Libération: Mikhaïl Saakachvili force son entrée en Ukraine

Version allongée d’un article publié sur Libération.fr, le 11/09/2017

L’ancien Président géorgien désormais impliqué dans la vie politique ukrainienne est entré dans le pays dimanche illégalement, au terme d’une journée rocambolesque.

«Regardez! Nos gars arrivent!» Depuis l’autre extrémité du poste-frontière polono-ukrainien de Medyka-Shehyni, plusieurs centaines de «gars» viennent de rompre le barrage de militaires et policiers, et envahissent le check-point à grande vitesse. Avec hurlements et slogans patriotiques, ils se ruent sur le cordon de garde-frontières qui retenait Mikheil Saakachvili. Les bousculades sont brèves : dans une même vague, la marée humaine entreprend de remonter vers le côté ukrainien, en emportant son héros, «Misha». L’ancien président géorgien passe la frontière sans faire contrôler son passeport, sous les regards impuissants des forces de l’ordre. Il a réussi son pari fou.

Le retour de Mikheil Saakachvili est digne d’une scène de cinéma. Elle vient clôturer un dimanche dominé par l’absurde, qui aurait pu tourner au fiasco pour le Géorgien. Impliqué dans la vie politique ukrainienne depuis la révolution «de la dignité» en 2014, celui-ci est entré en opposition frontale avec le président Petro Porochenko après avoir démissionné de son poste de gouverneur d’Odessa. Le chef de l’Etat l’avait déchu de sa citoyenneté ukrainienne, sachant qu’il avait déjà perdu sa nationalité géorgienne. Il avait ainsi créé un apatride, ce qui est interdit par les conventions européennes auxquelles l’Ukraine est signataire. Une initiative dénoncée comme un acte de punition politique. «On dirait que Porochenko me craint plus que Poutine», s’esclaffait faussement Mikheil Saakavchili.

Il avait alors prévu une nouvelle opération de communication taillée sur mesure : plusieurs politiciens amis, des dizaines de journalistes, des centaines de sympathisants, devaient accompagner son grand retour en Ukraine le 10 septembre, à partir de la Pologne. Sauf que son cortège de bus n’a jamais approché le poste-frontière désiré de Korczowa-Krakovets, en raison d’une forte présence militaire et du déploiement de «titouchki», des gros bras nationalistes ayant juré de s’en prendre physiquement à Saakashvili. L’exilé se reporte alors sur la gare ferroviaire de Przemysl, et embarque dans un train à destination de Kiev. Sauf que le signal du départ n’est jamais entendu.

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«Ici, dans ce train à quai, c’est la lutte contre l’autoritarisme de Petro Porochenko. S’il peut se permettre de traiter Saakachvili comme cela, il peut s’en prendre à tout le monde», commentait, maquillage soigné et tailleur de luxe, Ioulia Timochenko. L’ancienne égérie de la révolution orange, venue en soutien de Saakachvili, voit dans ses mésaventures un parallèle avec les procès politisés et l’emprisonnement que lui avait imposé Viktor Ianoukovitch, en 2011.

Ioulia Timochenko, figure populiste controversée de la politique ukrainienne, est à la tête de la principale force d’opposition à la Rada (Parlement). Elle soutient aujourd’hui sans complexes celui qui se voudrait un concurrent potentiel. De fait, le parti «Mouvement de nouvelles forces» de Mikheil Saakachvili recueille à peine 2% d’intentions de vote, et sa carrière politique. «Aujourd’hui, ce n’est pas à propos de Saakachvili, confirme le député Moustafa Nayyem, l’un des initiateurs de l’Euromaïdan. Il s’agit de sauver l’héritage du Maïdan, et d’empêcher que l’exécutif ne plonge dans l’arbitraire. Si on ne fait rien aujourd’hui, alors ils se sentiront capables de s’en prendre aux citoyens, aux opposants, à tous ceux qui expriment leur opinion.»

Après trois heures d’attente, la tension monte. L’immobilisation du train est compris comme une indication claire que les autorités ukrainiennes ne souhaitent pas revoir Mikheil Saakachvili sur leur territoire. Les passagers sont aussi ulcérés. Si «Misha» avait été accueilli par des applaudissements à son arrivée à la gare, c’est dans le brouhaha des altercations et prises à partie qu’il décide de repartir en bus, vers le poste-frontière de Medyka-Shehyni. Là, côté ukrainien, c’est une autre farce qui l’attend. Un barrage militaire évocateur de la zone de guerre à l’est du pays, commandé par un officier prétextant une «opération de déminage» impromptue. Entre négociations stériles et échanges d’insultes, le blocage paraît irrémédiable. Ce sont finalement les partisans de Mikheil Saakachvili qui vont écrire l’histoire. Une fois «Misha» en Ukraine, et la stupeur passée, le poste rouvre. L’opération de déminage est oubliée, preuve qu’elle était inventée de toutes pièces.

S’ouvre désormais une période d’incertitude. Le 10 septembre au soir, Mikheil Saakachvili s’est rendu à Lviv, dont le maire Andriy Sadoviy est un opposant politique à Petro Porochenko. Le Géorgien est officiellement apatride, et entré illégalement sur le territoire ukrainien. Le pouvoir, humilié par l’affaire, se cantonne dans ses déclarations à déplorer la violation du droit des frontières. Le Premier ministre, Volodymyr Hroïssman, déplore ainsi une « attaque contre l’intégrité de l’Etat », déjà malmené dans le respect de ses frontières internationales par l’annexion de la Crimée, et la guerre du Donbass.

Petro Porochenko affirme lui se tenir à un traitement juridique, et non politique, de l’affaire. Son Procureur Général, Iouriy Loutsenko, promet d’ailleurs des poursuites judiciaires contre «les organisateurs» de l’assaut du poste-frontière. La police ukrainienne a déjà tenté d’appréhender Saakachvili, mais a renoncé au vu du nombre de ses partisans. S’il est emprisonné, les Ukrainiens pourraient être tentés de répondre positivement à une demande d’extradition de la part de la Géorgie, et de le renvoyer à Tbilissi. « J’espère que ce monsieur (Saakachvili, ed.) sera aussi enthousiaste à rentrer en Géorgie qu’il a été à revenir en Ukraine », a menacé, à mots couverts, celui qui avait été son camarade d’université au début des années 1990. Se poseraient alors des complications d’ordre légal: un Etat ne peut arrêter et extrader qu’une personne titulaire d’un permis de séjour permanent sur son territoire. Il faudrait donc reconnaître que la citoyenneté de Mikheil Saakachvili est toujours valide, du moins son droit à entrer, et séjourner dans le pays. L’Ukraine n’en serait néanmoins pas à son premier défi légal. Beaucoup sont résolus par des amendements ad hoc des textes de lois.

Pour l’heure, regonflé par son accueil triomphal, «Misha» entend entamer un tour des régions d’Ukraine, et remonter à Kiev dans un style napoléonien. Un retour en gloire pour l’exilé, menacé de représailles par les autorités mais aussi de milices nationalistes. Avec, à chaque kilomètre parcouru, le risque d’une escalade des tensions.

