RFI: Saakachvili en Ukraine, un feuilleton de série B?

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 13/09/2017

Suites du retour fracassant de Mikheil Saakachvili en Ukraine, dimanche 10 septembre. Les autorités ont arrêté 5 personnes impliquées dans le passage en force de la frontière. Elles n’ont encore rien entrepris contre l’ancien Président géorgien, qui tente de fédérer l’opposition au Président Petro Porochenko. Les risques d’une escalade des tensions restent réels. 

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On dirait un feuilleton de série B: avec de nombreux rebondissements mineurs, et sans perspective de fin. La tension monte sur Mikheil Saakachvili et de ses partisans. Il s’est vu remettre une notification de suspicion pour son entrée illégale en Ukraine, et pourrait être traduit en justice, peut-être extradé vers sa Géorgie natale. Les autorités n’ont pour l’instant rien décidé. Mikheil Saakachvili profite de l’indécision gouvernementale pour multiplier ses déclarations. Il affirme lui ne pas avoir commis d’infraction. Il conteste la décision du Président Petro Porochenko de l’avoir déchu de sa citoyenneté, et déclare se battre pour la défense de ses droits. Il accuse Petro Porochenko d’autoritarisme, et entend lancer une tournée régionale avant de fédérer l’opposition contre le régime à Kiev. Le pari est risqué, d’autant plus que l’affaire est mal perçue par l’opinion publique ukrainienne. Les arguments juridiques des uns et des autres ne sont vus que comme de simples prétextes à une guerre ouverte entre Mikheil Saakachvili et Petro Porochenko. Un conflit de politiciens, qui n’apportera sans doute pas de remèdes aux problèmes sérieux dont souffre le pays.

Libération: Mikhaïl Saakachvili force son entrée en Ukraine

Version allongée d’un article publié sur Libération.fr, le 11/09/2017

L’ancien Président géorgien désormais impliqué dans la vie politique ukrainienne est entré dans le pays dimanche illégalement, au terme d’une journée rocambolesque.

«Regardez! Nos gars arrivent!» Depuis l’autre extrémité du poste-frontière polono-ukrainien de Medyka-Shehyni, plusieurs centaines de «gars» viennent de rompre le barrage de militaires et policiers, et envahissent le check-point à grande vitesse. Avec hurlements et slogans patriotiques, ils se ruent sur le cordon de garde-frontières qui retenait Mikheil Saakachvili. Les bousculades sont brèves : dans une même vague, la marée humaine entreprend de remonter vers le côté ukrainien, en emportant son héros, «Misha». L’ancien président géorgien passe la frontière sans faire contrôler son passeport, sous les regards impuissants des forces de l’ordre. Il a réussi son pari fou.

Le retour de Mikheil Saakachvili est digne d’une scène de cinéma. Elle vient clôturer un dimanche dominé par l’absurde, qui aurait pu tourner au fiasco pour le Géorgien. Impliqué dans la vie politique ukrainienne depuis la révolution «de la dignité» en 2014, celui-ci est entré en opposition frontale avec le président Petro Porochenko après avoir démissionné de son poste de gouverneur d’Odessa. Le chef de l’Etat l’avait déchu de sa citoyenneté ukrainienne, sachant qu’il avait déjà perdu sa nationalité géorgienne. Il avait ainsi créé un apatride, ce qui est interdit par les conventions européennes auxquelles l’Ukraine est signataire. Une initiative dénoncée comme un acte de punition politique. «On dirait que Porochenko me craint plus que Poutine», s’esclaffait faussement Mikheil Saakavchili.

Il avait alors prévu une nouvelle opération de communication taillée sur mesure : plusieurs politiciens amis, des dizaines de journalistes, des centaines de sympathisants, devaient accompagner son grand retour en Ukraine le 10 septembre, à partir de la Pologne. Sauf que son cortège de bus n’a jamais approché le poste-frontière désiré de Korczowa-Krakovets, en raison d’une forte présence militaire et du déploiement de «titouchki», des gros bras nationalistes ayant juré de s’en prendre physiquement à Saakashvili. L’exilé se reporte alors sur la gare ferroviaire de Przemysl, et embarque dans un train à destination de Kiev. Sauf que le signal du départ n’est jamais entendu.

