataille d’Ilovaisk, en août 2014. Capturé, il a passé six mois dans les geôles séparatistes à Donetsk. «L’armée russe n’est pas la meilleure du monde, loin de là. Mais nous partons de rien. Apprendre à manier correctement les armes, ou recevoir du matériel défensif, cela aiderait à réduire nos pertes et celles des civils.»