TDG: L’Ukraine tente de se faire entendre à la Cour de La Haye

Article publié dans La Tribune de Genève, le 06/03/2017

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“La Russie empêche les citoyens ukrainiens de se sentir en sécurité, où que ce soit, dans leur propre pays” … “Le gouvernement russe soutient directement des groupes terroristes qui tuent des citoyens ukrainiens”. La plaidoirie est claire. Ce 6 mars, les avocats de la délégation ukrainienne à la Cour de Justice Internationale de l’ONU (CJI) sont venus à La Haye pour y chercher justice.

La première journée d’une longue série de plaidoyers pourrait marquer une première victoire de l’Ukraine pour prouver l’implication de la Russie dans la guerre hybride qui se joue depuis 2014, à travers l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass. “Cette affaire nous montrera si le droit international peut s’élever contre des grandes puissances qui ne respectent pas le droit et les droits de l’homme”, espère Oleksiy Makeiev, directeur des affaires politiques au ministère ukrainien des affaires étrangères.

L’Ukraine accuse la Russie de violer deux conventions internationales. La première “pour la répression du financement du terrorisme”. Kiev estime que Moscou est, directement ou indirectement, responsable violences dans l’est du pays ainsi que du crash du Boeing MH17, qui avait causé la mort de 298 personnes en juillet 2014. Deuxième convention: “pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale”. L’Ukraine accuse la Russie de persécuter, entre autres, des Tatars de Crimée et des Ukrainiens.

En Ukraine, le début des plaidoiries est une bouffée d’air frais pour le Président Petro Porochenko. Confronté à des “blocus citoyens” des routes commerciales avec les territoires séparatistes, ison autorité dans les négociations de paix est malmenée par manoeuvres politiciennes. Dans un contexte de violences, persistantes et meurtrières, il semble bienvenu pour l’exécutif d’avoir une chance de défendre sa cause devant la communauté internationale. Les plaidoiries du 6 mars ont été très suivies en Ukraine.

En revanche, les chances de succès de l’Ukraine d’obtenir justice sont faibles dans le cadre de sa première plainte. L’usage du terme “terrorisme” ouvre la possibilité à la partie russe de jouer sur les termes, entre “terrorisme” et “séparatisme”. La délégation russe a fait savoir qu’elle userait de “tous les moyens légaux possibles”, notamment en mettant en cause la juridiction de la CJI. En 2011, une plainte similaire de la Géorgie contre la Russie dans le cadre de la guerre de 2008 n’a pas abouti pour cette raison.

Un premier avis pourrait être rendu courant avril. Mais la procédure en justice est prévue pour durer plusieurs mois, voire plus d’un an. Quand bien même l’Ukraine se verrait reconnue dans son droit, la CIJ “ne se prononcera pas sur l’usage de la force dans un pays souverain, ou l’annexion illégale de la Crimée, en raison des limites de ses compétences”, explique le docteur Iryna Martchouk, de l’université de Copenhague. “La Cour ne fournira pas les réponses que les Ukrainiens attendent vraiment”.

LLB: Et pendant ce temps, le Donbass toujours sous les bombes…

Article publié dans la Libre Belgique, le 12/08/2016

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“Un soldat ukrainien est mort le 10 août, quatre autres ont été blessés”. Lu d’un ton toujours plus laconique, le rapport quotidien du colonel Oleksandr Motuzyanyk, porte-parole des forces armées ukrainiennes à Kiev, fait état de la situation dans l’est de l’Ukraine. Loin des accusations et indignations des Russes et des Ukrainiens autour d’une prétendue tentative d’attaque terroriste en Crimée annexée par la Russie, la guerre reprend de l’ampleur dans le Donbass.

Une trentaine de soldats ukrainiens sont morts au cours du mois de juillet. Un chiffre record depuis la signature des Accords de Minsk, en février 2015. Ce bilan n’inclut néanmoins ni les pertes des bataillons de volontaires, ni celles des forces russes et pro-russes, ni les victimes civiles. Selon l’ONU, plus de 9500 personnes ont péri dans ce conflit hybride. Une estimation sous-évaluée, pour la plupart des observateurs.

Lire le reste de l’article – et du dossier attenant – ici (accès abonnés)

RFI: Saakachvili/Iatseniouk, quand deux leaders se font la « guéguerre »

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 09/09/2015

Une nouvelle « guéguerre » politique se déroule en Ukraine. Cette fois, c’est Mikheïl Saakachvili, ancien président de Géorgie et actuel gouverneur d’Odessa, qui entre en opposition frontale avec le Premier ministre Arseni Iatseniouk. Il l’accuse de freiner les réformes, d’encourager la corruption et favoriser les oligarques. Tout un programme…

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Vous pouvez nous en dire plus sur ces accusations? 

Oui, comme vous le dites, c’est tout un programme, qui se résume en une accusation principale: le gouvernement central saboterait TOUT le travail que Mikheil Saakachvili entreprend dans la région d’Odessa. Arséni Iatseniouk freinerait la réforme de la justice, il torpillerait le nettoyage des douanes, il l’empêcherait de construire des routes, il détournerait même les routes de contrebande à son profit.

Comme on peut s’y attendre, le premier ministre dément catégoriquement ces accusations. Il vient juste d’être sacré par Christine Lagarde, la directrice du FMI, comme un réformateur intègre et audacieux, et il y tient. Arséni Iatseniouk affirme que Mikheil Saakachvili est lui sont “dans le même bateau”, celui des réformes, et le ramène à un être émotionnel et impulsif. Pour l’instant, on en est à une guerre des mots, mais c’est bien une guerre.

Mais pourquoi ces accusations maintenant? 

Cela fait un peu plus de trois mois, donc 100 jours, que Mikeil Saakachvili a été nommé gouverneur par le Président Petro Porochenko. C’est l’heure de tirer un premier bilan. Mais plus généralement, Mikheil Saakachvili alimente une critique généralisée en Ukraine. lui qui avait changé radicalement la Géorgie, il considère que les réformes d’Arséni Iatseniouk ne sont pas des vraies réformes.

La guerre ouverte entre les deux hommes coincide avec le lancement, le 1er septembre, d’une pétition à l’attention de Petro Porochenko, afin de lui demander de nommer Mikheil Saakachvili premier ministre. Il fallait 25000 signatures pour que cette pétition soit légalement validée: ce matin, elle en avait déjà recueilli plus de 29000. Mikheil Saakachvili a répété plusieurs fois qu’il ne visait pas le poste de Premier ministre. Mais il a publiquement appelé à une refonte du gouvernement à Kiev, donc on verra quelle suite le Président donnera à cette pétition.

Et le Président Petro Porochenko, là-dedans, il en pense quoi? 

Pour l’instant, silence radio. Mais on sait bien que le Président est très proche de Mikheil Saakachvili, alors que la cohabitation avec le Premier ministre est un calvaire. Les critiques de Mikheil Saakachvili sont donc sans doute l’écho des contrariétés de la présidence.

D’autant que pour l’instant, Mikheil Saakachvili est très pratique pour Petro Porochenko, par exemple pour lutter contre certains oligarques, comme le sulfureux Ihor Kolomoiski, sans déclencher un affrontement frontal. Ihor Kolomoiski a véritablement le tandem Porochenko/Saakachvili dans le nez, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais il réserve de fait ses charges à Mikheil Saakachvili, et épargne un peu le président ukrainien. Juste pour terminer: l’oligarque a récemment comparé le gouverneur à un “chien qui aboie, un petit chien qu’il faudrait raccompagner dans sa Géorgie natale avec récompense pour celui qui l’aura trouvé”. Voilà. En Ukraine, il y a beaucoup de choses qui changent. Mais ce qui est sûr, c’est que les querelles politiciennes sont toujours autant controversées et colorées Là-dessus, c’est sûr, rien n’a changé depuis la Révolution de la Dignité.

