RFI: Saakachvili bloqué dans un train à la frontière polono-ukrainienne

En direct sur RFI dans le journal de 15h, sur RFI.

Un incroyable imbroglio dans l’est de l’Europe… autour de Mikheïl Saakachvili… l’ancien président géorgien, aujourd’hui apatride, veut récupérer la citoyenneté ukrainienne… sauf qu’il est pour le moment sur le territoire polonais…et que pour le moment, il n’arrive pas à passer la frontière… il est dans un train bloqué dans une gare… à cette frontière… Sébastien Gobert, vous êtes dans ce train… pourquoi ce blocage, et quelle est la situation à l’heure qu’il est?…

C’était un des risques de l’opération de communication qu’avait imaginé Mikheil Saakashvili. Il avait annoncé vouloir rentrer en Ukraine le 10 septembre, pour contester la décision de Petro Porochenko de lui retirer sa citoyenneté. Une initiative qu’il dénonce comme une vengeance politique. Mikheil Saakashvili a invité plusieurs personnalités politiques, des dizaines de journalistes, pour l’accompagner dans sa longue marche. Ce matin, son cortège de bus n’a même pas essayé de passer le poste-frontière routier de Krakovets, qui est fermé, et patrouillé par des gros bras nationalistes agressifs. Tout le groupe s’est donc rabattu sur un train en partance depuis la Pologne. Mais celui-ci n’a jamais quitté la gare, cela fait maintenant deux heures que l’on attend que quelque chose se décante. Il faut imaginer des voyageurs désemparés, des journalistes surexcités, et des politiciens dénonçant les pratiques autoritaires, voire dictatoriales de Petro Porochenko. Tout cela enfermé dans un train, à quai. Et donc on attend, on attend qu’on avance au moins jusqu’à la frontière, et que les gardes-frontières ukrainiens puissent décider si Saakachvili peut entrer en Ukraine ou non, et mettre fin au suspense.

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RFI: Les Ukrainiens prochainement exemptés de visas Schengen

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 07/04/2017

Le Parlement européen a voté hier, 6 avril, pour libéraliser le régime de visas pour les citoyens ukrainiens. C’est une étape décisive d’un long processus. D’ici juin, environ 45 millions d’Ukrainiens devraient pouvoir se rendre dans l’espace Schengen sans visas. Pour une durée limitée, et sans droit de travailler ou de résider dans les pays de la zone. A Kiev, on crie victoire. 

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Le Président Petro Poroshenko a exulté dès qu’il a reçu la nouvelle du vote au Parlement européen. La libéralisation du régime de visas, il en avait fait un des marqueurs de ses efforts de réformes depuis la Révolution de 2014. C’est une victoire personnelle. En Ukraine, médias et réseaux sociaux ont aussi accueilli la nouvelle avec enthousiasme, comme Ioulia Biletskaya, une jeune habitante de Kiev.

Ioulia Biletskaya: C’est un grand progrès pour l’Ukraine. 

En filigrane, la satisfaction que l’Union européenne tende la main à l’Ukraine, en se montrant plus accueillante avec ses citoyens. Ce qui n’empêche pas Ioulia Biletskaya de rester pragmatique, voire prudente.

Ioulia Biletskaya: Cela ne va pas forcément arranger les conditions de voyage, cela peut même les compliquer. Les Ukrainiens ne doivent plus payer 35 euros pour demander un visa. Mais ils doivent changer leurs vieux passeports pour un passeport biométrique, et voyager avec tout un tas de pièces d’identité justificatives et de relevés bancaires. Et une fois à la frontière, ils peuvent encore se faire refuser l’entrée, au bon vouloir des douaniers. 

La libéralisation du régime de visas est une bonne nouvelle, mais elle n’est pas une fin en soi. Les Ukrainiens se retrouvent toujours confrontés à une guerre meurtrière dans l’est et à une corruption endémique. Le processus de réforme est bloqué. Et les conditions économiques difficiles restent le premier obstacle à tout plan de voyage en Europe de l’ouest, avec ou sans visas.

Sébastien Gobert – Kiev – RFI

RFI: Les familles déchirées du Donbass

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 21/12/2016

La guerre du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, s’éternise. Les combats continuent le long de la ligne de front, et ils se sont même intensifiés ces derniers jours. Les forces armées ukrainiennes font état de 5 morts officiellement. D’autres rapports dénombrent bien plus de pertes… Depuis 2014, le conflit, dans lequel la Russie joue un rôle majeur, a déchiré la région et l’Ukraine, mais aussi des familles, et des fratries. 