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«Ici, dans ce train à quai, c’est la lutte contre l’autoritarisme de Petro Porochenko. S’il peut se permettre de traiter Saakachvili comme cela, il peut s’en prendre à tout le monde», commentait, maquillage soigné et tailleur de luxe, Ioulia Timochenko. L’ancienne égérie de la révolution orange, venue en soutien de Saakachvili, voit dans ses mésaventures un parallèle avec les procès politisés et l’emprisonnement que lui avait imposé Viktor Ianoukovitch, en 2011.

Ioulia Timochenko, figure populiste controversée de la politique ukrainienne, est à la tête de la principale force d’opposition à la Rada (Parlement). Elle soutient aujourd’hui sans complexes celui qui se voudrait un concurrent potentiel. De fait, le parti «Mouvement de nouvelles forces» de Mikheil Saakachvili recueille à peine 2% d’intentions de vote, et sa carrière politique. «Aujourd’hui, ce n’est pas à propos de Saakachvili, confirme le député Moustafa Nayyem, l’un des initiateurs de l’Euromaïdan. Il s’agit de sauver l’héritage du Maïdan, et d’empêcher que l’exécutif ne plonge dans l’arbitraire. Si on ne fait rien aujourd’hui, alors ils se sentiront capables de s’en prendre aux citoyens, aux opposants, à tous ceux qui expriment leur opinion.»

Après trois heures d’attente, la tension monte. L’immobilisation du train est compris comme une indication claire que les autorités ukrainiennes ne souhaitent pas revoir Mikheil Saakachvili sur leur territoire. Les passagers sont aussi ulcérés. Si «Misha» avait été accueilli par des applaudissements à son arrivée à la gare, c’est dans le brouhaha des altercations et prises à partie qu’il décide de repartir en bus, vers le poste-frontière de Medyka-Shehyni. Là, côté ukrainien, c’est une autre farce qui l’attend. Un barrage militaire évocateur de la zone de guerre à l’est du pays, commandé par un officier prétextant une «opération de déminage» impromptue. Entre négociations stériles et échanges d’insultes, le blocage paraît irrémédiable. Ce sont finalement les partisans de Mikheil Saakachvili qui vont écrire l’histoire. Une fois «Misha» en Ukraine, et la stupeur passée, le poste rouvre. L’opération de déminage est oubliée, preuve qu’elle était inventée de toutes pièces.

S’ouvre désormais une période d’incertitude. Le 10 septembre au soir, Mikheil Saakachvili s’est rendu à Lviv, dont le maire Andriy Sadoviy est un opposant politique à Petro Porochenko. Le Géorgien est officiellement apatride, et entré illégalement sur le territoire ukrainien. Le pouvoir, humilié par l’affaire, se cantonne dans ses déclarations à déplorer la violation du droit des frontières. Le Premier ministre, Volodymyr Hroïssman, déplore ainsi une « attaque contre l’intégrité de l’Etat », déjà malmené dans le respect de ses frontières internationales par l’annexion de la Crimée, et la guerre du Donbass.

Petro Porochenko affirme lui se tenir à un traitement juridique, et non politique, de l’affaire. Son Procureur Général, Iouriy Loutsenko, promet d’ailleurs des poursuites judiciaires contre «les organisateurs» de l’assaut du poste-frontière. La police ukrainienne a déjà tenté d’appréhender Saakachvili, mais a renoncé au vu du nombre de ses partisans. S’il est emprisonné, les Ukrainiens pourraient être tentés de répondre positivement à une demande d’extradition de la part de la Géorgie, et de le renvoyer à Tbilissi. « J’espère que ce monsieur (Saakachvili, ed.) sera aussi enthousiaste à rentrer en Géorgie qu’il a été à revenir en Ukraine », a menacé, à mots couverts, celui qui avait été son camarade d’université au début des années 1990. Se poseraient alors des complications d’ordre légal: un Etat ne peut arrêter et extrader qu’une personne titulaire d’un permis de séjour permanent sur son territoire. Il faudrait donc reconnaître que la citoyenneté de Mikheil Saakachvili est toujours valide, du moins son droit à entrer, et séjourner dans le pays. L’Ukraine n’en serait néanmoins pas à son premier défi légal. Beaucoup sont résolus par des amendements ad hoc des textes de lois.

Pour l’heure, regonflé par son accueil triomphal, «Misha» entend entamer un tour des régions d’Ukraine, et remonter à Kiev dans un style napoléonien. Un retour en gloire pour l’exilé, menacé de représailles par les autorités mais aussi de milices nationalistes. Avec, à chaque kilomètre parcouru, le risque d’une escalade des tensions.