Ecouter la séquence ici

Libération: Petro Porochenko: « Poutine ira aussi loin que l’on y autorisera »

« Evènement Ukraine », avec un entretien de Petro Porochenko, publié dans Libération, le 12/08/2015

Cet entretien a été conduit dans le bâtiment de l’administration présidentielle, à Kiev, le samedi 1er août. Il a été réalisé conjointement avec deux journalistes. STEFAN SCHOCHER (à droite sur la photo) pour le journal autrichien “Kurier”. JUSSI Niemeläinen (à gauche) pour “Helsingin Sanomat”, en Finlande. 

L’escalade des combats dans l’Est, où les rebelles séparatistes prorusses auraient tenté plusieurs offensives avec des chars, a incité le président ukrainien, Petro Porochenko, à demander lundi des consultations d’urgence avec Paris, Berlin et Moscou, les capitales qui ont parrainé les accords de Minsk en février. Les combats les plus violents ont eu lieu ce week-end autour de la ville de Starohnativka, à mi-chemin entre le bastion séparatiste de Donestk et le port de Marioupol, dernière grande ville de la zone restée sous le contrôle de Kiev. Les autorités ukrainiennes ont recensé 127 attaques, le chiffre le …

(Lire le reste de l’entretien ici (accès libre à partir du 14/08/2015)

RTS: Odessa en ébullition depuis l’accession de Mikheil Saakachvili au poste de gouverneur

Reportage diffusé dans le Journal de 12h30, sur la RTS Info, le 11/07/2015

En Ukraine, la ville d’Odessa est en ébullition depuis plus d’un mois, depuis que l’ancien président de Géorgie, Mikheil Saakachvili, y a été nommé gouverneur. Réformateur de choc, il veut tout bouleverser dans la ville portuaire, jugée comme l’une des plus corrompues du pays et menacée par le spectre de la guerre.
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Il est hors de question de se laisser gagner par les douceurs de l’été sur les bords de la mer noire. Pour le tourbillon Mikheil Saakachvili, la logique est simple: il faut répéter le succès des réformes géorgiennes pour sauver l’Ukraine.

Saakachvili: L’Ukraine a de gros problèmes. Nos bureaucrates ne reçoivent pas de bons salaires, beaucoup d’entre eux sont en fait payés par les oligarques. Le gouvernement ne peut pas assurer des services de base. Et évidemment, à cause de tout cela, les gens n’ont pas confiance dans les institutions! 

Dans un rythme effréné et très médiatisé, le nouveau gouverneur va à la rencontre des habitants de cette région stratégique et difficile. Il en tire tout son bon sens.

Saakachvili: Un homme m’a demandé un soutien de la région pour construire une nouvelle école. Un autre l’a interpellé en disant: ne lui demande pas de construire quoique ce soit, demande lui d’abord de détruire le système!

Mikheil Saakachvili se revendique radical: il renvoie en une semaine plus de 500 employés de son administration régionale,multiplie les scandales, et entre en guerre contre les oligarques.

En déplacement à Odessa, l’ambassadeur des Etats-Unis Goeffrey Pyatt ne s’y est pas trompé. En plus d’instructeurs de police californiens, son gouvernement va verser un salaire décent à la nouvelle équipe, afin qu’elle reste incorruptible.

Geoffrey Pyatt: Les lignes de front de la guerre contre la corruption sont ici, à Odessa. Et nous voulons aider, afin que les déclarations du gouverneur puissent devenir réalité et prouver que le système change.

Le gouverneur hyperactif a néanmoins des compétences limitées, comme le reconnaît Sasha Borovik, un de ses conseillers.

Sasha Borovik: Tout le monde comprend bien que ce n’est pas l’équipe de Saakachvili qui va changer les choses. Nous ne faisons que mettre un nom sur les changements nécessaires. Nous en parlons avec Kiev, avec la société, nous montrons ce que nous voulons faire. Mais le plus important, c’est que les habitants de la région réagissent!

Pour l’heure, la population observe, bouchée bée, cette agitation inhabituelle. Un an et demie après la Révolution de la Dignité, les Odéssites attendent des résultats concrets de cette Révolution Saakachvili.

Ecouter le reportage ici

La Libre Belgique: Odessa, la ville de la dernière chance pour Mikheil Saakachvili

Reportage publié dans La Libre Belgique, le 10/07/2015

Dans un village où je me suis rendu récemment, un habitant m’a demandé un soutien de la région pour construire un centre culturel. Un autre l’a interpellé : ‘Ne lui demande pas de construire quoi que ce soit, demande-lui d’abord de détruire le système !’  » Le sourire aux lèvres, Mikheil Saakachvili affiche une confiance à toute épreuve. Chacune de ses journées en tant que gouverneur d’Odessa le conforte dans les choix radicaux qu’il impose à sa ville d’adoption.

« Mon programme est simple , poursuit-il. Eradiquer la corruption. Eliminer la criminalité. Créer de nouvelles possibilités. » Autant dire que l’ancien président de Géorgie trépigne d’impatience sur son fauteuil. Au rythme d’un emploi du temps effréné et imprévisible, il n’a pas une minute à perdre pour « rompre le cercle vicieux du désespoir ».

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Opération « mains propres »

Quelques semaines après sa nomination surprise, fin mai, par le président Petro Porochenko, « Micha » est incontournable. « Odessa me rappelle la Géorgie des années 1990 : pleine de corruption, de criminels, avec une administration pléthorique et des routes horribles. Comme un air de déjà-vu.«  Première mission pour lui et son équipe de fidèles réformateurs : nettoyer la police, le bureau du procureur, les douanes, ou encore l’administration régionale.

Lire le reste du reportage ici (accès abonnés)

RFI: Tolérance Corruption zéro pour la nouvelle police

Article publié sur le site de RFI, le 10/07/2015

Une nouvelle police a été présentée en grande pompe le 4 juillet dans le centre de Kiev. Le nom « police » tranche avec l’appellation traditionnelle de « milice » héritée de l’Union soviétique. Mais plus qu’une question de symbole, on espère que ses recrues qui sont jeunes, bien entraînées et bien payées seront aussi incorruptibles.

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C’est la réforme la plus visible du gouvernement ukrainien. Près de 2 000 nouveaux agents affectés à la police de Kiev ont prêté serment officiellement le 4 juillet dernier sur l’une des principales places de la capitale en présence du président de l’Ukraine, Petro Porochenko, du Premier ministre, Arseni Iatseniouk, et de tout un parterre de personnalités et de journalistes. Bien en rang, vêtus d’uniformes neufs tout juste importés des Etats-Unis et dotés de voitures neuves, ces agents avaient l’air fier, droit et enthousiaste. Parmi les recrues de la nouvelle police de Kiev, environ 27 % de femmes, ce qui en fait l’une des plus féminisées en Europe !

