Le Monde Diplomatique: Ukraine topples Lenin’s statues

Article co-written with Laurent Geslin, published in the December issue of Le Monde Diplomatique English

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The Kiev city council announced in July that Moscow Avenue was to be renamed ‘Stepan Bandera Avenue’ after the nationalist ‘hero’ of the struggle against the Soviet Union. Bandera was briefly a prisoner of the Nazis, though also their ally in June 1941 and in 1944. The renaming, under ‘decommunisation’ laws adopted in Ukraine in 2015, aims to distance the Soviet heritage and the shadow of Russia.

In Poland, it brings back unpleasant memories. This July the Polish parliament voted overwhelmingly to adopt a law referring to massacres in Volhynia in 1943 as ‘ethnic cleansing’ and ‘genocide’. In that region, now part of Western Ukraine, 40-100,000 Poles were killed during the second world war, ‘brutally murdered by Ukrainian nationalists’ according to the Polish parliament. The Ukrainian Insurgent Army (UPA), founded by Stepan Bandera, did the killing. Today the UPA is celebrated in Ukraine for its fight for national independence. It also massacred Jews and Poles, and for a time collaborated with Nazi Germany.

Despite the convergence of Polish and Ukrainian strategic interests with those of Russia, these votes signal ‘the end of the Polish-Ukrainian honeymoon’ according to Vasyl Rasevych, a historian at the Ukrainian Catholic University in Lviv, western Ukraine. Disputes between the countries are not new, but recent legislative initiatives confirm the failure to establish a shared vision of the past. Volodymyr Vyatrovich of the Ukrainian Institute of National Memory (UINM) says: ‘History should be left to historians, and politicians should be prevented from imposing their own interpretations on it.’ Rasevych says developing an official version of history is just what UINM is trying to do.

Vyatrovich is a leading promoter of the four anticommunist laws adopted by the Ukrainian parliament in May 2015. They criminalise the promotion of ‘communist and Nazi totalitarian ideologies’; order the dismantling of statues and changing of place names linked to the Soviet (…)

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Libération: Tchernobyl; un triomphe pour l’arche de confinement ?

Reportage publié sur le site de Libération, le 29/11/2016

La structure a été inaugurée en grande pompe ce mardi par le président ukrainien. Construite par Bouygues et Vinci, elle a coûté 1,5 milliard d’euros, financés par plus de 40 pays et institutions internationales. Mais l’aboutissement de ce projet n’est qu’une étape dans la lutte contre les conséquences de la catastrophe de 1986.

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C’est l’un des projets d’ingénierie les plus ambitieux de l’histoire. Ce mardi, la communauté internationale inaugure la nouvelle arche d’isolation de Tchernobyl. En construction depuis 2012, la structure est de fait remarquable : 36 000 tonnes de matériaux répartis sur 257 mètres de largeur, 162 mètres de longueur et 108 mètres de hauteur. Un projet qui n’a pas son pareil dans le monde.

Pire catastrophe de l’histoire

Le tout a été assemblé à 327 mètres de l’ancienne centrale «Lénine», afin de limiter l’exposition à la radiation. Une fois l’arche achevée, il a donc fallu la glisser, grâce à 224 vérins hydrauliques, vers le bâtiment. A raison de 60 centimètres par secousse, il a fallu plusieurs jours pour qu’elle atteigne son but, et recouvre entièrement le réacteur numéro 4. Le 26 avril 1986, c’est ici qu’une explosion a engendré la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Et dont les impacts – coûts de nettoyage, traitements, conséquences sur l’agriculture, santé, etc. – ont été évalués à 700 milliards de dollars par l’ONG Green Cross à l’occasion des 30 ans de la catastrophe.

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«Nous sommes très fiers de ce que nous avons réussi à accomplir avec nos partenaires», s’est fendu Nicolas Caille, au moment de l’amorce du glissage. Lui est directeur de projet pour Novarka, le consortium chargé de la construction, réunissant les français Vinci et Bouygues. «Mais il nous faut espérer, compte tenu des circonstances, que jamais une telle structure ne sera à construire de nouveau.» La durée de vie de l’arche est estimée à une centaine d’années.

Sarcophage de confinement

Il était temps de recouvrir le réacteur. Un premier sarcophage de confinement, bâti à la hâte en 1986, se craquelle depuis des années. Novarka avait remporté un appel d’offres en 2007, pour un projet alors estimé à 432 millions d’euros et environ quatre ans de travaux. 900 personnes devaient être employées sur le site, au plus fort de la construction. Fin 2016, l’arche a coûté 1,5 milliard d’euros, financés par plus de 40 pays et institutions internationales, en premier lieu la Berd. Plus de 2 500 ingénieurs et techniciens internationaux travaillent sur le site, sans compter des centaines de travailleurs locaux.