Depuis Slaviansk, au nord du Donbass, Sébastien Gobert nous rapporte l’histoire d’une de ces vies brisées. 

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La voix douce de Zoya Kolosovska, c’est la dernière chose que l’on attend en pénétrant son lieu de travail. Dans les couloirs de l’administration militaire, les hommes en uniformes défilent, pressés, l’arme à l’épaule.

A 53 ans, Zoya Kolosovska travaille avec constance. Depuis plus de deux ans que la guerre dure, son poste de fonctionnaire a pris une dimension toute particulière.

Zoya: J’aime ce pays, l’Ukraine. J’habite ici, je souffre avec ce pays. 

Chez Zoya Kolosovska, pas de discours va-t-en-guerre. Elle n’a qu’une seule priorité.

Zoya: Tout ce que je veux, c’est que toute cette horreur s’arrête. Tout ce que l’on vit depuis 2014, et qui continue maintenant. Je veux qu’on arrête de tuer nos garçons. Que les mères, les soeurs, les épouses, les frères, arrêtent de pleurer. C’est trop dur à vivre. Il faut que tout s’arrête et que nos gars rentrent à la maison. 

En septembre, Zoya a enterré son neveu, Mykola – Kolya de son surnom. Il avait grandi avec elle et son mari à Slavyansk, au nord de Donetsk. Elle le considérait comme son fils. Kolya était marié, père de famille. Malgré tout, il s’était porté volontaire pour se battre sur le front, et protéger les siens, comme il le disait.

Zoya: Il lui restait un mois de service, avant la fin de son deuxième contrat. 

Kolya était resté sur le front plus longtemps que prévu. Sa famille était en liaison constante avec lui. Après avoir survécu aux plus terribles heures de la guerre, il leur semblait invincible. Pris dans le feu d’un bombardement de trop, il a succombé à ses blessures.

Zoya: Quand ils l’ont amené, je n’ai pas pu y croire. Ca ne peut pas être mon Kolya, j’ai répété, ça ne peut pas être lui. J’ai juste l’impression que c’est un mauvais film. On l’a enterré, il y a la pierre tombale, et tout ce qui va avec. Mais je me dis que ce ne peut pas être notre Kolya. Ca doit être un autre. Lui, il doit être vivant. 

Mais Kolya est bien mort, tué par des tirs venus de l’autre côté, du côté des séparatistes pro-russes, soutenus par les forces russes. Dans ce conflit, il est souvent difficile de savoir qui tire contre qui.

Mais pour Zoya, l’ennemi a au moins un visage, bien familier.

Zoya: Kolya, c’était l’aîné de deux neveux. Le plus jeune… le plus jeune se bat du côté séparatiste. C’étaient deux frères. L’un est mort pour l’Ukraine. L’autre chez l’ennemi… on ne comprend pas. 

Zoya n’a plus de contact avec son autre neveu, qu’elle avait également élevé comme son fils. Elle obtient néanmoins de ses nouvelles de manière détournée.

Zoya: On me dit qu’il a pleuré, à l’annonce de la mort de son frère. Mais pleurer, c’est une chose. Il ne s’est pas rendu aux obsèques, et il est toujours de l’autre côté… Voilà… le destin de nos deux jeunes garçons. 

La famille de Zoya survit, endeuillée, et déchirée. Pendant des mois, le retour annoncé d’au moins un des frères, Kolya permettait d’espérer le retour à une vie un tant soit peu normale. Aujourd’hui, Zoya ne se fait plus d’illusions. Même si les hostilités s’arrêtent; pour elle, la guerre ne se terminera jamais.

Ecouter le reportage ici

Lost in Decommunisation: A Work in Progress

LOST IN DECOMMUNISATION

A WORK IN PROGRESS WITH NIELS ACKERMANN

Shabo, November 2015
Shabo, November 2015

The scene is well-known. A group of men circles a chain around the statue’s neck or feet and tie it to the back of a truck. A few babuchkas show up to the square to scream and shout in protest. Some cry silently. A few strollers watch from the distance. They stand hands in their pockets. Some shoot movies on their smartphones. The truck pulls away and tears the statue apart. Shortly after, Lenin is down. Its pieces are taken away. Some are left there on the spot. No one seems to bother too much. Lenin is down. And everyone goes home.

HELP US LOCATE INTERESTING FALLEN LENIN IN UKRAINE – AND BEYOND

 

Niels Ackermann and I are interested in what comes next. Although so-called decommunisation is raging in Ukraine for over a year, no clear vision has emerged of where Ukrainians want their country to head to. The best way we found to reflect on this process is to focus on the first thing no one seems to care: where does Lenin go to, after it is down and gone.

