RFI: Kiev ne veut pas parler avec les autorités auto-proclamées de Donetsk et Louhansk

Reportage diffusé dans le journal de 14h, sur RFI, le 18/09/2017

Ballet diplomatique autour de la perspective d’envoyer une mission de Casques Bleus dans l’est de l’Ukraine. La guerre y fait toujours rage depuis 2014. Les affrontements entre forces ukrainiennes et troupes pro-russes et russes ont coûté la vie à plus de 10.000 personnes. Le Kremlin s’est longtemps opposé à l’envoi d’une force de maintien de la paix avant de se raviser début septembre. Les diplomates s’activent. A Kiev, on reste très prudent. 

A Kiev, Sébastien Gobert a rencontré la vice-première ministre ukrainienne, Ivanna Klympush-Tsintsadze. 

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L’Ukraine demande depuis 2015 l’envoi d’une mission de maintien de la paix, de l’ONU ou de l’Union européenne, qui s’étende à tous les territoires séparatistes, reprenne le contrôle de la frontière ukraino-russe, et sécurise la région afin que des élections puissent se dérouler sans la pression de groupes armés. La proposition russe est bien plus limitée. La vice-première ministre Ivanna Klympush-Tsintsadze est donc sur la réserve.

Ivanna: Ce pourrait être une opportunité pour la paix, aussi bien qu’une tentative de compliquer encore le conflit, au mépris des lignes rouges que l’Ukraine a tracé. 

Parmi ces lignes rouges, le contingent de Casques Bleus ne doit pas comporter de soldats russes. Pour Kiev, ils sont déjà en Ukraine, en tant force d’occupation. Aussi, le Kremlin demande que les forces onusiennes gèrent leur déploiement avec les autorités séparatistes de Donetsk et Louhansk, et donc entame avec elles un dialogue officiel. A Kiev, c’est un “Niet” catégorique.

Ivanna: Il n’y a que deux parties à ce conflit. L’une est la Fédération de Russie, l’autre, c’est l’Ukraine. La Russie a annexé la Crimée illégalement, et attaque l’Ukraine à l’est. Alors ça n’a pas de sens de parler à Donetsk et à Louhansk qui ne décident de rien, car tout est décidé par le Kremlin! Pourquoi leur parler? 

Selon les statuts de l’ONU, l’Ukraine est en droit d’accepter, ou de refuser, le déploiement de Casques bleus sur son territoire. Mais au-delà de ce droit légal, la pression politique et diplomatique pourrait se renforcer sur Kiev. Après un gel des négociations de paix pendant des mois, beaucoup d’Occidentaux voient dans la proposition russe une chance d’obtenir une avancée unique, au moins une chance de mettre fin aux violences meurtrières le long de la ligne de front.

RFI: Derrière l’affaire Saakachvili, la nouvelle vie des bataillons ukrainiens

Analyse publiée sur le site internet de RFI, le 15/09/2017

Le dimanche 10 septembre 2017, l’ancien président géorgien  Mikheïl Saakachvili est rentré en Ukraine par la Pologne. Un temps détenteur de la nationalité ukrainienne avant d’être déchu par le président ukrainien Porochenko fin juillet, désormais apatride donc, Saakachvili a gardé nombre de soutiens en Ukraine. Et derrière ce retour en force –  l’ancien gouverneur d’Odessa veut se réinsérer dans la vie politique ukrainienne – se dessinent des affrontements politiques, voire idéologiques, entre différentes factions d’hommes armés, anciens combattants reconvertis en mercenaires.

 

« Tire ! Vas-y, tire sur moi! A Ilovaïsk, ils ont tiré, et ils ne m’ont pas tué ! » La main sur son torse nu, l’homme hurle à la mort contre les garde-frontières. Dans la bousculade, il perd son drapeau rouge et noir, les couleurs des nationalistes ukrainiens. Ce 10 septembre en fin d’après-midi, lui et des centaines d’autres viennent de rompre un barrage militaire, au poste de Shehyny-Medyka, à la frontière avec la Pologne. Dans un vaste mouvement de foule, au son de slogans patriotiques, les militants emportent leur héros du jour, Mikheïl Saakachvili, côté ukrainien. Sous le regard médusé et impuissant des forces de l’ordre.

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→ (Re)lire: Ukraine: retour en force de l’opposant apatride Mikheïl Saakachvili

Ilovaïsk, c’est le nom d’une des principales batailles de la guerre du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. En août 2014, elle s’était soldée par une sanglante défaite pour les forces ukrainiennes. A l’instar de ce nationaliste vociférant, beaucoup de ces personnes dépêchées au secours de  Mikheïl Saakachvili ont servi sur le front de l’est. La principale formation représentée ce jour est celle du bataillon Donbass de Semen Sementchenko. Le retour de  Mikheïl Saakachvili, revenu en Ukraine pour contester la déchéance de sa citoyenneté ukrainienne par le président Petro Porochenko, est un des nouveaux épisodes de la seconde vie des bataillons de volontaires de l’est.