Ukraine: 26 ans après l’indépendance, l’émigration reste en débat

“A chaque fois que je passe la frontière, je me pose les mêmes questions: est-ce que je ne pourrais pas faire mieux, pour moi-même, pour mes parents, pour mes enfants, pour l’Ukraine, si j’étais installée à l’étranger?” L’interrogation hante la jeune militante civique Iryna Ozymok. Et avec elle, des millions d’Ukrainiens, tentés par l’émigration. Alors que le pays fête, ce 24 août, les 26 ans de son indépendance de l’URSS, le débat se fait vif autour d’un article de la journaliste Ioulia Mostova, intitulé “Ne pas renoncer à l’amour”. L’auteure y décrit son inlassable envie d’aller tenter sa chance ailleurs. Avant de revenir sur les raisons, les ambitions et les espoirs, qui la retiennent en Ukraine.

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L’appel est émotionnel, dans une Ukraine qui reste un pays d’émigration massive. De 52 millions d’habitants à l’indépendance en 1991, la population est tombée à moins de 46 millions (ce chiffre inclut les populations disputées de Crimée et du Donbass séparatiste). Une véritable saignée démographique, expliquée d’abord par une faible natalité et une forte mortalité, mais aussi par l’émigration. Chaque année, ils seraient des centaines de milliers à tenter le départ, pour des durées plus ou moins longues. La dernière statistique officielle de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) couvre la période 2014-15: ils étaient alors plus de 700.000 Ukrainiens à avoir émigré pour des raisons de travail.

Pour beaucoup, c’est là la preuve d’un Etat dysfonctionnel, corrompu et appauvri, qui ne parvient pas à offrir des opportunités à ses citoyens. Les dernières années, marquées par la Révolution de la Dignité, une sérieuse crise économique, l’annexion de la Crimée, la guerre sans issue dans l’est, ont été particulièrement éprouvantes. L’annonce d’un énième cessez-le-feu, à partir du 1er septembre, ne convainc personne.  De même, l’objectif affiché de réformes structurelles et de lutte contre la corruption, venant d’un gouvernement discrédité, ne semblent pas produire de résultats tangibles. D’où une certaine désillusion dans l’opinion publique.

“Nous, les jeunes, nés en Ukraine indépendante, ne connaissons aucune frontière”, constate, cynique, la jeune Maria Krioutchok. “Le billet d’avion Kiev-Budapest coûte trois fois moins cher que le bakchich qu’il faut donner au professeur à l’université, pour passer les examens! » Engagée dans des projets de lutte contre la corruption à Kiev, la militante a décidé de rester, et de « construire un pays meilleur ». Le message n’en reste néanmoins pas moins clair: si les jeunes veulent partir, rien ne les empêchera. Pour Maria Krioutchok et de nombreux autres, le débat ukrainien sur l’émigration est faussé, car il ne prend en compte ni la valeur ajoutée d’un séjour à l’étranger, ni les vertus de l’épanouissement personnel.

Pour autant, l’émigration n’est pas une fatalité. “Le niveau d’optimisme demeure à un niveau constant depuis des années, à environ 43%”, commente la sociologue Iryna Bekeshkina, directrice du Fond des Initiatives Démocratiques. “Beaucoup d’Ukrainiens se voient un avenir dans leur pays”. Pour preuve, la militante civique Iryna Ozymok a, elle aussi, choisi de rester. “Les petits changements accomplis avec de petits revenus donnent des résultats sérieux!”, s’exclame-t-elle. Tout en évoquant la possibilité de partir, “quand il s’agira de choisir une école pour les enfants…”

De fait, “l’émigration n’est pas tant liée à la situation du pays d’origine, mais surtout aux opportunités offertes ailleurs”, commente l’experte Anastasia Vynnychenko. Ces jours, plus d’un million d’Ukrainiens travailleraient en Pologne, attirés par une forte demande de main d’oeuvre, et des revenus plus élevés que les 200 euros du salaire moyen ukrainien.