Les défis techniques se sont accumulés au fil du temps, depuis la réévaluation des dimensions de l’arche jusqu’aux découvertes de débris radioactifs en tout genre sur le site de construction. Sans oublier que les conditions de sécurité ont été prises très au sérieux : il s’agissait pour Novarka de ne pas ajouter au bilan humain de Tchernobyl. Aucun accident  radioactif sur le chantier de l’arche n’est à déplorer. En 1986, une trentaine de personnes avaient péri des conséquences directes de l’explosion. Dans les mois qui ont suivi, plus de 600 000 liquidateurs ont œuvré à l’isolation du site, en recevant des doses de radiation moyennes de 100 millisieverts.

Système métabolique

Pour ces milliers de personnes et les populations de la région, les problèmes de santé restent conséquents. «Le système métabolique des enfants n’est pas normal, expliquait Iouriy Bandajevskiy, docteur dans le canton d’Ivankiv, à 60 kilomètres à vol d’oiseau du réacteur numéro 4. A partir de là, nous pouvons prévoir des pathologies qu’ils développeront à l’âge adulte : des problèmes oncologiques, cardiaques, des grossesses compliquées pour les femmes…» Reste à savoir si ces pathologies affecteront les travailleurs de Novarka dans les années à venir.

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Certains observateurs mettent aussi en avant une composante incontournable de l’Ukraine contemporaine : la corruption. Aucune enquête ne vise directement le projet d’arche. En juillet néanmoins, la police nationale a mis sous scellées certains biens de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds. «La direction de la centrale a détourné une partie de l’aide financière de plusieurs pays, et l’a sortie du pays en utilisant plusieurs sociétés internationales», détaille un compte rendu d’un tribunal de Kiev.

Selon le média d’investigation Nashi Groshi («Notre argent»), plus de 600 000 euros se seraient évaporés. Un cas qui a pu, directement ou non, affecter l’environnement de travail de Novarka, et contribuer au retard du projet. Ce ne serait qu’un cas parmi d’autres. «C’est sûr que, sans la corruption, le projet aurait pu être moins onéreux de quelques centaines de milliers d’euros…» confie, sous couvert d’anonymat, un employé de Novarka en marge de la cérémonie d’inauguration de l’arche, mardi.

Zones interdites

Avec l’arche, se pose aussi la question du devenir des zones interdites et dites d’évacuation obligatoire (2 600 km2 contaminés, où chasse, pêche et agriculture sont interdites). Connue comme une réserve naturelle à la faune luxuriante, la région est traditionnellement agricole. Les champignons mais aussi le gibier et le poisson en sont exportés illégalement, ajoutant aux nombreux trafics qui caractérisent la zone depuis des décennies. Les impressionnants stocks de métal, issus d’usines, de camions ou d’hélicoptères, auraient quasiment été épuisés par les contrebandiers.

En contrepoint à ces stéréotypes, le gouvernement de Kiev affirme vouloir amorcer une renaissance de la région de Tchernobyl. «C’est le début de la fin de notre long combat contre les conséquences de l’accident de 1986», a lancé le ministre ukrainien de l’Ecologie, Ostap Semerak. Cet été, il a dévoilé des plans de développement d’un parc photovoltaïque géant, qui serait assuré dès 2017 par des sociétés chinoises. Le président Petro Porochenko a aussi évoqué l’idée d’établir un centre de recherches près du site de la centrale.

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Des annonces qui posent de nombreuses questions quant aux possibilités de réalisation de telles ambitions. Dans l’immédiat, la pose de la nouvelle arche marque le début d’un lent processus, inévitable, de démantèlement du réacteur numéro 4 et de traitement des déchets nucléaires. «C’est là que le véritable défi commence, analyse Iryna Golovko, militante écologiste au sein du Centre national Ecologique de l’Ukraine. Mais force est de constater que, pour l’instant, il n’y a pas de plan précis, et encore moins de financement… Les pays donateurs ne semblent pas pressés de contribuer à ce programme, après avoir renchéri plusieurs fois pour construire l’arche. Et on peut toujours douter de la détermination politique des Ukrainiens à mener à bien le démantèlement du réacteur. Cette nouvelle arche n’est qu’un début.»