Les bras armés d’intérêts privés

Au plus fort des affrontements, entre le printemps 2014 et février 2015, le bataillon Donbass et d’autres formations parallèles aux forces régulières s’étaient illustrés par leur endurance et leur résistance à l’avancée ennemie. Depuis, le conflit a baissé en intensité et les autorités de Kiev ont bridé les bataillons en les attachant aux ministères de la Défense et de l’Intérieur. Les combattants du bataillon Donbass, frustrés et désoeuvrés, ont cherché d’autres terrains d’action.

Ce 10 septembre, c’est le bataillon qui a assuré la sécurité de Mikheïl Saakachvili pendant son séjour à Lviv, capitale de l’ouest de l’Ukraine. Les hommes ont monté la garde devant son hôtel, et devant le restaurant où il rencontrait le maire de la ville, Andriy Sadoviy. De soldats sur le front de la seule guerre du continent européen à agents de sécurité, l’ironie est cruelle. Pour les hommes de Donbass, elle s’inscrit néanmoins dans la continuité de l’opposition à Petro Porochenko. Le bataillon avait été un des acteurs principaux du blocus des territoires séparatistes en hiver 2017, qui avait résulté en un conflit ouvert avec l’exécutif.

A travers le bataillon Donbass, c’est Andriy Sadoviy lui-même qui pousse ses pions contre le président. Semen Sementchenko est l’un des principaux députés de son parti Samopomitch – « Auto-Aide ». Le blocus, tout comme le retour en force de  Mikheïl Saakachvili, montre que les combattants d’autrefois ne sont plus que le bras armé des querelles politiciennes qui déchirent le pays.

Ces derniers mois, le Donbass et d’autres groupes se sont aussi fait remarquer comme défenseurs d’intérêts privés. L’oligarque Ihor Kolomoiskiy a régulièrement recours à d’anciens soldats qu’il avait chaperonnés en 2014 pour défendre ses actifs contre des saisies d’Etat. D’autres formations se voient aussi engagées de manière ad hoc, dans le cadre de « raids corporatifs », à savoir la saisie d’une entreprise par la force. Dans un contexte de guerre de position à l’est, sans perspective d’offensives majeures, les soldats d’hier deviennent ainsi des mercenaires, des armées privées au service du plus offrant.

Des scissions politiques inter-factions

Un autre élément révélé par l’affaire Saakachvili, ce 10 septembre, est la scission profonde entre les bataillons de volontaires. Les différences se faisaient déjà sentir à l’époque où une union était nécessaire contre un ennemi commun. Elles s’étalent aujourd’hui au grand jour. Contre les partisans de l’ancien président géorgien étaient déployés, le 10 septembre, des représentants d’autres factions. Iliya Kiva, un ancien du bataillon Azov, réputé proche de mouvances néo-nazies, avait juré d’abattre  Mikheïl Saakachvili. Il n’en a rien fait mais promet de mener une lutte acharnée contre lui, ses sympathisants, et le bataillon Donbass.

Dans ce cas précis, la posture militante est aussi partie d’un projet politique. Ancien patron du département de lutte anti-drogue, Iliya Kiva est un proche du ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, un ennemi personnel de Mikheïl Saakachvili. « Mirotvorets », une ressource nationaliste en ligne liée au ministre, a aussi emboîté le pas en plaçant le Géorgien sur sa liste de traîtres à la nation ukrainienne. Ioulia Timochenko, ancienne égérie de la révolution orange de 2004, et soutien de Saakachvili le 10 septembre, a aussi rejoint la liste. Ce faisant, c’est bien un affrontement politique, voire idéologique, qui se dessine entre les formations d’hommes armés.

Déjà avant la Révolution de 2014, l’Ukraine était un des pays d’Europe avec le plus important nombre d’armes par habitant. Des milliers de personnes se sont depuis aguerries au combat. Liés à des intérêts politiciens, ces bataillons restent timorés dans leur recours à la violence. Le risque d’échauffourées entre factions rivales est néanmoins pris au sérieux par de nombreux d’observateurs. Dans l’immédiat, ils représentent un défi conséquent à l’autorité de l’Etat.

RFI: Saakachvili en Ukraine, un feuilleton de série B?

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 13/09/2017

Suites du retour fracassant de Mikheil Saakachvili en Ukraine, dimanche 10 septembre. Les autorités ont arrêté 5 personnes impliquées dans le passage en force de la frontière. Elles n’ont encore rien entrepris contre l’ancien Président géorgien, qui tente de fédérer l’opposition au Président Petro Porochenko. Les risques d’une escalade des tensions restent réels. 

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On dirait un feuilleton de série B: avec de nombreux rebondissements mineurs, et sans perspective de fin. La tension monte sur Mikheil Saakachvili et de ses partisans. Il s’est vu remettre une notification de suspicion pour son entrée illégale en Ukraine, et pourrait être traduit en justice, peut-être extradé vers sa Géorgie natale. Les autorités n’ont pour l’instant rien décidé. Mikheil Saakachvili profite de l’indécision gouvernementale pour multiplier ses déclarations. Il affirme lui ne pas avoir commis d’infraction. Il conteste la décision du Président Petro Porochenko de l’avoir déchu de sa citoyenneté, et déclare se battre pour la défense de ses droits. Il accuse Petro Porochenko d’autoritarisme, et entend lancer une tournée régionale avant de fédérer l’opposition contre le régime à Kiev. Le pari est risqué, d’autant plus que l’affaire est mal perçue par l’opinion publique ukrainienne. Les arguments juridiques des uns et des autres ne sont vus que comme de simples prétextes à une guerre ouverte entre Mikheil Saakachvili et Petro Porochenko. Un conflit de politiciens, qui n’apportera sans doute pas de remèdes aux problèmes sérieux dont souffre le pays.