La foule qui assistait à la présentation était elle aussi enjouée. Tout le samedi, les nouveaux policiers ont déambulé sous le soleil à travers les rues de la capitale avec leurs familles, applaudis, encouragés et pris en photo par les habitants. Jusqu’à 9 heures du soir, où ils ont officiellement pris leurs fonctions et commencé à remplacer l’ancienne milice.

Trois fois le salaire d’un milicien

La réforme a été pilotée par la vice-ministre de l’Intérieur, Ekaterina Zguladze, qui avait codirigé il y a quelques années la réforme de la police dans sa Géorgie natale. La logique de cette petite révolution, c’est de se débarrasser des anciennes unités de milice et de police de la route, qui sont critiquées comme incompétentes, peu qualifiées et surtout très corrompues. En Géorgie, le gouvernement avait pris des mesures de choc en divisant les effectifs de la police par deux en l’espace de quelques semaines, ce qui avait produit des résultats remarquables. En Ukraine, elle n’a pas pu faire la même chose. Mais elle commence avec cette expérience de quelque 2 000 policiers basés à Kiev.

Ils sont jeunes, pour la plupart de moins de 35 ans, ils ont été recrutés et formés pendant des mois et surtout, ils sont bien payés : environ 350 euros par mois, soit près de trois fois le salaire d’un milicien. L’idée étant de supprimer les raisons de demander des pots-de-vin, d’éradiquer tout risque de corruption et d’adopter une tolérance zéro avec les officiers corrompus. Si cela se concrétise à Kiev, l’expérience doit être étendue à toute l’Ukraine.

Cette réforme a-t-elle des chances de réussir ? C’est là tout l’enjeu. Il y a des critères esthétiques évidents, comme ne plus devoir verser de bakchich à chaque contrôle routier. Ou encore, les Kiéviens s’émerveillent de voir la nouvelle police lutter contre les parkings illégaux qui encombrent les trottoirs de la capitale. Mais à côté de cette nouvelle police, les autres unités des forces de l’ordre ne changent pas, par exemple, les services secrets ou les forces anti-émeutes.

Le patron de la police, le ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, a une réputation toujours plus sulfureuse. Autre point très important : la réforme de la justice est au point mort. Aussi comment imaginer que les policiers effectuent un travail crédible si les tribunaux demeurent aussi opaques et si les magistrats sont aussi corrompus qu’auparavant ? Au-delà du changement de style, des beaux uniformes et des voitures neuves, les Ukrainiens attendent toujours des réformes en profondeur. Et durables.

Minister Kvitashvili: I leave at peace, yet this the last chance for reform

Interview with Ukrainian Health Minister Oleksandr Kvitashvili, conducted in Kyiv, on 4th July 2015.

He seems good to go. On Saturday, 4th July, Oleksandr Kvitashvili appears surprisingly relax as he walks through the corridors of an empty Ministry of Health, in Kyiv. Voted as Health Minister by the Verkhovna Rada on 2nd December 2014, he tendered his resignation on 2nd July. Earlier, the Bloc of Petro Poroshenko, the main parliamentary faction in the Parliament, initiated his dismissal. 

A former reformer Minister of health in his native Georgia, Oleksandr Kvitashvili came to Ukraine as a “hired help”, as he likes to describes himself. At the head of one of the most notoriously corrupt ministries in the country, “Sandro”, as his employees name him, initiated some structural reforms of the healthcare system, tried to simplify its regulations and procurement rules, and restructured the functioning of its administration. In doing so, the Minister faced the resistance of several political and financial interests, which had benefited from the deficiencies of the healthcare system for the past two decades. Under strong criticism from political parties and representatives of the civil society for a dramatic lack of results in the course of his seven-months in office, Oleksandr Kvitashvili insists on the huge efforts he and his team made and the lack of unity between the executive and legislative branches of the state authorities. A 130-page package of structural changes and reforms is pending for approval in Parliament for a few months already. 

There are mixed opinions. According to Vitaliy Shabunin, head of the « Anti-corruption Action Center » in Kiev, his dismissal was « long overdue » because of his lack of results. Dmytro Sherembey, head of the « Patients of Ukraine » association, has repeatedly accused the Minister of perpetuating the corrupt and inefficient schemes of the past, which led, for example, to some tense moments in the supply of HIV/AIDS and TB treatments. Some of the Georgian reformers now in Ukraine, Kvitashvili’s former colleagues in Georgia, praise him as a very pragmatic and efficient reformer and manager and an apolitical technician. Yet this is not necessarily a compliment, as Mikheil Saakachvili, Georgia’s former President and new Governor of the Odessa oblast (region) stresses: « I was calling him over the past several months to be more efficient, to be more radical. He started to behave like a perfect old-style Ukrainian civil official. He is a good guy, but not taking bribes himself is not enough when everyone else around keeps taking bribes. He had to be more radical, that’s why he lost his job ». 

Whatever the reasons for Oleksandr Kvitshavili’s departure, his case is quite symbolic: he is the first of the « foreign reformers and experts » invited to reform Ukraine to leave his position. He still does not consider leaving Ukraine though. He keeps his Ukrainian passport and assures that he wishes to find new ways to help the country. 

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How long will you stay Minister of Health? 

It depends on how long it will take for the Parliament to vote me out. I assume it‘s early next week. I Hope it will be early next week because I would like to hand over things to a new person. Create a precedent that one person leaves without lawsuits and scandals and organise a proper handover.

I have no idea of who will come next, no clue. There are some rumours about 6 or 7 people but I don’t know how true that is. I don’t think anyone actually thought about a replacement because the situation went hectic in the Parliament in a very short time.

And my decision was motivated by a very simple fact: if the faction that had supported me to be appointed is questioning my tenure here; it’s better to leave than to start fighting and create some kind of really heavy atmosphere. That’s not what the country needs; the country needs some quiet time and proper handovers continuation with the reforms. that was a decision based on that.

If the faction that had supported me to be appointed is questioning my tenure here; it’s better to leave than to start fighting and create some kind of really heavy atmosphere.

Have you had any contact with the faction of the Bloc of Petro Poroshenko, which initiated your dismissal? 

Yes, of course. There are some members who have always been interested in what’s going on and they have a clear understanding of where we stand. But considering that my dismissal was initiated by the head of the faction (Yuriy Lutsenko, ed.), who hasn’t really contacted me or enquired about the state of affairs at the ministry, I considered it was a political decision.

It’s not my first time in government, I understand how it works. The only regret that I have is that there so many things that are ready, that need a final push – and I am pretty sure the final push is going to happen – my only regret is that I won’t be me pushing that. My logic is that if I am some kind of barrier towards moving forward, then, I would rather remove this barrier myself than of creating a crisis which no one really needs here.

Several Members of Parliament complained that you would not communicate enough on your reforms and not show up to parliamentary committees… 

We did have a working communication. There were several very active deputies who would come here and offer their help. Some of them traveled with me several times to meet with oblast administrations and demonstrate that there was a support from the Parliament for reforms. It’s a very eclectic coalition in the Parliament. some groups are genuinely interested in changes. The Samopomich faction as a faction in general is very progressive and determined to make a good change. They have a very good agenda, they are young and ambitious and they have been very supportive.

