RFI: Embellie économique en Ukraine

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », sur RFI, le 31/08/2017

L’agence américaine Moody’s vient de relever sa note de l’Ukraine. Une amélioration très modeste, mais qui envoie un signal positif aux Ukrainiens, et qui semblent signaler que des réformes structurelles portent leurs fruits. Après une grave crise économique en 2014-15, et une récession d’au moins 9%, le pays semble regarder de l’avant. 

Moody's sign on 7 World Trade Center tower in New York

Sébastien, pourquoi cette revue à la hausse de la note de l’Ukraine? 

Selon le communiqué de Moody’s, il s’agit justement de remarquer l’impact de quelques réformes structurelles mises en place ces dernières années. Notamment la stabilisation des finances publiques, la restructuration de la dette extérieure des secteurs bancaires et gazier. C’était il y a encore peu des trous noirs de la corruption dans le pays. Le ministère des finances travaille aussi à des réformes très techniques qui assainissent le cadre des finances publiques: discipline budgétaire, simplification du système fiscal, ou encore introduction d’un système en ligne et transparent pour les retours de TVA.

La décision de Moody’s, c’est une amélioration très modeste: de Caa3 à Caa2, c’est-à-dire d’une « appréciation stable » à une « appréciation positive ». On est encore très loin des sacro-saints Triple A, dont bénéficie par exemple la France. Mais le signal est fort: grâce à cette simple amélioration, l’Ukraine a accès à des taux plus avantageux sur les marchés internationaux, pour emprunter. Un avis positif peut aussi encourager les investisseurs à venir s’implanter en Ukraine.

Et-ce que cela correspond à un mouvement réel dans l’économie? 

Ca s’inscrit dans une croissance économique soutenue, c’est sûr. + 2,3% l’an dernier, 2% cette année. On s’attend à 3% en 2018. C’est le signe que l’Ukraine a sorti la tête de l’eau, après une récession historique, une dévaluation catastrophique, une désorganisation totale de l’Etat dans un contexte de révolution et de guerre. Les annonces de création d’entreprises, d’industries, de start-up, se multiplient. Le Président Petro Porochenko a accueilli l’annonce de Moody’s en assurant que l’Ukraine était sur le chemin d’une transformation radicale, et ne s’arrêterait pas.

Pour autant, il faut relativiser. D’abord parce que la conjoncture politique et militaire en Ukraine reste très instable, et donc tout peut être remis en cause rapidement. Mais aussi parce que l’annonce de Moody’s concerne avant tout le secteur financier, et la reprise économique n’a pas encore d’effet visible sur le pays, sur l’état des infrastructures, ou même sur l’emploi. Par exemple, un des principaux moteurs de l’économie, c’est le complexe agro-industriel. L’Ukraine est certes l’une des premières puissances agricoles mondiales, mais ce n’est pas ça qui justifie des embauches en masse. Les Ukrainiens restent parmi les plus pauvres en Europe, en terme de PIB par habitant.

Que faudrait-il pour assurer une croissance qui profite à la population? 

Des économistes très pointus se sont cassés les dents sur cette question, donc on ne peut pas répondre avec certitude. Mais un des éléments de réponse, c’est le temps. Des réformes structurelles, en plus que celles que j’ai évoqué, peuvent changer la donne. Par exemple, la décentralisation du pouvoir vers les collectivités locales, la réforme de la santé, ou encore l’abandon des standards de production soviétique, et la modernisation de l’économie. Tout ceci peut, sur la durée, changer la nature même de l’économie ukrainienne.

Autre élément: il faudrait que la lutte contre la corruption soit efficace, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent. Exemple: je mentionnais la restructuration du secteur énergétique. Elle a été profonde, et réelle. Mais il y a deux jours, un scandale a éclaté: Viktor Medvetchouk, un oligarque ukrainien proche de Vladimir Poutine, contrôlerait 40% des importations, et maintiendrait les prix à la hausse! Difficile d’imaginer qu’il a pu entretenir un tel système sans que l’exécutif se rende compte de rien. L’exécutif qui, pendant ce temps, prête une oreille sourde aux critiques, tandis que le Procureur Général multiplie les enquêtes sur les réformateurs et les militants anti-corruption. Cela renvoie une impression de malaise, et ne donne pas vraiment d’espoir quant à une lutte sérieuse contre la corruption. Mais c’est pourtant cela, la véritable gangrène de l’économie ukrainienne.