 

Dnipropetrovsk, November 2015.
Dnipropetrovsk, November 2015

 

We both live in Ukraine and travel extensively across this large country to find these fallen idols and their pieces. In garbage dumps. In gardens. In museums. In private collections. In kitchens. It does not go without twists and turns. Yet it makes up a thrilling project. Even more fascinating are our encounters with Ukrainians. Do they miss Lenin or not? Do they even care? Some privatise the bolshevik leader and transform “their” Lenin into a new idol, be it Darth Vador or Cossack leaders. Why? How do Ukrainians understand decommunisation? How much of the Soviet legacy do they want gone?

 

Zaporijia, March 2016.
Zaporizhia, March 2016

 

Odessa, November 2015.
Odessa, November 2015

 

Our work combines pictures and stories, investigations and discoveries. We wish to bring some pieces of answers to these questions and contribute to the ongoing and fascinating debate on Ukraine’s decommunisation. Stay tuned.

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Text: Sebastien Gobert
Pictures: Niels Ackermann / Lundi13

RFI: Journée de mobilisationà Chisinau

Papier diffusé sur RFI, dans les journaux de soirée, le 25/01/2016

Entre 15.000 et 20.000 manifestants réunis dans le centre de Chisinau aujourd’hui, 40.000 selon les organisateurs, pour protester contre la corruption endémique et le système oligarchique qui paralysent le pays. Malgré la mobilisation, les perspectives du mouvement restent peu claires.

“Dehors la mafia”, “Nous sommes le peuple”, “Vive la Moldavie!” La journée s’est déroulée dans une ambiance joviale à Chisinau. La présence policière était limitée et il n’y a eu aucun heurt. Pourtant, les protestataires des raisons légitimes de réclamer la démission du gouvernement. Maria Onia a fait le déplacement depuis le nord du pays. Pour elle, les élections sont inévitables.

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MARIA ONIA: Nous avons besoin de nouveaux dirigeants, des gens bien, qui se préoccupent de nous, et nous donnent du travail. Là, nous n’avons plus rien… 

Maria Onia a des préférences politiques, au sein d’un mouvement complexe fait de pro-russes, de nostalgiques de l’Union soviétique et de pro-européens. mais aujourd’hui, c’est un jour d’unité. Alors elle porte un drapeau moldave, sans insigne politique. La corruption endémique, entretenue par l’oligarque Vlad Plahotniuc, touche également toute la population, comme le rappelle Uan Tchoumak, un autre portestataire.

UAN TCHOUMAK: Vlad Plahotniuc a volé plus d’un milliard de dollars, qu’il faut que l’on récupère et redistribue à tous ces pauvres gens ici. Au gouvernement, ils s’en fichent, ils ne travaillent que pour leur propre intérêt. 

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Uan Tchoumak

Malgré une mobilisation importante en Moldavie, le mouvement manque de perspectives, à cause du blocage institutionnel mais aussi des stratégiques policitiennes de ses dirigeants. Ceux-ci ont donné trois jours au gouvernement pour déposer sa démission, faute de quoi, les manifestations pourraient se radicaliser.

La circonscription n°102 : le terrain de jeux pour enfants comme ersatz de confiance

carnets de terrain de Ioulia Shukan

La bataille électorale du 26 octobre est terminée. Les résultats officiels sont (presque) établis. Les feux sont éteints. Ayant conclu au caractère démocratique de l’élection, malgré les quelques manquements, les observateurs internationaux sont partis.

Dans la circonscription n°102, Oles’ Dovhyï est déclaré gagnant avec près de 29,90% de soutiens. Son principal adversaire, Andryï Lavrous’, appuyé localement par des journalistes et activistes du Maïdan les plus en vue —Mustafa Nayyem, Serhyï Leschenko et Svitlana Zalishchuk— n’obtient que 8,98 % de voix. Enfin, le candidat « virtuel » du Bloc Petro Porochenko, un ancien associé d’affaires d’Oles’ Dovhyï, recueille 12,33%. Son étiquette partisane a certainement joué en sa faveur, en lui attirant des voix d’électeurs qui aurait pu, potentiellement, soutenir Lavrous’. Elle a ainsi servi à couvrir une tromperie d’électeurs.

La victoire de Dovhyï va, à coup sûr, entrer dans les annales des processus électoraux en Ukraine. D’abord parce qu’elle confirme l’efficacité…

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