But again, it’s a coalition with 5 subjects. Coalition governments are always very ineffective in pushing hard changes. Not just in Ukraine, pretty much everywhere. There is always a certain level of populism and without a strong vertical of executive power – pushing not popular reforms is very difficult. You saw the dynamics the other day on the issue of the law on deposits, which is a disastrous decision and is going to ruin the financial sector of the country that stands. When you have a Parliament with more than 400 MPs, which rules the country according to the Constitution, it’s very hard to push for hard changes.

You said that your dismissal was a political decision. Do you believe it was motivated by some financial interests you countered during your time in office? 

We started to dismantle the system that has been building on its own and with the help of different interest groups over the past 25 years. We are talking about several hundreds of millions of euros in procurement, not just for drugs but also for equipment and other financial matters. the way the procurement of medicine was done in the past was completely untransparent. It is very hard to understand the logic why some pharmaceutical groups were selected over the other. Sometimes the budget was split 50% for the brand and 50% for the generics. Obviously the brand drugs are 4 or 5 times higher. So we attacked that, we changed the way the procurement is done, we removed all those different groups that were formulating the need for the country.

Ironically, for the past few years, Ukraine was buying pharmaceuticals based on the amount of money that is available rather than calculating the needs. The only two programs that have more or less decent statistics are Tuberculosis (TB) and HIV/AIDS, only because there is strong invvolment from the Global Fund, USAID and other international donors that actually made sure that the lists of the patients are, if not 100%, with a high probablity, accurate. But if you look at the other 17 state programs, there are serious issues with the number of patients who were anything for. There was never a time when someone actually calcuted the actual needs. Which we did.

Everybody focused on the tendering processes. But there are two even more important components in it: how and by what means is the list of pharmaceutical companies determined? And what is the distribution vertical? That was two big black holes.

What did you do to reform the state procurement system? 

I kept saying that there is no country in the world, including the US and other wealthy countries, where the state buys 100% volume of very expensive medications for the patients. It’s always a combination of state funds, private funds, international organisations, individuals and so forth. For us to determine that, we need to know which are the numbers that we need. People kept asking me how is it possible that in one oblast there is a surplus of something and in another there is a deficit of something and that we have to manually move things around. That’s because proper calculations were never done. There are no electronic registries of patients, no electronic database whatsoever, apart from TB and HIV/AIDS. Which is one of the changes I tried to push for.

There was a lot of criticism of the state procurement for those communicable and incommunicable diseases. Everybody focused on the tendering processes. But there are two even more important components in it: how and by what means is the list of pharmaceutical companies determined? And what is the distribution vertical? That was two big black holes.

There is a state agency that ensures the distribution across the country: We discovered last month that they had a beta version, a 99% operational system of an electronic supply management system that has never been used. This is a system that traces the pill all the way down to the last consumer. The biggest part of it was done, all we had to do was to start registering people that were getting it. And nobody thought of pushing it last year. We finished finalising that program and the new procurement which will start in a week or so will be based on this software. They have 25,000 distribution points across the country. It’s a phenomenally well done program but no one was using it. Because it’s easy to manipulate the numbers when you don’t have an exact understanding of what is the end need.

Wen I would ask at the beginning of my started my career here – what is the coverage of the Hepatatis program? The answer would be: « we procured 95% – 95% Of the needs? – « No, of the budget ». It is very hard to make sense of such a figure especially considering the dramatic devaluation this year. So we tried to change the way we do these things. Now it’s easier to go to international organisations and say that we will have a deficit here and there.

And yet there is still a risk of an outbreak of polio epidemics…? 

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The polio vaccination is a very good example. Ukraine has less than 30% coverage of the polio. Which is not only a threat to the country but also for the whole continent of Europe. The polio had been eradicated for so long, but now with the situation in the East, on non-controllable territories, we are at risk. We have done contact with the  UNICEF and the Canadian government and we presented our numbers: there no proper vaccination since 2009; these are the numbers that we need to cover the newborns until the end of the year and this is the number we need to go back six years and revaccinate everyone. Since the numbers appeared, our partners were quick to respond, the Canadian government gave 3,5 billion Canadian dollars and Unicef did the procurement through Sanofi. On other vaccines, the Polish government is helping us according to the same tools.

No one had ever done a proper calculation of current needs and future needs, and definitely not of how to go back and revaccinate. The country had been taking commitments on increasing the number of treated patients in HIV for example, which is a commitment to the Global Fund. However, no one has allocated any money. No one has actually identified whether the 25% increase is only on paper or corresponds to a real need. Of course, one has to focus on treatment, on the existing cases. But one has to also fund prevention, early diagnostic, diagnostic in general. And if you look at the way Ukraine has been handling the portion of the state programs on HIV and TB compared to the procurements made by the Global Fund, you see major differences in the numbers. For example, per one patient, Ukraine pays roughly 83 dollars per year. Considering there are 40,000 patients, it is a lot of money. and its very difficult to trace because the end result is very vague and unclear. As for the HIV test devices, which need to be done twice a year per patients on average, the average market price in Europe is about 9 euros. Ukraine buys them for 42 dollars. Questions arise: why?

After 7 months in office, you probably have some answers to this question? 

Of course. The everlasting fear of corruption is a big part of it. Plus some regulations were made to counter it which made corruption even more possible.

Also, because of excessive regulations, the state does not have the discretion to use the best way to buy medication. Let’s consider the example of Holland, which does not have the same problem with corruption at least at the level of Ukraine. The government has multi-year contracts for vaccines for example. 75% are supplied by Glaxo and 25% by Sanofi. It’s a 3 to 5 year program. I initiated this in Georgia, and I tried to initiate it here. Why? because you agree on 3-year plan, the manufacturer has clear figures of the needs and they don’t loose ressources on storaging or anything like that. You agree on the price, which base remains the same during the contract. it’s a win-win situation. Unfortunately, current procurement regulations and laws in Ukraine do not allow that. we have to go through tendering processes. That was also on the agenda to change.

State registration of pharmaceuticals is also a very strong tool to manipulate pharmaceutical and procurement markets. You may register or not register something or may not re-register something and that puts this particular product on hold. To register a product, the manufacturer has to go through a process which is lengthy, corrupt, disgusting. No one would want to do it. Another initiative was to give the ministry a discretion to register the life-saving medication on its own. The way we did it in Georgia was just to say that if it is on the list certified by WHO and UNICEF, then it is automatically registered in Georgia. Period. That makes everybody’s life easier.

Regulation in Ukraine has gone way beyond protecting consumers rights.

You keep talking about the things you tried to push for. Is there any concrete results you achieved? 

You have to do things in waves here. The first wave was this 130 page changes in laws that completely reforms the healthcare system. It has yet to be voted by the Parliament. The second step was to do the deregulation: removing all barriers for the pharmaceutical companies and medical equipment to enter the market. One of my favorite examples is a « certificate of appropriation », something like that. Basically it means that a liniar accelerator for the treatment of cancer would have to get this certificate upon coming to Ukraine, in order to prove that it is not a washing machine. 

All these little things, including officially fees you have to pay and the bribes you have to produce really hampered the development of new technologies. In Georgian capital, Tbilissi, which is a 1,6 million city, has 11 linear accelerators, which is in the European average. Ukraine, which is a 44-million country, has 17 linear accelerators in the entire country. And Georgia is a lot poorer than Ukraine. 