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A un certain degré, le phénomène est vu comme une manière de juguler un marché du travail moribond. Il suscite néanmoins l’inquiétude dans certains secteurs. Ingénieurs, spécialistes de l’administration publique ou même des maçons font cruellement défaut sur le marché du travail. Pour l’heure, aucune mesure concrète n’a été adoptée par le gouvernement pour inciter les migrants à revenir faire fructifier leurs expériences dans leur pays natal, ou pour retenir les talents chez eux.

“On peut toujours discuter des illusions ou des désillusions des Ukrainiens », poursuit Anastasia Vynnychenko. « Mais il faut comprendre que l’émigration est justifiée avant tout par des raisons pratiques, et économiques. Le départ est une décision difficile pour les individus, pour les familles. Il n’implique pas nécessairement une rupture définitive avec le pays d’origine », conclut Anastasia Vynnychenko.

“Ce n’est pas comme s’il s’agissait d’abandonner l’Etat”, commente l’agent d’assurance Lioubomir Foutorski, à Lviv. “La mobilité des travailleurs est telle qu’ils vont là où les opportunités les portent”. Lui a récemment été approché par une grande compagnie française pour un poste à hautes responsabilités basé à Paris. Il ne verrait pas son départ comme une trahison de sa nation, mais plutôt comme l’aboutissement d’une stratégie personnelle de carrière. Un aboutissement qui permet aussi de montrer l’Ukraine comme un vivier d’énergies vives, et de personnel qualifié.

L’Ukraine comme pays d’opportunités: ’est précisément ce qui a poussé Victor Artemenko à revenir, en 2015, après avoir étudié en France et travaillé en Belgique. “Plus que le confort et les assurances de l’ouest, je préfère les possibilités infinies que l’on trouve ici”, s’enthousiasme-t-il. “Chaque jour est un combat pour ses idées, pour bâtir un pays meilleur”, ajoute le jeune journaliste Veniamin Troubatchov. Lui non plus n’a aucune envie de partir, et considère l’article « Ne pas renoncer à l’amour » comme une sorte d’appel aux armes, pour transformer son pays, et s’y créer un avenir.

26 ans après l’indépendance, beaucoup appellent ainsi à ne pas baisser les bras. Mais de nombreuses voix se font aussi entendre pour changer les termes du débat, et accepter la situation telle qu’elle est: l’Ukraine est un pays d’émigration. Ils appellent aussi à ne plus vivre les départs comme une saignée démographique, mais plutôt comme une chance pour le développement de l’Ukraine, et des Ukrainiens, qu’ils vivent ici ou ailleurs. Selon les critères utilisés pour définir la catégorie de migrants de long-terme et la diaspora, entre 12 et 20 millions d’Ukrainiens habiteraient à l’étranger.

RFI: Les Ukrainiens prochainement exemptés de visas Schengen

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 07/04/2017

Le Parlement européen a voté hier, 6 avril, pour libéraliser le régime de visas pour les citoyens ukrainiens. C’est une étape décisive d’un long processus. D’ici juin, environ 45 millions d’Ukrainiens devraient pouvoir se rendre dans l’espace Schengen sans visas. Pour une durée limitée, et sans droit de travailler ou de résider dans les pays de la zone. A Kiev, on crie victoire. 

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Le Président Petro Poroshenko a exulté dès qu’il a reçu la nouvelle du vote au Parlement européen. La libéralisation du régime de visas, il en avait fait un des marqueurs de ses efforts de réformes depuis la Révolution de 2014. C’est une victoire personnelle. En Ukraine, médias et réseaux sociaux ont aussi accueilli la nouvelle avec enthousiasme, comme Ioulia Biletskaya, une jeune habitante de Kiev.

Ioulia Biletskaya: C’est un grand progrès pour l’Ukraine. 

En filigrane, la satisfaction que l’Union européenne tende la main à l’Ukraine, en se montrant plus accueillante avec ses citoyens. Ce qui n’empêche pas Ioulia Biletskaya de rester pragmatique, voire prudente.

Ioulia Biletskaya: Cela ne va pas forcément arranger les conditions de voyage, cela peut même les compliquer. Les Ukrainiens ne doivent plus payer 35 euros pour demander un visa. Mais ils doivent changer leurs vieux passeports pour un passeport biométrique, et voyager avec tout un tas de pièces d’identité justificatives et de relevés bancaires. Et une fois à la frontière, ils peuvent encore se faire refuser l’entrée, au bon vouloir des douaniers. 