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La France Agricole: Vers une libéralisation du marché de la terre

Article publié dans La France Agricole, le 11/05/2017

Après 17 ans d’interdiction, la vente de la terre est en passe de devenir possible. Une révolution qui demandera des ajustements juridiques.

 

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«C’est une évidence. Cette année, nous allons lever le moratoire sur la vente de la terre en Ukraine. » Cette assurance du ministre des Finances, Oleksandr Danilyuk, le 13 mars, est inédite. Elle pourrait sonner le glas d’un serpent de mer de la politique ukrainienne. Dans ce grand pays agricole, aux 47,2 millions d’hectares (Mha) de terre arable, le gouvernement a interdit, en 2000, le négoce de la terre.

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RFI: Ukraine, le pays du miel

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 17/05/2017

C’est un produit désormais considéré comme une matière première. Le miel fait l’objet d’une demande colossale alors que la productivité des ruches est en chute libre. En Europe, l’Ukraine est un des premiers producteurs avec 75 000 tonnes par an, pour 400 000 apiculteurs. Et pourtant, le miel et le travail des abeilles sont mal connus dans ce grand pays agricole. Dmytro Kushnir, jeune Ukrainien francophone, tente de changer l’approche au miel, à travers sa petite entreprise familiale, “Les Frères de Miel”.  

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Il y en a pour tous les goûts, chez les Frères de Miel. Miel de fleur, miel au pavot ou au piment… la startup familiale aime expérimenter.

Dmytro Kushnir: On essaye d’innover, on essayer d’apporter quelque chose d’intéressant dans ce produit qui est partout; mais dont personne ne sait véritablement ce que c’est. 

Dmytro Kushnir a travaillé dix ans à l’ambassade de France à Kiev, avant de se lancer dans l’exportation de produits alimentaires. Il se spécialise peu à peu dans le miel, et décide de s’associer à deux de ses cousins il y a un an. Au-delà de l’aspect entrepreneurial, les frères de miel se donnent une mission: changer la réputation de leur produit.

Dmytro Kushnir: Parce qu’aujourd’hui les Ukrainiens perçoivent le miel comme un médicament. La consommation du miel, c’est en hiver, quand on est malade. Alors que nous, on dit que le miel c’est un produit gastronomique, c’est de l’épicerie fine. C’est un produit qui se marie avec des plats, avec des boissons. En plus, on dit que le miel, c’est un produit du terroir. Il n’y a pas deux miels qui sont identiques. Le miel d’une région sera tout à fait différent du miel d’une autre région. 

L’exploitation est tenue par un des cousins, dans la région de Mykolaiv, au sud de l’Ukraine. Sur le modèle français, Dmytro Kushnir prévoit de s’ouvrir au tourisme agricole dans les années à venir. La production est modeste, mais très appréciée des consommateurs. Et pour cause: Dmytro Kushnir est aussi connu comme musicien de “Haydamaki”, un groupe de rock?? très populaire. Il met sa musique dans son miel.

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Dmytro Kushnir: Le miel de Haydamaki, qui est un miel au piment. 

Sébastien: Parce que ça reflète l’état d’esprit de votre groupe? 

Dmytro Kushnir: Un tout petit peu. On mélange le rock avec de la musique traditionnelle ukrainienne. Et c’est pareil ici. On a rajouté des épices, ce côté piquant, comme on rajoute du rock dans la musique ukrainienne. Le concept reste le même. Ce miel là est tonifiant. Le goût du miel reste inchangé. Par contre le goût pimenté vient en toute fin de bouche, et rafraîchit. Et ça c’est parfait pour les p’tits déjs, avec une tranche de pain grillé, une tranche fromage de chèvre. Avec ton café au lait ou ton thé, c’est juste parfait. 

Les Frères de miel marquent aussi la renaissance d’une forme d’artisanat familial qui avait longtemps disparu en Ukraine. Une renaissance, tout en goûts et saveurs.

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La France Agricole: Le Brûlis perdure en Ukraine

Article publié dans le numéro 3666 de La France Agricole, en octobre 2016

Illustré par une superbe photo d’Olga Ivashchenko.

Malgré son interdiction, la pratique se perpétue. Mais, petit à petit, des voix s’élèvent contre ces feux, dont les habitants des zones rurales craignent les effets dévastateurs sur leur santé et la biodiversité.