Libération: Mikhaïl Saakachvili force son entrée en Ukraine

Version allongée d’un article publié sur Libération.fr, le 11/09/2017

L’ancien Président géorgien désormais impliqué dans la vie politique ukrainienne est entré dans le pays dimanche illégalement, au terme d’une journée rocambolesque.

«Regardez! Nos gars arrivent!» Depuis l’autre extrémité du poste-frontière polono-ukrainien de Medyka-Shehyni, plusieurs centaines de «gars» viennent de rompre le barrage de militaires et policiers, et envahissent le check-point à grande vitesse. Avec hurlements et slogans patriotiques, ils se ruent sur le cordon de garde-frontières qui retenait Mikheil Saakachvili. Les bousculades sont brèves : dans une même vague, la marée humaine entreprend de remonter vers le côté ukrainien, en emportant son héros, «Misha». L’ancien président géorgien passe la frontière sans faire contrôler son passeport, sous les regards impuissants des forces de l’ordre. Il a réussi son pari fou.

Le retour de Mikheil Saakachvili est digne d’une scène de cinéma. Elle vient clôturer un dimanche dominé par l’absurde, qui aurait pu tourner au fiasco pour le Géorgien. Impliqué dans la vie politique ukrainienne depuis la révolution «de la dignité» en 2014, celui-ci est entré en opposition frontale avec le président Petro Porochenko après avoir démissionné de son poste de gouverneur d’Odessa. Le chef de l’Etat l’avait déchu de sa citoyenneté ukrainienne, sachant qu’il avait déjà perdu sa nationalité géorgienne. Il avait ainsi créé un apatride, ce qui est interdit par les conventions européennes auxquelles l’Ukraine est signataire. Une initiative dénoncée comme un acte de punition politique. «On dirait que Porochenko me craint plus que Poutine», s’esclaffait faussement Mikheil Saakavchili.

Il avait alors prévu une nouvelle opération de communication taillée sur mesure : plusieurs politiciens amis, des dizaines de journalistes, des centaines de sympathisants, devaient accompagner son grand retour en Ukraine le 10 septembre, à partir de la Pologne. Sauf que son cortège de bus n’a jamais approché le poste-frontière désiré de Korczowa-Krakovets, en raison d’une forte présence militaire et du déploiement de «titouchki», des gros bras nationalistes ayant juré de s’en prendre physiquement à Saakashvili. L’exilé se reporte alors sur la gare ferroviaire de Przemysl, et embarque dans un train à destination de Kiev. Sauf que le signal du départ n’est jamais entendu.

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«Ici, dans ce train à quai, c’est la lutte contre l’autoritarisme de Petro Porochenko. S’il peut se permettre de traiter Saakachvili comme cela, il peut s’en prendre à tout le monde», commentait, maquillage soigné et tailleur de luxe, Ioulia Timochenko. L’ancienne égérie de la révolution orange, venue en soutien de Saakachvili, voit dans ses mésaventures un parallèle avec les procès politisés et l’emprisonnement que lui avait imposé Viktor Ianoukovitch, en 2011.

Ioulia Timochenko, figure populiste controversée de la politique ukrainienne, est à la tête de la principale force d’opposition à la Rada (Parlement). Elle soutient aujourd’hui sans complexes celui qui se voudrait un concurrent potentiel. De fait, le parti «Mouvement de nouvelles forces» de Mikheil Saakachvili recueille à peine 2% d’intentions de vote, et sa carrière politique. «Aujourd’hui, ce n’est pas à propos de Saakachvili, confirme le député Moustafa Nayyem, l’un des initiateurs de l’Euromaïdan. Il s’agit de sauver l’héritage du Maïdan, et d’empêcher que l’exécutif ne plonge dans l’arbitraire. Si on ne fait rien aujourd’hui, alors ils se sentiront capables de s’en prendre aux citoyens, aux opposants, à tous ceux qui expriment leur opinion.»

Après trois heures d’attente, la tension monte. L’immobilisation du train est compris comme une indication claire que les autorités ukrainiennes ne souhaitent pas revoir Mikheil Saakachvili sur leur territoire. Les passagers sont aussi ulcérés. Si «Misha» avait été accueilli par des applaudissements à son arrivée à la gare, c’est dans le brouhaha des altercations et prises à partie qu’il décide de repartir en bus, vers le poste-frontière de Medyka-Shehyni. Là, côté ukrainien, c’est une autre farce qui l’attend. Un barrage militaire évocateur de la zone de guerre à l’est du pays, commandé par un officier prétextant une «opération de déminage» impromptue. Entre négociations stériles et échanges d’insultes, le blocage paraît irrémédiable. Ce sont finalement les partisans de Mikheil Saakachvili qui vont écrire l’histoire. Une fois «Misha» en Ukraine, et la stupeur passée, le poste rouvre. L’opération de déminage est oubliée, preuve qu’elle était inventée de toutes pièces.