La libéralisation du régime de visas est une bonne nouvelle, mais elle n’est pas une fin en soi. Les Ukrainiens se retrouvent toujours confrontés à une guerre meurtrière dans l’est et à une corruption endémique. Le processus de réforme est bloqué. Et les conditions économiques difficiles restent le premier obstacle à tout plan de voyage en Europe de l’ouest, avec ou sans visas.

Sébastien Gobert – Kiev – RFI

RFI: Les Saint Valentin

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 14/02/2017

On le sait, la Saint Valentin est une très belle machine commerciale. On sait moins qu’il existe une réelle concurrence à l’échelle européenne des reliques de St Valentin qui, apparemment, se multiplient comme les petits pains.
L’Ukraine et la petite ville de Sambir peuvent se targuer d’avoir aussi des ossements fort bien gardés du martyr Valentin. De quoi perpétuer une légende qui revient à la mode en Ukraine.

 

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L’Eglise de la Naissance de la Vierge Marie à Sambir. Source: WikiCommons

Dans l’ouest de l’Ukraine, on raconte que les habitants de Sambir embrassent comme personne d’autre dans la région. C’est parce qu’ils vivent à l’ombre de l’Eglise de la Naissance de la Vierge Marie, un bel édifice bleu datant du 17ème siècle. Là, dans un coffre vitré sont exposés quelques ossements, attribués à Saint Valentin.  Le tout confirmé par une lettre du Pape de Rome datant de 1759. Pourtant, des Valentin, il y en a eu beaucoup, dans l’histoire de la chrétienté. Le Vatican recense pas  moins de 7 martyrs nommés Valentin. Et des reliques de Saint Valentin, on en trouve aussi un peu partout. En Irlande, en Ecosse, en Autriche ou encore en France. Les histoires des ossements sont différentes, de même que les légendes de Saint Valentin. Ici, ce serait un prêtre tombant amoureux d’une de ses paroissiennes. Là, ce serait un prisonnier sauvé par la fille de son geôlier. Nul ne sait trop qui est le Valentin qui repose à Sambir, mais l’essentiel, c’est que son histoire fait la part belle à l’amour. La tradition de la Saint Valentin comme journée des amoureux remonte au 17ème siècle en Europe. En Ukraine, elle revient peu à peu à la mode après une longue période d’apathie sous le régime soviétique. Les couples, jeunes ou vieux, empruntent aux habitudes occidentales des cadeaux et soirées romantiques. A Sambir, l’église ne désemplit pas de la journée. Une file d’attente s’étire devant le coffre aux reliques. St valentin prodigue des conseils, et reçoit les confessions des amants éconduits, ou les récits de folles aventures de jeunesse. Quel que soit ces ossements placés sous verre, ils remplissent admirablement la fonction de St Valentin.

Ecouter le reportage ici

Le Monde Diplomatique: Ukraine, jeux de miroirs pour héros troubles

Article co-rédigé avec Laurent Geslin, publié dans l’édition de décembre de Le Monde Diplomatique.

Cet article s’inscrit dans le cadre d’un dossier sur les enjeux de mémoire en Europe centrale et orientale, co-réalisé avec Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin et Corentin Léotard.

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Début juillet 2016, le conseil municipal de Kiev décidait de rebaptiser l’avenue de Moscou « avenue Stepan-Bandera », du nom de ce nationaliste ukrainien très controversé (1909-1959). « Héros » de la lutte contre le pouvoir soviétique, il fut un temps prisonnier des nazis, mais aussi leur allié en juin 1941, puis fin 1944. Promulgué dans le cadre des « lois de décommunisation » instaurées en mai 2015, ce changement de nom vise à mettre à distance l’héritage de l’Union soviétique autant que l’ombre menaçante du Kremlin. Il rappelle quelques mauvais souvenirs en Pologne, de l’autre côté de la frontière.

Le 22 juillet, la Diète polonaise votait à son tour — à une écrasante majorité — une loi qualifiant les massacres de Volhynie, en 1943, de « nettoyages ethniques » et de « génocide ». Durant la seconde guerre mondiale, entre quarante mille et cent mille Polonais ont péri dans cette région aujourd’hui située dans le nord-ouest de l’Ukraine, « brutalement assassinés par des nationalistes ukrainiens », selon l’Assemblée polonaise. Les responsables de ces massacres n’étaient autres que les combattants de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), fondée par Stepan Bandera. L’UPA est aujourd’hui célébrée en Ukraine pour son combat en faveur de l’indépendance nationale. Elle s’était néanmoins rendue coupable de massacres de Juifs et de Polonais et s’était engagée un temps dans la collaboration avec l’Allemagne nazie.