The reason that I am saying that is that regulation in Ukraine has gone way beyond protecting consumers rights. Because of regulations, there is a staggering number of counterfeit medication on the market. It will not work if we do not deregulate. Even the European Union, which is an organisation that regulates the size of a cucumber, is asking for deregulation.

With such drastic changes you wanted to push, you probably stepped on someone else’s toes, meaning pharmaceutical companies and their middlemen…? 

Those interest groups do not want to change. Journalists ask me: “Who is it?” But it’s not one person, because that would be easy to deal with that. It’s different groups of interests: the pharmaceutical companies, the ones who have created bogus middlemen, the companies involved in the distribution market, etc. It’s a huge system. you have to start removing the regulatory barriers in order for all this to start breathing. Currently the entire country is in a state of coma, you have to give it a chance to breathe. Not just in health but in every direction. That’s why it comes to the point of unity between the executive and legislative powers. Everybody’s interest should be to move forward. We did some analysis, and over the past 7 months: 70% of the legal changes proposed by the Cabinet have been killed at the level of the Parliament. The ¨Prime Minister made that statement a few weeks ago.

I believe this is the last chance to reform the healthcare system in a proper way.

To give you an idea: the ministry of justice has had this big set of changes ready since April, which would enable Ukraine to move up 30 points in the use of doing business ranking. It is estimated that every step up is worth half a billion dollars of investments. So we lost 15 billion dollars simply because the Parliament did not find time to vote on these things. And for the 2016 ranking, we already missed the time to report that those things might be passed.The Finance minister is vivid because a set of laws that are absolutely necessary to be passed to receive about 3 billion dollars from the World bank financing and is a pre-condition for the IMF financing; have not been passed. So without the unity of the Parliament and executive powers, reforms will not happen.

I believe that if Ukraine has to go ahead with those changes, not because I sat down and wrote them with my team of Ukrainian and international experts. I believe this is the last chance to reform the healthcare system in a proper way. Because if this reform is postponed, if we still do not have purchase or provider split, if we still do not have autonomous network of hospitals, if we still do not switch from per-bed financing to paying for the services, the system will collapse financially and infrastructurally. Ukraine has 9 beds per 1000 population. Sweden, which has a much more developed welfare state is a much more socially oriented state, has 2,7 beds per 1000 inhabitants. The average length of stay is 13 days in hospitals in Ukraine, 5 in Sweden. Sweden, in addition to everything, has proper method of financing healthcare. Ukraine’s method of financing is based on the number of beds and the length of stay. Not on the real needs! It does not involve quality control, it does not look at the outcome.

And the money that the state has to finance the infrastructure is only one third of what is required for the infrastructure to be sustained. So ideally to cover 100% of the expenses, you need either to reduce them by 2/3, which is impossible to do at this point. Or you work to allow the system to earn money legally. Nowadays, 2/3 of all the expenditures in healthcare in Ukraine are informal. Meaning money that goes from patient’s pocket to doctor’s pocket. It is estimated by the World Bank that it is roughly 10 billion dollars a year. I assume it is more around 8 but still, it is a very large amount of money, that is not accounted for, not reinvested into the system. It goes into buying smartphones and Porshe Cayenne and that sort of things. The legislative changes we proposed open up the system for the reinvestment of the money. If you don’t legalize the system, the state funds will not be able to sustain it, it shall collapse. The Prime Minister and the President are aware of this, they have been very strong supporters of the changes. So I really hope the MPs realise that too and that they will vote the changes and at least initiate the salvation of the system, which is on the verge of complete collapse.

Back in Georgia you pursued the privatisation of the healthcare system and the involvement of private investors. Do you recommend such a policy here? 

You cannot compare Georgia with Ukraine, population-wise. Also, it was different then. Because the Georgian healthcare system collapsed in the 1990’s and there was a natural optimisation of the system that happened there. The set of reforms we are trying to push here happened back in 1995-96! so the system started to breathe a little bit better. When we go to the 2000’s, the system was collapsing purely because it was old buildings, no capital investment, nothing. The state would never have that amount of money to save the whole system. That is why decision was made to privatise, so that private money would come in to help the state; and the state would concentrate on service provision only for the population. The state would buy services and investors would invest in equipment, buildings and so forth. There, it worked.

There, we did different kind of schemes. For example, there used to be old hospitals in the ancient part of Tbilissi. They used to be hotels, which communists turned into hospitals. So by no standard, including Soviet, you could have a hospital there. So we would tell a developer or a private company: “Look, you can have this asset, which is valued at whatever price. In exchange, we want you to build a modern, well-equipped hospital in this location, outside of the center, where we develop cluster for help services. Once you’re done and that you have moved the hospital there in a proper way, you can have the asset.”

I don’t believe that it can happen in Ukraine now for several reasons. First , nobody would buy those assets that are hospitals now. The vast majority of them was built in the 1970-80’s, those are massive, huge structures, with 1,600 beds and operational costs going through the roof. If I would have some money, I would never buy such an asset and invest in it. What I do expect is that once the system is open, there will be lots of private money to come in to build new networks of hospitals and clinics. There will be modern buildings with modern services and proper planning. There is an art of how hospitals operate, where physical movement of staff and patients is important. It’s not the case here.

Plus, people have a sensitive attitude toward privatisation in general in Ukraine. Because every privatisation process that happened over the past 25 years was really not what you and I would call fair and transparent… When you don’t have that kind of trust, things don’t go well.

When you improve statistics, numbers get worse.

Ukraine is the only country in Europe with Russia where the HIV/AIDS epidemics keeps growing. The TB epidemics is hardly under control. What do you think should be done to counter these trends? 

I would be looking at this for a long time as I worked as a consultant for the Network of People Living with HIV/AIDS before I came to work in this position. I am preparing the society to the fact that when you improve statistics, numbers get worse. It is true, because once you have better diagnostics, better coverage, better access to help, things are discovered that before were unknown. When we did reforms in Georgia, first two years, every single statistics got worse. Because we started seeing the real picture. The two programs on HIV/AIDS and TB, which are administered by the State, USAID and the Global Fund; they improve the statistics, which is quite contrary to a better understanding of what’s happening! We need to develop proper data.

The second thing is diagnostics. There is no proper system of diagnostics. In Georgia, there has not been a mother-to-child transfer of HIV since 1997. Because there is mandatory testing of blood for every pregnant woman. This is not the case in Ukraine. Having a very weak link, which is the primary healthcare in Ukraine in general also plays a negative role in that. Public healthcare functions are not working properly. The especially weak link of epidemiological coverage in Ukraine also plays a role in that. We do not have any European-looking Control Disease Center and the disease control mechanisms are not working properly. There is a lack of TB diagnostics. There is an issue of cross-diagnostics between TB and HIV. The penitentiary system, I don’t even know what is happening there but I assume that this is a nest of horror stories.

In he complex, you cannot fix all that if you do not have some kind of system in place on the venal use of drugs, on the whole problem of drugs. And this is where you are in close link with police, with prosecuting agencies, border guards, and so forth. There is a complex of problems that were completely overlooked and under-reported in this country.

Isn’t it also because of the level of discrimination against TB and HV/AIDS patients? We know that they are still considered as parasites and social degenerates by some large segments of the society, even within the medical staff. 