S’ouvre désormais une période d’incertitude. Le 10 septembre au soir, Mikheil Saakachvili s’est rendu à Lviv, dont le maire Andriy Sadoviy est un opposant politique à Petro Porochenko. Le Géorgien est officiellement apatride, et entré illégalement sur le territoire ukrainien. Le pouvoir, humilié par l’affaire, se cantonne dans ses déclarations à déplorer la violation du droit des frontières. Le Premier ministre, Volodymyr Hroïssman, déplore ainsi une « attaque contre l’intégrité de l’Etat », déjà malmené dans le respect de ses frontières internationales par l’annexion de la Crimée, et la guerre du Donbass.

Petro Porochenko affirme lui se tenir à un traitement juridique, et non politique, de l’affaire. Son Procureur Général, Iouriy Loutsenko, promet d’ailleurs des poursuites judiciaires contre «les organisateurs» de l’assaut du poste-frontière. La police ukrainienne a déjà tenté d’appréhender Saakachvili, mais a renoncé au vu du nombre de ses partisans. S’il est emprisonné, les Ukrainiens pourraient être tentés de répondre positivement à une demande d’extradition de la part de la Géorgie, et de le renvoyer à Tbilissi. « J’espère que ce monsieur (Saakachvili, ed.) sera aussi enthousiaste à rentrer en Géorgie qu’il a été à revenir en Ukraine », a menacé, à mots couverts, celui qui avait été son camarade d’université au début des années 1990. Se poseraient alors des complications d’ordre légal: un Etat ne peut arrêter et extrader qu’une personne titulaire d’un permis de séjour permanent sur son territoire. Il faudrait donc reconnaître que la citoyenneté de Mikheil Saakachvili est toujours valide, du moins son droit à entrer, et séjourner dans le pays. L’Ukraine n’en serait néanmoins pas à son premier défi légal. Beaucoup sont résolus par des amendements ad hoc des textes de lois.

Pour l’heure, regonflé par son accueil triomphal, «Misha» entend entamer un tour des régions d’Ukraine, et remonter à Kiev dans un style napoléonien. Un retour en gloire pour l’exilé, menacé de représailles par les autorités mais aussi de milices nationalistes. Avec, à chaque kilomètre parcouru, le risque d’une escalade des tensions.

France Culture: Des Casques Bleus dans le Donbass?

Papier radio diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 07/09/2017

Ballet diplomatique autour de la guerre du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Après 3,5 ans de conflit, et plus de 10.000 morts, les affrontements continuent. Néanmoins, les négociations de paix, gelées pendant longtemps, semblent repartir. L’idée d’une force de maintien de la paix de l’ONU fait son chemin – elle vient d’être soutenue par Vladimir Poutine. Les réactions sont mitigées. 

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Les Ukrainiens appellent depuis des années au déploiement d’une force de maintien de la paix dans l’est du pays; qu’elle relève de l’ONU, ou de l’Union européenne. Séparatistes russes et Russes s’y étaient opposés. Aussi le revirement de Vladimir Poutine a été accueilli avec optimisme, en particulier des Allemands. Le Président russe veut dépêcher une force légère de casques bleus le long de la ligne de front, afin de protéger les observateurs de l’OSCE et permettre un meilleur contrôle de la démilitarisation de la zone de guerre.

A Kiev, cependant, on tique. Les Ukrainiens insistent pour que les casques bleus soient déployés dans tout le sud-est du pays, jusqu’à la frontière avec la Russie. Ils entendent ainsi mettre fin à la circulation d’armes et de troupes entre territoires séparatistes et Russie. Ils craignent que la proposition de Vladimir Poutine sanctuarise les républiques auto-proclamées de Donetsk et Louhansk, et gèle le conflit.

Cette annonce est aussi accueillie avec circonspection: dans la même intervention, le chef du Kremlin a menacé à mots couverts d’une généralisation du conflit au cas où les Etats-Unis livreraient des armes létales à l’Ukraine. Une manière de souffler le chaud et le froid sur les réelles intentions de la diplomatie russe. Loin de ces atermoiements politiques, la situation sur le terrain reste tendue. Un énième cessez-le-feu, décidé pour la rentrée scolaire du 1er septembre, est déjà rompu. L’écho des canons résonne encore et toujours dans le Donbass.

RFI: L’Ukraine expulse des journalistes en série

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 31/08/2017

L’Ukraine a expulsé quatre journalistes en l’espace de quelques jours. Deux Espagnols, et deux Russes. Des décisions justifiées par leurs activités supposées de propagande anti-ukrainienne. Les méthodes employées suscitent des interrogations, et des critiques. 

“Il en sera de même pour tous ceux qui cherchent à discréditer l’Ukraine”. La porte-parole du SBU, les services de sécurité, a ainsi justifié l’expulsion d’une journaliste russe de la chaîne Perviy Kanal. Sans élaborer. La journaliste avait diffusé un reportage, le 24 août, dans lequel elle assimilait le jour de l’indépendance de l’Ukraine à un « jour de deuil ». Elle a été reconduite à la frontière le 30 août. Elle est interdite de séjour pendant 3 ans.

Nombre de médias russes, et Perviy Kanal en l’occurrence, sont connus pour leur travail de propagande, et de désinformation, aux détriments de l’Ukraine. Refuser l’accès au pays peut donc se justifier au nom de la sécurité nationale, dans le cadre de la guerre qui fait rage depuis 2014.