TDG: La tentation solaire de Tchernobyl

Article publié dans La Tribune de Genève, le 05.08.2016

Et si l’épicentre de la pire catastrophe nucléaire de l’histoire devenait un lieu de production d’une énergie propre et renouvelable? C’est le projet ambitieux du ministre de l’Environnement d’Ukraine, Ostap Semerak. Selon une présentation détaillée envoyée à plusieurs investisseurs potentiels, le but serait de développer «une capacité de 4 mégawatts de panneaux solaires d’ici à la fin 2016». Et de 1000 mégawatts sur le long terme.

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La Tribune de Genève. Capture d’écran

Terrain bon marché

Le ministre parle aussi d’installer d’autres moyens de production d’énergies renouvelables, comme de l’éolien ou de la biomasse, pour un total de production de 1400 mégawatts, soit plus du tiers de ce que dégageait la centrale nucléaire avant l’explosion fatale du réacteur numéro 4, le 26 avril 1986.

Des milliers de personnes avaient alors été évacuées des zones contaminées par les radiations, laissant derrière elles villes et villages, champs et forêts, sur plus de 2600 km carrés. «Le terrain coûte peu cher», met en avant Ostap Semerak. De plus, les lignes à haute tension qui transportaient jadis l’électricité de la centrale Lénine sont encore opérationnelles. La même logique prévaut en Biélorussie, de l’autre côté de la frontière, où un parc photovoltaïque de 23 mégawatts est déjà en construction.

Lieu de curiosité

Ces projets traduisent un changement dans la perception de la zone interdite, trente ans après la tragédie. De périmètre mortellement contaminé et interdit d’accès, celle-ci est devenue un lieu de curiosité et de tourisme. Les scientifiques ne cessent d’être fascinés par les quelques grands-mères, les fameuses Babouchkas, qui persistent à habiter la zone, et ce, en bonne santé. Autour de la centrale, les travaux du nouveau sarcophage de recouvrement du réacteur dévasté se poursuivent jusqu’en 2017. Le projet de parc photovoltaïque serait ainsi une opportunité de reconvertir ingénieurs et personnels techniques dans une nouvelle activité.

Les conditions techniques de la construction de panneaux solaires restent néanmoins un mystère, dans une zone en proie à une radioactivité nuisible à toutes sortes de métaux. La proposition gouvernementale n’avance aucun détail. Les utilisateurs de réseaux sociaux ukrainiens ont aussi été prompts à relativiser un «effet d’annonce», qui ne serait en soi pas une originalité. De nombreux plans de reconversion de la zone interdite ont été avancés aux cours des trente dernières années, sans jamais voir le jour. Sans compter les risques de corruption et détournement de fonds liés à tout projet d’envergure en Ukraine.

Dessein politique

Qu’à cela ne tienne. Plusieurs investisseurs américains et canadiens seraient intéressés, de même que la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Un tel projet contribuerait à la diversification énergétique de l’Ukraine. Dans un contexte de guerre hybride contre la Russie, Kiev cherche à se délivrer de sa dépendance aux hydrocarbures livrés par Moscou.

C’est pourquoi Ostap Semerak espère enfin que la seconde vie de la zone de Tchernobyl puisse servir d’exemple positif aux populations ukrainiennes vivant en Crimée et dans le Donbass séparatiste. «Il s’agit de leur montrer que l’Ukraine se développe et pourrait leur promettre un meilleur futur», s’enthousiasme le ministre. Plus qu’un projet ambitieux, ce serait donc un doux rêve que le ministre a mis sur la table.

France Info: Tchernobyl, nouveau parc photovoltaïque?

Intervention dans la Séquence « Un jour dans le monde », sur France Info, le 04/08/2016

La zone interdite de Tchernobyl pourrait-elle se transformer en nouveau centre de production d’énergie renouvelable? … C’est le plan ambitieux du ministre de l’environnement ukrainien…. Il a récemment annoncé vouloir développer un immense parc photovoltaïque autour de la centrale dévastée, 30 ans après l’explosion du réacteur numéro 4… Un plan ambitieux, et pas si facile que ça à mettre en œuvre… En Ukraine, pour en parler, Sebastien Gobert…

 

Ca serait la une seconde vie pour la zone de Tchernobyl… Est-ce que c’est faisable? 