In the big cities, the quality of doctors is slightly better. Because at least there, doctors understand they will not get infected with TB if they shake somebody’s hand. But the smaller places you go to, you find some cases of doctors refusing surgical treatment for HIV positives. But this is a very complex issue of the society in general. As long as this issue is tackled by different actors and organisations, it’s a progress. But the society has to embrace these concepts and understand basic things about HIV and TB. I had TB myself in 2002. I was stunned. I never had any symptoms and I was just doing a medical check-up to get a Green Card and the doctor told me I had huge scars… From then I put myself on many public messages and videos to explain. TB is not a social disease, confined to a certain group of people, anybody can get that. People have to understand what are the risks and what are not the risks.

But again, there are some structural problems. Professionals from prevention campaigns complain that it is hard for them to incite people to get test for HIV, as there are running out of testing equipments in several parts of the country… 

Again, everything is about making money, not about good aspirations of public officials. In 2013, they bought a lot of things, something like 120% of the needs. The procurement was done very well, at a very high quality. Although we do know that they stole quite a lot of money, they did buy a lot. After the change of government, my predecessor (Oleh Musiy, ed.) could not do the procurement in June, July, August… and they had to do it in December. The only reason that they system did not collapse is because of the procurement of last year. So it means that they used all supplies that they had over the past year, and there was even some that was used in the first months of this year. When they did the procurement in December, they gave all the companies that were paid in December the ability to postpone the shipment of the medication for 180 days – six months! This is just ridiculous and I really would like someone to prosecute this.

You know, the usual crap.

So we received the legacy that there were no supplies left and that there was a 180-day delay in the shipment of the medication. Now, these things are coming in because the time is up. So we receive now everything that was procured in December last year. There was a time when things were running very thin. And of course, every company had middlemen and the companies that won the tender never repaid the manufacturers and so on and so forth. So we had to deal with it manually: calling up, scaring someone, calling the Ministry of Interior and using their force… You know, the usual crap.

But what about the 30,000 HIV treatments, which the state purchased and activists claim were never delivered to pharmacies…? 

That’s a different story. And by the way, the patients’ organisations knew that very well. But I understand they also need some public relations… There was a « Vector Pharma » company that received money on December 19, 2014. The manufacturer was an Indian company that had manufactured 100% of the pharmaceuticals already. By March, it was labelled in Ukrainian, manufactured, done. The company that won the tender never paid the manufacturer a penny throughout March. In April we learned about that. The deadline for delivery they had was June 19th, and we realised that there is a problem. So we called the manufacturer and asked whether there was no money transferred.

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Then we called this company to ask what the hell was going on. They said that the currency was devaluated and that they could not pay what they owned to the manufacturer. « That’s Bullshit, because we paid you in December and  the devaluation happened in February. So if you had transferred the money in January, nothing would have happened ». Then they went and sued us. They were asking for 8 million hryvnias to be given to them as a difference. But they never showed the proof that they tried to buy currency. They actually never did, they were trying to embezzle the money as I understand. Then I went to the Prime Minister in May and told him “Look we have supplies until the end of June – mid-July. And there is a risk that these guys are going to do something funny. So I need your help.” And for two weeks, the owners of the middleman company would not come to us nor return our calls. So then I told the Prime Minister to give the order to the Ministry of Interior to get involved. When he made the statement, within 15 minutes, the President of the company called my deputy and said he was ready to come and meet us.

Read a post-ed by Dmytro Sherembey, head of the « Patients of Ukraine » association: « I am doomed » (Я обречен)

At this point, they still have 4 million to pay to the manufacturer. And we have been involving the President of the manufacturer company, which is a huge company, covering some 20% of US market; the ambassador in India has been involved… That’s why I am disappointed when Dmytro Sherembey says we have been doing nothing. And they paid the first 10%, that came in, and one of the drugs is covered 100%. Then they paid another 15% and so on… We get confirmations by the manufacturers. They pay in chunks.

The tense moment was when we got to the two-week period time. We do the looking up every week through a video conference with all HIV centres across the country. Last time we talked, they ensured me that everything is covered until the end of this month. Plus the new shipments are finally coming in. And we also have a Plan B, which is the Global Fund: there is a savings of about 7 millions there and it would take about 5 days to get everything down here. So we will not have any shortage or deficit.

You are now about to leave. How can you make sure that this kind of tense moment does not happen again? 

It will not happen again because we changed the regulations. The way things worked was very strange. When I asked the large manufacturers who are based here and who qualify for such tenders why they always rely on these distributors and middlemen; they said they were told in a friendly conversation that it was better not to participate. On July 9, we organise a huge meeting with the top 20 manufacturers, producers and importers of pharmaceuticals here in the Ministry. We are going to show them how we will be doing the tending process, and we will be encouraging them to participate and not to leave us with the middlemen. And of course, we are removing this 180-day postponement…

This is incredibly ridiculous. Of course, « Vector-Pharma’ said that it was a Cabinet of Ministers requirement. But no! It said “up to 180 days”. It was possible to deliver before! Of course, it had to make sense for someone who got something in return… The manufacturer is also in a very tricky position because that product if labelled for the Ukrainian market, it’s in Ukrainian. For it to be sold on other markets, it would take a lot of hassle.

How does the war in Donbass affect the evolution of the TB and HIV/AIDS epidemics? 

It affects everything. The way things are there is difficult. In general, all third level – high tech – clinics are on the other side. So the rest of the oblasts does not have third level clinics and we have to use what is left. It is very difficult and obviously distances are long. As for HIV and TB, the program with the Global Fund actually works there and it can deliver treatment through the separation line. Through other partners such as MSF, the Red Cross and other partners, they can have access to the other side. Medicine is delivered by international organisations only, the state does not do that. There was a lot of migrations out of there, obviously, so we reallocated funds and equipment to zones where people moved to.

The only real problem is with methadone and substitution therapy because we cannot deliver methadone across the line, for obvious reasons. What we do is to facilitate the transfer of groups of people from occupied territories to non-occupied territories. That’s the only quick solution we could find from there. Because for example if you compare to Crimea, since it’s annexed by Russia and Russia does not have substitution therapies at all; pretty much everyone moved out from there (or died or resumed using narcotics, ed.). But its very hard because you have to deal with someone from that side and no one can give any guarantee of safety or anything else.

A hired help

As we come to the end of this meeting, I cannot help but mention that you look extremely relaxed…! 

(laughs)

That’s because you’re talking to me on Saturday. Last Thursday, you would have seen a lot of my frustration and anger. I am a very pragmatic person in general. I try to concentrate on the future, not on the past. That never does any good. I came to Ukraine fully understanding what I was getting into. I told everyone that was interviewing me – the President, the Prime Minister and the Head of the Parliament – that I don’t want to build a political career in Ukraine nor I am going to run for any public office. I know that I am a hired help in this particular case. As long as I will be needed here and I will be useful, I will serve to 100% of my abilities. If any of us decides that I am no longer useful, we should have an open line of communication and we mutually agree that we are going to end that.

Psychologically, it’s very difficult when there are so many things happening and when you cannot get them done. I had a choice to simply come out and tell them: “well, go ahead, I don’t care, vote me out!” It would have been a possibility. But once I am kicked out, there is nothing much I can do, I would not have much power. If they did not vote me out, how was I supposed to keep working in this situation? So I chose to resign and wait for the Parliament to confirm it, I think I am much more helpful from the outside at this point, I can help the new guy if the new guy wants my help. That’s why I am relaxed because I am at peace with the situation.