 

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La vision est certes romantique. Le long de la route, la fumée s’élève des champs en feu. À certains endroits, les flammes viennent lécher les bords de la chaussée. La culture sur brûlis, censée assurer une fertilisation des sols par le feu, a disparu des zones rurales de l’Union européenne. Mais en Ukraine, elle reste une tradition bien ancrée. Pourtant, la pratique est interdite par la loi, en raison de son impact…
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RFI: Les entreprises ukrainiennes en déclin

Intervention dans la séquence « Bonjour l’Europe », sur RFI, le 15/09/2016

L’Ukraine, toujours aux prises avec une guerre hybride depuis 2014 avec la Russie, souffre toujours d’une grave crise économique. Le pays a subi un récession près de 10% en 2015. Un récent classement d’entreprises d’Europe centrale et orientale confirme que les meilleures entreprises ukrainiennes sont en perte de vitesse. 

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De quoi s’agit-il? 

C’est une étude annuelle de Deloitte, un cabinet américain d’audit et de conseil, qui établit un classement des 500 meilleures entreprises d’Europe centrale et orientale. On y compte 29 entreprises ukrainiennes et 2 banques. En 2015, on en comptait 29, et en 2014, il y en avait 53. Donc une sacrée descente, qui s’explique par les problèmes structurels qui affectent le pays depuis la Révolution de 2014. A savoir, l’état de guerre, l’annexion de la Crimée, la dévaluation de la monnaie nationale, la lenteur des réformes et de la lutte contre la corruption, et j’en passe.

Mais ce classement donne aussi une idée de l’appauvrissement tout relatif des oligarques ukrainiens, cette fameuse caste d’hommes d’affaires qui contrôle le pays depuis les années 1990.

Oui, on voit par exemple que Rinat Akhmetov, autrefois l’homme le plus riche d’Europe, a perdu beaucoup de sa fortune. 

Tout à fait. Sa holding Metinvest était à la sixième place du classement en 2015, elle est descendue à la 13ème position. Elle reste donc officiellement la plus importante entreprise d’Ukraine. Mais Rinat Akhmetov était un parrain de l’ancien président autoritaire Viktor Ianoukovitch, et il a beaucoup perdu après sa fuite d’Ukraine. Le coeur de son empire, le Donbass, est toujours en état de guerre. Et tout cela, ça se traduit sur l’équilibre politique à Kiev. Le clan d’Akhmetov a été écartés du pouvoir en 2014, et pour l’instant, il est tenu à bonne distance par d’autres oligarques et le Président Porochenko, lui-même un oligarque.

De la même manière, on compte plusieurs entreprises d’agro-alimentaires dans ce classement. Avec la perte du complexe minier et industriel de l’est, l’agriculture est devenu un des moteurs de l’économie ukrainienne, notamment grâce aux exportations. La société Kernel est ainsi la seule qui est parvenue à monter dans le classement 2016, par rapport à 2015.

Cette étude est intéressante car elle donne des tendances lourdes. Mais  il faut toujours faire preuve de prudence: les chiffres présentés ne sont pas toujours fiables.

Pourquoi cela? 

Et bien à cause de la corruption bien sûr. Le ministère des finances estime que l’économie parallèle, non-déclarée, représenterait environ la moitié du PIB de l’Ukraine. Les comptabilités des entreprises laissent ainsi souvent… dubitatifs. Sans oublier que la lutte contre la corruption n’est pas efficace, que ce soit au niveau local ou dans les hautes sphères de l’Etat. En tout cas, pas efficace pour l’instant. mais rien n’indique que les autorités ont une détermination sérieuse en la matière. Donc, prudence.

En fait, pour terminer, la seule statistique qui est tout à fait fiable dans les données fournies par les entreprises, c’est que 28% des dirigeants de sociétés dans ce classement sont des femmes, ce qui est la plus grosse proportion dans tous les pays d’Europe centrale et orientale étudiés. Encore une fois, c’est une tendance de fond de l’environnement des affaires en Ukraine.

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RFI: Embellie économique en Ukraine

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 16/08/2016

L’économie ukrainienne renoue avec la croissance. Après des crises à répétition pendant les deux dernières années, et des conséquences dramatiques pour la population, l’économie a cru de 1,3% au second trimestre, soit la plus forte croissance depuis 2013. 

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La hryvnia a perdu plus de trois fois sa valeur face à l’euro depuis 2014

Sébastien, est-ce une tendance sérieuse, sur le long-terme? 