Oui, pour le ministre de l’environnement ce serait même une réalité avant la fin de l’année. Ostap Semerak, le ministre, parle d’installer des panneaux solaires d’une capacité de production de 4 megawatts dans un premier temps… Et 1000 megawatts sur le long terme… Ce qui représenterait un tiers de ce que la centrale de Tchernobyl produisait avant l’explosion fatale en 1986.

Le ministre parle aussi d’installer d’autres moyens de production d’énergie renouvelables, comme de l’éolienne ou de la biomasse.

Donc un plan très ambitieux, qui attirerait d’ores et déjà des investisseurs américains, et canadiens, et pourrait bénéficier d’un prêt de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement.

Mais… comme tous les projets d’envergure en Ukraine, la prudence doit être de mise. Le développement des énergies renouvelables est très lent en Ukraine. Les plans de développer un parc photovoltaïque dans la zone interdite, ce n’est pas nouveau… il a déjà été évoqué plusieurs fois au cours des 30 dernières années.

Evidemment il y a toujours le risque, en Ukraine, que l’argent des investisseurs internationaux soit détourné, par-ci, par-là. Ce n’est pas une fatalité, mais c’est bien un risque à prendre en compte. Et puis aussi, la proposition du gouvernement ne contient pour l’instant aucun détail technique: on ne sait pas comment construire et entretenir des panneaux solaires dans une zone inhabitée, en proie aux radiations nucléaires.

Et justement, pourquoi là-bas, dans la zone interdite…? 

Alors, il y aurait des avantages évidents: le terrain est désert et très peu cher, et la zone est ensoleillée. En plus, les lignes à haute tension qui transportaient jadis l’électricité produite par la centrale nucléaire sont toujours en place. Elles peuvent être utilisées. La même logique prévaut en Biélorussie, de l’autre côté de la frontière. Un parc photovoltaïque est déjà en construction là-bas.

En plus, en menant à bien ce projet, cela permettrait aussi à l’Ukraine de continuer à se délivrer de la dépendance aux hydrocarbures russes. Vous savez que dans le contexte actuel de guerre hybride dans le Donbass, chaque opportunité pour Kiev de se démarquer de Moscou est bonne à prendre.

Le ministre de l’environnement a d’ailleurs tout de suite précisé dans sa proposition qu’elle servirait d’exemple positif aux populations ukrainiennes vivant dans des territoires temporairement occupés de Crimée et du Donbass. Il s’agit de leur montrer que l’Ukraine se développe, et pourrait leur promettre un meilleur futur.

Et puis il y a le rayonnement international, imaginez l’épicentre de la pire catastrophe nucléaire de l’histoire qui devient un lieu de production d’une énergie propre et renouvelable… Le symbole serait très fort.

Et d’ailleurs, quelle est la situation dans la zone interdite? Est-ce toujours contaminé…? 

Oui! Et ça va le rester pendant encore des centaines d’années, selon les estimations les plus optimistes. Prypiat, la ville fantôme des anciens ingénieurs de la centrale, est de plus en plus en ruines. La végétation y reprend ses droits. A la centrale, la firme française Vinci et d’autres partenaires construit toujours le nouveau sarcophage de protection, qui sera achevé d’ici à l’année prochaine.

Mais ce qui est intéressant, c’est que l’image de la zone a changé au cours des dernières années. Ce n’est plus aussi dangereux qu’avant. Il y a de plus en plus de touristes qui viennent découvrir les villes et villages fantômes et admirer une véritable forêt vierge qui a poussé sans la présence de l’homme. Il y a toujours quelques irréductibles qui vivent dans la zone, des villageois, principalement des babouchkas, les célèbres grand-mères, qui ne sont jamais parties. Et après toutes ces années, elles sont encore en bonne santé! Donc l’image d’une zone contaminée, où il ne faut aller sous aucun prétexte, ça change, et ça explique aussi le projet de développement d’un parc photovoltaïque. Ce qui marquerait, là, une seconde vie pour la zone.