What’s next for you? 

I have no idea. I only have the Ukrainian passport. I don’t plan to leave the country for the next few months. I would like if not to be based here, at least to have a base here and be helpful. Maybe start some consulting. I used to do that before. I really would like to be useful here. Because I really believe that the success of this country will change the entire geopolitical situation in the world, at least on the Eurasian continent. It is very important for people that really showed their commitment to democratic values and European values to get changes done. If I can help with that I would be very happy to.

RFI: 8-9 mai; Kiev revoit son Histoire

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 11/05/2015

On célébrait, le week-end du 8 mai dernier, les 70 ans de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie. En Europe de l’Ouest, les célébrations se tiennent le 8 mai, en Russie c’est le 9 mai. Et en Ukraine, on peut dire que c’est désormais le 8 et le 9. Le divorce avec le grand frère russe, et le conflit dans l’est du pays sont passés par là. Kiev veut désormais arrimer sa grande Histoire à l’Ouest, au risque de faire quelques raccourcis, et d’avoir une lecture très politique de son passé. 

Photo: Reuters
Photo: Reuters

C’est sous le soleil du 9 mai que les Ukrainiens déambulent sur l’avenue Khreshatyk, l’artère principale de Kiev, transformée en une sorte d’allée du souvenir. La seconde guerre mondiale a fait plus de 20 millions de morts en URSS et a ravagé les terres qui forment aujourd’hui l’Ukraine. Il semble que chaque famille a une histoire à raconter.

Témoin1: Mon père s’est battu pendant la guerre. Il a été fait prisonnier. Ma mère l’avait cru mort pendant sa captivité. Elle avait déjà creusé sa tombe…!

Témoin2: Mon grand-père a fait toute la guerre. Il me raconte que dès le premier jour, et jusqu’à la fin, il a cru à la victoire! 

Sur Khreshatyk ce 9 mai, pas de parade militaire au contraire des années précédentes. Etalé le long de l’avenue, c’est un projet artistique géant.

Denys Semyrog: Nous avons écrit les mots suivants: “Nous nous souvenons. 1939-1945. Nous sommes victorieux”

Le manager Denys Semyrog-Orlyk et ses volontaires ont assemblé 20.000 cartons blancs pour former ce slogan visible du ciel.

Denys Semyrog: Pourquoi avons-nous fait cela? En ce moment, à Moscou, se déroule une énorme parade militaire. La Russie est un Etat agresseur, qui a des ambitions sur notre pays et oppresse notre population. Nous avons voulu montrer notre différence. Ensemble, nous savons nous organiser. Et pour cela, nous n’avons pas besoin d’armes ou de tanks. 

L’enjeu de mémoire est considérable. Alors que la Russie de Vladimir Poutine sacralise la mémoire de la Grande Guerre Patriotique soviétique, le Parlement ukrainien a récemment adopté 4 lois mémorielles, qui dénoncent notamment les régimes criminels totalitaires soviétiques et nazis, sans établir de différence entre les deux.

Dans son discours du 9 mai, le Président ukrainien Petro Porochenko a donc saisi l’opportunité pour se démarquer encore un peu plus du grand frère ennemi russe.

Petro Porochenko: Nous ne célébrerons jamais plus cette journée selon le scénario russe. Ce scénario détourne la rhétorique de la victoire d’une manière honteuse pour justifier la politique expansionniste aux dépends des voisins de la Russie, pour les garder dans son orbite, et pour reconstituer l’empire. Dans notre calendrier, le 9 mai, le jour de la victoire, sera toujours teinté de rouge, comme ces coquelicots, symboles de la mémoire de toutes ces victimes. 

Symbole de ces commémorations, le coquelicot rouge et son coeur noir, tels du sang s’écoulant d’une blessure par balle, remplace désormais les symboles soviétiques et russes. L’objectif étant de nationaliser la mémoire de la seconde guerre mondiale, mais aussi de l’européaniser.

Ioulia Shoukan est maître de conférence à Paris Ouest Nanterre.  Née dans la Biélorussie soviétique, elle est spécialisée dans l’analyse des rhétoriques politiques dans l’ex-URSS. A l’unisson des capitales occidentales, le 8 mai est devenu un jour national de mémoire et de réconciliation. Mais comme l’explique Ioulia Shoukan, cela ne va pas de soi.

Ioulia Shoukan: C’est quand même quelque chose d’assez artificiel. Hier il y avait énormément de gens qui allaient en direction du parc, qui venaient déposer des fleurs autour de la flamme éternelle. C’était aussi très touchant de voir, il y avait pas mal de vétérans de la Grande Guerre Patriotique donc de l’Armée Rouge. Et les gens s’arrêtaient, s’approchaient d’eux, leur donnaient des fleurs et les remerciaient de la victoire. Puisque l’on est un peu dans l’invention de la tradition, d’une nouvelle tradition ukrainienne, et d’un nouveau rapport à cette guerre, le 9 mai reste pour les gens le jour de la mémoire, en lien avec la guerre, beaucoup plus que le 8 mai. 

En dehors de l’enjeu géopolitique, les initiatives mémorielles du gouvernement posent un défi certain à la société ukrainienne, partagée depuis des décennies par l’affrontement de deux narrations historiques concurrentes.

L’historiographie soviétique, très ancrée à l’est du pays, s’oppose à une narration principalement développée à l’ouest, qui considère la fin de la seconde guerre mondiale comme la continuation de l’occupation soviétique. C’est cette dernière vision qui est aujourd’hui imposée par les récentes lois mémorielles dites de décommunisation, et qui transparaît dans le discours de Petro Porochenko.

Petro Porochenko: Et il doit être noté que pendant la Seconde Guerre Mondiale, en plus du rôle de l’Armée Rouge et de la guérilla menée par les partisans Soviétiques ukrainiens contre les Nazis, il s’est créé en Ukraine un autre front contre les occupants fascistes. C’est un front qui a été créé par l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne.

Dans le discours présidentiel, aucun mot sur la collaboration de cette même Armée Insurrectionnelle Ukrainienne avec les Nazis dans la première partie de la guerre, ni même de leur participation dans des massacres, notamment de Juifs et de Polonais.

Pour la chercheuse ioulia Shoukan, quand  l histoire joue avec la politique on peut  craindre le pire. Surtout dans un pays déjà divisé par le conflit actuel

Ioulia Shoukan: Et à mon sens, les deux mémoires sont présentes en Ukraine. Et donc baser le nouveau projet de construction nationale sur cette histoire conflictuelle; en situation de guerre; de guerre qui peut consolider la nation mais aussi qui aliène un certain nombre de populations également; c’est très dangereux

Le 8 mai au soir, la cérémonie de Mémoire et de Réconciliation à Kiev s’est achevée par le chant de l’hymne national, entamé vraisemblablement de manière spontanée par la foule. Une belle image d’union nationale. Mais à l’écart des caméras de télévision, il reste à voir si ce nouveau narratif historique peut remporter l’adhésion des Ukrainiens en tant que nation politique; et si critiques il y a: quels moyens ils choisiront pour s’exprimer.

Ecouter le reportage ici