C’est bien possible, même si le contexte reste évidemment très incertain. Ce à quoi on assiste, c’est avant tout à une stabilisation de l’économie, après les terribles chocs des dernières années. Le système économique s’est adapté à la perte du Donbass, vous savez, ce centre minier et industriel de l’est de l’Ukraine, en guerre depuis deux ans. L’inflation, l’augmentation des prix, est passé de plus de 60% il y a quelques mois à environ 6% aujourd’hui. Dans le même temps, la monnaie s’est stabilisée après une dévaluation historique. Depuis 2014, la hryvnia a perdu 3 fois sa valeur par rapport au dollar et à l’euro. La banque nationale a reconstitué ses réserves de devises, de 5 milliards de dollars à 14 milliards… Donc un retour à la normale, très attendu en Ukraine, et encourageant.

Cela dit, ces données de macroéconomie n’ont pas un impact immédiat et concret dans la vie quotidienne des Ukrainiens. En plus des souffrances et sacrifices des deux dernières années, le niveau des salaires n’a que peu évolué: le salaire moyen est toujours l’équivalent de 250 euros par mois… Nous sommes toujours en train de parler d’un pays pauvre, qui s’est appauvri au cours des deux dernières années…

Mais alors quels sont les moteurs de cette croissance? 

Les analystes identifient en premier lieu les secteurs de la construction, et surtout celui des exportations. Vous savez que l’Ukraine est une grande puissance agricole, parmi les premiers exportateurs mondiaux de céréales, d’huile de tournesol et autres produits. Voilà des activités à haute valeur ajoutée. Mais il faut garder en tête que ce sont des secteurs très particuliers, contrôlés par de grands groupes oligarchiques, qui spéculent beaucoup. Ils ont donc peu de retombées positives sur l’ensemble de l’économie.

Ce sont aussi d’autres secteurs qui sont en plein dynamisme en Ukraine, comme ceux des nouvelles technologies, de la création de start-ups, de la communication. On voit beaucoup d’initiatives bourgeonner dans le pays, certaines très prometteuses.

Mais surtout, ce qu’il faut encore rappeler, c’est que l’on assiste à une stabilisation de l’économie. Maintenant que les gros chocs sont passés, on revient à un rythme d’activité traditionnellement stable, dans toutes les régions.

Il est important de comprendre ici que le différentiel de développement ici n’est pas entre l’est industriel et l’ouest agricole, comme on le pense souvent; mais bien entre les villes et les campagnes. En règle générale, à l’ouest comme à l’est, en dehors des grandes agglomérations qui attirent activités et richesses, les Ukrainiens sont mal payés, les infrastructures en mauvais état et la plupart des structures de production sont archaïques. Mais si ça, ça tourne, cela suffit pour stabiliser l’économie, et assurer une reprise statistique.

Mais il y a un gros bémol à cette perspective de reprise économique, c’est la corruption, que le gouvernement n’arrive pas à combattre… 

Oui, c’est le problème fondamental de l’Ukraine post-révolutionnaire. Le FMI et plusieurs soutiens internationaux de l’Ukraine ont d’ailleurs suspendu leur aide financière en exigeant de sérieuses réformes du gouvernement. Celui-ci avance que de réels changements sont difficiles à mettre en oeuvre en période de guerre. Mais non seulement l’oligarchie perdure et la corruption ne faiblit pas, mais rien n’indique que l’exécutif, et le président Petro Porochenko en premier, veuillent réellement lutter contre la corruption endémique dans le pays. Non seulement cela nuit aux Ukrainiens d’innombrables manières, mais en plus cela décourage les investisseurs internationaux.

C’est en fait là un des indicateurs les plus importants: s’il n’est pas possible, à cause de la corruption, de garantir des investissements productifs dans un futur proche, qui puissent moderniser et transformer l’économie, il sera impossible d’envisager une quelconque croissance sur le long-terme en Ukraine.

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La France Agricole: Etre agriculteur dans la « zone de sécurité » du Donbass

Article publié dans le numéro 3617 de La France Agricole (20/11/2015)

Avec une photo de Filip Warwick.

Dans la « zone de sécurité », une sorte de cordon sanitaire d’une quinzaine de kilomètres de large, institué par l’armée de Kiev, les murs des silos à grain portent encore les séquelles d’intenses bombardements. L’agriculture reste la principale activité, mais on observe deux poids, deux mesures, selon la taille des exploitations.

 

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« Vous vous imaginez la difficulté de planifier semences et récoltes alors que l’on ne sait pas si la terre nous appartiendra encore l’année…
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