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Mais la question se pose: le même SBU était au courant des risques de désinformation liés à cette journaliste et sa chaîne. Pourquoi alors leur accorder une accréditation, si c’est pour les expulser après? Une autre journaliste russe a connu le même sort, le 15 août. Et deux journalistes espagnols, eux aussi qualifiés de « propagandistes », ont été bloqués à l’aéroport de Kiev le 29 août. Ils avaient pourtant reçu une accréditation préalable, validée par le SBU. Après 20 heures d’attente, ce même SBU les a renvoyé en Espagne.

Ces cas donnent l’impression d’un manque de coordination des organes de sécurité, et envoient des signaux contradictoires quant au respect de la liberté de la presse. En Ukraine même, la rédaction de « Strana.ua », un média critique du pouvoir a aussi été perquisitionnée à la mi-août. Les critiques et les questions abondent, même de la part Ministère de l’Information ukrainien. En filigrane, l’anxiété de voir l’exécutif utiliser la carte du patriotisme et de la sécurité nationale pour faire taire ses détracteurs.

Ukraine: 26 ans après l’indépendance, l’émigration reste en débat

“A chaque fois que je passe la frontière, je me pose les mêmes questions: est-ce que je ne pourrais pas faire mieux, pour moi-même, pour mes parents, pour mes enfants, pour l’Ukraine, si j’étais installée à l’étranger?” L’interrogation hante la jeune militante civique Iryna Ozymok. Et avec elle, des millions d’Ukrainiens, tentés par l’émigration. Alors que le pays fête, ce 24 août, les 26 ans de son indépendance de l’URSS, le débat se fait vif autour d’un article de la journaliste Ioulia Mostova, intitulé “Ne pas renoncer à l’amour”. L’auteure y décrit son inlassable envie d’aller tenter sa chance ailleurs. Avant de revenir sur les raisons, les ambitions et les espoirs, qui la retiennent en Ukraine.

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L’appel est émotionnel, dans une Ukraine qui reste un pays d’émigration massive. De 52 millions d’habitants à l’indépendance en 1991, la population est tombée à moins de 46 millions (ce chiffre inclut les populations disputées de Crimée et du Donbass séparatiste). Une véritable saignée démographique, expliquée d’abord par une faible natalité et une forte mortalité, mais aussi par l’émigration. Chaque année, ils seraient des centaines de milliers à tenter le départ, pour des durées plus ou moins longues. La dernière statistique officielle de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) couvre la période 2014-15: ils étaient alors plus de 700.000 Ukrainiens à avoir émigré pour des raisons de travail.

Pour beaucoup, c’est là la preuve d’un Etat dysfonctionnel, corrompu et appauvri, qui ne parvient pas à offrir des opportunités à ses citoyens. Les dernières années, marquées par la Révolution de la Dignité, une sérieuse crise économique, l’annexion de la Crimée, la guerre sans issue dans l’est, ont été particulièrement éprouvantes. L’annonce d’un énième cessez-le-feu, à partir du 1er septembre, ne convainc personne.  De même, l’objectif affiché de réformes structurelles et de lutte contre la corruption, venant d’un gouvernement discrédité, ne semblent pas produire de résultats tangibles. D’où une certaine désillusion dans l’opinion publique.

“Nous, les jeunes, nés en Ukraine indépendante, ne connaissons aucune frontière”, constate, cynique, la jeune Maria Krioutchok. “Le billet d’avion Kiev-Budapest coûte trois fois moins cher que le bakchich qu’il faut donner au professeur à l’université, pour passer les examens! » Engagée dans des projets de lutte contre la corruption à Kiev, la militante a décidé de rester, et de « construire un pays meilleur ». Le message n’en reste néanmoins pas moins clair: si les jeunes veulent partir, rien ne les empêchera. Pour Maria Krioutchok et de nombreux autres, le débat ukrainien sur l’émigration est faussé, car il ne prend en compte ni la valeur ajoutée d’un séjour à l’étranger, ni les vertus de l’épanouissement personnel.

Pour autant, l’émigration n’est pas une fatalité. “Le niveau d’optimisme demeure à un niveau constant depuis des années, à environ 43%”, commente la sociologue Iryna Bekeshkina, directrice du Fond des Initiatives Démocratiques. “Beaucoup d’Ukrainiens se voient un avenir dans leur pays”. Pour preuve, la militante civique Iryna Ozymok a, elle aussi, choisi de rester. “Les petits changements accomplis avec de petits revenus donnent des résultats sérieux!”, s’exclame-t-elle. Tout en évoquant la possibilité de partir, “quand il s’agira de choisir une école pour les enfants…”

De fait, “l’émigration n’est pas tant liée à la situation du pays d’origine, mais surtout aux opportunités offertes ailleurs”, commente l’experte Anastasia Vynnychenko. Ces jours, plus d’un million d’Ukrainiens travailleraient en Pologne, attirés par une forte demande de main d’oeuvre, et des revenus plus élevés que les 200 euros du salaire moyen ukrainien.