RFI: Un journaliste assassiné à Kiev

Papier radio diffusé sur RFI, le 20/07/2016

Assassinat ce matin d’un des plus célèbres journalistes d’investigation d’Ukraine, en plein centre-ville de Kiev. Sa mort soulève une vague d’émotion et d’indignation, mais aussi d’inquiétudes sur l’état de la liberté de la presse en Ukraine. 
A Kiev, Sébastien Gobert

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Comme chaque matin, Pavlo Sheremet se rendait aux studios de la radio Vesti pour y animer une tranche d’émission. C’est à un carrefour du centre-ville que sa voiture a explosé, vers 7h45. Les témoins décrivent une forte déflagration, qui a projeté des débris sur plusieurs dizaines de mètres. Pavlo Sheremet est mort peu après des suites de ses blessures. Pour les services de police et le bureau du procureur, il n’y a aucun doute: c’est un meurtre prémédité. Pavlo Sheremet était originaire de biélorussie. Il avait travaillé en Russie avant de venir s’installer en Ukraine et de travailler pour radio Vesti et le média de référence Ukrainska Pravda. Il était devenu un des journalistes d’enquête les plus reconnus du pays. Il se montrait aussi très critique vis-à-vis des mouvements ultra-nationalistes, qu’il voyait comme un danger pour l’Ukraine. Pavlo Sheremet avait donc beaucoup de détracteurs, et aucune piste ne permet pour l’heure de remonter aux commanditaires de ce meurtre. La tragédie intervient alors que plusieurs journalistes travaillant sur des sujets sensibles, se plaignent d’intimidations et menaces. Comme l’exprime un haut fonctionnaire de police, cet assassinat est avant tout un acte publique de terreur, visant à instaurer un climat de peur parmi les journalistes – et la société ukrainienne.

Back this Project! – « Chernobyl’s children grew up »

This is the promotion of a « We Make It » crowd funding project by Swiss photographer Niels Ackermann.
Chernobyl disaster gave birth to Ukraine’s youngest city: Slavutych. Discover this city’s youth turning into adults. An adventure filled with love, vodka and optimism.
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«Welcome to the city of teenagers!»

Let’s discover a different story about Ukraine and about Chernobyl! Let me show you the youth of Slavutych, Ukraine’s youngest city: the town built by Soviet authorities after the nuclear disaster to keep a workforce close to the power plant.

In this city lost in the middle of a forest I met Yulia and her friends. During the three years of my project, they allowed me to photograph very intimately their transformation from teenagers into adults. The unexpected children of the disaster are now building their future in country torn by war and economic crisis, but at the same time filled with opportunities.

Next year the world will commemorate the 30th anniversary of the worst nuclear accident it ever saw. Media will offer the usual stories of death, cancer and desolation.

With this project we can tell another story: instead of looking in the past with anxiety, focusing on the power of young generation.

Learn more and support the project here! 

RFI: 8-9 mai; Kiev revoit son Histoire

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, le 11/05/2015

On célébrait, le week-end du 8 mai dernier, les 70 ans de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie. En Europe de l’Ouest, les célébrations se tiennent le 8 mai, en Russie c’est le 9 mai. Et en Ukraine, on peut dire que c’est désormais le 8 et le 9. Le divorce avec le grand frère russe, et le conflit dans l’est du pays sont passés par là. Kiev veut désormais arrimer sa grande Histoire à l’Ouest, au risque de faire quelques raccourcis, et d’avoir une lecture très politique de son passé. 

Photo: Reuters
Photo: Reuters

C’est sous le soleil du 9 mai que les Ukrainiens déambulent sur l’avenue Khreshatyk, l’artère principale de Kiev, transformée en une sorte d’allée du souvenir. La seconde guerre mondiale a fait plus de 20 millions de morts en URSS et a ravagé les terres qui forment aujourd’hui l’Ukraine. Il semble que chaque famille a une histoire à raconter.

Témoin1: Mon père s’est battu pendant la guerre. Il a été fait prisonnier. Ma mère l’avait cru mort pendant sa captivité. Elle avait déjà creusé sa tombe…!

Témoin2: Mon grand-père a fait toute la guerre. Il me raconte que dès le premier jour, et jusqu’à la fin, il a cru à la victoire! 

Sur Khreshatyk ce 9 mai, pas de parade militaire au contraire des années précédentes. Etalé le long de l’avenue, c’est un projet artistique géant.

Denys Semyrog: Nous avons écrit les mots suivants: “Nous nous souvenons. 1939-1945. Nous sommes victorieux”

Le manager Denys Semyrog-Orlyk et ses volontaires ont assemblé 20.000 cartons blancs pour former ce slogan visible du ciel.

Denys Semyrog: Pourquoi avons-nous fait cela? En ce moment, à Moscou, se déroule une énorme parade militaire. La Russie est un Etat agresseur, qui a des ambitions sur notre pays et oppresse notre population. Nous avons voulu montrer notre différence. Ensemble, nous savons nous organiser. Et pour cela, nous n’avons pas besoin d’armes ou de tanks. 