Malgré des intérêts stratégiques convergents entre Kiev et Varsovie face au puissant voisin russe, la concordance de ces votes marque la « fin de la lune de miel ukraino-polonaise », selon l’historien Vasyl Rasevitch, enseignant à l’Université catholique de Lviv (ouest de l’Ukraine). De fait, les contentieux entre les deux pays ne sont pas nouveaux, mais ces récentes initiatives législatives consacrent l’incapacité à établir une vision commune du passé. « Il convient de laisser l’histoire aux historiens et d’empêcher les responsables politiques d’imposer leurs interprétations (…)

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RFI: Les entreprises ukrainiennes en déclin

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », sur RFI, le 15/09/2016

L’Ukraine, toujours aux prises avec une guerre hybride depuis 2014 avec la Russie, souffre toujours d’une grave crise économique. Le pays a subi un récession près de 10% en 2015. Un récent classement d’entreprises d’Europe centrale et orientale confirme que les meilleures entreprises ukrainiennes sont en perte de vitesse. 

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De quoi s’agit-il? 

C’est une étude annuelle de Deloitte, un cabinet américain d’audit et de conseil, qui établit un classement des 500 meilleures entreprises d’Europe centrale et orientale. On y compte 29 entreprises ukrainiennes et 2 banques. En 2015, on en comptait 29, et en 2014, il y en avait 53. Donc une sacrée descente, qui s’explique par les problèmes structurels qui affectent le pays depuis la Révolution de 2014. A savoir, l’état de guerre, l’annexion de la Crimée, la dévaluation de la monnaie nationale, la lenteur des réformes et de la lutte contre la corruption, et j’en passe.

Mais ce classement donne aussi une idée de l’appauvrissement tout relatif des oligarques ukrainiens, cette fameuse caste d’hommes d’affaires qui contrôle le pays depuis les années 1990.

Oui, on voit par exemple que Rinat Akhmetov, autrefois l’homme le plus riche d’Europe, a perdu beaucoup de sa fortune. 

Tout à fait. Sa holding Metinvest était à la sixième place du classement en 2015, elle est descendue à la 13ème position. Elle reste donc officiellement la plus importante entreprise d’Ukraine. Mais Rinat Akhmetov était un parrain de l’ancien président autoritaire Viktor Ianoukovitch, et il a beaucoup perdu après sa fuite d’Ukraine. Le coeur de son empire, le Donbass, est toujours en état de guerre. Et tout cela, ça se traduit sur l’équilibre politique à Kiev. Le clan d’Akhmetov a été écartés du pouvoir en 2014, et pour l’instant, il est tenu à bonne distance par d’autres oligarques et le Président Porochenko, lui-même un oligarque.

De la même manière, on compte plusieurs entreprises d’agro-alimentaires dans ce classement. Avec la perte du complexe minier et industriel de l’est, l’agriculture est devenu un des moteurs de l’économie ukrainienne, notamment grâce aux exportations. La société Kernel est ainsi la seule qui est parvenue à monter dans le classement 2016, par rapport à 2015.

Cette étude est intéressante car elle donne des tendances lourdes. Mais  il faut toujours faire preuve de prudence: les chiffres présentés ne sont pas toujours fiables.

Pourquoi cela? 

Et bien à cause de la corruption bien sûr. Le ministère des finances estime que l’économie parallèle, non-déclarée, représenterait environ la moitié du PIB de l’Ukraine. Les comptabilités des entreprises laissent ainsi souvent… dubitatifs. Sans oublier que la lutte contre la corruption n’est pas efficace, que ce soit au niveau local ou dans les hautes sphères de l’Etat. En tout cas, pas efficace pour l’instant. mais rien n’indique que les autorités ont une détermination sérieuse en la matière. Donc, prudence.

En fait, pour terminer, la seule statistique qui est tout à fait fiable dans les données fournies par les entreprises, c’est que 28% des dirigeants de sociétés dans ce classement sont des femmes, ce qui est la plus grosse proportion dans tous les pays d’Europe centrale et orientale étudiés. Encore une fois, c’est une tendance de fond de l’environnement des affaires en Ukraine.

Ecouter la séquence ici