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A un certain degré, le phénomène est vu comme une manière de juguler un marché du travail moribond. Il suscite néanmoins l’inquiétude dans certains secteurs. Ingénieurs, spécialistes de l’administration publique ou même des maçons font cruellement défaut sur le marché du travail. Pour l’heure, aucune mesure concrète n’a été adoptée par le gouvernement pour inciter les migrants à revenir faire fructifier leurs expériences dans leur pays natal, ou pour retenir les talents chez eux.

“On peut toujours discuter des illusions ou des désillusions des Ukrainiens », poursuit Anastasia Vynnychenko. « Mais il faut comprendre que l’émigration est justifiée avant tout par des raisons pratiques, et économiques. Le départ est une décision difficile pour les individus, pour les familles. Il n’implique pas nécessairement une rupture définitive avec le pays d’origine », conclut Anastasia Vynnychenko.

“Ce n’est pas comme s’il s’agissait d’abandonner l’Etat”, commente l’agent d’assurance Lioubomir Foutorski, à Lviv. “La mobilité des travailleurs est telle qu’ils vont là où les opportunités les portent”. Lui a récemment été approché par une grande compagnie française pour un poste à hautes responsabilités basé à Paris. Il ne verrait pas son départ comme une trahison de sa nation, mais plutôt comme l’aboutissement d’une stratégie personnelle de carrière. Un aboutissement qui permet aussi de montrer l’Ukraine comme un vivier d’énergies vives, et de personnel qualifié.

L’Ukraine comme pays d’opportunités: ’est précisément ce qui a poussé Victor Artemenko à revenir, en 2015, après avoir étudié en France et travaillé en Belgique. “Plus que le confort et les assurances de l’ouest, je préfère les possibilités infinies que l’on trouve ici”, s’enthousiasme-t-il. “Chaque jour est un combat pour ses idées, pour bâtir un pays meilleur”, ajoute le jeune journaliste Veniamin Troubatchov. Lui non plus n’a aucune envie de partir, et considère l’article « Ne pas renoncer à l’amour » comme une sorte d’appel aux armes, pour transformer son pays, et s’y créer un avenir.

26 ans après l’indépendance, beaucoup appellent ainsi à ne pas baisser les bras. Mais de nombreuses voix se font aussi entendre pour changer les termes du débat, et accepter la situation telle qu’elle est: l’Ukraine est un pays d’émigration. Ils appellent aussi à ne plus vivre les départs comme une saignée démographique, mais plutôt comme une chance pour le développement de l’Ukraine, et des Ukrainiens, qu’ils vivent ici ou ailleurs. Selon les critères utilisés pour définir la catégorie de migrants de long-terme et la diaspora, entre 12 et 20 millions d’Ukrainiens habiteraient à l’étranger.

TDG: Un scandale ukrainien atterrit à Genève

Version longue d’un article publié dans la Tribune de Genève, le 26/08/2017

“Petro, reviens tant qu’il n’est pas trop tard!” Cet appel émotionnel d’Anton Herashenko, conseiller du ministre de l’intérieur ukrainien, à l’oligarque Petro Diminskiy, n’a visiblement pas été entendu. L’homme ne s’est pas manifesté depuis son départ d’Ukraine, dans l’après-midi du 22 août, à destination de Genève. Le Procureur Général Iouriy Loutsenko a déclaré, le 25 août au soir, ne pas avoir besoin de la présence de Petro Diminskiy pour continuer l’enquête. Il est donc peu probable que l’oligarque revienne dans un futur proche. Dans les médias et réseaux sociaux ukrainiens, Petro Diminskiy est devenu un nouveau symbole de la justice sélective et des abus du système oligarchique.

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Petro Diminskiy, 62 ans, est le propriétaire, entre autres, du club de football “Karpaty” et de la chaîne de télévision “ZIK”. Il se présentait comme un homme d’affaires tout à fait respectable, basé dans la région de Lviv, en Ukraine de l’ouest. Jusqu’à ce 18 août, quand sa belle Mercedes S65 double à toute vitesse une colonne de voitures sur une route de l’ouest de l’Ukraine. Il percute un autre véhicule, dont la conductrice, 31 ans, meurt sur le coup. Petro Diminskiy affirme de suite que son garde du corps était au volant de sa Mercedes, et qu’il n’avait rien à voir avec la tragédie. “Tout le monde sait depuis des années qu’il conduit lui-même son bolide…”, commente l’assureur Lioubomir Foutorskiy, à Lviv. Lui-même conducteur d’une Porsche, en connaît un rayon sur les propriétaires de voitures de luxe dans la région.

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Source: Zaxid.net

En l’état de l’enquête, « il est impossible d’affirmer qu’il était vraiment au volant au moment de l’accident”, précise, prudent, le Procureur Général Iouriy Loutsenko, dès le 22 août. Mais plusieurs témoignages, et une série de vidéos, discréditent la défense de Petro Diminskiy. Une caméra de surveillance l’a filmé lui-même au volant de sa voiture, 40 minutes avant le choc. Celui-ci, considéré comme simple témoin dans l’affaire, sent la pression monter. Il est appelé à se présenter aux enquêteurs mardi 22 août à 10h. Au lieu de cela, il file à l’aéroport. Pour beaucoup en Ukraine, c’est là une preuve éclatante de sa culpabilité.