L’enjeu de mémoire est considérable. Alors que la Russie de Vladimir Poutine sacralise la mémoire de la Grande Guerre Patriotique soviétique, le Parlement ukrainien a récemment adopté 4 lois mémorielles, qui dénoncent notamment les régimes criminels totalitaires soviétiques et nazis, sans établir de différence entre les deux.

Dans son discours du 9 mai, le Président ukrainien Petro Porochenko a donc saisi l’opportunité pour se démarquer encore un peu plus du grand frère ennemi russe.

Petro Porochenko: Nous ne célébrerons jamais plus cette journée selon le scénario russe. Ce scénario détourne la rhétorique de la victoire d’une manière honteuse pour justifier la politique expansionniste aux dépends des voisins de la Russie, pour les garder dans son orbite, et pour reconstituer l’empire. Dans notre calendrier, le 9 mai, le jour de la victoire, sera toujours teinté de rouge, comme ces coquelicots, symboles de la mémoire de toutes ces victimes. 

Symbole de ces commémorations, le coquelicot rouge et son coeur noir, tels du sang s’écoulant d’une blessure par balle, remplace désormais les symboles soviétiques et russes. L’objectif étant de nationaliser la mémoire de la seconde guerre mondiale, mais aussi de l’européaniser.

Ioulia Shoukan est maître de conférence à Paris Ouest Nanterre.  Née dans la Biélorussie soviétique, elle est spécialisée dans l’analyse des rhétoriques politiques dans l’ex-URSS. A l’unisson des capitales occidentales, le 8 mai est devenu un jour national de mémoire et de réconciliation. Mais comme l’explique Ioulia Shoukan, cela ne va pas de soi.

Ioulia Shoukan: C’est quand même quelque chose d’assez artificiel. Hier il y avait énormément de gens qui allaient en direction du parc, qui venaient déposer des fleurs autour de la flamme éternelle. C’était aussi très touchant de voir, il y avait pas mal de vétérans de la Grande Guerre Patriotique donc de l’Armée Rouge. Et les gens s’arrêtaient, s’approchaient d’eux, leur donnaient des fleurs et les remerciaient de la victoire. Puisque l’on est un peu dans l’invention de la tradition, d’une nouvelle tradition ukrainienne, et d’un nouveau rapport à cette guerre, le 9 mai reste pour les gens le jour de la mémoire, en lien avec la guerre, beaucoup plus que le 8 mai. 

En dehors de l’enjeu géopolitique, les initiatives mémorielles du gouvernement posent un défi certain à la société ukrainienne, partagée depuis des décennies par l’affrontement de deux narrations historiques concurrentes.

L’historiographie soviétique, très ancrée à l’est du pays, s’oppose à une narration principalement développée à l’ouest, qui considère la fin de la seconde guerre mondiale comme la continuation de l’occupation soviétique. C’est cette dernière vision qui est aujourd’hui imposée par les récentes lois mémorielles dites de décommunisation, et qui transparaît dans le discours de Petro Porochenko.

Petro Porochenko: Et il doit être noté que pendant la Seconde Guerre Mondiale, en plus du rôle de l’Armée Rouge et de la guérilla menée par les partisans Soviétiques ukrainiens contre les Nazis, il s’est créé en Ukraine un autre front contre les occupants fascistes. C’est un front qui a été créé par l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne.

Dans le discours présidentiel, aucun mot sur la collaboration de cette même Armée Insurrectionnelle Ukrainienne avec les Nazis dans la première partie de la guerre, ni même de leur participation dans des massacres, notamment de Juifs et de Polonais.

Pour la chercheuse ioulia Shoukan, quand  l histoire joue avec la politique on peut  craindre le pire. Surtout dans un pays déjà divisé par le conflit actuel

Ioulia Shoukan: Et à mon sens, les deux mémoires sont présentes en Ukraine. Et donc baser le nouveau projet de construction nationale sur cette histoire conflictuelle; en situation de guerre; de guerre qui peut consolider la nation mais aussi qui aliène un certain nombre de populations également; c’est très dangereux

Le 8 mai au soir, la cérémonie de Mémoire et de Réconciliation à Kiev s’est achevée par le chant de l’hymne national, entamé vraisemblablement de manière spontanée par la foule. Une belle image d’union nationale. Mais à l’écart des caméras de télévision, il reste à voir si ce nouveau narratif historique peut remporter l’adhésion des Ukrainiens en tant que nation politique; et si critiques il y a: quels moyens ils choisiront pour s’exprimer.

Ecouter le reportage ici