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L’avion, un Cessna immatriculé en Autriche, a atterri à Genève le 22 août à 16h37, selon nos recherches sur des sites spécialisés dans la traque des avions. Pourquoi Genève? Petro Diminskiy se rend régulièrement dans la Cité de Calvin, sans qu’on en connaisse les raisons. Le lendemain, l’oligarque effectue vraisemblablement une série de tests à la clinique Generale-Beaulieu. Un diagnostic du docteur Dimitrios Samaras le consacre en “bonne santé physique et psychologique”.

 

 

Petro Diminskiy est-il resté à la clinique après cette consultation? Le 25 août, dans un mail adressé à un journaliste ukrainien, Danylo Mokryk, l’assistante de direction de la clinique, Françoise Dimier, se refuse à “confirmer ou infirmer la présence d’une personne” dans l’établissement, au titre du secret médical. Qu’il soit toujours hospitalisé ou non, Petro Diminskiy serait toujours à Genève, selon nos sources.

Reste que sans demande d’entraide judiciaire formulée par la justice ukrainienne, la justice suisse ne peut lancer aucune action à l’encontre de Petro Diminskiy. Celui-ci doit tout d’abord être notifié comme suspect dans l’affaire. Or, rien ne vient. Le Procureur Général Iouriy Loutsenko a certes déploré à plusieurs reprises que Petro Diminskiy ne se présente pas aux convocations des enquêteurs. Il n’a pourtant pas dénoncé son départ d’Ukraine comme une fuite.

Au contraire, Iouriy Loutsenko a estimé, le 25 août au soir, que l’enquête peut produire des résultats probants sans le concours de Petro Diminskiy. « Les prélèvements d’échantillons biologiques, les vidéos, et autres éléments que nous avons commandé aux experts… Nous pouvons travailler avec cela, même en son absence (Petro Diminskiy, ed.) ». Une approche confirmée par Larisa Sarhan, la porte-parole du Procureur Général.

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Le fait que les autorités judiciaires ukrainiennes ne semblent pas intéressées par le concours, en bonne volonté, d’un des principaux protagonistes d’un accident mortel ne rassure en rien l’opinion publique. Les Ukrainiens sont depuis des années sceptiques quant à l’efficacité et à l’indépendance de la justice. Nombreux sont ceux qui redoutent que l’affaire soit enterrée, afin de protéger les intérêts d’une des personnes les plus riches et influentes d’Ukraine. De fait, Iouriy Loutsenko a d’ores et déjà remis en question un témoignage clé de l’affaire: « la personne qui accuse Diminskiy d’avoir été au volant au moment-même de l’accident n’était probablement pas sur place », a-t-il répété.

Une prudence sans doute justifiée, mais qui n’a pas toujours été la marque de fabrique de Iouriy Loutsenko, souvent vindicatif, et ferme dans ses conclusions. De quoi alimenter les réactions de frustration et de rage dans l’opinion publique. Même si était reconnu coupable de cet homicide involontaire, beaucoup croient que Petro Diminskiy bénéficie de puissants soutiens politiques, qui lui épargneront, d’une manière ou d’une autre, une éventuelle condamnation en justice. “Vous connaissez si bien ce personnage que vous le tutoyez?”, a ainsi commenté l’internaute Maksym Oustiak sous le post Facebook d’Anton Herashenko appelant Petro Diminskiy à revenir tant qu’il n’est pas trop tard. “Voilà qui explique tout”.

Le 26 août au matin, l’avocat de Petro Diminskiy, Mykola Lysiy, a assuré de la bonne volonté de son client: « Il est prêt à coopérer, et coopérera, avec les enquêteurs », a-t-il assuré. Il n’a néanmoins pas indiqué quand, et si, son client était disposé à rentrer en Ukraine.

De fait, Petro Diminskiy n’a aucune obligation de revenir. Et l’homme peut prendre son temps. Selon Iouriy Loutsenko, il faudrait déjà que les enquêteurs le considèrent comme suspect. Si, à partir de ce moment, il ne se présente pas à leurs convocations, alors le Bureau du Procureur a la possibilité de solliciter l’entraide de partenaires étrangers, notamment pour une demande d’extradition. « C’est un long processus, qui peut prendre de six mois à un an. Mais dans 90% des cas, il aboutit ».

En Ukraine, certaines conséquences du drame ont été bien plus rapides. Nataliya Trila a été enterrée le 20 août dans son village de Iamelnia (Ямельня). Le 21 août, le garde du corps de Petro Diminskiy, Andriy Bortsha, toujours considéré comme le principal suspect dans l’affaire, a été placé en maison d’arrêt pour 2 mois.

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Enterrement de Nataliya Trila. Source: Zaxid.net

RFI: L’Ukraine célèbre les 26 ans de son indépendance comme pays d’émigration

Reportage diffusé sur RFI, le 24/08/2017

Il y a 26 ans, l’Ukraine quittait l’URSS. Parade militaire et célébrations populaires sont de rigueur. Mais c’est aussi l’heure de réfléchir à l’état du pays. D’une population de 52 millions d’habitants en 1991, l’Ukraine compte aujourd’hui moins de 46 millions. Entre faible natalité et forte mortalité, l’émigration y est pour beaucoup. Dans un contexte difficile, de guerre à l’Est et de crise économique, elle reste une réalité. Et la question de rester ou partir d’Ukraine se pose pour beaucoup d’habitants. Le débat se cristallise aujourd’hui autour d’un article intitulé « Не зрікаються в любові – Ne pas renoncer à l’amour ». 

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“Je veux partir”. Partir et oublier la corruption, la guerre, les mauvaises infrastructures, et tout ce qui fait de l’Ukraine un pays difficile à vivre. La journaliste Ioulia Mostova a créé la sensation en publiant ces lignes, et en relançant le débat sur l’émigration de masse à partir de l’Ukraine. Le phénomène est en augmentation constante depuis une décennie. Il s’est amplifié avec les crises des dernières années, comme l’indique l’OIM, l’Organisation Internationale pour les Migrations. Pour beaucoup, c’est un signe que l’Etat ukrainien ne peut offrir des opportunités de développement à ses citoyens. Anastasia Vynnychenko, experte à l’OIM, nuance un tel jugement.

Anastasia Vynnychenko: On peut toujours discuter des illusions et désillusions des Ukrainiens. Mais les principales raisons pour partir sont avant tout économiques. Partir est une décision difficile à prendre…

La journaliste Ioulia Mostova voulait avant tout provoquer ses lecteurs, car elle, elle a choisi de rester. Dans la seconde partie de son article, elle met en avant ses espoirs, ses ambitions, ses projets, qui la retiennent en Ukraine.

La jeune Maria Krioutchov est engagée dans des projets de lutte contre la corruption à Kiev. Elle veut aussi rester pour faire de son pays un endroit où il ferait bon vivre. Dans le même temps, Maria Krioutchov ne cache pas son cynisme.

Maria Krioutchov: La jeune génération ne croit plus à l’idée de frontière. Un billet d’avion Kiev-Budapest coûte moins cher que le bakchich que l’on doit payer au professeur d’université à Kiev pour avoir ses diplômes!

Autrement dit: si les jeunes veulent partir car rien ne change en Ukraine, alors ils partiront, et rien ne les en empêchera.

Depuis la chute de l’URSS, la controverse sur l’émigration de masse revient sans cesse, comme l’expression d’une sorte de malaise des Ukrainiens vis-à-vis de leur pays. Mais cela démontre aussi que l’Ukraine n’a pas su tirer parti de l’émigration, comme l’ont fait d’autres Etats, en gardant le lien avec les migrants, en faisant fructifier leurs expériences, et leurs compétences.

Lioubomir Foutorskiy est un assureur, à Lviv, dans l’ouest du pays.

Lioubomyr Foutorskiy: C’est un vaste monde. Si les Ukrainiens veulent aller à l’étranger, et y travailler, tant mieux pour eux. S’ils veulent revenir, c’est bien. S’ils veulent rester là-bas, pas de souci non plus. Ils gagnent en compétence, et peuvent aider l’Ukraine de là où ils sont. 

26 ans après l’indépendance, beaucoup appellent donc à accepter la situation telle qu’elle est: l’Ukraine est un pays d’émigration. Ils appellent aussi à ne plus vivre les départs comme une saignée démographique, mais plutôt comme une chance pour le développement de l’Ukraine, et des Ukrainiens, qu’ils vivent ici ou ailleurs.

Screen Shot 2017-08-25 at 14.32.37Sébastien Gobert – Kiev – RFI

Ecouter le reportage ici

Chanson de fin de reportage: https://www.youtube.com/watch?v=Aqt2ZZy59LE

France Culture: Une parade militaire comme démonstration de force

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 24/08/2017

L’Ukraine célèbre aujourd’hui le 26ème anniversaire de son indépendance. Le pays souffre d’une guerre meurtrière dans ses régions est depuis 2014, contre des forces pro-russes et russes. Les autorités ont donc remis au goût du jour la parade militaire pour la fête nationale. L’occasion d’une démonstration de force, et d’unité avec des partenaires étrangers.
A Kiev, Sébastien Gobert

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11 ministres des affaires étrangères, 10 bataillons de pays alliés, dont 9 de l’OTAN. La parade militaire, prévue ce matin dans le centre de Kiev, s’annonce comme un tableau idéal pour le Président Petro Porochenko. Lui cherche depuis 2014 à mobiliser les Occidentaux pour soutenir l’Ukraine contre l’agression russe. L’annexion de la Crimée, et la guerre hybride dans l’est, ont amputé le pays de près de 10% de son territoire, et fait plus de 10.000 morts. L’occasion est donc rêvée d’envoyer un message de force, à la fois au Kremlin, mais aussi à sa population. Petro Porochenko a aussi rendu public une lettre de Donald Trump, dans laquelle le Président américain se porte garant de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, et assure de son soutien. La Maison blanche est aussi à l’étude de possibles livraisons d’armes létales à l’Ukraine. Il reste malgré tout peu probable que ces soutiens affectent le rapport de force dans la guerre qui se poursuit. Sur le terrain, les échauffourées et duels d’artillerie sont quotidiens. Un énième cessez-le-feu est annoncé pour le 1er septembre, jour de la rentrée scolaire. Rien n’indique qu’il puisse s’ancrer sur la durée. Et il faudra plus qu’une parade militaire à Kiev pour que des négociations de paix débouchent sur une solution durable.